SONY DSC

4
C’est « la souris jaune » qui m’a conduite à lire ce livre, qu’elle en soit remer­ciée, c’est un excellent moment de lecture. Antoine Sénanque est un méde­cin écri­vain, je ne sais pas si ces auteurs-méde­cins forment un club, mais on peut remar­quer qu’ils nous offrent souvent des romans de bonne qualité. Antoine, le narra­teur porte le même nom que l’au­teur, j’es­père pour son entou­rage que c’est son seul point commun. Car autant en roman ou en film c’est le genre de person­nage que j’adore autant dans la vie réelle cela doit être très pénible. Antoine est un homme qui est affu­blé d’une luci­dité hors du commun , et qui voit très bien tous les défauts des gens à commen­cer par les siens. Il n’a aucune illu­sion et ne se cache aucune diffi­culté de la vie. Il est affu­blé d’un copain Félix, que je ne souhai­te­rais pas à mon pire ennemi. Et avec ce carac­tère, ce psychiatre décide de recom­men­cer des études d’his­toire. Sa confron­ta­tion avec la glorieuse insti­tu­tion de la Sorbonne vaut le détour.

D’ailleurs tout vaut le détour dans ce roman ; je vous garan­tis quelques fous rires, ou au moins une franche détente. La scène où le télé­phone portable, inten­tion­nel­le­ment glissé dans la poche de son ennemi, sonne l’air de la Walky­rie à un moment très inop­por­tun m’a beau­coup déten­due. J’ai beau­coup aimé aussi sa disser­ta­tion sur les guerres de reli­gion, et les trans­ferts de violences auxquels ce psychiatre s’est laissé aller ce jour là.

Un roman drôle, déca­pant et jouis­sif, un de mes critères pour savoir s’il me plaît , c’est lors­qu’à longueur de pages je note des passages en me disant, avec ça tout le monde aura envie de le lire. Notre société est là devant nos yeux décrite par un Woody Allen à la fran­çaise.

Citations

Portrait de Félix

Félix ne fait jamais la gueule. Jamais. son humeur est bonne. Déses­pé­ré­ment . Il est venu au monde avec son sourire imprimé comme une tache de nais­sance. C’est mon meilleur ami, je ne lui veut aucun mal. mais j’avoue qu’une baisse de forme passa­gère n’al­té­re­rait pas nos rapports. Sans lui souhai­ter une dépres­sion majeure, un petit accès mélan­co­lique de temps en temps serait vivi­fiant pour notre désor­mais très vieille amitié.

J’ai un ami Félix. Un garçon qui trouve toujours les mots qui ne me servent à rien.

Portrait de Luce-Ismène que le narrateur appelle Lucienne, femme de Félix

Elle a comme qualité essen­tielle un sens de l’éco­no­mie hyper­tro­phié et comme défaut prin­ci­pal un sens de l’éco­no­mie hyper­tro­phié.

Nous l’avons rencon­trée ensemble à l’école, à dix-sept ans. elle était blonde mince, déli­cate, avec des formes provo­cantes qui nous provo­quaient. Elle ressem­blait à Brigitte Bardot. Elle a vieilli comme elle.

Description d’un phobique

Il est arrivé chez moi pour une angoisse sévère de l’in­fec­tion, avec des construc­tions élabo­rées qui pouvaient entraî­ner des consé­quences. Une hospi­ta­li­sa­tion, par exemple, au service d’in­fec­tio­lo­gie de la Salpê­trière pour suspi­cion de fièvre hémor­ra­gique au virus Ebola, après un contact peu intime avec les singes du Jardin des plantes.

Son frère Thierry

Les conseils bour­siers de Thierry sont coulés dans le béton dont on entoure les pieds de ceux qui ont trahi la mafia, juste avant de les jeter dans un fleuve. En calcu­lant les écono­mies que j’ai faites en ne suivant aucune de ses sugges­tions, j’ai l’im­pres­sion de lui devoir beau­coup.

Sa belle-mère Madeleine et les Polonais

Tout ce qui est mauvais sur terre est polo­nais pour Made­leine. le raz de marée qui a dévasté la Thaï­lande est polo­nais. Les élec­teurs de l’ex­trême droite sont polo­nais, comme les méde­cins qui ne savent pas soigner les maux de gorge . En réalité, le grand amour de ma belle-mère était un polo­nais, lucide, qui l’aban­donna, lui lais­sant au ventre le souve­nir d’Élisabeth.

Remarque pertinente

- Tu sais il gagne à être connu

On ne dit jamais l’in­verse, qu’on perd à être connu. C’est pour­tant vrai de tout le monde

Les Américains

Il y a toujours un prédi­ca­teur qui dort sous le T‑shirt d’un Améri­cain

Le mal du pays

J’avais le mal du pays facile. A quatorze ans, j’ai dû être rapa­trié pour cause de spleen pari­sien. De Pontoise. Avec l’âge, les distances se sont étirées, mais je ne passe jamais la Loire sans un pince­ment au cœur.

L’optimiste

Personne ne sait qu’un homme qui ne fait pas de mal à son prochain n’est qu’un psycho­pathe qui n’a pas encore décom­pensé.