20150205_124425

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

4
Je l’avais repéré en novembre chez Domi­nique. Je m’étais bien promis de le lire, et je suis ravie de ma lecture. Il a eu un coup de cœur au club de lecture, malgré les réti­cences de certaines lectrices qui m’ont éton­née. J’ai cru comprendre que le person­nage du météo­ro­logue Alexexeï Féodos­sié­vitch Vangen­heim ne les a pas inté­res­sées. « Ce n’est pas un héros » « Il n’a rien fait d’ex­tra­or­di­naire » … Mais ce sont exac­te­ment les raisons pour lesquelles j’ai aimé le travail d’Oli­vier Rollin. Il a choisi ce person­nage parmi les millions de victimes du commu­nisme. Je pense qu’il a été ému par les dessins que ce savant a envoyés à sa petite fille qui avait quatre ans quand il l’a vue pour la dernière fois. Ces dessins sont parve­nus jusqu’à lui grâce au livre que sa fille lui a consa­cré .

SONY DSC

Ensuite, il a lu ses lettres , et toutes témoignent de sa foi en Staline, et dans le commu­nisme. Il voulait qu’on lui redonne son honneur, comme tant d’autres, jusqu’au bout il s’est estimé victime d’une erreur et que si les « bons et loyaux commu­nistes » pouvaient lire ses lettres, il serait immé­dia­te­ment réha­bi­lité. Ses lettres m’ont fait penser à celles que Drey­fus écri­vait de l’île du Diable, lui aussi ne voulait qu’une chose : qu’on lui rende son honneur, lui aussi adres­sait ses suppliques à l’état major de l’ar­mée qui avait ourdi le complot contre lui. Le météo­ro­logue, n’a donc pas vu ou pas voulu voir les excès du stali­nisme, il n’a rien d’un héros. C’est un homme brillant, un véri­table savant doué pour les arts, la musique, pein­ture, la sculp­ture.… Mais voilà , le commu­nisme russe a inventé un système de terreur bien parti­cu­lier, que l’on soit pour son régime ou contre lui, cela n’a vrai­ment aucune espèce d’im­por­tance, il faut remplir les quotas de prison­niers et de morts.

Heureu­se­ment, grâce à l’éner­gie des descen­dants, on a fini par retrou­ver les fosses communes et les circons­tances de sa mort sont aujourd’­hui complè­te­ment éluci­dées. Il ne s’agis­sait pas vrai­ment d’une appen­di­cite comme on l’avait d’abord annoncé à son épouse. Olivier Rollin décrit sa mise à mort avec tous les détails qu’il a pu rassem­bler, se deman­dant à chaque fois à quel moment le météo­ro­logue a ouvert les yeux sur le système qui le broyait ainsi, pour fina­le­ment l’as­sas­si­ner et jeter son corps dans une fosse cachée au cœur d’une forêt. Comme l’au­teur, je me console en pensant que la plupart des comman­di­taires de ces meurtres abomi­nable seront eux mêmes et fusillés, car lorsque la terreur s’emballe elle a beau­coup de mal à s’ar­rê­ter. A la fin de ce livre Olivier Rollin, remer­cie Nico­las Werth dont je veux lire depuis long­temps les livres, il a réussi à retrou­ver dans les archives russes ce qu’a repré­senté l’ordre opéra­tion­nel n° 04447 du NKVD qui a fait « dispa­raître » Alexexeï Féodos­sié­vitch Vangen­heim ainsi que 1111 personnes fusillées à Medve­jé­gorsk.

Citations

Les saboteurs

Il y avait encore, à ma droite, du côté des sabo­teurs, le cama­rade (pour combien de temps ? ) Rous­sa­nov, direc­teur du chemin de fer Moscou-Bielo­morsk (qu’emprunterait bien­tôt dans un wagon à bestiaux, Alexei Feodos­sie­vitch), qui se plai­gnait de ne pas avoir assez de maté­riel roulant alors qu’il en avait bien suffi­sam­ment, seule­ment il lais­sait pros­pé­rer les tire-au- flanc de telle façon que les trains n’étaient jamais prêts au départ. Et le cama­rade ou bien­tôt l’ex-cama­rade Joukov était dans le même cas. Et celui du chemin de fer du Sud, qui retar­dait le char­ge­ment du char­bon du Donbass​.Et les vauriens de la centrale élec­trique de Perm, alors, qui depuis le début de l’hi­ver désor­ga­ni­saient la produc­tion par des coupures de courant intem­pes­tives.

Un Cadeau venant du Goulag

Aujourd’­hui, jour de ton anni­ver­saire, écrit-il le dix-sept décembre, j’ai pensé à t’en­voyer un portrait du cama­rade Staline et une tête de cheval en éclat de pierre. Drôle de cadeau d’an­ni­ver­saire.

La disparition de 1100 êtres humains