Lu grâce au club de lecture de la média­thèque de Dinard.


Fran­çois Garde ne m’en voudra certai­ne­ment pas que l’alto prenne plus de place que son roman sur ma photo. Lui qui a donné vie dans « L’effroi » à un Sébas­tien Armant, altiste à l’opéra de Paris qui « aurait tant aimé ne nous parler que de musique ». Malheu­reu­se­ment, le geste horrible, crimi­nel, d’un chef d’orchestre très en vue fait bascu­ler sa vie. Voici le début d’une d’une vraie tragé­die :

L’archet levé, j’attendais le signal ;

Soudain le chef se redressa. Il prit une longue inspi­ra­tion, se figea dans un impec­cable garde-à-vous. Le public ne se rendit compte de rien, et pour nous ce chan­ge­ment de posture ne produi­sit qu’un vague senti­ment d’alerte.

Lente­ment, il leva le bras droit, main tendue vers le rideau de la scène, et, de sa belle voix de bary­ton, s’exclama avec force et solen­nité :

« Heil Hitler !»

Sébas­tien Armant, saisi d’effroi, va se lever et sortir, entraî­nant derrière lui tout l’orchestre, la répro­ba­tion du geste du chef est telle que cela devient « le » scan­dale média­tique qu’il faut à tout prix exploi­ter pour des raisons poli­tiques et de pouvoir. Notre altiste va deve­nir un objet aux mains des spécia­listes de la commu­ni­ca­tion et peu à peu perdre pied et ne plus très bien savoir comment diri­ger sa vie. Le récit est bien mené et nous retrou­vons les travers de notre société dans la descrip­tion de la chute program­mée d’un homme simple­ment coura­geux. Le lecteur sait, bien avant lui, que Sébas­tien Armant n’aurait jamais dû fréquen­ter les fameux « plateaux » télé, que c’est un monde prêt à dévo­rer de l’émotion sur le dos de ceux qui peuvent encore en expri­mer.

Sa pein­ture du monde poli­tique avec sa cohorte de conseillers en image, en commu­ni­ca­tion, en revue de presse est criant de vérité. Oui, c’est bien dommage que cela se fasse sur le dos de la musique mais, au moins, il peut se rassu­rer, la musique restera toujours cet art exigeant qui demande à ses servi­teurs de travailler tous les jours (ou presque) six heures, pour arri­ver à un résul­tat qui leur donne du plai­sir et nous en donne tant. C’est l’amie proprié­taire de l’alto de cette photo qui m’a fait décou­vrir cette réalité, et aucun conseiller ne pourra jamais faire l’économie de ce travail exigeant pour abou­tir au feu d’artifice que repré­sente un concert réussi. Il peut se compa­rer au travail de l’écrivain qui polit sa langue pour permettre au lecteur de rentrer au plus profond du récit et de parta­ger les doutes et les espoirs de l’écrivain comme le fait si bien Fran­çois Garde.

Citations

le directeur de l’Opéra

Jean-Pierre Chomé­rac, le président du conseil d’administration de l’Opér, me surprit. Chomé­rac avait pris ses fonc­tions six mois plus tôt. Il devait ce poste à une ancienne et indé­fec­tible amitié avec le président de la Répu­blique. (…) Sous sa protec­tion, il avait été nommé succes­si­ve­ment inspec­teur géné­ral de l’agriculture, préfet de l’Yonne, ambas­sa­deur au Portu­gal. Il ne dissi­mu­lait pas la minceur de ses compé­tence, et y suppléait par un sens poli­tique avisé et sa propen­sion à se saisir des sujets à la mode et à faire parler de lui. (…)Nos délé­gués syndi­caux murmu­raient qu’il n’avait pas encore décou­vert que dans un opéra on faisait de la musique.

Vous savez président de l’Opéra n’est qu’un lot de conso­la­tion en atten­dant mieux.

Ceux qui nous gouvernent

Je le remer­ciai en prenant la carte qu’il me tendait. Des assis­tants vinrent à nouveau papillon­ner autour de nous. Le conseiller du ministre en profita pour se glis­ser à côté de moi et murmu­rer :

- Il distri­bue ses cartes de visite comme s’il était encore député-maire. Bien évidem­ment, c’est nous qui vous contac­te­rons le moment venu.

Les médias

Les médias sont comme un monstre insa­tiable, il faut lui donner à manger de temps en temps, sinon il peut vous dévo­rer tout cru.

Vie et mort des scandales dans les médias

Les chaînes d’information en continu se régalent. Avant-hier les révé­la­tions d’un obscur atta­ché parle­men­taire ; hier les expli­ca­tions contour­nés du ministre du Budget ; ce matin les bons mots assas­sins d’un jeune loup de l’opposition. Dans notre affaire, il ne se passe rien de nouveau, il ne peut rien se passer d’inédit. Les jour­na­listes me solli­citent moins pour vous rencon­trer. Mon cher Sébas­tien, il faut s’y résoudre : le bouquet que nous propo­sons à la vente depuis deux semaines commence à se faner, et les amateurs veulent des fleurs fraîches.

Le musicien d’orchestre

Rien ne peut égaler l’honnêteté du musi­cien, L’honnêteté sans fard et sans tache du travail du musi­cien, seul respon­sable d’avoir bien appri­voisé son instru­ment, bien lu la parti­tion, bien écouté ses collègues, bien suivi les consignes. Lui seul – et chacun dans l’ensemble- doit se glori­fier modes­te­ment de donner vie aux construc­tions invi­sibles élabo­rées par les maîtres du passé. 

Phrase que j’aime

Comme des rochers fendant une mer calme, ou des sommets émer­geant des nuages. Mais les écueils ne disent rien du métier de pêcheur, ni les montagnes ne se réduisent à leurs extré­mi­tés.

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Je consi­dère Domi­nique comme une bien­fai­trice de l’humanité des lecteurs et lectrices. Je n’avais pas un moral extra­or­di­naire et ce livre m’a fait beau­coup rire et m’a remis en forme. Pour­quoi « une bien­fai­trice » et non « la » bien­fai­trice ? Car je donne égale­ment ce titre à tous les auteurs qui me font du bien . Cepen­dant, les signa­ler à mon inten­tion doit être récom­pensé comme il se doit ! Vous devez lire cet ouvrage, surtout si, comme moi, dans les musées, il vous est arrivé de mourir d’ennui en traver­sant certaines salles . Savoir que, si l’on porte un regard critique sur des chef d’œuvre (s’ils sont au Louvre, ce sont bien des chef d’œuvre non ?) on est en bonne compa­gnie, m’a fait un plai­sir immense.

Avez-vous déjà remar­qué le nombre de vierges à l’enfant qui tiennent très mal le bébé qu’on leur a mis dans les bras ? Si vous avez essayé de tenir le vôtre de cette façon, il serait à coup sûr tombé par terre. Peut-être qu’elle ne l’aimait pas tant que ça, ce bébé, et après tout, avec tous les soucis qu’il lui donnera plus tard, on peut la comprendre. Je suis aussi souvent agacée sur les remarques basiques que j’entends sur l’art de notre époque, pour ça aussi cela me fait du bien qu’on se moque des œuvres qui, bien qu’anciennes et consa­crées, ne sont pas si bien construites que ça ! Je me demande si, depuis que ce livre est paru, des gens se promènent avec ce guide sous le bras et se tordent de rire dans cette véné­rable insti­tu­tion en regar­dant ce genre de tableau et en lisant le commen­taire qu’en on fait nos auteurs.

Pour vous donner un avant-goût de ce qui vous attend voici un exemple :

20160504_154547Il s’agit de l’enlèvement de Déja­nire par le centaure Nessus 1755 peint par Louis Lagre­née (vous le trou­ve­rez Sully 2e étage. Vigier Le Brun salle 52)

Centaure et sans reproche

Au moins, on ne pourra pas dire repro­cher à Louis Lagre­née de gâcher de la toile ! Il a incon­tes­ta­ble­ment travaillé les effets de matière, à tel point qu’on ne sait plus quoi regar­der : le paysage flou et sucré à l’arrière-plan, les muscles bien dessi­nés des athlètes sans maillot, les mètres de drapés vire­vol­tants, sans oublier le crin blanc de la queue nerveuse du centaure, ni la trans­pa­rence de l’eau.

Au premier plan, un homme âgé – quoique fort bien bâti- se roule part terre de dépit, tirant la queue d’un autre candi­dat, qui a telle­ment abusé des hormones que son corps en a été modi­fié, moitié cheval, moitié vache (notez la robe, si carac­té­ris­tique des normandes). A l’arrière-plan, un candi­dat en plein effort. Certes, il appuie légè­re­ment son pied gauche sur un rocher, mais il pour­rait déco­cher ses flèches en faisant des pointes s’il le voulait tant il a travaillé ses quadri­ceps. Concen­trons nous sur Déna­jire : pour­quoi avoir investi dans autant de tissu pour se retrou­ver un sein (fort beau d’ailleurs) à l’air ? Est-ce pour cela qu’elle arbore un air si tragique ou bien est-elle déçue d’être embar­quée par le cultu­riste blond ? L’énorme jarre située en bas à gauche prend alors tout son sens : tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse.

Grâce à ce tableau, Luis Lagre­née a été reçu membre de l’Académie royale de pein­ture. Autre temps, autre mœurs.

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Livre lu grâce aux billets de Mior et de Galéa, je les remer­cie pour cette lecture. Bien sûr , nous avons tous et toutes, lu beau­coup de livres sur la persé­cu­tion des juifs pendant la guerre. Mais chaque cas est unique, et la grande origi­na­lité de ce témoi­gnage c’est qu’il a été écrit à chaud , pendant et juste après les événe­ments. Cela fait penser à « Suite fran­çaise » de Irène Némi­rovsky, tout en étant moins litté­raire c’est quand même très bien écrit. Fran­çoise Fren­kel a une passion : les livres et en parti­cu­lier ceux des écri­vains fran­çais. Grâce à des études litté­raires de très bon niveau, à la Sorbonne, elle ouvre une librai­rie fran­çaise à Berlin en 1921. Ce lieu devient vite, grâce à sa culture, un haut lieu de la civi­li­sa­tion fran­çaise en Alle­magne. Hélas les nazis détrui­ront ce beau rêve et malheu­reu­se­ment pour elle, son origine juive et polo­naise la met en grand danger. En 1939, elle arrive à Paris, puis se réfu­gie à Nice, en danger partout elle veut fuir en Suisse où l’attendent des amis. Son récit s’arrête lorsqu’elle pose les deux pieds dans ce pays où elle a pu survivre. Elle raconte avec préci­sion, d’abord sa joie de créer à Berlin un lieu de culture fran­çaise, puis son exil dans une France trop vite occu­pée et enfin sa fuite vers la Suisse, cela permet au lecteur de parta­ger le quoti­dien d’une femme qui cherche à s’échapper de la nasse qui se referme inexo­ra­ble­ment sur elle et ses rela­tions.

Elle nous montre toute la diver­sité des réac­tions des Fran­çais, ceux qui sont dans l’évidence de la main tendue, comme ce couple de coif­feurs, qu’on a envie d’embrasser telle­ment ils sont intel­li­gents et gentils, et puis ceux qui sont indif­fé­rents ou hostiles, une gamme de réac­tions qui sonnent telle­ment vraies. Fran­çoise Fren­kel tient à souli­gner l’attitude des Savoyards, c’est dans cette région qu’elle a senti le plus de compas­sion et le maxi­mum d’aides pour ceux qui étaient traqués par la milice ou la Gestapo. Un livre prenant donc et indis­pen­sable au moment où des hommes et des femmes sont à nouveau traqués par une idéo­lo­gie morti­fère.

L’introduction de Patrick Modiano est superbe, on comprend très bien pour­quoi il s’est retrouvé dans ce témoi­gnage lui qui a vécu la guerre sans la défense d’un milieu fami­lial protec­teur et qui a ressenti comme Fran­çoise Fren­kel, les valeurs humaines se déli­ter et le danger planer sur la moindre rencontre de person­na­li­tés plus ou moins bizarres. Il nous dit aussi que ce livre qui a paru en 1945 et qui a été tota­le­ment oublié ne livre pas l’intimité de l’écrivain mais que ce n’est pas si impor­tant. Mais, je dois être une femme de notre époque, car j’aimerais bien savoir, pour­quoi elle ne nous parle pas de son mari, mort à Ausch­witz, comment elle avait quand même un peu d’argent pendant la guerre, et surtout si de 1945 à 1975 elle a été heureuse à Nice. Oui j’aimerais en savoir plus sur cette femme si pudique et si coura­geuse.

Citations

Ambiance à Nice parmi les réfugiés

Un grand nombre de réfu­giés se prépa­raient à l’émigration. Ils comp­taient sur un parent plus ou moins proche, sur un ami, ou sur l’ami d’un ami, sur des connais­sances établies dans de loin­taines parties du monde et qui les aide­raient, pensaient-ils, à réali­ser ce projet.

Ils entre­te­naient une corres­pon­dance labo­rieuse, à mots couverts, lançaient des télé­grammes coûteux, deman­daient des affi­da­vits, des visas, rece­vaient des réponses, des contre-demandes, des ques­tion­naires, des circu­laires qui engen­draient une nouvelle vague de corres­pon­dance.

Ensuite, ils station­naient des mati­nées entières devant les consu­lats pour apprendre que tel ou tel docu­ment manquait, n’était pas conforme aux pres­crip­tions ou se trou­vait inexact. Lorsque quelques-uns sortaient avec un visa, ils étaient regar­dés comme des phéno­mènes, comme des bien­heu­reux !

Les départs étaient peu nombreux

L’exilé et la guerre

Le fond de cette exis­tence était l’attente, cane­vas où un espoir toujours plus mince et une pensée de plus en plus morose brodaient ensemble des arabesques nostal­giques

L’âme humaine

Un fond de sadisme doit être caché en tout homme pour se dévoi­ler lorsqu’une occa­sion s’en présente. Il suffi­sait qu’on ait donné à ces garçons, somme toute paisibles, le pouvoir abomi­nable de chas­ser et de traquer des êtres humains sans défense pour qu’ils remplissent cette tâche avec une âpreté singu­lière et farouche qui ressem­blait à de la joie.

Lu dans le cadre du club de lecture de ma média­thèque.

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Livre très sympa­thique qui remonte le moral. Cela n’empêche pas l’auteur de décrire notre société de façon assez triste. Il se sert pour cela de la person­na­lité d’un vieil homme de plus de soixante dix ans qui refuse l’ensemble du moder­nisme. Son inté­rêt pour la société dans laquelle il vit s’est arrêté aux années 60. Depuis plus rien ne trouve grâce à ses yeux, ni les noms des voitures qui, d’appellations qui font rêver comme Cara­velle, Dauphine, Ariane, sont passée à des mots qui ne veulent rien dire comme Scénic, ni les beauté fémi­nines, son idéal fémi­nin restera à jamais Grace Kelly, ni bien sûr les façons modernes de commu­ni­quer.

Lui restera pour toujours relié au monde avec un télé­phone en baké­lite noir avec un cadran que l’on tourne avec un doigt… Son fils va deve­nir père, et le roman raconte très bien les peurs du futur père et sa joie abso­lue devant le bébé fragile mais dont le regard est si présent. L’année des 6 ans du petit, le grand père le gardera un mois dans sa maison au coeur des landes. Le bonheur de ces deux être, aux deux bouts du temps de l’espace humain est touchant : ce petit fils saura séduire ce vieux grin­cheux , et le petit garçon aimera de toutes ses forces ce grand-père hors norme. Toutes les peurs dans lesquelles sont élevées les enfants d’aujourd’hui sont évoquées et si on comprend les parents, on est égale­ment du côté du « grand-paria » (nom qu’il s’est choisi et qui lui va bien), l’hyper protec­tion dans laquelle sont élevées les enfants d’aujourd’hui, leur permet­tra-t-elle de gran­dir ?

Les person­nages ne sont pas idéa­li­sés, ils sont dans leur vérité. J’ai bien aimé que la maman de l’enfant, Leila, ne succombe pas au charme du grand-père : la conver­sa­tion télé­pho­nique où le grand-père explique que l’enfant a dormi dans le même lit que lui pour ne pas avoir de cauche­mars est boule­ver­sante. Elle a peur de l’inceste, et le grand-père est tota­le­ment choqué qu’elle ait pu penser à cela.

Le premier chapitre démarre par une scène dans le métro abso­lu­ment inou­bliable, elle fera sourire les pari­siens et les provin­ciaux qui sont si heureux de ne jamais utili­ser les trans­ports en « commun » parce qu’ils sont communs juste­ment ! (Ce n’est pas de moi, c’est une réflexion du grand père).

Citations

La télévision aujourd’hui

Encore ignore-t-il l’existence du rap et des émis­sions de télé­réa­lité. Ne m’a-t-il pas déclaré tout récem­ment : « un jour, tu vas voir, ils vont foutre des camé­ras dans une maison et filmer des crétins à ne rien faire » ? S’il savait. Je n’ose rien dire. Je n’ai jamais osé.

La jeunesse d’aujourd’hui vue par le grincheux

- On montre son cul, on a des anneaux dans le nez, on mange avec les doigts, on s’exprime par borbo­rygmes, on se tape dessus au moindre désac­cord, on se trémousse sur des rythmes binaires…ça ne t’évoque rien ?

- Euh…

- Moi si : l’âge des cavernes. des siècles de civi­li­sa­tion pour en arri­ver là ! Ce n’est pas triste c’est effroyable.

L’opinion du grincheux sur les médecins

- Tu as vu un ophtalmo ?

- Un type qui te regarde dans les yeux pour te prendre ton fric ? Même les femmes n’osent plus faire ça.

Le masculin

Que tu dises non, non et non ! A force de ne plus être machos, vous êtes deve­nus manchots, ma parole, toi et les hommes de ta géné­ra­tion !

Petite leçon d’économie

Pour­quoi ache­ter, toujours ache­ter, quand on peut faire durer les choses ? Pour­quoi jeter, toujours jeter, gros­sir les décharges, quand on peut répa­rer ? Tu as remar­qué que les verbes « jeter » et « ache­ter » étaient très proches ? Cette machine, je la jette, cette machine, je l’achète, ça sonne pareil … Et voilà comment la fuite en avant conti­nue, et vas-y que j’achète , et vas-y que je jette , et tant pis pour la planète ! En plus ça rime ! Tu vois je suis un grand poète. Un grand poète paria.

On en parle

Livre-esse, Cathulu

Quel livre ! Je l’ai lu deux fois. Une fois, pour comprendre d’où venait cette Naïma si coura­geuse, celle qui peut soule­ver des montagnes pour arri­ver à voya­ger en Algé­rie mais qui a tant de mal à faire parler son père. Et puis je l’ai relu tran­quille­ment sans me dépê­cher en allant à chaque événe­ment voir ce qu’on disait sur la toile des événe­ments évoqués par l’auteure.

Je suis tombée sur des repor­tages qui à eux seuls feraient des romans et j’ai encore plus admiré le talent d’Alice Zeni­ter de ne pas avoir alourdi son récit des habi­tuels prises de posi­tion sur l’Algérie. Elle mène son récit sur une ligne de crête très incon­for­table comme l’a été la vie de ces algé­riens qui refu­saient le FLN sans pour autant accep­ter la colo­ni­sa­tion. Trop favo­rable à la France, elle aurait mini­misé le racisme et surtout le trai­te­ment des harkis après 1962 en France. Trop proche des combat­tants , elle aurait passé sous silence des crimes révol­tants et le rejet de sa propre famille . Elle porte ces contra­dic­tions en elle mais ne veut plus être une victime de cette histoire.

Alors elle nous raconte tout, depuis l’Algérie jusqu’au Paris d’aujourd’hui en passant par les camps de Rive­saltes où on a parqué des Harkis comme s’ils étaient coupables de quelque chose. Refu­sés et assas­si­nés en Algé­rie, ils étaient très mal vus en France. Ensuite c’est la vie en HLM qu’on n’appelait pas encore Cité . Son père fait partie de ceux qui se sont empa­rés de ce que la France offrait grâce à l’école pour s’en sortir . Sa fille, qui ressemble à l’auteure, est donc la troi­sième géné­ra­tion, celle qui veut connaître ses origines mais qui hélas ne retrouve qu’une Algé­rie marquée par une autre guerre : celle de l’intolérance isla­miste. Cette Algé­rie-là, est encore perdue pour elle qui assume une vie de femme libre.

Il ne faut pas réduire ce roman à l’Algérie, aux Harkis et aux cité, mais grâce à cet éclai­rage, l’auteure nous fait revivre la France des années 60 jusqu’à aujourd’hui. J’ai retrouvé des ambiances et des moments de moments de ma jeunesse, le Paris d’Hamid c’est aussi le mien, la vie en province était si étri­quée que seule la capi­tale pouvait donner ce senti­ment de liberté . Je pense aussi que cette écri­vaine a trouvé un terri­toire où elle n’est pas « perdue » : l’écriture. et j’espère, pour le plus grand plai­sir de ses lectrices et lecteurs qu’elle y revien­dra très vite

Citations

Un adage contraire aux célèbre « Vivons heureux vivons cachés » des gens du Nord

- Si tu as de l’argent, montre le.
C’est ce qu’on dit ici, en haut comme en bas de la montagne. C’est un comman­de­ment étrange parce qu’il exige que l’on dépense toujours l’argent pour pouvoir l’exhiber. En montrant qu’on est riche, on le devient moins. Ni Ali ni ses frère ne pense­raient à mettre de l’argent de côté pour le faire « fruc­ti­fier » ou pour les géné­ra­tions à venir, pas même pour les coups durs. L’argent se dépense dès qu’on l’a. Il devient bajoues luisantes, ventre rond, étoffes chamar­rées, bijoux dont l’épaisseur et le poids fascinent les euro­péennes qui les exposent dans des vitrines sans jamais les porter. L’argent n’est rien en soi. Il est tout dès qu’il se trans­forme en une accu­mu­la­tion d’objets.

Dicton

Ici on dit que les dettes se couchent comme des chiens de garde devant la porte d’entrée et défendent à la richesse d’approcher.

Humour

Il m’a filé une baffe et je suis redes­cendu avec le cousin qui m’insulte tant qu’il pouvait en disant que j’avais fait mal à son honneur, à sa répu­ta­tion. Tu y crois, toi, Hamid ?
Yous­sef se tourne vers le petit garçon, avec un large sourire
-Même pour faire la Révo­lu­tion, il faut être pistonné.…

Les cités des années 60

Le Pont- Féron offre à Clarisse et Hamid une haie d’honneur faite de barres décré­pites, d’antennes de télé­vi­sion tordues, de chaus­sées défon­cées, de vieux assis devant les immeubles, leurs bouches à demi vide ou bien brillantes de dents en or, les sacs plas­tiques à leurs pieds conte­nant un mélange de médi­ca­ments et de nour­ri­ture. Il semble à Hamid qu’il a suffi qu’il s’absente un an pour que la cité s’effondre sous le poids de l’âge. Elle fait partie de ces construc­tions qui n’ont d’allure que flam­bant neuves et qui vieillissent comme on pour­rit La conjonc­ture s’ajoute au faiblesse de son archi­tec­ture pour faire craquer les murs, la crise sonne le glas des trente glorieuses et écrase ce quar­tier de travailleurs qui travaillent de moins en moins.

L’homme algérien ne trouve plus sa place

Il y a la télé­vi­sion. Celui qui ne fait rien la regarde. C’est comme ça, en France. Mais comment rester chef de famille lorsque l’on regarde la télé­vi­sion aux côtés de ses enfants et de sa femme ? Quelle diffé­rence y a-t-il entre soi et les enfants ? Soi et l’épouse ? La télé­vi­sion et le canapé effacent les hiérar­chies, les struc­tures de la famille pour les rempla­cer par un avachis­se­ment simi­laire chez chacun.

Très bien vu !

Et en guise de moder­nité, de glamour poli­tique, qu’est-ce qu’on vous a proposé -et pire- qu’est-ce que vous avez accepté ? Le retour de l’ethnique. La ques­tion des commu­nau­tés à la place de celle des classes. Alors les diri­geants pensent qu’ils peuvent apai­ser tout tension avec une jolie vitrine de mino­ri­tés, une tête comme la leur, en haut de l’appareil d’État, sûre­ment, ça va calmer les gens de la cité. Il nous montre Fadela Amara, Rachida Dati, Najat Vallaud-Belka­cem au gouver­ne­ment. La peau brune, Le nom arabe, ça ne suffit pas. Bien sûr, c’est beau qu’elles aient pu réus­sir avec ça » ça n’était pas gagné- mais c’est aussi tout le problème, elles ont réussi. Elles n’ont aucune légi­ti­mité à parler des ratés, des exclus, des déses­pé­rés, des pauvres tout simple­ment. Et la popu­la­tion magh­ré­bine de France, c’est majo­ri­tai­re­ment ça, des pauvres.

Paris

Hamid s’enivre de Paris tant qu’il peut. Il voudrait pouvoir s’injecter la ville, il l’aime, il est amou­reux d’une ville, il ne croyait pas que c’était possible mais il ne veut plus la quit­ter. Ici, tout les monu­ments sont célèbres et les visages anonymes. Les photo­gra­phies et les films font que Paris semblent appar­te­nir à tous et Hamid, plon­gée en elle, réalise qu’elle lui manquait alors même qu’il n’y avait jamais posé le pied.

C’est bien observé

Hamid et Gilles jalousent Fran­çois qui sert des mains ici et là et surjoue pour eux le fait d’avoir ici ses habi­tudes. Ils découvrent que l’anonymat de la grande ville, qui les libère, crée aussi le besoin para­doxal de lieux où l’on peut entrer et être recon­nus.

Fierté française

Pour ceux qui l’auraient un peu oublié, le béton précon­traint figure au nombre des fier­tés fran­çaises, avec le roma­née-conti, la cathé­drale de Chartes, le N°5 de Chanel et bien d’autres. 


Merci Keisha, qui a été la première à me donner envie de lire ce livre, depuis j’ai lu d’autres avis tout aussi élogieux sur ce « roman » qui mérite plus le titre de « docu­men­taire », à mon avis. J’ai écouté Laurence Cossé parler de son livre, elle explique qu’elle voit ce monu­ment comme l’expression de la tragé­die de son archi­tecte : Johann Otto von Spre­ckel­sen. Celui-ci a démis­sionné de ce projet en 1986 lorsque le gouver­ne­ment de Jacques Chirac renonce au « Carre­four Inter­na­tio­nal de la Commu­ni­ca­tion » et il meurt quelques mois plus tard en exigeant que son nom ne soit pas asso­cié à la « grande Arche ». Mais aupa­ra­vant, il avait négo­cié des royal­ties sur toutes les photos prises de la grande Arche, et c’est d’ailleurs le seul lien que sa veuve gardera avec la France : les royal­ties !

L’auteure est très critique aussi pour le monde poli­tique mais curieu­se­ment dans les entre­tiens, elle en veut plus à la droite (Juppé et Chirac) qu’à Mitter­rand. Or en lisant ce livre, on est abasourdi par la façon dont ce président a dépensé l’argent de la France. C’est peu de dire qu’il n’avait aucun soucis d’économie et que le fait du prince a coûté très cher aux fran­çais et pas toujours pour de bonnes raisons. Comme cette volonté de ne pas trai­ter le marbre qu’il faut aujourd’hui rempla­cer. Laurence Cossé critique la droite de ne pas savoir su donner vie « au Carre­four Inter­na­tio­nal de Commu­ni­ca­tion » mais personne ne savait quoi mettre derrière ce nom ronflant. La lecture de l’article de Libé­ra­tion explique bien les enjeux poli­tiques de ce projet. Il est vrai que chaque gouver­ne­ment avait son idée pour occu­per cet espace et que ce n’est pas la plus mauvaise des idées qui a été rete­nue. Seule­ment voilà Spre­ckel­sen (qui touchera quand même ces 10 pour cent d’un bâti­ment qui coûtera trois milliards sept), n’avait pas derrière lui un bureau d’études capable de mener ce projet à son terme et si, deux noms peuvent être ratta­chés à ce bâti­ment c’est celui de Paul Andreu qui fera tout pour que ce bâti­ment se construise malgré les énormes défis archi­tec­tu­raux et les magouilles poli­tiques et Robert Lion direc­teur de la caisse et des dépôts et consi­gna­tion qui a trouvé les budgets pour finan­cer la construc­tion.

Le problème majeur de ce bâti­ment ce n’est pas tant les prouesses tech­niques auxquelles il a fallu faire face que le fait que personne n’ait pu lui donner une affec­ta­tion qui permette aux communs des mortels de venir le visi­ter. Il s’inscrit à tout jamais dans une belle pers­pec­tive pari­sienne et même si son entre­tien est compli­qué à cause des choix esthé­tiques de l’architecte danois il reste un monu­ment qui a de l’allure. Encore aujourd’hui, l’affectation de la grande Arche n’est pas défi­nie mais on peut de nouveau monter sur son toit et appa­rem­ment s’y restau­rer. Laurence Cossé vous entraî­nera dans cette aven­ture avec un talent éton­nant, moi qui suis peu tech­nique j’ai lu avec grand inté­rêt ce qu’elle dit sur les diffi­cul­tés des maître d’ouvrages. J’ai soupiré avec elle, quand elle avoue avoir souf­fert en cher­chant à rendre clairs les problèmes archi­tec­tu­raux , mais elle a réussi son pari : on comprend très bien ce qu’elle explique. Comme elle, je vous conseille l’article de Wiki­pé­dia, c’est beau­coup moins inté­res­sant que son roman mais cela permet de suivre les diffé­rentes péri­pé­ties de la construc­tion jusqu’à aujourd’hui..

Citations

Le début de Mitterrand

Il y avait une ambiance extra­or­di­naire, de foi d’espoir… inima­gi­nable aujourd’hui. On baignait dans l’illusion lyrique, tous les fantasmes de la gauche au cœur. N’ayant jamais été au pouvoir, à part de rares excep­tions, les nouveaux diri­geants pensaient qu’il y avait énor­mé­ment à distri­buer.

Les absurdités des musées et bibliothèques

Ces films et les quelques livres sur Spre­ckel­sen se trouvent à la biblio­thèque de la Cité de l’Architecture, au Troca­déro. Un endroit lumi­neux, mais où il faut éviter de se rendre en juillet et en août. Car, si la cité est ouverte ces mois-là, la biblio­thèque est fermée. Sans doute les auto­ri­tés font-elles l’hypothèse que ceux qui s’intéressent à l’architecture ont le dos fati­gué et doivent aller s’allonger deux bons mois sur la plage. 
C’est pour­tant là une biblio­thèque idéale, il serait heureux de pouvoir s’y poser une heure ou deux en été : un aqua­rium calme et blanc en plein Paris, des milliers de livres, des milliers d’articles, des ordi­na­teurs, vingt lecteur jeunes et du genre le plus sérieux et dix biblio­thé­caires aux petits soins.

Gabegie d’état

Il y a des pratiques un peu diffi­cile à comprendre dans l’urbanisme, en France. Par exemple d’un candi­dat puisse gagner un concours, ou une consul­ta­tion, et que jamais ensuite son projet ne soit construit. Cela s’est pour­tant fait cent fois. Souvent c’est poli­tique.…

Ce que l’on ne dit pas au contri­buable, c’est que l’on fait accep­ter l’arbitraire à l’architecte évincé en le dédom­ma­geant. Toutes les maquettes de projet écar­tés qui s’entassent dans les réserves des musée de l’architecture valent chacune leur poids d’or.

Les Danois et nous

Il portait ces préven­tions en lui depuis long­temps, avec tous les Danois. Nous avons du mal à le croire, nous autres fran­çais qui nous croyons ratio­na­listes, orga­ni­sés et pour tout dire très intel­li­gents, mais aux yeux de beau­coup de nos voisins nous sommes des passion­nels, des idéo­logues, des phra­seurs, des agités, des indi­vi­dua­listes, enfin des gens peu sûrs.
Le plus triste c’est que la réalité a donné raison à Spre­ckel­sen et à ses craintes. Dans les derniers moments de sa vie, trois ans plus tard, dans le film de Tscher­nia-, il parle sans rancoeur mais il a des mots défi­ni­tifs sur le peu de sens du contrat en France, sur les remises en cause inces­santes des choix collec­tifs, sur la violence des affron­te­ments entre camps poli­tiques. Et là, il parle d’expérience.

Les débuts de l’informatique

Spre­ckel­sen n’a jamais touché un ordi­na­teur mais ADP commence à en être équipé. La période est unique dans l’histoire. On est à cheval sur deux ères. Les quan­ti­tés docu­ments ont été dessi­nés à la main sur papier. Après les avoir numé­risé, il faut les faire viser par les auteurs puis obte­nir l’approbation des archi­tecte en chef. À vouloir conci­lier les deux systèmes, certains se demande si on ne perd pas plus de temps qu’on en gagne. À l’époque, à l’observatoire de Meudon, un vieil astro­nome qui se méfie de l’informatique refait tous les calculs de l’ordinateur, de la façon dont tu as toujours fait.

PARLONS CHIFFRES

Un point n’est pas conflic­tuel -et d’ailleurs jamais évoqué dans la litté­ra­ture sur les grands travaux-, les archi­tectes sont très bien payés. Inge Reit­zel en sourit : » Nous étions voisins des Spre­ckel­sen, à côté de Copen­hague. Dans l’été 1985, allant chez eux, nous avons vu deux Jaguar devant la maison. »

Rien là d’exceptionnel. Pei pour le Louvre, Ott et Bick pour la Bastille, Tschumi et Fain­sil­ber pour la Vilette, Cheme­tov pour Bercy, tous les archi­tectes des grands travaux touchent les hono­raires d’usage, quelque dix pour cent du total du coût de la construc­tion. La moder­ni­sa­tion du Louvre attein­dra plus de six milliards de francs, la grande biblio­thèque huit milliards, l’Opéra Bastille trois milliards, la Cité de la Musique un milliard trois , l’Arche trois milliards sept. Cela fait pour chacun des archi­tectes, » une bonne pincée », comme dit Andreu.
Spre­ckel­sen est parti­cu­liè­re­ment bien traité quand on sait que son travail n’est pas compa­rable à ce que produit Pei, par exemple. Le second a dans sa manche un grand bureau d’études et va très loin dans le détail. Les entre­prises qui construisent sous sa gouverne n’ont qu’à exécu­ter ses plans. Le premier à quelques colla­bo­ra­teurs pour la circons­tance, et la qualité du travail tech­nique indis­pen­sable à son projet est sous la respon­sa­bi­lité d’Andreu. « Je ne sais pas comment Spre­ckel­sen s’était débrouillé pour obte­nir des hono­raires pareils », se demande encore Dauge qui, aussi­tôt, esquisse une hypo­thèse : « Il avait l’appui du président «.
Sur un autre chapitre de son contrat, Spre­ckel­sen a été bien conseillé aussi. Il a obtenu l’exclusivité des droits sur l’image. On aura besoin de son auto­ri­sa­tion pour repro­duire l’Arche et, qu’on l’ait ou non demandé, tous les droits de repro­duc­tion lui revien­dront. Il ne se publiera pas une carte postale qu’il n’ait droit à une rede­vance.
En théo­rie, rien de nouveau. Cela fait plus d’un siècle que les archi­tectes se sont vu recon­naître ce droit dérivé de la propriété artis­tique. Dans les années 80, cepen­dant, la plupart en sont restés à la concep­tion selon laquelle ce qui appar­tient à la rue, à la ville ou au paysage appar­tient à tout le monde, et ne demande pas de droits sur l’image de leurs œuvres. Spre­ckel­sen en demande. Il en demande.l’exclusivité. 
Quand ses confrères décou­vri­ront de quoi il retourne, ils commen­ce­ront par s’offusquer, puis ils s’y mettront à leur tour. Il y a souvent plus à gagner aujourd’hui à vendre les images que ses œuvres mêmes. Un archi­tecte comme Pei touche des millions sur les photos de ses ouvrages archi­tec­tu­raux. Les peintres et les sculp­teurs ne sont pas en reste. Buren s’en est fait une spécia­lité. Jusqu’aux proprié­taires de sites natu­rels, qui ont pensé être fondés à préle­ver leur dîme sur des photos publi­ci­taires où figu­raient leurs terres – en vain, quant à eux.

Des aspects techniques

Les fonda­tion n’en sont pas , du moins au sens clas­sique. L » Arche n’est pas ancrée en profon­deur comme usuel­le­ment les immeubles et les tours, elle repose sur des pilliers. Ce n’est pas le premier édifice fondé de la sorte, les ponts le sont souvent, quelques centrales nucléaires, et Paul Andreu a eu recours au procédé de l’aérogare de Roissy. Mais on n’a jamais vu cela dans le bâti­ment. Le toit n’a pas grand-chose d’un toit puisque c’est un palais suspendu d’un hectare posé sur deux immeubles aux extré­mi­tés. La cage à ascen­seurs externe sera le plus grand ouvrage en acier inoxy­dable jamais assem­blé, les dômes en altu­glas qui coif­fe­ront les ascen­seurs les plus spacieux jamais réali­sés. …tout est excep­tion­nel, on va donc devoir inno­ver beau­coup. Ainsi, on emploie pour la première dans ces propor­tions un hyper­bé­ton, deux fois plus résis­tant que le béton ordi­naire mais beau­coup plus fluide, et diffi­cile à manier.
Ça n’a l’air de rien pour le béotien, mais quand Andreu écrit « person­nel­le­ment je n’avais jamais utilisé ce béton à haute résis­tance » , c’est un peu comme si un comman­dant de sous-marin décla­rait au moment de plon­ger qu’il est curieux de décou­vrir un nouveau système de ballast. 

Les fêtes de la mitterandie

Dans l’après-midi de semaine 14 juillet , le quin­zième sommet des sept pays les plus riches du monde s’est ouvert au Louvre où Fran­çois Mitter­rand a inau­guré cette fois la petite pyra­mide et l’immense sous-sol signé Peu. Le lende­main le 15, les chefs d’État, leurs suites et la presse du monde entier se trans­portent en haut de l’Arche. 
Le faste du moment et inima­gi­nable aujourd’hui en France. Un des grands espaces carrés du toit a été trans­formé en salle de confé­rence ronde par l’architecte et le musi­cien Franck Hammou­tène. Chacun des meuble de ce Saint des saints, dessiné pour la circons­tance, ne servira qu’à cette unique occa­sion, y compris la table-monu­ment de verre et de granit, ronde, elle aussi, comme il se doit,et si vaste, avec ses sept mètres vingt de diamètre, qu’il a fallu la monter en pièces déta­chées en héli­co­ptère. Quelques Rodin, Minet et Picasso ont été prêtée par les musées natio­naux pour égayer la pièce. Dans les autres salles du toit, Andrée Putman à installé des lieux de repos dont elle a conçu le mobi­lier lui aussi éphé­mère au sens litté­ral, une salle à manger, un bar en demi cercle, autant de salons que de délé­ga­tions, stric­te­ment iden­tiques à part les couleurs, « taupe, ivoire, cigogne, camel », d’une bana­lité parfaite et donc propres à éviter tout inci­dent diplo­ma­tique. 
Tout cela sera démonté dans les jours suivants. Grosse rentrée en vue pour le Mobi­lier natio­nal.

Les mesquineries des politiques

Habi­le­ment, le concours est ouvert aux seuls archi­tecte fran­çais. Très ouvert : une esquisse seule est requise, et le règle­ment est léger. Le président Mitter­rand se dit favo­rable au projet d’une tour de bureau, lui dont ce n’est pour­tant pas le genre. Une seule expli­ca­tion : c’est que Michel Rocard, son premier ministre et le vieil adver­saire à gauche, s’oppose pour sa part à de nouveaux immeubles de bureaux à la Défense. 

20160307_145754Traduit de l’américain par Fran­çoise Cartano.

Quand j’ai appris la nouvelle de la mort de Pat Conroy, je me suis sentie triste, et ne pouvant pas parti­ci­per ni de près ni de loin au deuil qui doit toucher profon­dé­ment ses proches, j’ai décidé de relire « le prince des Marées » ; roman qui m’avait profon­dé­ment marquée en 2002.

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Ma relec­ture atten­tive de ce gros roman (600 pages) m’a remis en mémoire tout ce que j’aime chez cet auteur. Tout d’abord, son formi­dable humour et j’ai encore bien ri à la lecture de la scène où sa grand mère entraîne ses petits enfants dans le choix de son cercueil, au milieu de tant de souf­frances d’une enfance rava­gée par la violence d’un père et de l’insatisfaction de sa mère, ce petit passage où Tholita (la grand-mère) finira par faire pipi de rire sur les azalées du centre ville est un excellent déri­va­tif aux tensions créées par les drames dans lesquels la famille Wigo est plon­gée.

J’ai de nouveau appré­cié la construc­tion roma­nesque : nous connaî­trons peu à peu les drames succes­sifs de la famille à travers l’effort que doit faire le person­nage prin­ci­pal, Tom, pour aider la psychiatre de sa sœur jumelle, Savan­nah, à s’y retrou­ver dans le délire psycho­tique de celle qui est aussi une poétesse admi­rée du tout New-York des lettres. Ce procédé permet de rompre la chro­no­lo­gie et de croi­ser plusieurs histoires. « Le prince des marées » est un roman foison­nant et géné­reux le drame est toujours mélangé à une éner­gie vitale qui permet de suppor­ter les pires vile­nies des humains. C’est peut être le reproche qu’on peut faire à ce livre , cette famille est vrai­ment touchée par une série de drames trop horribles. Parfois on se dit : c’est trop ! mais peu importe, c’est si extra­or­di­naire de décou­vrir le Sud des États Unis sous plusieurs facettes : le racisme ordi­naire, la reli­gion, le côté bonne éduca­tion, la force des éléments.

Enfin ce livre est un hymne à la nature et les descrip­tions vous emportent bien loin de votre quoti­dien. C’est le genre de roman que l’on quitte avec regret chaque soir et que l’on voit se termi­ner avec tris­tesse. Bravo Monsieur Part Conroy d’avoir su écrire sur l’enfance marty­ri­sée en gardant la tête haute et votre merveilleux sens de l’humour ; et merci, vos livres ont fait voya­ger tant de gens vers un pays dont vous parlez si bien.

Citations

Sa rage contre les parent destructeurs

Les parents ont été mis sur terre dans le seul but de rendre leurs enfants malheu­reux.

Un des portrait de sa mère

Ma mère se bala­dait toujours comme si elle était atten­due dans les appar­te­ments privés d’une reine. Elle avait la distinc­tion d’un yacht – pureté de ligne, effi­ca­cité, gros budget. Elle avait toujours été beau­coup trop jolie pour être ma mère et il fut un temps où l’on me prenait pour son mari. Je ne saurais vous dire à quel point ma mère adora cette période… Maman donne des dîners prévus plusieurs mois à l’avance et n’a pas le loisir de se lais­ser distraire par les tenta­tives de suicide de ses enfants.

Folie de sa sœur

Depuis sa plus tendre enfance, Savan­nah avait été dési­gnée pour porter le poids de la psychose accu­mu­lée dans la famille. Sa lumi­neuse sensi­bi­lité la livrait à la violence et au ressen­ti­ment de toute la maison et nous faisions d’elle le réser­voir où s’accumulait l’amertume d’une chro­nique acide . Je le voyais, à présent : par un proces­sus de sélec­tion arti­fi­ciel mais fatal, un membrure de la famille est élu pour être le cinglé et toute la névrose, toute la fureur, toute la souf­france dépla­cées s’incrustent comme de la pous­sière sur les parties saillante de ce psychisme trop tendre et trop vulné­rable.

Portrait d’une méchante femme de sa ville natale

Ruby Blan­ken­ship péné­tra dans la pièce, royale et inqui­si­to­riale, ses cheveux gris bros­sés sévè­re­ment en arrière, et les les yeux fichés comme des raisins secs dans la pâte molle de sa chaire. C’était une femme immense, gigan­tesque, qui faisait naître une terreur immé­diate dans le cœur des enfants. À Colle­ton, elle était perçue comme « une présence », et elle se tenait sur le pas de sa porte d’où elle nous obser­vait avec cette inten­sité singu­liè­re­ment rava­geuse que les personnes âgées qui détestent les enfants ont su élever au rang des beaux-arts. Une partie de sa noto­riété locale était due à l’insatiable curio­sité que lui inspi­rait la sante de ses conci­toyens. Elle était l’hôte omni­pré­sente de l’hôpital autant que du funé­ra­rium.

Dialogue avec sa mère

- Je n’aurais pas dû avoir d’enfants, dit ma mère. On fait tout pour eux, on sacri­fie sa vie entière à leur bonheur, et ensuite ils se retournent contre vous. J’aurais dû me faire liga­tu­rer les trompes à l’âge de douze ans. C’est le conseil que je donne­rais à n’importe quelle fille que je rencon­tre­rais.
- Chaque fois que tu me vois, Maman, tu me regardes comme si tu voulais qu’un docteur pratique sur toi un avor­te­ment rétro­ac­tif.

Humour

Les ensei­gnants améri­cains ont tous des réflexes de pauvres, nous avons un faible pour les congrès et foire du livre tous frais payés, avec héber­ge­ment gratuit et festin de poulet caou­tchou­teux, vinai­grette douceâtre et petits pois innom­mables.

SONY DSCLu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.
Traduit de l’anglais (Grande-Bretagne) par Fran­çoise Adel­stain

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Un livre d’une grand qualité, car il sait trans­mettre une forte émotion, tout en respec­tant les codes de bien­séance britan­niques. Un homme au sommet de la gloire dans le système juri­dique anglais, « le vieux Filth » : Failed in London try in Hong-Kong (acro­nyme qui veut dire « si tu échoues à Londres essaie à Hong-Kong » mais le mot veut aussi dire sale ou saleté), est respec­table et très respecté, connu et admiré pour son savoir juri­dique. Après une brillante carrière à Hon-Kong, il revient dans le Dorset.

Le roman commence, lorsqu’il se retrouve veuf et très âgé. Ce veuvage auquel il ne s’attendait pas va l’entrainer dans une péré­gri­na­tion vers son passé. Il est un enfant des colo­nies britan­niques, ce qui veut dire qu’à six ans, il est bruta­le­ment séparé de la femme qui l’élevait pour partir au pays de Galle ou de vagues tantes lui ont trouvé une famille d’accueil. Rudyard Kipling parlera, lui aussi de cette incroyable violence faite à des enfants : les colons britan­niques avaient si peur que leurs enfants se lient aux indi­gènes qu’ils préfé­raient s’en sépa­rer pendant les longues années de 5 ou 6 ans à 18 ans.

Ce vieux Monsieur digne, qui ne peut pas expri­mer ses senti­ments et qui est, pour tout son entou­rage, la respec­ta­bi­lité même va peu à peu par toutes petites touches nous livrer ses souf­frances, celles de son enfance sont énormes et il est soudain inca­pable de finir sa vie sans s’y confron­ter de nouveau. Au passage nous connai­trons ses amitiés, ses amours et son couple beau­coup moins simple qu’il n’y paraît.

Le roman est traversé par des person­na­li­tés pour le moins étranges. Les deux tantes qui devaient s’occuper de leur neveu sont complè­te­ment déran­gées, typi­que­ment anglaises peut être ? Essen­tiel­le­ment inté­res­sées par le golf et pas du tout par le bien être d’un enfant dont elles n’avaient pas demandé à s’occuper. C’est très émou­vant de voir le regard des autres vis à vis de ce vieux Filth, regard qui s’arrête à son allure, à sa respec­ta­bi­lité, à son élégance, à sa dignité, et le long et doulou­reux chemi­ne­ment de cet homme vers une autre vérité , celle qui a bien failli l’anéantir.

PS : Ce roman a déçu deux lectrices du club et n’a donc pas reçu de coup de cœur, je le regrette . Elles ont trouvé cet homme peu sympa­thique et le roman bavard, je donne leurs argu­ments par honnê­teté, mais je ne suis pas du tout d’accord. J’aimerais bien lire d’autre avis sur ce roman.

Citations

Un nouveau mot pour moi

Sa somno­lence post­pran­diale

Le veuvage d’un vieil homme

Désor­mais à près de quatre vingts ans, il vivait seul dans le Dorset. Sa femme , Betty, était morte, mais il papo­tait souvent avec elle en vaquant dans la maison. 

Une enfance malheureuse

Il n’avait pas bu de lait depuis son départ de chez Ma Didds, au pays de Galles. Elle devait être ici. « Tu ne sors pas de ce placard tant que tu n’as pas bu ce verre de bon lait et tu as inté­rêt à ne pas remuer les pieds parce qu’il y a un trou en dessous aussi profond qu’un puits, et on n’entendrait plus jamais parlé de toi. » Enfermé toute la jour­née, jusqu’à l’heure du coucher, il avait six ans.

L’idéal féminin de bien des hommes

Mrs Ingoldby fut le premier amour anglais d’Eddie. Il igno­rait qu’une femme si peu compli­quée pût exis­ter. Calme et rêveuse, souvent vous appor­tant une tasse de thé sans raison parti­cu­lière sauf par affec­tion ; satis­fai­sant tous les caprices d’un mari colé­rique dont elle ne se plai­gnait pas. Ravie sans jamais se lasser des surprises que réser­vait chaque nouveau jour.

Les mémoires

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Une fois n’est pas coutume je vais commen­cer mon article par une cita­tion, si (et seule­ment si) vous êtes allé sans déplai­sir au bout de la lecture alors, je vous conseille­rai de « re«lire ce roman :

Pêle-mêle, au hasard du coup de filet, les algues profondes, où dort la vie mysté­rieuse des grandes eaux, avaient tout livré : les cabillauds, les aigle­fins, les carre­lets, les plies, les limandes, bêtes communes d’un gris sale, aux tâches blan­châtres ; les congres, ces grosses couleuvres d’un bleu de vase , aux minces yeux noirs, si gluantes qu’elles semblent ramper, vivantes encore ; les raies élar­gies, à ventre pâle bordé de rouge tendre, dont les dos superbes, allon­geant les nœuds saillants de l’échine, se marbrent jusqu’aux baleines tendues des nageoires , de plaques de cinabre coupées par des zébrures de bronze floren­tin, d’une bigar­rure assom­brie de crapaud et de fleurs malsaines ; les chiens de mer, horribles, avec leur têtes rondes , leurs bouches large­ment fendues d’idoles chinoises, leurs courtes ailes de chauves – souris char­nues, monstre qui doivent garder de leurs abris les trésors des grottes marines. Puis venaient les beaux pois­sons , isolés, un sur chaque plateau d’osier ; les saumons , d’argent guillo­ché, dont chaque écaille semble un coup de burin dans le poli du métal ; les mulets , d’écailles plus fortes, de cise­lures plus gros­sières ; les grands turbots, les grandes barbues, d’un grain serré et blanc comme du lait caillé ; les thons , lisses et vernis, pareils à des sacs de cuir noirâtres ; les bars arron­dis, ouvrant une bouche énorme, faisant songer à quelque âme trop grosse, rendue à pleine gorge dans la stupé­fac­tion de l’agonie. Et , de toutes parts, les soles , par paires, grises ou blondes , pullu­laient ; les équilles , minces, raidies, ressem­blaient à des rognures d’étain ; les harengs, légè­re­ment tordus, montraient tous, sur leurs robes lamées , la meur­tris­sure de leurs ouïes saignantes ; les dorades grasses se tein­taient d’une pointe de carmin, tandis que les maque­reaux, dorés , le dos striés de brunis­sures verdâtres, faisaient luire la nacre chan­geante de leurs flancs, et que les gron­dins roses, à ventre blancs, les têtes rangées au centre des mannes, les queues rayon­nantes épanouis­saient d’étranges florai­sons, pana­chées de blanc de perle et de vermillon vif. Il y avait encore des rougets de roche, à la chair exquise, du rouge enlu­miné des cyprins, des caisses de merlans aux reflets d’opale, des paniers d’éperlans, de petits paniers propres , jolis comme des paniers de fraises, qui lais­saient échap­per une odeur puis­sante de violette. Cepen­dant , les crevettes roses, les crevettes grises , dans les bour­riches, mettaient , au milieu de la douceur effa­cée de leur tas, les imper­cep­tibles boutons de jais de leurs milliers d’yeux ; les langoustes épineuses, les homards tigrés de noir » vivants encore, se traî­nant sur leur pattes cassées, craquaient.

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L’été est propice aux relec­tures, dans toutes les biblio­thèques il traîne un roman de Zola. J’ai lu autre­fois tous les Rougon Macquart, certains m’ont laissé un souve­nir très précis. Ils flottent dans ma mémoire des scènes variées , souvent tragiques, comme la fin de Gervaise dans « L’assommoir » , parfois sensuelles, comme les émois de Lantier remon­tant dans l’ascenseur de la mine contre le corps de Cathe­rine Maheu, presque toujours trop char­gées en tragé­dies violentes. Le seul roman que j’ai relu sans déplai­sir c’est « Au bonheur des dames », enfin un roman qui ne décrit pas que la noir­ceur de l’âme humaine.

J’avais complé­te­ment oublié « le ventre de Paris » et en le reli­sant j’ai faci­le­ment compris pour­quoi. A l’époque, si je dévo­rais les romans, je sautais allé­gre­ment les descrip­tions trop longues qui m’ennuyaient, je ne me souve­nais donc d’un héros, Florent, trop naïf et sans défense qui ne m’avait guère inté­res­sée. Or le person­nage prin­ci­pal du roman, ce n’est pas lui, mais les Halles que Zola, nous décrit avec une passion peu commune. Il y voit le symbole même de la bour­geoi­sie du second empire, engon­cée dans ses certi­tudes et son embon­point, et qui corrompt tout ce qu’elle touche. Les fruits sont tous au bord de la décom­po­si­tion, les produits laitiers sentent trop fort, les viandes dégou­linent de graisses et d’odeurs répu­gnantes. Le seul person­nage posi­tif qui aurait pu sauver Florent (déso­lée de « divul­ga­cher » ainsi la fin du roman) est une certaine Fran­çoise qui cultive des beaux légumes frais aux portes de Paris, mais il suffit qu’ils passent la porte de halles pour qu’aussitôt ils se trans­forment en trognons, éplu­chures, et autres objets répu­gnants.

En lisant ce roman j’ai pensé qu’il consti­tuait une mine de rensei­gne­ments pour des recons­ti­tu­tions histo­riques. A côté de ce Florent doux rêveur révo­lu­tion­naire, se dresse Lisa , la belle char­cu­tière. Zola veut nous montrer « que ces gredins d’honnêtes gens » comme les traite Claude Lantier , peintre de son état (il sera le person­nage prin­ci­pal de « l’œuvre»), sont des gens mons­trueux à leur manière. Le pari est diffi­cile car la belle Lisa, est avant tout une femme travailleuse, honnête et atta­chée à sa famille. Mais derrière cette appa­rence douceur se cache une violence impla­cable qui sera fatale à celui qui ne rentre pas dans son cadre de pensée.

Tous les person­nages ou presque sont remplis d’une haine rancu­nière abomi­nable , c’est un monde de femmes où toutes les passions se déchaînent sans aucune rete­nue, bref c’est du « Zola ». Je me suis dit que je n’aurais pas aimé expli­quer ce roman à des jeunes aujourd’hui, car quelque soit les défauts de la belle char­cu­tière, c’est une femme qui aime son travail et veut le bien de sa famille.

Citations

La belle charcutière

Il pardon­nait à Lisa ses tendresses pour l’empereur, parce que disait-il, il ne faut jamais causé poli­tique avec les femmes, et que la belle char­cu­tière était après tout , une femme très honnête qui faisait aller joli­ment son commerce.

La religion de Lisa

Aussi lorsque Lisa allait dans une église, elle se montrait recueillie. Elle avait acheté un beau parois­sien, qu’elle n’ouvrait jamais, pour assis­ter aux enter­re­ments et aux mariages. Elle se levait , s’agenouillait , aux bons endroits, s » appli­quant à garder l » atti­tude décente qu’il conve­nait d’avoir. C’était pour elle une sorte de tenue offi­cielle que les gens honnêtes, les commer­çants et les proprié­taires devaient garder devant la reli­gion.

Les honnêtes gens

Ma conscience ne me reproche rien. Je ne dois pas un sou, je ne suis dans aucun tripo­tage, j’achète et je vends de bonne marchan­dise , je ne fais pas payer plus cher que le voisin… Alors pour­quoi parles-tu de renver­ser le gouver­ne­ment, qui te protège et te permets de faire des écono­mies ? Tu as une femme, tu as une fille, tu te dois à elle avant tout. Tu serais coupable, si tu risquais leur bonheur. Il n’y a que les gens sans feu ni lieu, n ayant rien à perdre, qui veulent le coup de fusil. Tu n’entends pas être le dindon de la farce peut être ? Reste donc chez toi, grande bête, dors bien , mange bien, gagne de l’argent, aie la conscience tran­quille, dis-toi que la France se débar­bouillera toute seule , si l’Empire la tracasse. Elle n’a pas besoin de toi la France.

La pauvreté

On trouve toujours quelqu’un pour vous payer à boire, on ne rencontre jamais personne qui vous paie à manger.

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Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

3
Fina­le­ment Keisha, le club de lecture a décidé que je lirai ce livre. Tu ne savais pas trop comment nous le recom­man­der, comme toi, je l’ai lu en une nuit, enfin une partie de la nuit. Je pour­rais reco­pier ton billet avec lequel je suis entiè­re­ment d’accord, mais ça ne se fait pas ! Je rajoute que, si je ne l’ai pas laissé tomber à la page 50, il y a deux raisons le club, bien sûr et le billet de Keisha. N’en concluez pas que vous pouvez écono­mi­ser la lecture de ce roman, non, j’aimerais telle­ment avoir l’opinion de mes blogueuses préfé­rées (excuse-moi Jérôme mais pour les blogs, le fémi­nin l’emporte de façon trop nette sur le mascu­lin quelles que soient les règles de gram­maire !). J’ai trouvé une formule pour décrire ce livre : « du Gavalda avec un effort de conci­sion extrême ». Et atten­tion , je ne rejette pas du tout Anne Gavalda, je dois même avouer que, dans une période de déprime, elle m’a fait beau­coup de bien.

Arnaud Derek esquisse ses person­nages et les anec­dotes dans lesquelles il les met en scène, ça ressemble plus à un synop­sis qu’à un roman véri­table. Les rencontres sont impro­bables comme une plage au pôle Nord, mais ces gens un peu cassés et abimés par la vie vont se faire plus de bien que de mal. Si j’avais été tentée de l’abandonner , c’est que je déteste qu’on me prenne à partie dans un livre et que l’auteur m’annonce la suite .. mais là il s’agit du procédé de style sur lequel est construit tout le roman, j’ai donc fini par l’accepter.

Il y a un charme incon­tes­table à ces esquisses de person­na­li­tés et d’histoires, on se surprend à remplir les vides que l’auteur n’a pas voulu écrire. Et on recon­naît de plus en plus notre société dans ce qu’elle a de plus accep­table. Oui, Keisha, ce court récit fait du bien et cet auteur a un style bien à lui qui me m’amènera, j’en suis sûre à lire ces autres romans.

Citations

Parce que je fais partie des amatrices de Rooboïs