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Une chaus­sure sur un toit permet à l’écrivain d’écrire dix nouvelles. Certaines sont vrai­ment bien imagi­nées et les portraits de nos contem­po­rains sont parfois savou­reux , mais l’ensemble est inégal. On se demande comment dans chaque nouvelle, l’auteur va réus­sir à nous parler de « la chaus­sure ». Ça fait un peu exer­cice de style mais c’est amusant, comme l’est l’émission « les papous dans la tête » le dimanche sur France-​Culture, émis­sion à laquelle ce livre m’a fait penser (Merci Fanny de me l’avoir prêté).

Citations

J’ai poussé un soupir en pensant à la tête de mon patron, demain : je suis fati­gué mais c’est parce que ma fille a vu un ange cette nuit, vous compre­nez ? Ça n’arrive pas tous les jours .

Le présen­ta­teur de télé­vi­sion :
- Je songeais à publier un recueil de mes opinions sur la litté­ra­ture mondiale. Je connais­sais Gérard Depar­dieu. Je lais­sais planer avec délices toutes les rumeurs possibles concer­nant ma véri­table sexua­lité. J’hésitais à ache­ter un chat. Je possé­dais trois paires de mocas­sins John Lobb et j’avais annoncé la mort offi­cielle de la litté­ra­ture post­mo­derne.

La vieille dame qui télé­phone quatre fois par jour aux pompiers pour faire enle­ver la chaus­sure :
– Et bien moi, figure-​toi, ça m’a exas­pé­rée, ce sermon. Si les pompiers refusent d’aider les vieilles dames, qui le fera, hein ? Les marchands de saucisses, les agents immo­bi­liers ?

On en parle

Tous ne sont pas aussi élogieux : link.

Traduit du hongrois par Marcelle Régnier et Georges Régnier.

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Les Braises est consi­déré comme un chef-d’œuvre par de nombreux lecteurs et critiques. J’avais déjà lu Méta­mor­phose d’un mariage du même auteur sans beau­coup appré­cier, tout le monde m’a dit qu’il fallait lire les Braises. C’est fait, je sais de façon défi­ni­tive que cet auteur n’est pas pour moi. J’ai retrouvé la même lour­deur et lenteur. Il s’agit d’un long mono­logue puis dialogue autour d’une trahi­son et du désir de vengeance. Tout y est très fine­ment analysé.

On a l’impression d’un arrêt sur image de 200 pages. Les films d’Ingmar Berg­man à côté c’est Speedy Gonzales !

Citations

« Je veux être poète ! » dit il un jour en contem­plant la mer, le regard rêveur sous les paupières mi-​closes, tandis que ses boucles blondes ondoyaient dans le vent chaud. La nour­rice l’entoura de ses bras et pressa sa tête contre son sein.

» Non, tu seras soldat. » dit-​elle.

« Comme mon père ? » questionna-​t-​il et, déçu, il secoua la tête.

Il doit être atroce le moment où la tenta­tion subjugue un cœur humain et où un homme lève son arme pour tuer son ami.

On en parle

link

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J’avais lu ce roman, il y a deux ans je crois. Et je l’avais appré­cié. Je l’ai relu en ayant en tête toutes les critiques, plutôt néga­tives, que j’ai enten­dues depuis. Je suis toujours sensible à la rencontre de Renée la concierge et de Paloma la jeune fille de 13 ans suici­daire. Et le roma­nesque l’emporte sur les défauts. Il est vrai que les person­nages sont cari­ca­tu­raux, il est vrai qu’on y trouve tous les clichés sur les « bobos », il est vrai que les quali­tés n’existent que chez les pauvres et un richis­sime japo­nais et que le tout est parsemé de concepts philo­so­phiques qui ne rajoutent pas grand chose au roman.

Malgré tout cela, j’ai passé un bon moment de lecture. Le seul grief, pour moi, c’est d’avoir cédé à la mode actuel du héros surdoué. C’est très agaçant comme s’il ne suffi­sait pas d’avoir une intel­li­gence normale pour être sensible à l’amour, à l’art et comprendre ses semblables.

Citations

Madame Michel, elle a l’élégance du héris­son : à l’extérieur, elle est bardée de piquants, une vraie forte­resse, mais j’ai l’impression qu’à l’intérieur, elle est aussi simple­ment raffi­née que les héris­sons, qui sont des petites bêtes faus­se­ment indo­lentes, farou­che­ment soli­taires et terri­ble­ment élégantes.

Les enfants aident à diffé­rer la doulou­reuse tâche de se faire face à soi même et les petits-​enfants y pour­voient ensuite.

3
Roman très court, un peu plus long qu’une nouvelle. Très facile à lire, on survole la vie de l’auteur petite fille d’une famille juive touchée par la Shoa. Le livre reste super­fi­ciel, même si un certain nombre des remarques me semble très juste.

Les quelques pages sur Korc­zak, éduca­teur juif polo­nais qui est mort avec les orphe­lins dont il avait la charge sont bouver­santes .

Cita­tions

J’ai inventé un adage selon lequel des amou­reux se quittent, la plupart du temps, pour les mêmes motifs que ceux qui avaient présidé à leur union… Le poison est dans l’élixir.

Les nazis nous traitent de cancre­lats, ils nous voient comme des montres infes­tés de vermine, des sous-​hommes, nous comparent aux fruits gâtés qu’il convient de détruire afin qu’ils ne conta­minent pas les récoltes saines, et nous chan­tons, et nous disons des vers, nous réci­tons la Divine Comé­die , des fables et des comp­tines. Cela ne sert à rien, on meurt quand même. L’art ne sert à rien, car on meurt toujours. Mais l’image reste. L’image d’un convoi d’enfants qui chantent en allant vers la mort et disent « en nous exter­mi­nant, c’est vous-​mêmes que vous tuez »

Site où on en parle

link

5
J’ai lu plusieurs fois ce roman et je viens de le relire pour le mettre dans mon blog , avec toujours le même plai­sir. J’avais dans la tête la phrase de ma sœur : « à travers les livres j’élargis ma connais­sance du monde et des gens ». Farrago corres­pond exac­te­ment à cette attente. On y croise une foule de person­nages pris dans des turbu­lences tragiques et comiques à la fois. On sent que l’écrivain a aimé tous ses person­nages et qu’il a la tête pleine d’histoires de notre époque. Si on ne s’y perd pas, c’est grâce à Homer Idle­wilde, vaga­bond à la recherche de son destin. Le tout se passe dans une Amérique profonde, avec des margi­naux haut en couleur que l’on n’est pas près d’oublier.

Citations

Je pars moi-​même à la recherche du shérif, ce qui d’une simpli­cité enfan­tine, le shérif étant de loin, dans toute la commu­nauté, l’individu le plus facile à pister.

Duke, dont les ancêtres esclaves se sont tués au travail dans les champs de coton avant d’être libé­rés et de venir se tuer au travail dans l’arrière-pays cali­for­nien et dans les mines de Tuske­gee Heights

La misère, j’ai pensé, c’est que les gens n’arrivent pas à racon­ter l’histoire de leurs misères.

Je souhaite avoir un destin, j’ai murmuré. Je souhaite vivre une histoire qui fasse de ma vie un destin.

Sur toutes les plages du monde, il y a un galet que tu choi­si­ras de ramas­ser parmi tous les autres, et sur tous les quais de gare du monde il y a un voya­geur que tu choi­si­ras de voir dans la foule des visages.

De même les gens sont inca­pables de racon­ter une histoire s’ils ne disposent pas d’une chute heureuse ou malheu­reuse …

Traduit de l'anglais par Valérie Le Plouhinec (elle a dû bien s'amuser).
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J’ai beaucoup, beaucoup ri et en même temps ce livre est tragique. Je ne suis pas complètement certaine que ce livre s’adresse à des adolescents. Il s’adresse aussi bien à des adultes qu’aux ados. On comprend le désespoir absolu des indiens vivant dans les réserves, et en même temps on rit. C’est aussi la première fois que je lis des choses aussi crues sur le sexe sans que ce soit vulgaire. Le héros est un jeune indien qui est trop intelligent pour rester dans l'école de la réserve indienne , mais qui en même temps va perdre toutes ses racines.  La description des réserves indiennes est sans doute plus proche de la réalité que les images que l'on se fait à travers les films américains (hélas !).

Citations

Ouais absolument, j’avoue que je me masturbe.
J’en suis fier.
Je suis doué.
Je suis ambidextre.
S’il existait une Ligue des Masturbateurs Professionnels, je serai proclamé n°1 et je gagnerai des millions de Dollars.
Et vous vous dites peut-être : « Écoute, vraiment, tu ne devrais pas parler de masturbation en public. »
Et bien tant pis pour vous, je vais en parler parce que TOUT le MONDE le fait TOUT le MONDE aime ça.
Et si Dieu n’avait pas voulu qu’on se masturbe, Dieu ne nous aurait pas donné de pouces. Donc je rends grâce à Dieu pour mes pouces.
 
C'est nul d'être pauvre, et c'est nul d'avoir l'impression que d'une certaine manière, on mérite de l'être. On se met à croire que si on est pauvre, c'est parcequ'on est bête et moche. Ensuite, on se met à croire que si on est bête et moche, c'est parce qu'on est indien. Et parce qu'on est indien, on se met à croire qu'on est destiné à être pauvre. C'est un cercle vicieux et il n'y arien à y faire.

5
Henry Bauchau est à mon avis un écrivain majeur de notre  époque et j’apprécie toute son œuvre , ce roman  me touche particulièrement. Ce livre m’a permis de mieux comprendre l’enfant psychotique, le travail du thérapeute et la création artistique. Les trois thèmes se mêlent dans un laborieux mais superbe aboutissement d’une œuvre poétique et romanesque
La création du langage est vraiment étonnante.

Citations

On était un enfant retardé par une maladie du cœur jusqu’à quatre ans. À l’hôpital Broussais on a été opéré et on a connu la terreur. Heureusement il y a un enfant bleu de sept ans qui a protégé… Parfois la vie devient plus clair, on est moins petit devant ceux qui font les mauvais coups mais souvent le démon est comme un ovni dans le ciel. Les gens se sorciérisent et les autobus hurlent dans les rues qui deviennent noires.

Vocabulaire du peuple du désastre

Bagarrement baïonnetter Bazardifier
Bazarder
bazardement
Bazarbouillis
bazarbouiller Bombardifier
bombardiser
bouilloniser brigandorangé bouillantonner Le catastrophié charabiacés
chauffagiser clocharder débilancolique Débilisé
Débiléfou
débilodélirant
désauvagé Détracté
Détractement
détractouiller déstructifié embalbutié emmerdoubler
ennuiable escarbarbouiller fabricole Gouille-gare Malheurifier
Le malheurifié
malheurisant
maragouiller médiouse orager pachacroute parlerie
rayonniser renversifier résucrrectifier révolvériser Sauvagé
sorciérisé
scandalifiant
 
3
Livre intéressant : un Sénégalais, Omar Ba, essaie de convaincre ses compatriotes qu'ils ont plus     d'avenir au Sénégal qu'en France. Il étudie de façon objective , tous les drames de l'exil. C'est un point de vue rare et précieux et on sent qu'il n'hésite pas à aller à contre-courant des pensées consensuelles dictées par la bonne, ou mauvaise, conscience. Malheureusement son point de vue est affaibli parce qu'il vit en France ; il annonce qu'il retournera vivre au Sénégal. Je l'espère sinon son livre perdra beaucoup de force.

Citations

 Je dédie ce livre à tous ceux qui ne pensent pas comme moi.

Le qu'en dira-t-on, dont on fait son pain quotidien en Afrique, crée un véritable handicap lorsqu'il s'agit de prendre des décisions  personnelles.

Il est urgent d'attaquer le problème de l'immigration illégale sous l'angle du trafic d'êtres humains. Trop souvent on vacille entre l'extrémisme de la droite et l'angélisme de la gauche pendant que se poursuit la ruée macabre vers l'Europe.

L'ordre de prendre une pirogue ne vient d'aucun Etat du Nord, quand bien même ils sont en partie responsables.

4
J’ai beaucoup apprécié ce livre en particulier, toutes les remarques sur le vocabulaire et les contresens que nous faisons parfois en donnant au mot le sens d’aujourd’hui. Molière, " valet du roi"  est très éclairant à ce propos. Chaque rituel permet de comprendre la fonction royale mais permet aussi de réfléchir à propos de notre société

Citation

Je me sentis comme élever l’esprit et le courage, je me trouvai tout autre, je découvris en moi ce que je ne connaissais pas, et me reprochai avec joie de l’avoir trop longtemps ignoré. Cette première timidité qu’un peu de jugement donne toujours, et qui d’abord me faisait peine, surtout quand il fallait parler quelque temps en public, se dissipa en moins de rien. Il me sembla seulement alors que j’étais roi et né pour l’être.


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J’ai commencé ce roman avec amusement, persuadée que je n’y trouverai qu’un intérêt modéré. (Ma grand-mère me parlait toujours avec émotion de Madame Coty, c’était son idéal de femme, elle lui attribuait des pensées de compassion pour les pauvres gens – sans doute  à cause de la photo où elle sert de la soupe à son président de mari- et surtout Madame Coty était une bonne catholique). J'ai  beaucoup aimé le livre du petit fils de René Coty, il permet au lecteur de traverser  le siècle par petites touches et analyses assez fines de notre société. L’auteur s’y met en scène avec une honnêteté surprenante.Je pense que mon intérêt vient aussi de la description d’Etretat ou plus d’un dinardais retrouvera des remarques qu’il se fait parfois sur notre « si » petit monde. Je sais que j’offrirai ce livre à des amis de Saint-Lunaire, Saint Briac  ou de Dinard. Son dernier chapitre sur le bain dans l’eau de la Manche m’a vraiment ravie.

Citations

Mais le rêve d’amour avait fait place au harcèlement mutuel qui occupe souvent les vieux couples.
 

Chaque dimanche, après déjeuner, les paysans cauchois s’engouffrent dans leur voiture pour aller regarder la mer …tout le reste a changé : les cultivateurs habitent des maisons modernes, reconstruites à l’intérieur des anciennes cours plantées ; leurs bêtes engraissent dans des hangars en parpaings et leur fourrage est protégé par des bâches en plastique sous des piles de pneus.

 

Abrégeons les préliminaires qui constituent, pour cette activité, le moment le plus pénible. Aucune douceur, aucune excitation, aucun frisson d’extase à espérer quand la première vague glacée vient lécher vos orteils. Elle semble plutôt là pour vous faire renoncer, en vous rappelant que, même par beau temps, la mer reste toujours aussi fraîche, très inférieure à la température du corps…… Certains courent aveuglément sur les galets, ils descendent la pente en poussant des cris et entrent dans l’eau comme des soldats de 14 se jetant sous la mitraille ; d’autres hésitent longuement et progressent, pas à pas, dans une relation masochiste avec l’élément.