5
Petit roman plein d’humour qui se lit très vite. Pein­ture inou­bliable d’une mère abusive, odieuse et du petit monde des exilés russes. Dimi­tri Radza­nov excellent pianiste riva­lise au piano avec un certain Horo­witz. Pour la mère de Dimi­tri il n’y a aucun doute, son fils est le meilleur, même s’il joue dans un poulailler dans le fond de son jardin de Chatou et Horo­witz (Face de Chou) à Carne­gie Hall. Beau­coup des tragé­dies du 20e siècle : les guerres l’exil l’extermination des juifs traversent rapi­de­ment ce petit roman. Mais son charme vient surtout de tout ce qui est dit sur la musique, la soli­tude et la souf­france du concer­tiste virtuose.

Citations

« Nous faire ça à nous ! » La voix de ma grand-mère me fendait les tympans, aussi tran­chante que le scal­pel en train d’inciser les cadavres d’école. Par ce « nous » outragé, elle dési­gnait les Radza­nov unique­ment, trans­for­mant une défaite histo­rique en offense person­nelle.

Maman n’avait pas d’instruction, ce qui consti­tuait aux yeux de sa belle-mère un défaut rédhi­bi­toire, aggravé par ce crime de lèse-Anas­ta­sie : « Elle m’a pris mon fils ! »

– Vous connais­sez Horo­witz ? s’étonna ma mère.
– Non, made­moi­selle, Horo­witz NOUS connaît !

Mon père s’étant fait virer de sa fabrique de colle ( un boulot auquel il n’avait jamais adhéré)…

Car il faut savoir à qui cela ressemble, une vie de concer­tiste. C’est comme si tu grimpes l’Alpe-d’Huez tous les jours sans ta selle.

Depuis l’âge de25 ans, il est persuadé qu’il est atteint d’un mal incu­rable, mais sa seule mala­die est la frousse de perdre sa virtuo­sité et d’être envoyé dans un camp comme son père et des millions d’autres juifs.

4
C’est un livre qu’on ne quitte plus quand on l’a commencé. Cette voix d’enfant à laquelle s’adresse l’auteur en lui disant « tu » touche le lecteur. Marion (Funny) doit affron­ter deux drames inti­me­ment liés la mala­die mentale de sa mère maniaco-dépres­sive et la honte d’être une enfant d’un soldat alle­mand. L’enfant aime, a peur, a honte de sa mère. Une solu­tion existe : ses grands parents des gens « comme il faut » mais qui ne savent pas comprendre l’attachement de la petite à cette mère qui aime sa fille malgré sa mala­die.
Ce n’est pas un excellent roman mais c’est un beau témoi­gnage de ce que peuvent suppor­ter des enfants lorsque les parents sont déséqui­li­brés.

Citations

Une mala­die à éclipses. Une mala­die à répé­ti­tions. Une mala­die à surprises. Une mala­die sur le nom de laquelle à l’époque, on hési­tait. Une mala­die qui faisait honte. Une mala­die qui faisait peur.

Tu aimes votre appar­te­ment,…. C’est là … que tu as commencé à aimer Fanny 

Tant de choses comme cela que tu ignores. Que tu devines vague­ment. Des choses qui sont là. Qui te frôlent, cachées dans l’ombre, mais si denses que tu en éprouves la secrète présence, comme une menace.

Elle n’est pas comme les autres. Elle détonne parmi les fidèles, ces gens tran­quilles, sans éclat, ces gens qu’on ne remarque pas, qu’on ne voit pas….. Elle crie au milieu des muets. Elle danse parmi les gisants.

Et celle-là, tu la hais, de toutes tes forces.
La bête mauvaise, c’était elle. Depuis le premier jour.

On en parle

La femme de l’Allemand – Marie SIZUN link

Traduit de l’anglais (Canada) par Hugues Leroy.

5
Extra­or­di­naire récit à propos des indiens et de l’engagement du Canada dans la Première guerre mondiale, c’est un livre d’une beauté et d’une densité rare. Coup de cœur du club de lecture de Dinard. J’ai rare­ment lu une analyse aussi appro­fon­die de la guerre et des consé­quences sur un être humain d’avoir le droit de tuer. Le lecteur est saisi par ce livre, la descrip­tion de la guerre, les violences faites aux indiens au Canada, l’amour et la force d’une femme indienne, dont on suit jour après jour le long périple sur la rivière pour rame­ner à la vie l’ami de son neveu.

Citation

Un obus est tombé trop près. Il m’a lancé dans les airs et, soudain, j’étais oiseau. Quand je suis redes­cendu, je n’avais plus ma jambe gauche. J’ai toujours su que les hommes ne sont pas fait pour voler.

Traduit de l’anglais ( États Unis ) par Cécile Arnaud.
3
Récit des purges stali­niennes de 1934 à 1937. Le person­nage prin­ci­pal, Ossip Mandel­stam est arrêté pour avoir écrit un pamphlet contre Staline sous forme d’une ode. Le récit suit plusieurs person­nages qui ont, pour leur malheur, croisé ou partagé la vie du poète .C’est un livre éprou­vant comme souvent les livres décri­vant cette époque, la réalité est sans doute pire que le roman. C’est mieux d’avoir un bon moral avant de se plon­ger dans cette lecture. Je préfère toujours les témoi­gnages, ou les études histo­riques à la créa­tion roma­nesque sur des sujets si sensibles et pour lesquels ils existent encore des témoins vivants.

Citation

Étrange prière pronon­cée par la femme du poète avant de se rendre à une convo­ca­tion à la Loubianka.
Notre père qui êtes aux cieux
S’il a encore une muse et une érec­tion
Faites que le soleil oublie tout simple­ment
De se lever demain matin
Amen

4
Impres­sion étrange, la première partie du roman a très peu d’intérêt, un homme se fait plaquer par son amie beau­coup plus jeune. Il est russe et repart à Saint-Péters­bourg au milieu de la Russie moderne, là il rencontre un vieil homme, Volski, qui lui raconte son passé d’homme russe : le blocus de Lenin­grad, la guerre, le goulag, la mort de sa compagne dans un camp, son travail auprès des enfants handi­ca­pés. Makine le raconte très bien, le roman prend alors tout son inté­rêt. J’ai pensé à la cita­tion de Tché­khov que Makine cite plusieurs fois :

« Il nous encou­ra­geait à couper le début et la fin de nos nouvelles. Je ne sais pas si le remède du docteur Tché­khov peut guérir un roman. En tout cas, mon héroïne vit dans la partie qu’il conseillait de couper ».

Je me demande si l’écrivain avait besoin de nous faire passer par les peti­tesses de notre monde actuel pour nous inté­res­ser à la gran­deur du tragique destin de Volski.

Citations

Un jeune russe dans l’édition. Alors j’ai voulu me payer sa tête, j’ai cité Marx « le seul critère de la vérité est le résul­tat pratique » et dans l’édition, le résul­tat c’est le nombre de ventes, n’est ce pas ? Si des livres de merde se vendent, c’est qu’on en a besoin.

On en parle

link.

3
Contrai­re­ment à Marie-Aude Murail, je ne suis pas une grande lectrice de Dickens, j’avais lu un article élogieux sur cette biogra­phie. Je l’ai lue avec grand inté­rêt. Il s’agit d’un livre pour la jeunesse , il se lit donc très vite . Il a le grand avan­tage de donner envie de relire Dickens. Je savais que cet auteur avait puisé son œuvre dans ce qu’il avait vécu. On sent dans ce livre l’angoisse de Charles Dickens à l’idée de connaître à nouveau la misère de son enfance. Toute sa vie, il s’intéressera à la grande pauvreté à Londres et cher­chera à aider les autres, la clé de son oeuvre est peut être dans le sous-titre de cet ouvrage « Ouvrier à douze ans, célèbre à vingt-quatre ».

Citations

On envoie parfois Charles chez « mon oncle » parent peu recom­man­dable comme l’est « ma tante » en France

Il vient d’être arrêté. John Dickens doit la somme consi­dé­rable de quarante livres au boulan­ger. Il a été emmené dans la maison de déten­tion provi­soire qu’on appelle la « presse-éponge » … avant d’être incar­céré à la Maré­chaus­sée, la prison pour dettes.

Urania Cottage n’est pas la seule entre­prise philan­thro­pique à laquelle Charles se consacre.

On en parle

link.

5
Je ne passe pas ma vie à lire des livres. J’en lis aussi à mes petits enfants. Celui-là connaît un grand succès. Aucune parole n’accompagne les dessins , pour­tant l’histoire est très facile à comprendre. Tout le charme du livre provient des petits détails qui ne se découvrent que peu à peu, il est rare de tous les voir à la première lecture. Fina­le­ment, le gâteau sera repris aux méchants rats, seuls les gentils auront le droit de le goûter… Et le petit canard retrouve sa maman…

3
Ce roman se lit très vite en quelques heures, cela ne l’empêche pas d’être une bonne approche du problème des SDF et de comprendre le parcours des jeunes qui se retrouvent à la rue. Il est écrit sans complai­sance. On peut l’offrir à des ados parce que le person­nage prin­ci­pal est une adoles­cente, cela leur permet­tra de réflé­chir à ce qu’on peut, ou ne pas, faire pour des SDF On y trouve tous les thèmes qui hantent les adoles­cents, la mort, le lycée, l’alcool, la dépres­sion.

L’histoire : une jeune ado surdouée et malheu­reuse décide de sauver une SDF et elle y réus­sit presque, mais on voit à quel point c’est diffi­cile pour tout le monde, pour la jeune SDF et pour ceux qui essaient de sauver et de sortir « no » (Nolwenn) de la rue.

Citations

Noël est un mensonge qui réunit les familles autour d’un arbre mort recou­vert de lumières, un mensonge tissé de conver­sa­tions insi­pides, enfoui sous des kilos de crème au beurre, un mensonge auquel personne ne croit.

Certains secrets sont comme des fossiles et la pierre est deve­nue trop lourde pour la retour­ner.

On en parle

link.

Traduit de l’anglais par Pierre Ménard.

4
Petit livre d’humour, typi­que­ment britan­nique. Et si la reine d’Angleterre se mettait à aimer lire ? Elle découvre la lecture grâce au biblio­bus et délaisse ses devoirs royaux pour sa nouvelle passion : la lecture. Au-delà de l’humour, l’auteur raconte très bien le plai­sir de la lecture, et les obli­ga­tions de la reine d’Angleterre , l’auteur se moque si bien des Anglais ! Les ques­tions rituelles de la reine à ses sujets, lors des rencontres offi­cielles, sont très drôles.

J’ai beau­coup ri à la lecture de ce roman et j’ai regretté de ne pas pouvoir le lire en anglais. Petit bémol : je l’ai prêté à ma fille qui ne l’a pas trouvé aussi amusant que moi, elle n’arrivait pas à le termi­ner telle­ment elle s’ennuyait, comme quoi !

Citations

Lorsqu’on a quatre-vingts ans, les événe­ments ne se produisent plus : ils se repro­duisent.

Cet attrait pour la lecture, songeait-elle, tenait au carac­tère altier et presque indif­fé­rent de la litté­ra­ture. Les livres ne se souciaient pas de leurs lecteurs, ni même de savoir s’ils étaient lus. Tout le monde était égal devant eux, y compris elle. La litté­ra­ture est une commu­nauté, les lettres sont une répu­blique… …Les livres ne varient pas. Tous les lecteurs sont égaux… …La lecture… Il y avait en elle quelque chose d’anonyme, de partagé, de commun… …Elle pouvait parcou­rir toutes ces pages, l’espace contenu entre les couver­tures de tous ces livres, sans qu’on la recon­naisse

En parlant de Proust

Le pauvre homme souf­frait le martyre en raison de son asthme et faisait partie de ces gens qui auraient parfois besoin de se secouer un peu. Mais la litté­ra­ture n’est pas avare en indi­vi­dus de ce genre. Le plus curieux, en ce qui le concerne, c’est que lorsqu’il trem­pait un gâteau dans sa tasse de thé (pratique par ailleurs répu­gnante) toute sa vie passée remon­tait à sa mémoire. Je dois avouer que j’ai testé sa méthode sans l’ombre d’un résul­tat.

On en parle

link

3
Une chaus­sure sur un toit permet à l’écrivain d’écrire dix nouvelles. Certaines sont vrai­ment bien imagi­nées et les portraits de nos contem­po­rains sont parfois savou­reux , mais l’ensemble est inégal. On se demande comment dans chaque nouvelle, l’auteur va réus­sir à nous parler de « la chaus­sure ». Ça fait un peu exer­cice de style mais c’est amusant, comme l’est l’émission « les papous dans la tête » le dimanche sur France-Culture, émis­sion à laquelle ce livre m’a fait penser (Merci Fanny de me l’avoir prêté).

Citations

J’ai poussé un soupir en pensant à la tête de mon patron, demain : je suis fati­gué mais c’est parce que ma fille a vu un ange cette nuit, vous compre­nez ? Ça n’arrive pas tous les jours .

Le présen­ta­teur de télé­vi­sion :
- Je songeais à publier un recueil de mes opinions sur la litté­ra­ture mondiale. Je connais­sais Gérard Depar­dieu. Je lais­sais planer avec délices toutes les rumeurs possibles concer­nant ma véri­table sexua­lité. J’hésitais à ache­ter un chat. Je possé­dais trois paires de mocas­sins John Lobb et j’avais annoncé la mort offi­cielle de la litté­ra­ture post­mo­derne.

La vieille dame qui télé­phone quatre fois par jour aux pompiers pour faire enle­ver la chaus­sure :
– Et bien moi, figure-toi, ça m’a exas­pé­rée, ce sermon. Si les pompiers refusent d’aider les vieilles dames, qui le fera, hein ? Les marchands de saucisses, les agents immo­bi­liers ?

On en parle

Tous ne sont pas aussi élogieux : link.