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Traduit de l’anglais (États-Unis) par Clément Baude.

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Quel beau livre ! Et quelle belle traduc­tion ! À aucun moment on ne se sent gêné par la langue. Ce livre raconte la mémoire doulou­reuse d’un petit village polo­nais. Les person­nages sont variés et repré­sentent bien les diffé­rentes mauvaises consciences de la Pologne après le commu­nisme.

Il y a une intrigue poli­cière qui permet de donner un fil à la narra­tion : qui a assas­siné Tomek,le fils de Powierza ? L’enquête du person­nage prin­ci­pal, paysan et voisin de Tomek nous conduira à travers les trafics des anciens diri­geants du Parti. Les nouveaux redres­seurs de torts ne sont pas forcé­ment des person­nages très sympa­thiques. Et si la mémoire allait un peu plus loin, est-ce qu’on retrou­ve­rait le souve­nir des juifs qui ont entiè­re­ment disparu du village ?

L’ambiance de la Pologne rurale est très bien décrite, l’antisémitisme ambiant dans la Pologne d’aujourd’hui égale­ment. On sent que l’auteur connaît bien la région et qu’il a fréquenté de nombreux Polo­nais. On est saisi par les divers senti­ments de culpa­bi­lité qui soudent ces gens entre eux et tissent comme un couvercle de plomb qui écrase tout le village.

Fuir cet endroit perdu, c’est la seule solu­tion pour presque tous les jeunes de ce village, comme on les comprend ! Mais Leszek, le person­nage prin­ci­pal, aime le travail de la ferme, il sait nous faire parta­ger son atta­che­ment à la terre et on espère à la fin du roman qu’il sera heureux. Les temps ont changé en Pologne comme ailleurs et le lourd passé sera peut-être plus facile à regar­der en face.

Citations

La douleur aux dates officielles

Nos femmes versent faci­le­ment des larmes, presque à la demande, sur les tombes froides de mars ou de novembre, mais le deuil privé demeure caché – c’est le cas de ma mère.

Les membres du parti sous le régime communiste

Par instinct, Jablonski s’ha­billait dans des couleurs pigeon de ville et arpen­tait les couloirs sombres du pouvoir avec des chaus­sures à semelle de crêpe qui ne faisaient aucun bruit.…il pouvait se fondre dans n’im­porte quelle foule sans être remar­qué, une qualité qui repré­sen­tait à ses yeux, la condi­tion de survie. Il y voyait un instru­ment de sélec­tion natu­relle face à la loi de la jungle.

Une belle description du travail d’un paysan traditionnel

La faux coupait et envoyait le foin d’une manière qui lui conve­nait beau­coup mieux – plus lente­ment, certes, mais si le travail était bien fait, le foin, projeté par vagues irré­gu­lières, séchait plus unifor­mé­ment, comme son père et son grand-père le lui avaient appris. Pour lui, les vieilles méthodes étaient en harmo­nie avec les saisons, le soleil, le climat. Il savait qu’elles étaient moins effi­caces ; mais elles avaient un avan­tage : elles étaient soli­taires.

les liens dans la famille

J’ap­pré­ciais mon grand père, même si ce n’était pas de l’amour. On n’ap­pré­cie pas toujours les gens que l’on est censé aimer.

Un des thèmes de ce roman, la bonne conscience polonaise face à la shoa

Parce qu’ils (les Polo­nais) survivent et que le reste de la planète ne se montre pas assez compa­tis­sant avec eux. Parce qu’ils ne sont pas consi­dé­rés comme des victimes. Ils ont l’im­pres­sion qu’on leur a vole ça. Les Polo­nais sont toujours la. Pas les juifs. Dis-moi un peu, qu’est ce qui rend la Pologne célèbre dans le monde ? »
J’es­sayais de comprendre où il voulait en venir.
 » Coper­nic ? Répon­dit-il ? Lech Walesa ?
- le pape, fis-je
- ach ! dit-il avec une grimace. D’ac­cord le pape. Et quoi d’autre ?
Je n’avais aucune réponse.
« Ausch­witz : voilà. Ausch­witz, Treblinka, Sobibor.6 millions de juifs sont morts et le monde entier pense qu’ils sont tous morts en Pologne.

On en parle

Le goût des livres