Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thè­que de Dinard et coup de cœur de mon club

Je le mets dans la caté­go­rie « Roman qui font du bien », avec ces quatre coquillages, il est aussi dans « mes préfé­rences », parce qu’il raconte un très bel amour qui a duré tout le temps d’une vie de couple, brisé seule­ment par la mort trop précoce due à la chorée de Hunting­ton. Il y a telle­ment d’histoires de couples qui n’arrivent pas à s’aimer dans la litté­ra­ture actuelle. Certes, (et hélas !) la mort précoce de la jeune femme, est peut-être un facteur de réus­site de cet amour, mais Tris­tan Talberg sous la plume de Patrick Tudo­ret raconte si bien cette rela­tion réus­sie, pleine de passion, de tendresse, d’attention à autrui que cela m’a fait vrai­ment du bien au creux de cet hiver très gris. Ce roman n’est pas non plus un texte de plus sur le pèle­ri­nage de Compos­telle, mais plutôt un chemin vers la sortie du deuil.

Cette longue marche à pied, permet grâce à l’effort physique souvent soli­taire, un retour sur soi et une réflexion sur la foi. Les bruits du monde sont comme assour­dis, s’ils parviennent aux marcheurs c’est avec un temps de réflexion salu­taire. Ce n’est pas un livre triste, au contraire, il est souvent drôle, les diffé­rents marcheurs sont bien croqués, cela va de l’athée mili­tant aux confits en reli­gion. Tris­tan est un agnos­tique dans lequel je recon­nais volon­tiers plusieurs de mes tendances. Beau­coup plus cultivé que moi, il se passionne pour les auteurs comme Pascal, Chateau­briand, Saint Augus­tin mais c’est pour réflé­chir sur ses doutes et fuir tous les secta­rismes. Et le prix Nobel dans tout cela ? disons que c’est un beau prétexte pour réflé­chir sur la noto­riété et la média­ti­sa­tion du monde actuel. Un roman agréable à lire et j’ai déjà en tête bien des amies à qui je l’offrirais volon­tiers.

Citations

Ceux qui ont refusé le Nobel

Sartre en 1960, vexé peut-être que Camus l’eût devancé de trois ans… ; Beckett aussi, ascète incor­rup­tible des Lettres (.…) Beckett n’avait pas un rond vaillant et la gentillette somme atta­chée au prix l’eût sans doute bien aidé, mais sa soupente d’étudiant éter­nel était plus vaste que tous les palais

Ce portrait m’enchante

Fervent secta­teur du guide Miche­lin, son ingé­nieur de père, pour qui la poésie du monde rési­dait davan­tage dans un roule­ment à billes que dans les vers impairs de Verlaine, en vantait sans fléchir l’objectivité et le sérieux .

La mort de l’aimée

Elle ne vit qu’une masse sombre effon­drée sur le lit. Une masse sombre tran­chant sur le drap clair, dans cette chambre étouf­fante et blanche. Un homme couché sur une femme aimée, ploye sur elle, la couvrant de tout son corps comme si elle avait froid. Mais elle n’avait plus froid

Agnostique et Athée

Mais, tu le sais, j’ai toujours eu les fonda­men­ta­listes en horreur, qu’ils fussent croyants ou athées. Leurs idées arrê­tées en font des statues de sel, des cerveaux en jachère. Leurs certi­tudes m’emmerdent. Cette pensée enkys­tée me fait honte et m’effraie à la fois. Fonda­men­ta­lisme athée, gonflé de préten­tion sur ratio­na­listes, tenant dans le plus insup­por­table mépris les 9/​10° de l’humanité pour qui Dieu et le sacré sont au coeur de tout, mais aussi fonda­men­ta­lisme reli­gieux qui nous fait le coup de la certi­tude « infor­mée », fermée à toute autre forme de pensée

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C’est un de mes cadeaux de Noël 2015. Je suis fan abso­lue de cette Mamette. Je relis cette BD, dès que j’ai moral qui flanche. Elle est drôle, toujours tour­née vers la vie, même quand ça devient compli­qué de vieillir. Les person­nages qui l’entourent sont bien imagi­nés et je me retrouve dans leurs réac­tions . Ils sont juste un peu plus vieux que moi, cela me permet de me sentir plus jeune et plus à la page.
Son fils « Chou­pi­net » a bien du mal à retrou­ver sa place dans une société où il ne fait pas bon être chômeur mais il y arri­vera.

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Cette phrase dite très fort dans la biblio­thèque a dû mettre à l’aise « Chou­pi­net »

« Chou­pi­net la jolie dame est céli­ba­taire, comme toi

Tu attends quoi ?

Que je fasse les présen­ta­tions »

Mais le plus déli­cieux c’est sa bande de copines, je vous présente l’hypocondriaque, râleuse :

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et sa meilleure amie

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C’est quand même vrai que Jésus n’a jamais fait ses courses. Bref un concen­tré d’optimisme et de joie de vivre pour ce Noël 2015 c’était exac­te­ment ce qu’il me fallait.


Apres Homo Sapiens, je savais que je lirai ce livre qui fait tant parler de lui et de son auteur. On retrouve l’esprit vif et peu conven­tion­nel de Yuval Noah Harari mais c’est moins agréable à lire. Car, si de nouveau, il remet en cause la façon dont Homo Sapiens, (c’est à dire nous) a conquis la planète, au détri­ment des animaux et au risque de détruire l’équilibre de la nature, il projette dans le futur les consé­quences de nos récentes décou­vertes. Nous sommes donc, selon lui, au bord de créer l’Homo-Deus qui aura sans doute aussi peu de consi­dé­ra­tion pour Homo Sapiens que celui-ci en a eu pour les animaux. L’auteur consacre de longues pages sur le sort que nous avons réservé à l’espèce animale, c’est terri­ble­ment angois­sant. Les démons­tra­tions sont brillantes et souvent impla­cables. Mais c’est aussi très triste, car cet avenir n’est guère réjouis­sant. Yuval Noah Harari ne veut être ni gourou, ni prophète, il peut se trom­per mais il nous demande de réflé­chir. Il termine son livre en nous lais­sant trois thèmes de réflexions que je vous livre :

Tous les autres problèmes et évolu­tion sont éclip­sés par trois proces­sus liés les uns aux autres :
1/​la science converge dans un dogme univer­sel, suivant lequel les orga­nismes sont des algo­rithmes et la vie se réduit au trai­te­ment des données.
2/ l’intelligence se découple de la conscience.
3/​Des algo­rithmes non conscients mais fort intel­li­gents, pour­raient bien­tôt nous connaître mieux que nous-mêmes.
Ces trois proces­sus soulèvent trois ques­tions cruciales, dont j’espère qu’elle reste­ront présentes à votre esprit long­temps après que vous aurez refermé ce livre : 
1/​Les orga­nismes ne sont-ils réel­le­ment que des algo­rithmes, et la vie se réduit-elle au trai­te­ment des données ? 
2/​De l’intelligence ou de la conscience, laquelle est la plus précieuse ?
3/​Qu’adviendra-t-il de la société, de la poli­tique et de la vie quoti­dienne quand les algo­rithmes non conscients mais haute­ment intel­li­gents nous connaî­trons mieux que nous ne nous connais­sons ?
Ne croyez pas pouvoir sortir de ces ques­tions par une simple boutade, ou par un geste rapide de déné­ga­tion. Même si ces ques­tions ne vous inté­ressent pas sachez que ces problèmes vont venir vers vous que vous le vouliez ou non. Il a fallu 500 pages à l’auteur pour en arri­ver là. Il vous entraî­nera aupa­ra­vant dans l’histoire humaine avec beau­coup d’humour et de sagesse. Vous verrez Homo Sapiens conqué­rir, domes­ti­quer et domi­ner complè­te­ment la planète et après avoir vaincu les trois fléaux qui l’ont occupé des millé­naires durant, à savoir : la famine, la mala­die et les guerres, s’il suit les tendances actuelles, il se pren­dra pour Dieu et voudra vivre une vie augmen­tée de tous les services rendus par les nouvelles tech­no­lo­gies. Vous croyez qu’il délire, et pour­tant entre le Bitcoin, les blok­schains et les big-data , dites moi un peu où se trouvent l’individu, le pouvoir poli­tique ou les nations. Que deviennent nos concep­tions de l’humanisme ?
J’ai annoté ce livre au fur et à mesure de ma lecture et si je mets toutes mes notes dans mon article c’est que parfois elles me font sourire mais surtout elles me permettent de mieux me souve­nir des raison­ne­ments de cet auteur, Yuval Noah Harari : juif, athée, végé­ta­rien, homo­sexuel et surtout incroya­ble­ment intel­li­gent. Il a déclaré que le fait de n’être pas dans le moule de l’Israélien clas­sique lui avait permis d’être libre dans son mode de pensée.
Un livre impla­cable donc, vous le lirez sans doute mais avec moins de jubi­la­tion que son précé­dent ouvrage.

Citation

la fin des famines

En 2012, autour de 56 million de personnes sont mortes à travers le monde. ; 620000 ont été victimes de la violence humaine, (la guerre en a tué 120000, le crime 500 000). En revanche, on a dénom­bré 800 000 suicides, tandis que 1,5 million de gens mouraient du diabète. Le sucre est devenu plus dange­reux que la poudre à canon.

Une formule et un exemple frappant : l’art de convaincre de cet auteur

Le mot « paix » a pris un sens nouveau. Les géné­ra­tions anté­rieures envi­sa­geaient la paix comme l’absence tempo­raire de guerre. Aujourd’hui, la Paix, c’est l’invraisemblance de la guerre. En 1913, quand les gens parlaient de la paix entre la France et l’Allemagne, ils voulaient dire : » pour l’instant, il n’y a pas de guerre entre les deux pays, et qui sait ce que l’année prochaine nous réserve ? » Quand nous disons aujourd’hui que la paix règne entre la France et l’Allemagne, nous voulons dire que, pour autant que l’on puisse prévoir, il est incon­ce­vable qu’une guerre puisse écla­ter entre elles.

La fin des masses

De surcroît, malgré toutes les percées médi­cales, nous ne saurions être abso­lu­ment certain qu’en 2070 les plus pauvres joui­ront de meilleurs soins qu’aujourd’hui. L’État et L’élite pour­raient se désin­té­res­ser de la ques­tion. Au 20e siècle, la méde­cine a profité aux masses parce que ce siècle était l’ère des masses. Les armées avaient besoin de millions de soldats en bonne santé, et les écono­mies de millions de travailleurs sains. Aussi les États ont-ils mis en place des services publics pour veiller à la santé et à la vigueur de tous. Nos plus grandes réali­sa­tions médi­cales ont été la créa­tion d’installation d’hygiène de masse, de campagne massive de vacci­na­tion et l’éradication des épidé­mies de masse. En 1914, l’élite japo­naise avait tout inté­rêt à vacci­ner les plus pauvres, et à construire des hôpi­taux et le tout-à-l’égout dans les taudis : pour que le pays deviennent une nation forte à l’armée puis­sante et à l’économie robuste, il lui fallait des millions de soldats et d’ouvriers en bonne santé. 

L’ère des masses pour­rait bien être termi­née et, avec elle, l’âge de la méde­cine de masse. Tandis que soldats et travailleurs humains laissent place aux algo­rithmes, certaines élites au moins en concluent peut-être qu’il ne rime à rien d’assurer des niveaux de santé amélio­rés ou même stan­dards aux masses pauvres, et qu’il est bien plus raison­nable de cher­cher à augmen­ter une poignée de surhommes hors norme.

Victoire du libéralisme économique sur le totalitarisme communiste

Si le capi­ta­lisme a vaincu le commu­nisme, ce n’est pas parce qu’il était plus éthique, que les liber­tés indi­vi­duelles sont sacrées où que Dieu était en colère contre les commu­nistes païens. Le capi­ta­lisme a gagné la guerre froide parce que le trai­te­ment distri­bué des données marche mieux que le trai­te­ment centra­lisé, du moins dans les périodes d’accélération du chan­ge­ment tech­nique. Le comité central du Parti commu­niste ne pouvait tout simple­ment pas faire face au chan­ge­ment rapide du monde à la fin du 20e siècle. Quand la tota­lité des Data s’accumule dans un seul bunker secret, et qu’un groupe de vieux appa­rat­chiks prend toutes les déci­sions impor­tantes, ils peuvent certes produire des bombes nucléaires à la pelle, mais ni Apple ni Wiki­pé­dia. 
On raconte une anec­dote proba­ble­ment apocryphe, comme toutes les bonnes anec­dotes, lorsque Michael Gorbat­chev tenta de ressus­ci­ter l’économie sovié­tique mori­bonde, il envoya à Londres un de ses prin­ci­paux colla­bo­ra­teurs pour voir ce qu’il en était du that­ché­risme et comment fonc­tion­nait réel­le­ment un système capi­ta­liste. Ses hôtes guiderent le visi­teur sovié­tique, à travers la City, la bourse de Londres et la London School of Econo­mics, où il discuta avec des direc­teurs de banque, dès entre­pre­neurs et des profes­seurs. Après de longues heures, l’expert sovié­tique ne plus se rete­nir : » Un instant, je vous prie. Oubliee toutes ces théo­ries écono­miques compli­quées. Cela fait main­te­nant une jour­née que nous parcou­rons Londres en long et en large, il y a une chose que je n’arrive pas à comprendre. À Moscou nos meilleurs esprits travaillent sur le système de four­ni­ture du pain, et pour­tant il y a des queues inter­mi­nables devant les boulan­ge­ries et les épice­ries. Ici, à Londres, vivent des millions de gens, et nous sommes passés aujourd’hui devant quan­tité de maga­sin et de super­mar­ché, je n’ai pas vu une seule queue pour le pain. Je vous en prie, condui­sez-moi auprès de la personne char­gée de ravi­tailler Londres en pain. Il faut que je connaisse son secret. » Ses hôtes se grat­terent la tête, réflé­chirent un instant, et dirent : » Personne n’est chargé de ravi­tailler Londres en pain. »
Tel est le secret de la réus­site capi­ta­liste. Aucune unité centrale de trai­te­ment ne mono­po­lise toutes les données concer­nant la four­ni­ture en pain de la capi­tale.

L’avenir de l’internet

les gouver­ne­ment et les ONG pour­suivent en consé­quence des débats intenses sur la restruc­tu­ra­tion d’internet , mais il est beau­coup plus diffi­cile de chan­ger un système exis­tant que d’intervenir à ses débuts. De plus, le temps que la pesante bureau­cra­tie offi­cielle ait arrêté sa déci­sion en matière de Cyber-régu­la­tion, Inter­net ce sera méta­mor­phosé dix fois. La tortue gouver­ne­men­tale ne saurait rattra­per le lièvre tech­no­lo­gique. Les data la submergent. La NSA (Natio­nal Secu­rity Agency) peut bien espion­ner chacun de nos mots, à en juger d’après les échecs répé­tés de la poli­tique étran­gère améri­caine, personne, à Washing­ton, ne sait que faire de toutes les données. Jamais dans l’histoire on en a su autant sur ce qui se passe dans le monde, mais peu d’Empires ont gâché les choses aussi maladroi­te­ment que les États-Unis contem­po­rains. Un peu comme un joueur de poker qui c’est quelles cartes détiennent ses adver­saires mais se débrouille pour perdre à chaque coup.

Connais-toi toi même.…

Vous voulez savoir quoi ? Payez à « 23andMe » la modique somme de 99 dollars, et on vous enverra un petit paquet dans lequel vous trou­ve­rez une éprou­vette. Vous crachez dedans, vous la fermez hermé­ti­que­ment et vous la renvoyer à Moun­tain View, en Cali­for­nie. Là, l’ADN de votre salive est lu, et vous rece­vez les résul­tats en ligne. Vous obte­nez une liste des problèmes de santé qui vous guettent et le bilan de vos prédis­po­si­tions géné­tiques a plus de quatre-vingt-dix traits et condi­tions, de la calvi­tie à la cécité. « Connais-toi toi-même ? » Cela n’a jamais été plus facile ni meilleur marché. Puisque tout repose sur des statis­tiques, la taille de la base de données de la société est la clé pour des prédic­tions exactes Aussi la première société à construire une base de données géné­tiques géante four­nira-t-elle à la clien­tèle les meilleures prédic­tion et acca­para-t-elle poten­tiel­le­ment le marché. Les socié­tés améri­caines de bio-tech­no­lo­gie redoutent de plus en plus que la rigueur des lois sur la vie privée aux États-Unis, alliée au mépris chinois pour l’intimité, n’apporte à la Chine sur un plateau le marché géné­tique.

Fin de l’humanisme

Les hommes sont mena­cés de perdre leur valeur écono­mique parce que l’intelligence est décou­plée de la conscience. 
Jusqu’à aujourd’hui, la grande intel­li­gence est toujours allée de pair avec une conscience déve­lop­pée. Seuls des êtres conscients pouvaient accom­plir des tâches qui néces­si­taient beau­coup d’intelligence, comme jouer aux échecs, conduire une voiture, diag­nos­ti­quer une mala­die ou iden­ti­fier des terro­ristes. Toute­fois, nous mettons au point de nouveaux types d’intelligences non conscientes suscep­tibles d’accomplir ses tâches bien mieux que les êtres humains. Toutes ces tâches sont en effet fondées sur la recon­nais­sance de forme, il est possible que, bien­tôt, des algo­rithmes non conscients surpassent la conscience humaine en la matière.

Justification de la guerre

L’humanisme évolu­tion­niste soutient que l’expérience de la guerre est précieuse, et même essen­tielle. Le film « le troi­sième homme » a pour cadre la ville de Vienne au lende­main de la Seconde Guerre mondiale. Réflé­chis­sant au conflit récent, le person­nage Harry Lime observe : « Après tout, ce n’est pas si terrible… En Italie, sous les Borgia, ils ont eu trente années de guerre, de terreur, de meurtre et de bain de sang, mais ils ont produit Michel-Ange, Léonard de Vinci et la Renais­sance. En Suisse, ils ont eu l’amour frater­nel, cinq siècles de démo­cra­tie et de paix, et qu’ont-ils produit ? Le coucou. » Il a tort sur presque tous les points, au début des temps modernes, la Suisse a proba­ble­ment été la région d’Europe la plus assoif­fée de sang et expor­tait surtout des merce­naires, et le coucou est en fait une inven­tion alle­mande.

Humour en Israël

De nos jours, il est assez inté­res­sant de le consta­ter, même les fana­tiques reli­gieux adoptent ce discours huma­niste quand ils veulent influen­cer l’opinion publique. Chaque année depuis une décen­nie, par exemple, la commu­nauté israé­lienne LGBT
(lesbiennes,gays, et trans­genres) orga­nise une Gay Pride dans les rues de Jéru­sa­lem : un jour d’harmonie unique dans cette ville déchi­rée par les conflits, parce que c’est la seule occa­sion où les juifs reli­gieux, les musul­mans et les chré­tiens trouvent soudain une cause commune ; tous se déchaînent contre la parade. Ce qui est vrai­ment inté­res­sant, cepen­dant, c’est l’argument qu’ils invoquent. Ils ne disent pas : » Ces pêcheurs doivent être privés de parade parce que Dieu inter­dit l’homosexualité. » Mais, devant tous les micros et camé­ras de télé­vi­sion, ils expliquent que « voir une parade gay dans les rues de la ville sainte de Jéru­sa­lem blesse notre sensi­bi­lité. Les gays nous demandent de respec­ter leurs senti­ments, qu’ils respectent les nôtres. ».

Humour

Alors que les prêtres du Moyen-Âge dispo­saient d’une hotline avec Dieu et pouvaient distin­guer le bien du mal à notre inten­tion, les théra­peutes modernes, nous aident simple­ment à entrer en contact avec nos senti­ments intimes.

Importance du crédit

Les Temps Modernes finir par casser ce cycle du fait de la confiance crois­sante des gens en l’avenir et au miracle du crédit qui en est résulté. Le crédit est la mani­fes­ta­tion écono­mique de la confiance. De nos jours, si je souhaite mettre au point un nouveau médi­ca­ment, et que je manque d’argent, je peux obte­nir un prêt à la banque, ou me
tour­ner vers des inves­tis­seurs privés et des fonds de capi­taux à risque. Quand Ébola est apparu en Afrique de l’Ouest à l’été 2014, que croyez-vous qu’il advint des actions des socié­tés phar­ma­ceu­tiques qui travaillait à des médi­ca­ments et des vaccins contre ce virus ? Elle s’envolèrent. Les actions de Tekmira augmen­tèrent de 50 %, salle de BioCryst, de 90 %. Au Moyen-Âge, quand une épidé­mie se décla­rait, les gens tour­naient les yeux vers le ciel et priaient Dieu de leur pardon­ner leurs péchés. Aujourd’hui, quand les gens entendent parler d’une nouvelle épidé­mie mortel, ils prennent leur télé­phone mobile et appellent leur cour­tier. Sur le marché bour­sier, même une épidé­mie est une occa­sion de faire des affaires.

L’humour

En vérité, aujourd’hui encore, quand ils prêtent serment, les prési­dents améri­cains posent la main sur une Bible. De même dans bien des pays à travers le monde, dont les États-Unis et le Royaume-Uni, les témoins, à la cour, posent la main sur une Bible en jurant de dire la vérité, toute la vérité et rien que la vérité. Il est para­doxal qu’ils jurent de dire la vérité sur un livre débor­dant de fictions, de mythes et d’erreurs. 

Une partie des problèmes de l’Afrique

Sur une table bien asti­quée de Berlin, ils dérou­lèrent une carte à moitié vide de l’Afrique, esquis­sèrent quelques traits ici ou là, et se parta­gèrent le conti­nent.
Quand, le moment venu, les Euro­péens s’y aven­turent munis de leur carte, ils décou­vrirent que nombre des fron­tières tracées à Berlin rendaient mal justice à la réalité géogra­phique, écono­mique et ethnique de l’Afrique. Toute­fois, pour éviter de réveiller des tensions, les enva­his­seurs s’en tinrent à leurs accords, et ces lignes imagi­naires devinrent les fron­tières effec­tives des colo­nies euro­péennes. Dans la seconde moitié du XXe siècle, avec la désin­té­gra­tion des empires euro­péens, les colo­nies accé­dèrent à l’indépendance. Les nouveaux pays acce­ptèrent alors des fron­tières colo­niales, redou­tant de provo­quer sinon une chaîne sans fin de guerres et de conflits. Beau­coup de diffi­cul­tés que traversent les pays afri­cains actuels viennent de ce que leurs fron­tières ont peu de sens. Quand les écrits fantai­sistes des bureau­cra­tie euro­péenne se heur­tèrent à la réalité afri­caine, ce fut la réalité qui dut céder.

Pourquoi les religieux détestent la théorie de l’évolution

La théo­rie de la rela­ti­vité ne met personne en colère parce qu’elle ne contre­dit aucune de nos croyances chérie. La plupart des gens se fichent pas mal que l’espace et le temps soit absolu ou rela­tif. Si vous croyez possible de cour­ber l’espace et le temps, eh bien, faites donc ! Allez-y, pliez-les. Je n’en ai cure. En revanche, Darwin nous a privé de notre âme. Si vous compre­nez plei­ne­ment la théo­rie de l’évolution, vous compre­nez qu’il n’y a pas d’âme. C’est une pensée terri­fiante pour les chré­tiens et musul­mans fervents, mais aussi pour bien des esprits sécu­liers qui n’adhèrent clai­re­ment a aucun dogme reli­gieux, mais n’en veulent pas moins croire que chaque humain possède une essence indi­vi­duelle éter­nelle qui reste inchan­gée tout le long de la vie et peut même survivre intacte à la mort.

Le charme de l’éducation britannique

John Watson, qui faisait auto­rité en la matière dans les années 1920, conseillait sévè­re­ment aux parents : » Ne serrez jamais vos enfant dans vos bras, ne les embras­sez pas, ne les lais­sez jamais s’asseoir sur vos genoux. S’il le faut, donnez-leur un baiser sur le front quand ils vous disent bonne nuit. Le matin, serrez leur la main. »

Genre d’anecdote qu’on aime répéter

Une anec­dotes célèbres, proba­ble­ment apocryphe, rapporte la rencontre en 1923 du prix Nobel de litté­ra­ture Anatole France et d’Isadora Duncan, la belle et talen­tueuse danseuse. Discu­tant du mouve­ment eugé­niste alors en vogue, Duncan observa : « .Imagi­nez un peu un enfant qui aurait ma beauté et votre intel­li­gence ! ». Et France de répondre : « Oui, mais imagi­nez un enfant qui ait ma beauté et votre intel­li­gence ! »

La vie, le sacré et la mort

La Décla­ra­tion univer­selle des droits de l’homme adop­tée par les Nations unies au lende­main de la dernières guerre – qui est ce qui ressemble sans doute le plus à une consti­tu­tion mondiale- déclare caté­go­ri­que­ment que le « droit à la vie » est la valeur la plus fonda­men­tale de l’humanité. Puisque la mort viole clai­re­ment ce droit, la mort est un crime contre l’humanité. Nous devons mener contre elle une guerre totale.
Tout au long de l’histoire, les reli­gions et les idéo­lo­gies n’ont pas sanc­ti­fié la vie elle-même, mais autre chose au-delà de l’existence terrestre. Elles ont donc parfai­te­ment toléré la mort. Certaines ont même montré beau­coup d’affection pour la Grande Faucheuse. Pour le chris­tia­nisme, l’islam et l’hindouisme, le sens de notre exis­tence dépen­dait de notre destin dans l’au-delà ; pour ces reli­gions, la mort était donc un élément vital et posi­tif du monde.

Traduit de l’allemand et annoté par Élisa­beth Guillot.


Les cinq coquillages veulent dire, tout simple­ment, qu’il faut lire ce livre car il nous en apprend tant sur une période qu’on voudrait à jamais voir bannie et fait réflé­chir sur la langue du monde poli­tique qui veut mani­pu­ler plus que convaincre. Rosa Montero dans « la folle du logis « en parlait et elle m’a rappelé que je voulais le lire depuis long­temps. À mon tour de venir conseiller cette lecture à toutes celles et tous ceux qui se posent des ques­tions sur le nazisme en parti­cu­lier sur l’antisémitisme des Alle­mands. Ce pays haute­ment civi­lisé qui en 1933 permit que l’on inscrive à l’entrée de l’université de Dresde où Victor Klem­pe­rer ensei­gnait la philo­lo­gie :

« Quand le Juif écrit en alle­mand, il ment. »

Comment cet homme qui se sent telle­ment plus alle­mand que juif peut-il comprendre alors, qu’aucun de ses chers confrères n’enlèvent immé­dia­te­ment cette pancarte ? Cet homme qui a failli lais­ser sa vie pour sa patrie durant la guerre 14 – 18 ne peut accep­ter le terrible malheur qui s’abat sur lui. Pour ne pas deve­nir fou, il essaie d’analyser en bon philo­logue la langue de ses bour­reaux. Il cachera le mieux qu’il peut ses écrits et leur donnera une forme défi­ni­tive en 1947. Comment a-t-il survécu ? contrai­re­ment à son cousin Otto le chef d’orchestre, il est resté en Alle­magne, marié à une non-juive ; il a survécu tout en subis­sant les lois concer­nant les Juifs alors qu’il était baptisé depuis de longues années. La veille des bombar­de­ments de Dresde, il devait être déporté avec sa femme, les consé­quences tragiques du déluge de feu qui s’est abattu sur sa ville lui ont permis de fuir en dissi­mu­lant son iden­tité.

Son essai montre de façon très précise comment on peut défor­mer l’esprit d’un peuple en jouant avec la langue et en créant une pseudo-science . Il semble parfois ergo­ter sur certains mots qui ne nous parlent plus guère, mais ce ne sont que des détails par rapport à la portée de ce livre. Il est évident que Victor Klem­pe­rer réus­sit à survivre grâce à l’amour de sa femme et le dévoue­ment d’amis dont ils parlent peu. Il est telle­ment choqué par la trahi­son des intel­lec­tuels de son pays qu’il a tendance à ne rien leur pardon­ner et être plus atten­tif aux gens simples, qu’ils jugent plus victimes du régime que bour­reaux . Pour ceux qui avaient la possi­bi­lité de réflé­chir, il démontre avec exac­ti­tude qu’ils ont failli à leur mission d’intellectuels. Malheu­reu­se­ment dans un passage dont je cite un court extrait, on voit que sa clair­voyance s’est arrê­tée au nazisme et qu’il est lui-même aveu­glé par l’idéologie commu­niste. Le livre se fait poignant lorsque Victor Klem­pe­rer se laisse aller à quelques plaintes des trai­te­ments qu’il subit quoti­dien­ne­ment. Que ce soit » le bon » qu’il reçoit pour aller cher­cher un panta­lon usagé réservé aux juifs, puisqu’il ne peut plus ache­ter ni porter des vête­ments neufs, ou le geste de violence qui le fait tomber de la plate-forme du bus, seul endroit que des juifs peuvent utili­ser dans les trans­ports en commun. Avec, au quoti­dien, la peur d’enfreindre une des multiples règles concer­nant les juifs et l’assurance, alors, d’être déporté : avoir un animal domes­tique, avoir des livres non réser­vés aux juifs, dire Mendels­sohn au lieu du « juif Mendels­sohn », sortir à des heures où les juifs n’ont pas le droit d’être dehors, ne pas lais­ser la place assez rapi­de­ment à des aryens, ne pas clai­ron­ner assez fort « Le juif Klem­pe­rer » en arri­vant à la Gestapo où de toutes façon il sera battu plus ou moins forte­ment … un véri­table casse-tête qui fait de vous un sous-homme que vous le vouliez ou non.

Lors de la réflexion sur le poids des mots et des slogans en poli­tique, j’ai pensé que nous avions fait confiance à un parti qui s’appelle « En marche », et que ces mots creux ne dévoi­laient pas assez, à travers cette appel­la­tion, les inten­tions de ceux qui allaient nous gouver­ner. En période trou­blée, les mots comme « Répu­blique » ou « Démo­cra­tie » sont sans doute plus clairs mais engagent-ils davan­tage ceux qui s’y réfèrent ?

Citations

Pour situer ce livre, on peut lire ceci dans la préface de Sonia Combe

À la fin de la guerre, Victor Klem­pe­rer et à double titre un survi­vant. Tout d’abord, bien entendu, parce qu’il a fait partie de ces quelques milliers de Juifs, restés en Alle­magne, qui ont échappé à la dépor­ta­tion. Mais, en second lieu, parce qu’il demeure ce qu’il a toujours été, un Juif irré­mé­dia­ble­ment alle­mand, un rescapé de la « symbiose judéo-alle­mande », de ce bref moment de l’histoire alle­mande qui permit la sécu­la­ri­sa­tion de l’esprit juif, l’acculturation des juifs et leur appro­pria­tion de l’univers cultu­rel alle­mand. Quoi qu’il en soit de la réalité de cette symbiose, aujourd’hui le plus souvent perçu comme un mythe ou l’illusion rétros­pec­tive d’une rela­tion d’amour entre Juifs et Alle­mands qui ne fut jamais réci­proque, Klem­pe­rer est l’héritier spiri­tuel de cette Alle­magne fantasmé et désiré – au point qu’elle restera, quoi qu’il arrive et pour toujours, sa seule patrie possible.

La mauvaise foi des scientifiques allemands de l’époque nazie

Le congrès de méde­cine de Wies­ba­den était lamen­table ! Ils rendent grâce à Hitler, solen­nel­le­ment et à plusieurs reprises, comme « Au Sauveur de l’Allemagne »-bien que la ques­tion raciale ne soit pas tout à fait éluci­dée, bien que les « étran­gers » , August von Wasser­mann méde­cin alle­mand 1866 1925, Paul Ehrlich,médecin alle­mand 1854 1915 prix Nobel de méde­cine en 1908 et Neis­ser aient accom­pli de grandes choses. Parmi « mes cama­rades de race » et dans mon entou­rage le plus proche, il se trouve des gens pour dire que ce double « bien que » est déjà un acte de bravoure et c’est ce qu’il y a de plus lamen­table dans tout cela. Non, la chose la plus lamen­table entre toutes, c’est que je sois obligé de m’occuper constam­ment de cette folie qu’est la diffé­rence de race entre Aryens et Sémite, que je sois toujours obligé de consi­dé­rer tout cet épou­van­table obscur­cis­se­ment et asser­vis­se­ment de l’Allemagne du seul point de vue de ce qui est juif. Cela m’apparaît comme une victoire que l’hitlérisme aurait rempor­tée sur moi person­nel­le­ment. Je ne veux pas la lui concé­der.

L’influence Nazie dans les couches populaires.

Frieda savait que ma femme était malade et alitée. Un matin, je trou­vais une grosse pomme au beau milieu de ma machine. Je levais les yeux vers le poste de Frieda et elle me fit un signe de tête. Un instant plus tard, elle se tenait à côté de moi : « pour ma petite mère, avec toutes mes amitiés ». Puis d’un air curieux et étonné, elle ajouta : » Albert dit que votre femme est alle­mande. Est-elle vrai­ment alle­mande ? »
La joie que m’avait causée la pomme s’envola aussi­tôt. Dans cette âme candide qui ressen­tait les choses de manière abso­lu­ment pas nazie mais, au contraire, très humaine, s’était insi­nué l’élément fonda­men­tal du poison nazi ; elle iden­ti­fiait » Alle­mand » avec le concept magique d » » Aryen » ; il lui semblait à peine croyable qu’une Alle­mande fut mariée avec moi, l’étranger, la créa­ture appar­te­nant à une autre branche du règne animal ; elle avait trop souvent entendu et répété des expres­sions comme « étran­gers à l’espèce », » de sang alle­mand », « racia­le­ment infé­rieur », « nordique » et « souillure raciale » : sans doute n’associait-elle à tout cela aucun concept précis, mais son senti­ment ne pouvait appré­hen­der que ma femme pût être alle­mande.

L’auteur se pose cette question :

Mais voilà que le reproche que je m’étais fait pendant des années me reve­nait à l’esprit, ne sures­ti­mais-je pas, parce que cela me touchait person­nel­le­ment de manière si terrible, le rôle de l’antisémitisme dans le système nazi ?
Non, car il est à présent tout à fait mani­feste qu’il consti­tue le centre et, à tout point de vue, le moment déci­sif du nazisme dans son ensemble. L’antisémitisme, c’est le senti­ment profond de rancune éprou­vés par le petit-bour­geois autri­chien déchu qu’était Hitler ; l’antisémitisme, sur le plan poli­tique, c’est la pensée fonda­men­tale de son esprit étroit. L’antisémitisme, du début jusqu’à la fin, le moyen de propa­gande le plus effi­cace du Parti, c’est la concré­ti­sa­tion la plus puis­sante et la plus popu­laire de la doctrine raciale, oui, pour la masse alle­mande c’est iden­tique au racisme. effet, que sait la masse alle­mande des dangers de l » negri­fi­ca­tion » (Vernig­ge­run) et jusqu’où s’étend sa connais­sance person­nelle de la préten­due infé­rio­rité des peuples de l’Est et du Sud-Est ? Mais un Juif, tout le monde connaît ! Anti­sé­mi­tisme et doctrine raciale sont, pour la masse alle­mande, syno­nyme. Et grâce au racisme scien­ti­fique ou plutôt pseudo-scien­ti­fique, on peut fonder justi­fier tous les débor­de­ments et toutes les préten­tions de l’orgueil natio­na­liste, chaque conquête, chaque tyran­nie, chaque exter­mi­na­tion de masse.

Originalité de l’antisémitisme nazie

Dans les temps anciens, sans excep­tion, l’hostilité envers les Juifs visait unique­ment celui qui était en dehors de la foi et de la société chré­tienne ; l’adoption de la confes­sion et des mœurs locales avait un effet compen­sa­teur, et (au moins pour la géné­ra­tion suivante) obli­té­rant. En trans­po­sant la diffé­rence entre Juif et non-Juifs dans le sang, l’idée de race rend tout compen­sa­tion impos­sible, elle rend la sépa­ra­tion éter­nelle et la légi­time comme œuvre de la volonté divine

Aveuglement sur le communisme

Car il est urgent que nous appre­nions à connaître le véri­table esprit des peuples dont nous avons été isolés pendant si long­temps, au sujet desquels on nous a menti pendant si long­temps. Et l’on ne nous a jamais menti autant que sur le peuple russe… Et rien ne nous conduit au plus près de l’âme d’un peuple que la langue… Et pour­tant, il y a » mettre au pas » et « ingé­nieur de l’âme » -tour­nures tech­niques l’une et l’autre. La méta­phore alle­mande désigne l’esclavage et la méta­phore russes, la liberté.

Le cogneur et le cracheur les deux hommes de la Gestapo qui ont tourmenté Klemperer pendant de longues années, ils les opposent aux intellectuels

Le cogneur et le cracheur, c’étaient des brutes primi­tives (bien qu’ils eussent le grade d’officier), tant qu’on ne peut pas les assom­mer, il faut suppor­ter ce genre d’homme. Mais ce n’est pas la peine de se casser la tête dessus. Alors qu’un homme qui a fait des études comme cet histo­rien de la litté­ra­ture ! Et, derrière lui, je vois surgir la foule des hommes de lettres, des poètes, des jour­na­listes, la foule des univer­si­taires. Trahi­son, où que se porte le regard.
Il y a Ulitz, qui écrit l’histoire d’un bache­lier juif tour­menté et la dédie à son ami Stefan Zweig, et puis au moment de la plus grande détresse juive, voilà qu’il dresse le portrait cari­ca­tu­ral d’un usurier juif, afin de prou­ver son zèle pour la tendance domi­nante.

Cet essai n’est qu’un humble tribut de recon­nais­sance envers l’art fran­çais qui nous a aidé à vivre pendant ces quelques années en URSS.


Un livre que j’avais déjà remar­qué puis oublié et qui m’a été remis en mémoire par Sandrine. Les circons­tances de ce livre sont stupé­fiantes : Joseph Czapski faisait partie des offi­ciers polo­nais captu­rés par les sovié­tiques alors qu’ils voulaient combattre les nazis. Ce fut une consé­quence du pacte Germano-Sovié­tique et comme la Russie a fini par le recon­naître en 1990, envi­ron 30 000 offi­ciers polo­nais furent tués par balle à Katyn. Joseph Czapski fait partie des quelques survi­vants, il ne sait pas ce que sont deve­nus ses amis. Voici ce qu’il dit dans son intro­duc­tion

Nous étions soixante-dix-neuf de Staro­bielsk sur quatre mille. Tous nos autres cama­rades de Staro­bielsk dispa­rurent sans lais­ser de trace.

Au camp-goulag de Grazo­wietz plutôt que de se lais­ser aller, avec ses amis, il orga­nise des confé­rences sur les spécia­li­tés des diffé­rents intel­lec­tuels polo­nais prison­niers. Lui est peintre, il avait décou­vert l’oeuvre de Proust à Paris et décide donc de le présen­ter à ses cama­rades. De mémoire, car bien sûr il n’a pas de livres avec lui, il fait une présen­ta­tion très fine de « la Recherche ». C’est très émou­vant de s’imaginer ces pauvres hommes réduits à la condi­tion de « zek » par la vie dans un goulag russe, écou­tant ses confé­rences :

Je vois encore mes cama­rades entas­sés sous les portraits de Marx, Engels et Lénine, haras­sés après un travail dans un froid qui montait jusqu’à quarante cinq degrés, qui écou­taient nos confé­rences sur des thèmes telle­ment éloi­gnés de notre réalité d’alors.
Je pensais alors avec émotion à Proust, dans sa chambre de liège, qui serait bien étonné et touché peut-être de savoir que vingt ans après sa mort des prison­niers polo­nais, après une jour­née entière passée dans la neige et le froid qui arri­vait à quarante degrés, écou­taient avec un inté­rêt intense l’histoire de la duchesse de Guer­mantes, la mort de Bergotte et tout ce dont je pouvais me souve­nir de ce monde de décou­vertes psycho­lo­giques précieuses et de beauté litté­raire.

Quel plai­sir de parta­ger avec lui les souve­nirs de cette oeuvre si parti­cu­lière ! il fait revivre Swann, la duchesse de Guer­mantes et Bergotte et mieux que je ne saurais le faire, analyse l’importance de Berg­son chez Proust en parti­cu­lier pour cette notion du temps dans son oeuvre. Il balaie d’un revers de plume l’accusation de snobisme (qui d’ailleurs n’est plus guère de mise aujourd’hui). Il trouve même dans la recherche des accents pasca­liens, je n’ai pas très bien compris pour­quoi. Joseph Czapski est un artiste peintre de talent et il possède une culture person­nelle d’un autre temps.

Il replace Proust dans son époque au milieu d’artistes, peintres ou écri­vains dont il semble connaître parfai­te­ment les œuvres. Et tout cela de mémoire ! j’ai eu l’impression de retrou­ver certains grands univer­si­taires qui ont enchanté mes études. Mais eux, avaient des biblio­thèques à leur dispo­si­tion. Lui n’avait que ses souve­nirs.

Tous ceux qui lisent avec plai­sir Proust aiment entendre parler de leur auteur et seront sensibles à la prouesse intel­lec­tuelle de Joseph Czapski et des circons­tances de la rédac­tion de ce court texte.

Citations

L’écrivain vieillissant et la prétention

Ce qui étonne, c’est que Bergotte, comme proche ami de Swann, se met à en dire du mal en voiture, avec beau­coup de finesse, de déta­che­ment, de faci­lité, au jeune garçon qui le voit pour la première fois. Bergotte donne l’occasion à Proust d’étudier avec cet esprit lucide et juste toutes les faiblesses, toutes les petites et grandes lâche­tés, tous les mensonges si souvent rencon­trés chez les artistes. Nous voyons dans les volumes suivants Bergotte vieilli, à l’époque de sa plus grande renom­mée, avec sa force créa­trice en extinc­tion. Main­te­nant, quand il écrit des livres de plus en plus rares, de moindre qualité, écrits avec infi­ni­ment plus d’efforts et avec ces senti­ments de joie et néces­sité inté­rieure bien affai­blis, il aime à répé­ter la phrase suivante : « Je pense qu’en écri­vant ces livres j’ai été utile à mon pays » , phrase qu’il ne disait jamais du temps de ses chefs-d’oeuvre.

Comme je suis d’accord avec cette remarque

Chez Proust nous rencon­trons un manque telle­ment absolu de parti pris, une volonté de savoir et de comprendre les états d’âme les plus oppo­sés les uns aux autres, une capa­cité de décou­vrir dans l’homme le plus bas les gestes nobles à la limite du sublime, et des réflexes bas chez les êtres les plus purs, que son oeuvre agit sur nous comme la vie filtrée et illu­mi­née par une conscience dont la justesse est infi­ni­ment plus grande que la nôtre.

La France à l’époque de Proust

Cette fin du XIXe siècle d’où découle la vision prous­tienne, est un moment suprême de l’art. La France produit alors un nombre d’artistes de génie qui, en surmon­tant toutes les contra­dic­tions profondes qui déchi­rait l’époque, arrivent à un art de synthèse.

Le projet littéraire de Proust

Nous appe­lons aujourd’hui tous les romans immenses, plus ou moins influen­cés par la forme de Proust, des romans-fleuves. Mais aucun de ces romans ne répond à cette déno­mi­na­tion à ce point qu » « À la recherche du temps perdu ». Ce n’est pas ce qu’entraîne le fleuve avec soi : des bûches, un cadavre, des perles, qui repré­sentent le côté spéci­fique du fleuve, mais le courant même sans arrêt. Le lecteur de Proust, en rentrant dans les flots appa­rem­ment mono­tones, est frappé non par les faits, mais par les personnes telles ou autres, par la vague non arrê­tée dans son mouve­ment de vie même. Le projet primi­tif de son oeuvre, qu’avait Proust, n’a pas pu être réalisé dans sa forme exté­rieure d’après son désir. Proust voulait faire paraître cette immense « somme » en un seul volume, sans alinéas, sans marges, sans parties ni chapitres. Le projet sembla abso­lu­ment ridi­cule aux éditeurs les plus culti­vés de Paris et Proust fut forcé de morcelé son oeuvre en quinze ou seize volumes, avec des titres englo­bant deux ou trois volumes.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard. Il a reçu un coup de coeur. 

J’ai rare­ment eu un plai­sir aussi fort en lecture. Je suis bien dans la langue de cet auteur et avec ses person­nages. Je pense aussi qu’une partie de mon bien être vient du contre­point qu’il apporte à la période que nous vivons en ce moment où tant de gens venant de ces mêmes régions reprennent le chemin de l’exil. En lisant la prose de Raphaël Constant, j’ai ressenti un immense espoir. Espoir que les hommes quelles que soient leurs origines, leur couleur de peau, leur langue, leur reli­gion, puissent vivre ensemble et façonnent grâce à leurs éner­gies venant du monde entier une région de notre planète. Je ne savais pas que dès 1920 les « levan­tins », c’est à dire les Syriens et les Irakiens chré­tiens ou musul­mans, avaient fui une région touchée par la misère.

Une rue, de Fort de France, porte le surnom de la rue des Syriens, c’est la plus commer­çante et c’est là que le person­nage dont nous suivons le destin, Wadi, va s’installer et faire fortune. Il aura aupa­ra­vant quitté son père et sa mère qui vivent en Syrie à Hala­biyah (lieu qui vient de connaître une nouvelle destruc­tion et sans doute un nouvel exode). Dès son arri­vée il aura la chance de tomber sous la coupe de Fanotte une femme noire qui va lui appor­ter l’amour physique mais aussi les langues de ce pays : le créole et le fran­çais. Grâce à elle et à son incroyable éner­gie, il va réus­sir à s’installer et vivre bien en Marti­nique, sans jamais oublier sa mère à qui il doit ses yeux verts, il la sait malheu­reuse au pays car elle est la première épouse de son père à qui elle n’a pu donner qu’un fils qui est si loin d’elle.

Le livre croise plusieurs destins, ceux des Syriens qui ont habité cette rue. J’ai été très sensible à la vie de Bachar le cousin de Wadi, il s’est fait chré­tien par amour d’une jolie indienne. Le person­nage que j’ai préféré c’est Fanotte, son intel­li­gence et son éner­gie sont les fils conduc­teurs de ce roman. Elle saura accep­ter la légi­time épouse de son Wadi sans rien perdre de sa superbe : quelle femme ! J’ai aimé entendre toutes ses langues, même si bien sûr il faut les traduc­tions pour que je comprenne le créole, à l’image de ce peuple bigarré les langues sont des marqueurs sociaux très forts mais cela ne les empêche pas de vivre ensemble et de réus­sir à faire une commu­nauté. Ce n’est pas non plus une image idyl­lique qui se dégage de ce livre, non c’est une société dure, raciste et impla­cable pour les faibles mais on sent que la vie est toujours prête à repar­tir .

Citations

La Syrie après l’empire Ottoman

Là encore, mon père se distin­guait parmi les villa­geois de Hala­biyah, qui consi­dé­raient les chré­tiens d’Europe comme des sauveurs parce qu’ils avaient jeté bas l’Empire otto­man. il aimait à se procla­mer, à la grande irri­ta­tion de certains, Arabe d’abord, Syrien ensuite et enfin sujet de la sublime porte. A l’entendre, cette dernière avait toujours respecté les peuples qu’elle avait conquis, y compris en Europe même, dans une région qu’il dési­gna comme étant les Balkans. Chaque région jouis­sait d’une large auto­no­mie et pour peu qu’elle ne rechi­gnât point à payer l’impôt que levait annuel­le­ment Istan­bul, elle pouvait se déve­lop­per en toute tran­quillité.

Femme en Martinique

Naître femelle, dans ce pays-là est une sacrée déveine. Non seule­ment on doit se débattre avec la misère qui ne vous lâche pas d’un pas, mais on doit aussi suppor­ter la scélé­ra­tesse des hommes. Qu’ils emmiellent avec du beau fran­çais appris par cœur ou vous séduisent avec du créole grosso-modo, le résul­tat est égal : vous vous retrou­vez à pleu­rer toute l’eau de votre corps sur le pas de votre case déser­tée. Vous avez beau année après année, tenter de vous faire une raison, rien n’y fait ! à chaque fois, vous retom­bez dans le même piège, mais avec un gros ventre qui augmen­tera le nombre de vos marmailles.

Le nom des exilés

Il y eut donc les Habib, les Jaar, les Mans­sour, les Bachar, les Abdul­lah, les Yacoub, les Ben Amar­tya, souvent des prénoms que l’administration fran­çaise, par igno­rance, inscri­vait comme patro­nymes. Trop heureux d’avoir atteint les rives de cette terre promise qu’était l’Amérique, les venus du Levant se gardaient bien de protes­ter. Ils comp­taient bien mener une nouvelle vie et si le prix à payer n’était que cela, ce n’était pas si grave.

Le style, trois exemples

- Entre le Levant et la Marti­nique, le cour­rier prenait ses aises.
- Que son patron se fût laissé aller à lui mignon­ner l’arrière train, encore moins à exiger qu’elle lui ouvrit son devant.
- Depuis qu’elle suivait l’école du soir, son parler était devenu trop inti­mi­dant pour qu’on puisse lui tenir tête, mais d’autres atten­daient leur heure. L’aller lui appar­tient, maugréaient-elles, mais le retour sera nôtre. Patience !

Dicton arabe

Tu es maître des paroles que tu n’as pas pronon­cées ; tu es l’esclave de celles que tu as lais­sées échap­per

Que j’aime ce passage…

Décou­vrir que derrière l’étalage de nos rites, l’affirmation têtue de nos croyances, l’entre choc de nos langues et de nos rêves, il n’y avait, dans le fond, qu’une seule et même soif, ne fut pas un mince éton­ne­ment.
Soif de tenir tête aux chien­ne­ries de l’existence.
Soif de comprendre le pour­quoi de celle-ci puisque Dieu semble avoir déserté le monde et que de faux prophètes parlent à Sa place.

L’adaptation en Martinique

Wadi n’avait pas fini d’apprendre dans cette Amérique Marti­nique où en quatre-vingt ans il avait vécu cent fois plus de choses extra­or­di­naires qu’en dix-sept ans de vie en Syrie. Là-bas , la vie était régle­men­tée depuis us de mille ans, chaque acte était codi­fiée , chaque parole pesée et soupe­sée grâce au livre sacré et au hadith, ces faits et gestes du Prophète que des géné­ra­tions et des géné­ra­tions avaient pieu­se­ment consi­gnés. Ici à l’inverse, régnaient le préci­pité, l’improvise, le sauve-qui-peut, l’indifférence au Lende­main, la soif de profi­ter de chaque instant, le tout enve­loppé dans une criaille­rie perma­nente. Comme si les Créoles avaient peur du silence.

Le créole si on le dit à voie haute on peut presque le comprendre

Mandé’y non ! : eh ben pose lui la ques­tion

et avec l’intonation

La ! La ! La peut bien vouloir dire : Non ! Non ! Non…

20161030_165320Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thè­que de Dinard

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Une décep­tion mais quel dommage ! car c’était une bonne idée : peut-on guérir le mal-être grâce à la lecture ? Le person­nage central de cette histoire, Alex, en est persuadé au point de deve­nir « biblio­thé­ra­peute ». (J’ai décou­vert, grâce à Google, que cette profes­sion exis­tait !). Je sais, égale­ment, grâce à mon expé­rience person­nelle que lire et faire parta­ger ses lectures fait un bien fou. Je me suis donc plon­gée avec délice dans ce roman pour suivre la vie d’Alex et de ses patients. Hélas ! malgré quelques remarques perti­nentes sur notre société, un ressenti acerbe contre des mères dévouées mais enva­his­santes, aucun person­nage ne prend un relief quel­conque.

C’est un roman fade, les extraits choi­sis par le théra­peute pour guérir ses patients sont insi­pides et on se demande bien pour­quoi la lecture de ces œuvres peut abou­tir à une amélio­ra­tion de l’état mental d’une personne souf­frante. Mon juge­ment est sévère sans doute, mais il est à la mesure de ma décep­tion. Je ne sais pas si mes lectures m’ont soignée, mais ce dont je suis sûre c’est que je ne pour­rai jamais regar­der sans sourire le compor­te­ment d’un snob après avoir lu Proust nous racon­tant Legran­din, que quand je suis triste ces vers de Verlaine me hantent :

Je ne sais pour­quoi

Mon esprit amer

D’une aile inquiète et folle vole sur la mer

Tout ce qui m’est cher

D’une aile d’effroi

Mon amour le couve au ras des flots. Pour­quoi, Pour­quoi ?

Lire permet de se comprendre, d’accepter la vie et celles des autres. Je m’attendais à trou­ver dans ce récit la magie de textes pouvant faire plus et même soigner quelqu’un, mais je ne l’ai pas trouvé. Une décep­tion donc. Je n’ai pas réussi à m’intéresser au person­nage du commer­cial qui confond les quali­tés de sa femme et celles de sa machine à laver, ni au foot­bal­leur qui ne sait pas s’il doit rester jouer en France, ni à Yann atro­ce­ment mutilé après un acci­dent de voiture. Et hélas ! je n’ai pas cru aux amours d’Alex et de Méla­nie.

Citations

Difficultés de plaire pour un littéraire

Elles cher­chaient un amou­reux fougueux, coura­geux, dont elles pouvaient être fières pas un garçon capable de décla­mer Racine au bord de la piscine où les autres exécu­taient des saltos avant.

La phrase qui tue pour un adolescent qui veut sortir avec une jolie fille

Je veux bien sortir avec toi mais je ne veux pas qu’on nous voie ensemble

C’est drôle mais peu crédible

Si Alex avait grandi dans une famille d’aliénés il lui aurait demandé si elle avait égale­ment filmé la concep­tion de sa fille chérie. Les films de nais­sance ennuient tout le monde, enfin les personnes sensées. Les films de concep­tion trou­ve­raient un public plus large.

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cocardes
Une rumeur s’est empa­rée du monde des blogs : il faut lire « 14 juillet » d’Éric Vuillard. Empor­tée par l’enthousiasme de Keisha, de Dasola de Sandrine et bien d’autres, (excu­sez-moi je n’ai pas le talent d’Éric Vuillard pour rappe­ler tous les noms qui permettent de créer un événe­ment) je n’ai pas résisté à cet élan répu­bli­cain. Les quatre cocardes trico­lores en disent long sur mon plai­sir de lecture et saluent un livre dont le projet est très origi­nal malgré mes réserves sur le message final. L’auteur n’a pas fait qu’une oeuvre d’historien, il a voulu mettre tous les procé­dés de langue dont il dispo­sait pour rendre compte d’une émotion qui a soulevé tout le peuple de Paris ces quelques jours de juillet 1789. Son texte nous permet de ressen­tir la peur, l’exaltation, le déses­poir, la joie de la victoire, tout cela dans des odeurs de sueur, de larmes, de poudre, de sang et de cadavres en décom­po­si­tion. On passe deux jours, heure après heure avec le petit peuple de Paris, réduit à un misère noire par des gens incons­cients que leur mode de vie pouvait être menacé par un trop plein d’injustices. On espère avec eux, on tremble pour eux, et on se réjouit quand enfin, le symbole de la royauté est envahi. La Bastille est prise par un peuple affamé que rien ne pouvait plus arrê­ter.

Éric Vuillard souligne avec insis­tance combien les parti­ci­pants à cette insur­rec­tion ne possé­daient rien, et comment leurs noms sont immé­dia­te­ment tombés dans l’oubli. Alors que les nantis nobles ou pas sont restés dans les mémoires et sont le sujet de nombreux chapitres des histo­riens comme Miche­let par exemple. S’il est vrai que le gouver­neur de Launay fut tué ce jour là et sa tête mise au bout d’une pique, Vuillard rappelle que sa veuve reçut une pension de trois mille livres, alors que Marie Bliard veuve de l’allumeur de réver­bère ne reçoit qu’un pauvre papier lui signi­fiant la mort de son compa­gnon. Ces deux poids deux mesures choquent tant l’auteur qu’il fait tout pour retrou­ver le nom et la vie des obscurs parti­ci­pants à cet acte fonda­teur de notre Répu­blique. Le livre se termine par un vibrant appel à mettre le feu aujourd’hui à toute la bureau­cra­tie qui étouffe selon lui la société fran­çaise. Hélas, je ne suis abso­lu­ment pas sûre que ces solu­tions violentes puissent servir au mieux vivre de notre société certes sclé­ro­sée. Si certains aime­ront ce livre pour son message, je l’apprécie, quant à moi, pour son style.

Citations

Mélange de style et d’époque

Et ce jour là, Necker fut exac­te­ment ce qu’il était, froid, démons­tra­tif, il ne parla que de finances et d’économie poli­tique ; il fut abstrait, hautain, et il assomma tout le monde pendant trois plombes par un discours tech­niques.

Pour se défendre, les gens impro­visent des barri­cades de chaises puis ils se saisissent de bâtons, de caillasses, et c’est l’intifada des petits commer­çants, des arti­sans de Paris, des enfants pauvres.

Le style

Et dans la nuit du 13 juillet tout cela résonne, ça gratte entre les pattes du petit chien qui traîne, ça urge entre les jambes du vieil ivrogne qui pisse qui poisse sous les aisselles du chif­fon­nier, ça démange tout le monde.

Un trait de caractère souvent vérifié

Enfin, Louis XVI, le débon­naire, monte sur le trône ; mais comme tous les tyrans indul­gents et magna­nimes, il sera plus féroce que ses prédé­ces­seurs.

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Depuis La Frac­tale des Ravio­lis, je sais que je lirai ce roman soute­nue dans cette volonté par JérômeNoukette et Keisha. Il était dans mes bagages depuis long­temps, et je suis ravie de l’avoir lu et relu puisque j’avais du temps. Je fais partie du club des lecteurs qui adorent les histoires, Pierre Raufast me permet de retrou­ver mes plai­sirs d’enfance , du temps où des adultes me racon­taient « Le Livre de la Jungle » ou « Les lettres de mon Moulin » . Je peux comprendre que l’on n’adhère pas à cet auteur car il semble si peu sérieux aujourd’hui de lire des histoires inven­tées qui s’enchaînent avec une logique impla­cable. L’imaginaire n’est pas à la mode sauf pour les enfants, ou en bandes dessi­nées. Je pense qu’un jour un dessi­na­teur s’emparera de cet univers si parti­cu­lier. En atten­dant, pour toutes celles et tous ceux qui veulent rêver, sourire et se lais­ser empor­ter par des fictions si bien construites qu’on est prêt à croire sur parole cet auteur qui expliquent avec le plus grand sérieux des histoires nous emportent loin, bien loin de tous nos soucis du quoti­dien , lisez cette « Variante Chilienne ».

J’ai adoré le moment où les deux compères quelque peu éméchés ont essayé divers tech­niques pour éteindre les vers luisants, je vous dirais bien comment c’est possible mais vous perdriez tout le sel de cette histoire. Je vous mets quand même sur la piste : claquer des mains ne suffit pas ! On ne peut pas racon­ter ce livre, car l’art d’un conteur est subtile et vient autant de l’histoire elle-même que de la façon de la racon­ter. Mais quand même, sachez pour les esprits sérieux, que vous appren­drez comment cueillir des noix grâce aux héli­co­ptères, le pour­quoi du ratage du prix Nobel de litté­ra­ture pour Jorge luis Borges, vous vivrez dans un village où il a plu pendant 10 ans sans discon­ti­nuer : entre réalité et fiction, mensonge et vérité, Pierre Raufast signe un second roman qui m’a sans doute encore plus ravi que le premier parce que fina­le­ment je trouve qu’il aide à vivre quand on a l’âme en peine (la preuve : je lui mettrai bien 6 coquillages !).

Citations

Humour (irrésistible pour moi !)

Diffi­cile à croire, mais cet endroit avait été le bordel de campagne des paysans du coin avant la guerre. Il fut maquillé sous l’Occupation afin d’éviter que les soldats alle­mands ne souillent le patri­moine natio­nal.

Je connais des gens comme-ça, mais ils le disent moins bien

L’été je mets ma peau en jachère, je la laisse se repo­ser. Au bout d’une semaine, ma barbe a poussé. Alors, je suis content. Au bout d’un mois, de grosses boucles blanches se forment. Là je suis tout à fait heureux. Mes talents de philo­sophe décuplent. Je suis le Samson de la barbe blanche. À la rentrée des classes, je me rase. Je rede­viens le profes­seur fati­gué qui tourne la meule du savoir.

Les énumérations que j’adore

Avec passion, il décou­vrit la science du mélange des terres, argile, marne et silice : le malaxage, le pour­ris­sage, l’estampage, le mode­lage, le cali­brage, le montage, le tour­nage, le tour­nas­sage, le moulage, le coulage, l’ansage, le séchage et la cuis­son, qu’il appe­lait par défor­ma­tion « le cuis­sage ».

J’adore cette phrase

Les « si » sont des carre­fours invi­sibles dont l’importance se mani­feste trop tard.

La perte des histoires non-racontées

Quel gâchis ! Un cime­tière, c’est comme une biblio­thèque remplie de vieux livres dont on aurait perdu la clef.

20160512_101050Traduit de l’anglais par France Camus-Pichon.

3
Lecture que je dois à Krol, je me demande si comme moi elle a été gênée par le prénom de la cinquième femme de Michael Beard : « Patrice » est pour moi un prénom de garçon, à chaque fois je m’efforçais de penser « Patri­cia » sans quoi je n’arrivais pas à lui donner des traits fémi­nins. Comme notre person­nage est un scien­ti­fique tourné ver l’avenir de la planète, j’ai asso­cié son roman à une revue qui explore le futur « Usbek et Rica  », dont je parle­rai peut-être un jour. En atten­dant, voici donc le roman racon­tant la vie de Michael Beard physi­cien couronné par un prix Nobel que les mauvaises langues jugent très immé­rité . Peu importe, c’est un membre influent de la Royale Acadé­mie de sa Majesté Eliza­beth d’Angleterre. Il ronronne un peu et passe son temps à répé­ter la même confé­rence dans des lieux divers et devant des publics variés. Il a une autre occu­pa­tion lire les articles de physique pour voir à quel moment et en quels termes son nom sera cité. Bref sur le plan profes­sion­nel, ce n’est plus vrai­ment ça, il est de plus forte­ment agacé par la jeune géné­ra­tion à cato­gan qui ne respecte pas assez les glorieux aînés.

Et sur le plan person­nel ? Là c’est carré­ment la Béré­zina ! Sa cinquième femme, la fameuse Patrice, le trompe avec un vulgaire maçon . Bien sûr, lui ne se prive jamais de conquêtes fémi­nines. Mais avec cette histoire de maçon sa descente aux enfers commence. Il n’a plus que deux préoc­cu­pa­tions dans la vie, oublier Patrice et essayer de déci­der de commen­cer un début d’un éven­tuel régime ! Évidem­ment, il rate les deux . Il partira pour­tant au pôle nord puis dans le désert du Mexique. Mais conti­nuera avec la même constance à rater sa vie. Quelque soit ses rencontres et ses diffé­rentes femmes, il les trompe toujours et il gros­sit toujours autant. Il ne fait pas que cela, il est d’une mauvaise foi incroyable et se donne bonne conscience quelques soient ses actions qui peuvent aller jusqu’à tuer quelqu’un, sans le vouloir certes , et ensuite faire endos­ser cette mort par un autre. Évidem­ment, il est égale­ment malhon­nête dans sa recherche scien­ti­fique. Bref un sale bonhomme avec qui je suis restée trop long­temps.

J’ai peiné à la lecture de ce roman pour­tant agré­menté de passages drôles pimen­tés par un humour très britan­nique. On y retrouve aussi beau­coup de problèmes qui agitent notre planète. Mais voilà le roman annonce assez vite qu’il est impos­sible que ce person­nage s’en sorte bien, du coup on attend sa chute et on trouve qu’elle tarde à venir. Et comme son cerveau est embrumé par l’alcool ou l’importance de la nour­ri­ture , j’ai eu plus d’une fois la tenta­tion de lire en diago­nal pour aller plus vite que lui. D’avance je savais qu’il allait rede­man­der un whisky, se resser­vir du plat prin­ci­pal, coucher avec la serveuse, pomper dans des recherches d’un autre savant et se les appro­prier et que tout cela allait très mal se finir. Bref, j’ai étouffé parce que je me suis sentie enfermé dans ce person­nage qui a fini par m’énerver.

Citations

Mauvais goût pour un anglais et ce maçon est l’amant de sa femme…

le maçon, celui-là même qui avavit rejoin­toyé leurs murs, aménagé leur cuisine, refait le carre­lage de leur salle de bain, ce type épais qui, un jour, devant une tasse de thé, avait montré à Michael une photo de sa maison simili-Tudor réno­vée et tudo­ri­sée par ses soins, avec un bateau posé sur sa remorque sous un réver­bère de style victo­rien au milieu de l’allée béton­née, et un empla­ce­ment où ériger une cabine télé­pho­nique rouge à usage déco­ra­tif.

Flegme et classe britannique

Vous pouvez me parler sans me regar­der, avait-il envie de dire, surveillant le flot de véhi­cules devant eux pour tenter de prédire à quel moment il allait devoir attra­per le volant. Pour­tant, même Beard avait du mal à criti­quer un homme qui le trans­por­tait gratui­te­ment – son hôte, en fait. Plutôt mourir ou mener une morne vie de tétra­plé­gique qu’être impoli.

L’obsession de la nourriture , par exemple : les chips

Sa tech­nique était de poser la lamelle de pomme de terre au milieu de sa langue et, après avoir profité quelques secondes de la sensa­tion, de l’écraser contre son palais. Selon lui, la surface irré­gu­lière de la chips causait de minus­cules ulcé­ra­tions de la chair, dans lesquelles se déver­saient le sel et les addi­tifs, doux mélange de plai­sir et de douleur à nul autre pareil.