J’avais suivi les recom­man­da­tions de la blogueuse de « Lire au lit » qui avec un grand enthou­siasme a défendu ce roman. À la lecture de son billet , j’avais déjà quelque réti­cences car le sujet était pour moi très risqué de faire ce que j’appelle de « l’entre-soi » . Tout est convenu dans ce roman, il a été fabri­qué pour des univer­si­taires qui passent leur temps à décor­ti­quer la créa­tion litté­raire. Cela veut être drôle mais c’est un rire convenu entre gens qui savent de quoi et comment rire.
J’explique le sujet, un écri­vain a obtenu une place à la Villa Médi­cis, il va y rester un an et écrira un roman dans ce lieu histo­rique. Ce séjour est réservé à de jeunes artistes (archi­tectes, sculp­teur, peintre, photo­graphe, musi­cien, écri­vain …) qui sont reçus dans ce palais qui appar­tient à la France pour favo­ri­ser la créa­tion de leur œuvre. Ils sont donc logés et nour­ris, reçoivent une bourse et n’ont qu’une obli­ga­tion morale de créer quelque chose. C’est l’oc­ca­sion pour le narra­teur de se moquer des artistes qui cherchent plus à choquer qu’à créer, mais on sait tout cela main­te­nant et le musi­cien qui veut faire la musique sans son et la peintre qui ne veut utili­ser que le sang de ses règles pour recou­vrir des fresques du XVI° siècle ne m’ont pas amusée du tout. Il reste le roman en cours de fabri­ca­tion de l’écri­vain, puisque celui-ci a décidé que publier sa corres­pon­dance d’une année à la villa Médi­cis consti­tue­rait son roman, se met alors en place une gymnas­tique intel­lec­tuelle qui se joue des noms propres et des spécia­li­tés litté­raires de chacun, des clins d’œil à la culture des gens comme il faut, pour arri­ver à la mort de Louise « la Demoi­selle à coeur ouvert ». J’ai en vain cher­ché l’hu­mour et la lége­reté que promet­tait « lire au lit », bref une énorme déception !

Citations

Expression à la mode.

Son expres­sion, c’est « laisse tomber » (« Les kumqua­tiers ? laisse tomber, j’adore »).

Prétention intellectuelle .

Dans la basi­lique Santa Maria del Popolo, Raphaëlle m’a expli­qué que Cara­vage était un peintre machiste, violent, et au fond, extrê­me­ment conven­tion­nel, et que d’ailleurs sa pein­ture n’avait pas de grain, regarde-moi ça, a‑t-elle ajouté en jetant sa main vers « La conver­sa­tion de Saint-Paul ». Une italienne, qui avait surpris notre conver­sa­tion, nous a fait remar­quer que le tableau était remplacé par une affiche de la même taille, et Raphaëlle a répondu froi­de­ment : « Le fait qu’on ne puisse même pas distin­guer un tableau de Cara­vage d’une affiche prouve que sa pein­ture n’a pas de grain. »

La Peintre .

Depuis le début de l’an­née, elle récu­père le sang de ses règles et le conserve dans de petites bouteilles dispo­sées sur le bord de sa fenêtre. J’ai raté le début de la soirée, où appa­rem­ment elle s’est asper­gée les cheveux de sang, quand je l’ai vue elle avait simple­ment les cheveux collés. Elle a utilisé une partie de son sang pour couvrir les murs de signes censés consti­tuer un équi­valent visuel et olfac­tif au bruit de son corps. Le malaise que cette pein­ture doit provo­quer chez le visi­teur est compa­rable à « la douleur que ressentent la majo­rité des femmes au moment des règles. »

Le compositeur de musique.

Il m’a expli­qué que cette pièce était fondée sur le sans, sans instru­ment, sans voix, sans musique. Juste les bruits de la ville derrière ceux de la nature.

Ce livre reçu en cadeau, m’a vrai­ment inté­res­sée. Je n’en fais pas un coup de cœur pour des raisons qui lui sont repro­chées par son éditeur à l’in­té­rieur (en effet c’est un roman qui raconte entre autre la créa­tion d’un roman qui s’ap­pelle « l’Ano­ma­lie »), son éditeur lui reproche le trop grand nombre de person­nages, et je suis d’ac­cord on se perd un peu et il faut vrai­ment s’ac­cro­cher pour suivre tous ces destins . Il est temps que je vous raconte un peu l’his­toire sans pour autant divul­gâ­cher le suspens . (Tâche au combien déli­cate, surtout pour moi qui adore commen­cer les romans par la fin … ) Tous les person­nages ont un point commun : ils ont pris un vol Paris- à New-York et ont été victimes de turbu­lences abso­lu­ment catas­tro­phiques et tous ont cru en leur mort prochaine. Mais ils ont fina­le­ment bien atterri. Surtout ne cher­chez pas, comme je l’ai fait, un lien entre tous ses gens, il n’y en pas. On commence donc par connaître la vie d’un tueur, puis celle du de l’écri­vain Victor Miesel qui écrit le roman « l’ano­ma­lie » et ainsi de suite avec sept autres person­nages. Et puis … le même avion revient sur terre quelques mois plus tard … avec les mêmes personnes à bord. C’est là que le roman devient passion­nant même si c’est un sujet très traité, il l’est ici de façon origi­nale : comment l’hu­ma­nité réagi­rait à un phéno­mène qui dépasse notre raison. Les débats entre les scien­ti­fiques, les philo­sophes, les reli­gieux sont très bien menés et le lecteur se demande alors ce qu’il aurait pensé et comment il aurait agi s’il avait eu un quel­conque pouvoir. L’au­teur pour rendre le ques­tion­ne­ment plus vivant imagine que c’est un phéno­mène qui s’est déjà produit en Chine. Evidem­ment les Chinois ne se sont pas embar­ras­sés de consi­dé­ra­tions huma­ni­taires, ils ont fait dispa­raître le deuxième avion et tous ceux qui étaient dans cet avion. Aux États-Unis, on a plus de scru­pules et commence alors une autre partie du roman : la confron­ta­tion de ces reve­nants avec eux-mêmes . Je ne peux pas vous racon­ter la suite sinon vous ne vien­drez plus sur Luocine .

J’ai toujours un peu de mal avec le genre science-fiction mais j’ap­pré­cie aussi que l’on me confronte à des inter­ro­ga­tions qui me font sortir de mes pensées ordi­naires. Hervé Le Tellier croque assez bien les défauts de notre époque. Mais il reste que ce roman avec tous ces person­nages m’a un peu perdue en route.

J’ai lu et bien aimé de cet auteur Toutes les familles heureuses, un peu moins Assez parlé d’amour

Citations

Une rupture

Peu à peu, face à l’exal­ta­tion d’An­dré, à ces bras qui veulent l’en­ser­rer , à ces baisers qui lui infligent à tout instant devant ces amis à qui il veut abso­lu­ment la présen­ter, comme le butin d’une bataille qu’il aurait gagné, elle recule. Pour­quoi les chats qui attrapent les souris refusent-il de les lais­ser vivre ? Elle n’était pas dispo­sée à un tel enva­his­se­ment, elle aurait voulu moins d’im­pé­ra­tif, un enga­ge­ment plus lent et plus serein. L’avi­dité de ses mains d’homme l’ef­fraie, leur convoi­tise oppres­sante inter­dit à son propre désir de naître.

Patriotisme

À Guan­ta­namo, on avait bien balancé des tranches de jambon dans les cages. Des ordures seront toujours trouvé refuge dans le patriotisme.

Le racisme aux USA

Elle discerne dans le rictus de Prior cet indi­cible du Sud qu’il porte sur lui, ces signes et ces nuances symbo­liques qui imprègnent toutes les rela­tions raciale, elle recon­naît cette posture spon­ta­née qui auto­rise une riche dame blanche aux cheveux bien mis à offrir à son chauf­feur noir le plus radieux des sourires, un sourire d’af­fec­tion écra­sant où se déchiffre son impé­rieuse certi­tude de l’in­fé­rio­rité natu­relle de ce petit- fils d’es­clave, ce sourire empoi­sonné qui n’a pas bougé d’un pouce depuis « Autant en emporte le vent » et que toute son enfance Joanna a vu se dessi­ner sur le visage poudré des clientes blanches de sa mère couturière.

L’âge entre amants

La diffé­rence d’âge rendait tout invrai­sem­blables. Jeanne, sa fille, aura bien­tôt l’âge de Lucie. Voici peu, il a demandé à une femme, pour rire. Voulez-vous être ma veuve ? La veuve puta­tive n’avait pas ri. Et pour­quoi ses compagnes sont-elles désor­mais si jeunes ? Ses amis vieillissent avec lui, mais pas les femmes qu’il aime. Il fuit, il a peur. Il peut dîner avec la mort à venir, mais ne parvient pas à coucher avec.

Édition Acte Sud , traduit du néer­lan­dais (Belgique) par Philippe Noble.

J’ai suivi pour cette lecture une de mes tenta­trices habi­tuelle : Keisha ! Mais me voilà bien ennuyée car ce petit livre m’a mise en colère. Comme Keisha le destin de ce petit terri­toire le village de Mores­net, capi­tale mondiale pendant un siècle de l’ex­trac­tion du Zinc et qui fut aussi un « pays neutre » ni alle­mand, ni néer­lan­dais ni belge m’intriguait.

Si vous avez, vous aussi cette curio­sité, lisez l’ar­ticle de Wipé­dia vous en saurez beau­coup plus , mais ma colère ne vient pas de là , sauf que quand même dans un livre de 60 pages cela prend beau­coup de place pour ce qui me semble être seule­ment de l’in­for­ma­tion. Keisha m’a répondu : oui … mais dans le roman, il y a Emil . Pour vous écono­mi­ser l’achat de ce livre je vous livre la phrase de la quatrième de couver­ture et vous saurez tout :

Emil Rixen . Né en 1903, cet homme ordi­naire chan­gera cinq fois de natio­na­lité sans jamais traver­ser de fron­tières : « Ce sont les fron­tières qui l’ont traversé ».

Avouez que là aussi on se dit voilà un destin inté­res­sant, mais l’au­teur n’a pas su nous rendre la vie du person­nage inté­res­sant. Il lui a manqué soit un talent roma­nesque pour faire vivre ce Emil, soit il a voulu rester si près de sa source sans rien défor­mer qu’il n’a pas pu en dire plus. Peu importe ma frus­tra­tion était là, et j’ai regretté les huit euros cinquante ( le prix du livre que je veux bien envoyé à qui veut tenter cette expé­rience du vide !)

Citation

Une déclaration prémonitoire sur le contenu du livre

Mais depuis le temps, j’ai appris que les dernières années d’un être humain ne nous apprennent pas grand-chose de sa vie anté­rieure. De paisibles vieillards peuvent s’avé­rer avoir été, durant des décen­nies, de sinistres indi­vi­dus. Avec le temps, de joyeux drilles sont souvent de vieux grin­cheux. Et un suicide vient parfois mettre un terme à une vie pleine d’exubérance. 

Édition Pocket

Le bandeau me promet­tait une lecture inou­bliable et un roman qui a connu un énorme succès. Même « la souris jaune » en avait dit beau­coup de bien, je dis même car il est très rare que je trouve chez elle des livres à grand succès. Je l’avais remar­qué chez « Sur mes brizées ». J’ai été beau­coup plus réser­vée qu’elles deux. Je trouve que la première partie sur la montée du nazisme en Autriche est bien raconté mais je crois que j’ai telle­ment lu sur ce sujet que je deviens diffi­cile. Il y a un aspect qui a retenu mon atten­tion, c’est à quel point les Autri­chiens ont été parfois pires que les Alle­mands dans le trai­te­ment des juifs. Ils n’ont pour­tant été que peu jugés après la guerre pour ces faits. On comprend bien la diffi­culté de s’exi­ler, même quand l’étau anti­sé­mite se resserre, la famille que nous allons suivre a beau­coup de mal à lais­ser derrière elle leurs parents âgés et ils espèrent toujours au fond d’eux que cette folie va s’ar­rê­ter. Quand ils se déci­de­ront à partir au tout dernier moment, les fron­tières se sont refer­mées et les pays n’ac­cueille­ront plus les juifs. Ils passent donc un moment en Suisse dans un camp assez sinistre. Ils iront fina­le­ment dans le seul pays qui a accepté de rece­voir des juifs : La Répu­blique Domi­ni­caine. C’est toute l’originalité du destin de ces juifs qui ont été accueillis dans ce pays si loin de leurs tradi­tions autri­chiennes. Dans ce gros roman l’au­teure décrit avec force détails l’ins­tal­la­tion de ces intel­lec­tuels dans un kibboutz où chacun doit culti­ver, élever les animaux, construire une ferme dans le seul pays qui a accepté offi­ciel­le­ment d’accueillir jusqu’à la fin de la guerre des juifs chas­sés de partout. Nous voyons ces Autri­chiens ou Alle­mands tous intel­lec­tuels de bons niveaux s’es­sayer aux tâches agri­coles et de faire vivre un kibboutz et ensuite la diffi­culté de se recons­truire avec des origines marquées par la Shoa . Je ne sais pas pour­quoi je n’ai pas entiè­re­ment adhéré à ce roman. Je n’avais qu’une envie le de finir sans jamais m’in­té­res­ser vrai­ment à ces personnages.

Citations

Beau rapport père fils

Je ne pus rete­nir un soupir de soula­ge­ment : fina­le­ment il n’y avait eu ni affron­te­ment ni querelle. Je lus dans les encou­ra­ge­ments de mon père une grande ouver­ture d’es­prit et une tolé­rance que je ne soup­çon­nais pas. Ses yeux perçants souriaient et je sentis une puis­sante vague d’amour défer­ler et m’en­ve­lop­per tout entier. Je savais quel renon­ce­ment et quels regrets c’était pour lui. J’étais fier de mon père. Il m’ai­mait. Je ne le déce­vrais pas.

Vienne

Je ne me sentais pas juif, mais simple­ment et profon­dé­ment autri­chien. J’étais né dans cette ville, comme mon père et ma mère avant moi. C’était mon univers, dans lequel je me sentais en confiance et en sécu­rité, et qui devait durer éter­nel­le­ment. L’Au­triche était ma patrie, et être juif n’avait pas plus d’im­por­tance qu’être né brun ou blond. Bien sûr nous étions juifs, mais notre origine ne se mani­fes­tait guère plus qu’une fois par an le jour du grand Pardon, quand mon père s’abs­te­nait de fumer ou de se dépla­cer, plus pour ne pas bles­ser les autres dans leurs senti­ments que par conven­tion convic­tion religieuse.

Vienne et ses juifs

Malgré les signaux d’alerte qui ne cessaient de se multi­plier, nous nous raison­nions : nous étions si nombreux, quelques 180000 rien qu’à Vienne, et tant de juifs occu­paient des posi­tions clés dans l’éco­no­mie et la culture. Nous étions héros de guerre, artistes, scien­ti­fiques, univer­si­taires, méde­cins, notre pays ne pouvait se passer de nous.

Un petit trésor que cette BD, à lire avec la musique jouée par cet incroyable inter­prète . La vie de ce musi­cien hors du commun a déjà inspiré de nombreux ouvrages, le talent de Sandrine Revel nous plonge dans l’uni­vers mental de Glenn Gould à celui qui disait :

Je tenais pour acquis que tout le monde parta­geait ma passion pour les ciels nuageux. J’ai eu tout un choc en appre­nant que certaines personnes préfé­raient le soleil.

elle a répondu par ces dessins abso­lu­ment magiques de nuages

Elle raconte très bien à la fois son obses­sion pour la pureté du son et le respect de la musique. C’est une vie triste mais aussi merveilleuse car habi­tée par la musique la seule chose qui pour lui avait de la valeur et était sa seule lumière. On retrouve tout ce que l’on sait de cet homme et quand on referme cette BD on pense que c’est si triste qu’il soit disparu trop tôt . Il ne s’est jamais épar­gné et il a tout le temps mis sa vie en danger par des peurs réelles ou imaginaires.

La BD vaut autant pour ce qu’on découvre de la vie de cet artiste si origi­nal que par le talent de la dessinatrice.

Une BD à regar­der et un artiste à écou­ter encore et encore

Édition Folio

J’ai certai­ne­ment suivi l’avis d’un blog pour ache­ter ce roman, qui n’est vrai­ment pas pour moi. C’est un très joli texte, écrit de façon poétique. Mais je ne suis abso­lu­ment pas rentrée dans cette histoire ni dans l’écri­ture. Ce livre raconte à la fois une histoire d’amour très puis­sante pour un homme des bois dans une région qui ressemble à la Sibé­rie. Mais c’est aussi l’his­toire des violences dues à la guerre et à l’in­to­lé­rance des hommes pour des gens diffé­rents. C’est aussi l’évo­ca­tion d’une contrée si rude que l’on peut mourir de ne pas se proté­ger du froid ou de la force des éléments. Je crois qu’en « livre lu » par une belle voix ce livre aurait pu me toucher mais je ne devais pas, ce jour là, être d’hu­meur à me lais­ser portée par les esprits , les guéris­seurs, les animaux sauvages qui peuvent avoir des rela­tions avec les hommes. Non, ce jour là, je n’étais pas récep­tive à ce roman qui a pour­tant de belles qualités.

Citations

Pour vous donner une idée du style de l’auteure :

Chez les Illia­kov, on se conten­tait de ce qu’en avait toujours dit la grand-mère, « Ajoute une herbe sèche dans le désert et ce n’est plus le désert ». La mère avait repris ses gestes et ses paroles. Elle les avait à son tour trans­mis à Olga. La décoc­tion avait un goût de terre. L’ha­leine d’hu­mus rappe­lait que sous l’écorce de glace, la glèbe sommeillait, prête à réap­pa­raître. Matin après matin, ce goût nous accom­pa­gnait un peu plus loin dans la fonte des neiges. Combien de fois l’hi­ver l’emportait-il sur le courage ? Combien de fois nous ôtait-il la force de nous lever ? Les ancêtres avaient trouvé des ruses. Déjoué la tenta­tion de l’aban­don. « Ajoute une herbe sèche dans le désert et ce n’est plus le désert. »

Les esprits

Immo­bile auprès d’Igor, je souris dans le vague. Je sais que ma bouche est traver­sée par une trace grise. On ne revient jamais indemne du Grand-Passage. Il faut bien payer un tribut aux esprits. Je n’en connais pas la nature. Je sens seule­ment, après chaque rituel, que mon corps pèse si lourd qu’il pour­rait s’en­fon­cer dans la terre. Mes mains pendent au bout de mes bras, plus lourdes que des outres pleines. On dirait que du plomb a coulé dans ma tête. Je souris car j’ai accom­pli mon devoir mais il me semble aussi que dans ma chaire deve­nue viande on m’a ôté un peu de vie. Alors Igor pose sa main sur ma tête, ainsi que Baba le faisait, et la régu­la­rité de son pouls, l’en­serre de ses doigts m’al­lège de cette pesan­teur. Je sors de ma torpeur comme on recouvre progres­si­ve­ment la vue après avoir regardé trop long­temps le soleil en face.

Édition Presse de la Cité. Traduit du japo­nais par Jean-Baptiste Flamin

C’est avec « Treize marches » que j’avais décou­vert cet auteur et malgré la clas­si­fi­ca­tion thril­ler de celui-ci et ses 740 pages je m’étais promis de le le lire. Voilà qui est fait mais je ne suis pas certaine de relire de sitôt un thril­ler ! Les trois coquillages s’expliquent par ma grande diffi­culté à lire un roman où le ressort essen­tiel est dans le suspens. Mais si cela ne vous dérange pas, préci­pi­tez vous sur cet énorme roman, car dans le genre il doit être bien­fait et le côté « science à peine fiction » fonc­tionne bien. Pour une fois, le point de vue n’est pas améri­cain mais japo­nais et ça change pas mal de choses. D’abord sur les révé­la­tions des pratiques peu glorieuses des services secrets améri­cains. Par exemple : les lieux de tortures et d’assassinats des personnes soup­çon­nées de terro­risme, pour respec­ter les règles du droit améri­cain ces prisons sont dans des pays étran­gers. Le plus grand scan­dale c’est certai­ne­ment la guerre en Irak qui a laissé cette région complè­te­ment dévas­tée. Un jour où l’autre les États-Unis seront jugés pour avoir déclen­ché une guerre sous un prétexte qu’elle savait faux. Dans ce roman, il y a quelques person­nages posi­tifs des hommes désin­té­res­sés qui œuvrent pour le bien­fait de l’humanité et qui prennent des risques incroyables pour réus­sir à créer un médi­ca­ment qui sauvent des enfants atteints d’une mala­die rare, ce sont des scien­ti­fiques japo­nais, et c’est très amusant de voir les rôles habi­tuel­le­ment tenus par des améri­cains donnés à de jeunes nippons.
Je dois évoquer le côté science fiction du roman.Un enfants est né dans une tribu pygmée dans la forêt afri­caine au Congo avec une tête très bizarre mais surtout des capa­ci­tés cogni­tives complè­te­ment hors normes. Une expé­di­tion orga­ni­sée par la CIA sous la respon­sa­bi­lité directe du président des États-Unis veut abso­lu­ment liqui­der cet enfant. Comme tout roman de science-fiction celui-ci repose sur une ques­tion inté­res­sante que ferait notre espèce à l’arrivée d’une muta­tion d’hommes avec des capa­ci­tés nous dépas­sant complè­te­ment. Dans ce roman tout est mis en œuvre pour la détruire et cela permet de décrire tous les plus mauvais côtés de la puis­sance améri­caine, relayée par les pires instincts de violence des humains plon­gés dans les guerres tribales. Les violences dans les villages afri­cains sont à peine soute­nables et hélas elles ne sont pas loin de la vérité. Bref, 750 pages de tensions et d’horreurs de toutes sortes, ce n’est vrai­ment pas pour moi. Mais je suis quand même contente de l’avoir lu car je trouve que cet auteur pose de bonnes ques­tions, et n’hésite pas à décrire ce qui d’habitude est soigneu­se­ment dissi­mulé. Après la peine de mort du Japon, (dans treize marches) voici les pratiques de la CIA améri­caine, l’humanité est vrai­ment loin d’être un havre de paix !

Citations

Le personnage principal japonais.

Kento n’avait pas décidé de conti­nuer en docto­rat parce que le monde de la recherche l’at­ti­rait, mais parce qu’il n’avait plus se résoudre à rentrer dans celui du travail. Au contraire, depuis son premier jour à l’uni­ver­sité, Kento ne s’était jamais senti à sa place, comme s’il s’était trompé de voie. Il n’avait pas éprouvé une once d’in­té­rêt pour la phar­ma­cie ou la synthèse orga­nique. Comme il ne pouvait rien faire d’autre, il s’était rési­gné à pour­suivre, sans plus. Si rien ne chan­geait, dans vingt ans, il serait devenu un de ces cher­cheurs ennuyeux ayant trouvé refuge dans une niche, comme son père.

Les rapports amoureux chez les scientifiques (Humour)

- On s’ap­proche, on s’éloigne, sans jamais se heur­ter. Une vraie liai­son de van der Waals.
- Ah, le plai­gnit Doi. Dommage.
- Et toi, tu as quel­qu’un ? Il y a une fille mignonne dans mon labo. Avec elle c’est plutôt une liai­son métal­lique. On bouge comme des atomes dans un groupe sans parve­nir à se toucher. 
- Ce serait bien si je pouvais avoir une petite liai­son covalente…
-Pareil…

Le danger

Le conseiller scien­ti­fique avait mesuré avec justesse l’am­pleur de la menace biolo­gique née dans la jungle congo­laise. Cette menace c’était « le pouvoir » . Ce qu’il fallait craindre, ce n’était ni la force destruc­trice de la bombe nucléaire ni le poten­tiel des tech­no­lo­gies et des sciences les plus avan­cées, mais la puis­sance intel­lec­tuelle qui les engendrait.

La guerre des drones

La brusque onde de choc l’as­saillit par-derrière trans­perça tout son corps, la vague de chaleur et le souffle embrasé le firent voler en avant.

Il tomba la tête la première dans un ruis­seau, ce qui lui évita de perdre conscience. Il ne récolta que des éraflures au visage. L’ex­plo­sion l’avait rendu sourd, il se tapota les côtés du crâne pour tenter de retrou­ver l’ouîe. Il se releva, se retourna, et là, à cinquante mètres de l’en­droit qu’il avait foulé quelques secondes plus tôt, décou­vrit un gigan­tesque cratère, bordée d’ar­bris­seaux apla­tis par le souffle.
Yeag­ger se coucha à plat ventre, dégaina son fusil, sans la moindre idée du point de tir de les nuits. Il leva fina­le­ment les yeux, regarda à travers les branches qui recou­vraient sa tête, et frémit. L’en­nemi était dans le ciel. À six cents mètres d’al­ti­tude un Preda­tor, drone de recon­nais­sance armée, avait lancé un missile anti­char Hell­fire. Son pilote avait déclen­ché ses flammes infer­nales depuis une base de l’ar­mée de l’air situé dans le Nevada : un dispo­si­tif de pilo­tage semblable à une console de jeux lui permet­tait de manœu­vrer cet engin à distance, de l’autre côté du globe.

Ce passage résonne aujourd’hui :

Il y a entraide parce qu’il est lucra­tif de s’en­trai­der. Un exer­cice simple : l’aide publique au déve­lop­pe­ment des pays indus­tria­li­sés n’a d’autre but que de permettre à terme d’in­ves­tir dans les pays en déve­lop­pe­ment. Tôt ou tard, l’Afrique sera suffi­sam­ment déve­lop­pée pour garan­tir assez de ressources et de consom­ma­teurs. Allons plus loin : prenez les trai­te­ments médi­caux. Dans ce domaine le profit passe avant tout le reste, même dans le déve­lop­pe­ment de trai­te­ments contre les mala­dies graves. Les remèdes aux infec­tions les plus rares ne sont pas déve­lop­pés faute de débou­chés assez juteux.

J’aime beau­coup cette auteure, au point d’ache­ter deux fois son livre et de le lire deux fois aussi. Au fur et à mesure que je le lisais, je retrou­vais les person­nages et l’his­toire que j’avais déjà lue, et comme je fais partie de la mino­rité, si injus­te­ment décriée, des lectrices qui adorent qu’on leur raconte la fin des intrigues, c’était le bonheur total. C’est vrai­ment une lecture distrayante et que vous aime­rez si vous avez gardé le plai­sir que vous l’on raconte des histoires. Le procédé narra­tif n’est pas banal , car pour expli­quer pour­quoi cette mère Tatiana a dû empê­cher sa fille Nine d’al­ler à la fête du lycée, elle doit d’abord l’emmener dans une cabane perdue près d’un lac, où malheu­reu­se­ment aucune connexion n’est possible , mais surtout racon­ter son enfance et révé­ler peu à peu les secrets de sa famille. Ceux-ci sont si lourds et si complexes qu’il ne faut surtout pas les révé­ler trop bruta­le­ment, et il faudra bien tout le temps d’un roman, pour que Nine sente combien sa mère l’a aimée plus que tout et qu’a­vant sa mère, Rose-Aimée sa grand mère avait fait preuve d’un courage incroyable pour que ses trois enfants puissent vivre à l’abri d’un père on ne peut plus destruc­teur. L’au­teure termine son roman quand les diffé­rents person­nages vont se retrou­ver et j’avoue que j’au­rais bien aimé savoir comment leurs retrou­vailles allaient se passer . Mais son histoire est termi­née quand tant d’autres la commenceraient.

C’est un roman qui est classé « ado », et oui, je pense que cela peut plaire à des jeunes lecteurs car l’in­trigue est bien fice­lée, mais surtout l’ado­les­cence est parfai­te­ment décrite. Dans ses excès, ses fragi­li­tés et son incroyable sens de l’hu­mour. Et c’est ce qui rend ce roman lisible pour les adultes qui aiment cet âge. Quand elle était jeune Tatiana qui s’ap­pe­lait alors Conso­lata a supporté les errances de sa mère qui chan­geait assez souvent de compa­gnon. L’au­teure décrit très bien les diffi­cul­tés de l’en­fant lorsque sa mère change de parte­naire, elle aimait l’an­cien et détes­tait le nouveau qui pour­tant a bien des qualité qu’elle décou­vrira petit à petit. Elle se crée des pères biolo­giques au gré de ses passions, un célèbre foot­bal­leur ou un chan­teur de rock Elle ne sait rien des diffi­cul­tés réelles de sa mère mais une chose certaine elle n’a pas manqué d’amour dans sa vie. À son tour elle aimera de toutes ses forces sa fille, Nine, même si elle ne lui offre pas le dernier IPhone le même que celui de toutes ses amies . D’ailleurs le rapport à l’argent de Tata­nia-Conso­lata semble bien compli­qué, et on décou­vrira pour­quoi. Rassu­rez-vous je respecte les anti-divul­gâ­cheuse et je n’en dirai pas plus !

Je crois que j’ai préféré « et je danse aussi » du même auteur mais il est bien dans la même veine que « le temps des miracles » et pour le côté combat des femmes : « Pépites »

Citations

Tellement bien vu !

C’est une vieille voiture de marque alle­mande, le genre de tank démodé qui polluent l’at­mo­sphère depuis la fin du 20e siècle et qui fait honte à la fille assise à l’arrière.
La fille, c’est Nine, 16 ans la semaine prochaine, cinq cents kilo­mètres de silence au compteur.

Une autre époque

D’une certaine façon, le monde était plus lent et plus vide qu’au­jourd’­hui. Chaque chose que nous faisions prenait du temps, récla­mait des efforts, mais personne ne s’en plai­gnait puisque c’était normal. Les photos, par exemple. Il fallait appor­ter la pelli­cule chez un photo­graphe pour qu’elle soit déve­lop­pées dans un labo. Parfois, il s’écou­lait plusieurs mois entre la prise de vue et le tirage, si bien qu’en décou­vrant le résul­tat, on ne se souve­nait même plus qui était sur le cliché ! Rien n’était instan­tané, à part le choco­lat en granu­lés et le café en poudre ! Si tu étais fan de musique, pour écou­ter ton morceau préféré, tu devais attendre qu’il passe à la radio. Ou bien, tu devais aller ache­ter le disque vinyle dans un maga­sin spécia­lisé. Et si par malheur tu n’avais pas de maga­sins de disques près de chez toi, tu devais le comman­der sur le cata­logue, ce qui suppo­sait d’at­tendre encore plus longtemps…

Édition NRF Galli­mard. Traduit de l’an­glais par Élodie Leplat

J’avais lu des réserves sur ce roman, réserves que je partage, pour­tant son premier roman : » Le Chagrin des Vivants » m’avait beau­coup plu, j’étais moins enthou­siaste pour « La salle de Bal » et encore moins pour celui-ci. On suit le destin de trois amies : Hannah qui cherche à avoir un bébé à tout prix, Clare qui se remet diffi­ci­le­ment de la nais­sance de son fils et Mélissa (Lissa) qui veut réus­sir sa vie d’ac­trice. Ces trois femmes sont les filles de la géné­ra­tion qui pense avoir libéré la femme des carcans qui avaient telle­ment pesé sur elles. Libé­rées ? je ne sais pas si elles le sont mais en tout cas heureuses elles ne le sont pas telle­ment. Lissa, malgré un succès dans une pièce de Tche­khov, finira par renon­cer à sa carrière . Hannah détruira son couple à force de FIV et de trai­te­ment hormo­naux, et Clare ne sais plus si elle est homo­sexuelle ou amou­reuse encore d’un mari qui fait tout pour l’ai­der à élever leur fils. L’au­teure promène son lecto­rat dans l’en­fance et la jeunesse de ces trois femmes et je lui recon­nais un soucis d’honnête très poussé au détri­ment des effets roma­nesques trop faciles. Je pense qu’elle cerne bien les person­na­li­tés des jeunes femmes à l’heure actuelle , mais c’est loin d’être passion­nant. Tout tourne autour de la trans­mis­sion mère/​fille et du désir d’en­fant. ( je me suis demandé si l’au­teure n’étais pas confron­tée à un bébé un peu fati­gant quand elle a écrit ce roman). Les diffi­cul­tés de notre société, et la vie des couples d’au­jourd’­hui sont très bien rendues, et beau­coup d’entre nous recon­naî­trons leur mère, leur fille, leurs amies. Il n’empêche que cette lecture m’a quelque peu ennuyée et je sais que j’ou­blie­rai assez vite ces person­na­li­tés sans grand inté­rêt. Je crois que c’est parti­cu­liè­re­ment compli­qué de rendre compte de la vie « ordi­naire » ! ( pas si ordi­naire que cela puisque deux d’entre elles sont diplô­mées d’Oxford !)

Citations

L’université

C’est là, d’après Lissa, l’en­sei­gne­ment prin­ci­pal de l’Uni­ver­sité, comment racon­ter des conne­ries avec convic­tion. Plus la fac est répu­tée, meilleures sont les conneries.

Droite et gauche en Grande Bretagne

Compa­rés à ses propres parents, la mère et le père de Cate paraissent jeunes. 
Chez Cate on vote à gauche. Chez Hannah on vote à droite.
Chez Cate il y a Zola et Updike. Chez Hannah il y a les Reader Digest et l’En­cy­clo­pae­dia Britannica. 
Le père de Cate fait un métier en rapport avec l’in­gé­nie­rie. Le père d’Han­nah est gardien à l’hô­pi­tal Christie.
Chez Cate il y a de l’huile d’olive. Chez Hannah il y a de la vinai­grette toute prête.

Édition L’Élan . Traduit du suédois par Margue­rite Gay

Encore une fois , j’ai oublié comment j’ai noté ce roman. Et en plus, de façon suffi­sam­ment forte puisque je l’ai même acheté . Fina­le­ment je crois qu’il vaut mieux se plon­ger dans « la saga des émigrants » le livre qui a fait connaître Vilhelm Moberg, mais je ne le ferai sans doute jamais. En lisant cette passion amou­reuse racon­tée dans les moindres détails, je croyais vivre un film d’Ing­mar Berg­man , tourné au ralenti … Je dois avouer que j’ai fait l’im­passe sur quelques pages au milieu du livre telle­ment il me pesait. Inutile de vous dire qu’on comprend dès le début que cette belle Märit épouse du trop sage et trop gentil Pavel va succom­ber au charme de Hakan grâce à qui elle éprouve le plai­sir physique pour la première fois de sa vie.

Si j’ai acheté ce roman, c’est certai­ne­ment qu’il promet au delà de la passion amou­reuse, une pein­ture de la société rurale du 19° siècle. C’est vrai on apprend pas mal de détails sur l’or­ga­ni­sa­tion foncière de la Suède et la diffi­culté pour les petits paysans à sortir de la misère. On voit aussi le poids de la reli­gion protes­tante, peu encline au plai­sir physique. Mais cela n’a pas suffi pour m’embarquer dans une lecture plus atten­tive. On peut même penser parfois à Flau­bert ou Maupas­sant mais à la suédoise donc sans une once de joie ou d’hu­mour : pour moi, un ennui total que la qualité d’écri­ture n’a pas pu soulever.

Citations

Le mariage

Il est vrai qu’on ne se marie qu’à deux périodes de la vie : ou avant d’avoir tout son bon sens ou quand on l’a perdu.

L’amour physique

Les hommes et les femmes sont faits pour se donner mutuel­le­ment du plai­sir par leur corps. Et, pour­tant, ils s’écartent sans néces­sité l’un de l’autre, tant le prêtre leur inspire la peur de l’en­fer et dans l’en­fer leur inspire la peur du prêtre. Que de volupté perdues chaque jour dans le monde ! Et dire qu’un pareil gaspillage reçoit des louanges ! Celui qui le premier à prêcher cela était d’une bien grande naïveté !

La femme d’un paysan « gentil » !

Pour lui, elle fait partie de son bétail. Dans cette situa­tion, elle a tout de même eu de bons jours, bien que qu’elle ne les ait peut-être pas appré­ciés à leur juste valeur. Car il l’a entou­rée de soins. Il s’est préoc­cupé de son bien-être. On tient à voir son bétail bien portant et pros­père. Il a peur qu’elle ne travaille trop. Celui qui est raison­nable ne veut pas surme­ner ses boeufs . Il a veillé sur elle d’une manière parfaite. Un homme raison­nable ne laisse pas dépé­rir ses animaux. Un paysan raison­nable profite de de la santé et des forces de son bétail, il gagne­rait moins si ses bêtes se portaient mal ou s’af­fai­blis­saient. Et quand elle était bien dispo­sée, il lui donnait parfois une tape sur la hanche, comme il cares­sait à l’oc­ca­sion les flancs d’une jument.