Traduit du japonais par Angelin Preljocaj.

5
Je suis souvent réticente à lire la littérature japonaise, je m’y ennuie ferme à chaque fois ou presque. J’ai lu ce livre car un ami architecte me l’avait conseillé. Pour une fois, je dois dire que ce livre m’a passionnée car j’ai tout compris et je mesurais pendant ma lecture à quel point cette grande civilisation est à l’opposé de la nôtre.

Quel auteur français commencerait à décrire les lieux d’aisance pour faire comprendre le charme des maisons de son pays ? Et pourtant ! N’est-ce pas là que nous dévoilons beaucoup de nos habitudes ? Tanikazaki le pense et il m’a convaincue. De la même façon sa description de la femme japonaise, m’a fait parfaitement comprendre que je suis définitivement une femme française.

Citations

 Aussi n’est-il pas impossible de prétendre que c’est dans la construction des lieux d’aisance que l’architecture japonaise atteint aux sommets du raffinement. Nos ancêtres qui poétisaient toute chose, avaient réussi paradoxalement à transmuer en un lieu d’ultime bon goût l’endroit qui, de toute la demeure, devait par destination être le plus sordide, et par une étroite association avec la nature, à l estomper dans un réseau de délicates associations d’images. Comparée à l’attitude des Occidentaux qui, de propos délibéré, décidèrent que le lieu était malpropre et qu’il fallait se garder même d’y faire en public la moindre allusion, infiniment plus sage est la nôtre, car nous avons pénétré là, en vérité, jusqu’à la moelle du raffinement.

 

D’une façon générale, la vue d’un objet étincelant nous procure un certain malaise.

 

En fait, on peut dire que l’obscurité est la condition indispensable pour apprécier la beauté d’un laque.

 

La cuisine japonaise, a-t-on pu  dire, n’est pas  chose qui se mange, mais  chose qui se regarde ; dans un cas comme celui-là, je serai tenté de dire : qui se regarde, et mieux qui se médite !

 

Le maquillage comprenait, entre autres, le noircissement des dents ;

 

De même qu’une pierre phosphorescente qui, placée dans l’obscurité, émet un rayonnement, perd, exposée au plein jour, toute sa fascination de joyau précieux, de même le beau perd son existence si l’on supprime les effets d’ombre.

On en parle

http://embruns.net/carnet/lectures/tanizaki-junichiro-eloge-ombre.html


Traduit de l’anglais ( États Unis ) par Aline Azoulais.
4
Je ne sais pas pourquoi, j’ai  tardé à mettre sur mon blog ce livre qui a ravi mon été. J’en ai tant parlé autour de moi et son succès est tel,  que je peux imaginer que tout le monde l’a lu. C’est un petit bijou , un vrai plaisir de lecture. (Merci Michèle de me l’avoir conseillé). Dans ce un roman épistolaire, on suit les amours de la narratrice, Juliet Asthon,  et ses démêlés avec  le monde de l’édition. Cette femme a vécu la guerre à Londres et va  se passionner pour Guernesey et une certaine Elizabeth. Le livre nous permet de découvrir  l’occupation allemande à Guernesey, je pense que peu de lecteurs connaissaient la souffrance des habitants de cette île.C’est un très bon roman. Un petit bémol : la dernière lettre et le happy-end. Le charme du livre tient au fait que chaque lettre révèle une personnalité différente. Certains personnages sont très émouvants  et traversent de véritables tragédies, d’autres nous font sourire à cause de leur étroitesse d’esprit. Pour l’instant, tous ceux qui ont lu ce roman l’ont apprécié.

On en parle

De très nombreux sites en parlent, en voici un au hasard avec un jugement un peu moins positif que le mien : http://sybilline.canalblog.com/archives/schaffer_mary_ann__et_barrows_annie_/index.html

5
Petit roman plein d’humour qui se lit très vite. Peinture inoubliable d’une mère abusive, odieuse et du petit monde des exilés russes. Dimitri Radzanov excellent pianiste rivalise au piano avec un certain Horowitz. Pour la mère de Dimitri il n’y a aucun doute, son fils est le meilleur, même s’il joue dans un poulailler dans le fond de son jardin de Chatou et Horowitz (Face de Chou) à Carnegie Hall. Beaucoup des  tragédies du 20e siècle : les guerres l’exil l’extermination des juifs  traversent rapidement ce petit roman. Mais son charme vient surtout de tout ce qui est dit sur la musique, la solitude et la souffrance du concertiste virtuose.

Citations

« Nous faire ça à nous ! » La voix de ma grand-mère me fendait les tympans, aussi tranchante que le scalpel en train d’inciser les cadavres d’école. Par ce « nous » outragé, elle désignait les Radzanov uniquement, transformant une défaite historique en offense personnelle.

 

Maman n’avait pas d’instruction, ce qui constituait aux yeux de sa belle-mère un défaut rédhibitoire, aggravé par ce crime de lèse-Anastasie : « Elle m’a pris mon fils ! »

 

 – Vous connaissez Horowitz ? s’étonna ma mère.
– Non, mademoiselle, Horowitz NOUS connaît !

 

Mon père s’étant fait virer de sa fabrique de colle ( un boulot auquel il n’avait jamais adhéré)…

 

Car il faut savoir à qui cela ressemble, une vie de concertiste. C’est comme si tu grimpes l’Alpe-d’Huez tous les jours sans ta selle.

 

Depuis l’âge de25 ans, il est persuadé qu’il est atteint d’un mal incurable, mais sa seule maladie est la frousse de perdre sa virtuosité et d’être envoyé dans un camp comme son père et des millions d’autres juifs.

 4
C’est un livre qu’on ne quitte plus quand on l’a commencé. Cette voix d’enfant à laquelle s’adresse l’auteur en lui disant « tu » touche le lecteur. Marion (Funny) doit affronter deux drames intimement liés la maladie mentale de sa mère maniaco-dépressive et la honte d’être une enfant d’un soldat allemand. L’enfant aime,  a peur, a honte de sa mère. Une solution existe : ses grands parents des gens « comme il faut » mais  qui ne savent pas comprendre l’attachement de la petite à cette mère qui aime sa fille malgré sa maladie.
Ce n’est pas un excellent roman mais c’est un beau témoignage de ce que peuvent supporter des enfants lorsque les parents sont déséquilibrés.

Citations

Une maladie à éclipses. Une maladie à répétitions. Une maladie à surprises. Une maladie sur le nom de laquelle à l’époque, on hésitait. Une maladie qui faisait honte. Une maladie qui faisait peur.

 

Tu aimes votre appartement,…. C’est là … que tu as commencé à aimer Fanny 

 

Tant de choses comme cela que tu ignores. Que tu devines vaguement. Des choses qui sont là. Qui te frôlent, cachées dans l’ombre, mais si denses que tu en éprouves la secrète présence, comme une menace.

 

Elle n’est pas comme les autres. Elle détonne parmi les fidèles, ces gens tranquilles, sans éclat, ces gens qu’on ne remarque pas, qu’on ne voit pas….. Elle crie au milieu des muets. Elle danse parmi les gisants.

 

Et celle-là, tu la hais, de toutes tes forces.
La bête mauvaise, c’était elle. Depuis le premier jour.

On en parle

La femme de l’Allemand – Marie SIZUN link

Traduit de l’anglais (Canada) par  Hugues Leroy.

5
Extraordinaire récit à propos des indiens et de l’engagement du Canada dans la Première guerre mondiale, c’est un livre d’une beauté et d’une densité rare. Coup de cœur du club de lecture de Dinard. J’ai rarement lu une analyse aussi approfondie de la guerre et des conséquences sur un être humain d’avoir le droit de  tuer. Le lecteur est saisi par ce livre, la description de la guerre, les violences faites aux indiens au Canada, l’amour et la force d’une femme indienne, dont on suit jour après jour le long périple sur la rivière pour ramener à la vie l’ami de son neveu.

Citation

Un obus est tombé trop près. Il m’a lancé dans les airs et, soudain, j’étais oiseau. Quand je suis redescendu, je n’avais plus ma jambe gauche. J’ai toujours su que les hommes ne sont pas fait pour voler.

 Traduit de l’anglais ( États Unis ) par Cécile Arnaud.
3
Récit des purges staliniennes de 1934 à 1937. Le personnage principal, Ossip Mandelstam est arrêté pour avoir écrit un pamphlet contre Staline sous forme d’une ode. Le récit suit plusieurs personnages qui ont, pour leur malheur, croisé ou partagé la vie du poète .C’est un livre éprouvant comme souvent les livres décrivant cette époque, la réalité est sans doute pire que le roman. C’est mieux d’avoir un bon moral avant de se plonger dans cette lecture. Je préfère toujours les témoignages, ou les études historiques à la création romanesque sur des sujets si sensibles et pour lesquels ils existent encore des témoins vivants.

Citation

 Étrange prière prononcée par la femme du poète avant de se rendre à une convocation à la Loubianka.
Notre père qui êtes aux cieux
S’il a encore une muse et une érection
Faites que le soleil oublie tout simplement
De se lever demain matin
Amen

4
Impression étrange, la première partie du roman a très peu d’intérêt, un homme se fait plaquer par son amie beaucoup plus jeune. Il est russe et repart à Saint-Pétersbourg au milieu de la Russie moderne, là il rencontre un vieil homme, Volski, qui lui raconte son passé d’homme russe : le blocus de Leningrad, la guerre, le goulag, la mort de sa compagne dans un camp, son travail auprès des enfants handicapés. Makine le raconte très bien, le roman prend alors tout son intérêt. J’ai  pensé à la citation de Tchékhov que Makine cite plusieurs fois :

« Il nous encourageait à couper le début et la fin de nos nouvelles. Je ne sais pas si le remède du docteur Tchékhov peut guérir un roman. En tout cas, mon héroïne vit dans la partie qu’il conseillait de couper ».

Je me demande si l’écrivain avait besoin de nous faire passer par les petitesses de notre monde actuel pour nous intéresser à la grandeur du tragique destin de Volski.

Citations

Un jeune russe dans l’édition. Alors j’ai voulu me payer sa tête, j’ai cité Marx « le seul critère de la vérité est le résultat pratique » et dans l’édition, le résultat c’est le nombre de ventes, n’est ce pas ? Si des livres de merde se vendent, c’est qu’on en a besoin.

On en parle

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3
Contrairement à  Marie-Aude Murail, je ne suis pas une grande lectrice de Dickens,  j’avais lu un article élogieux sur cette biographie. Je l’ai lue avec grand intérêt. Il s’agit d’un livre pour la jeunesse , il se lit donc très vite . Il a le grand avantage de donner envie de relire Dickens. Je savais que cet auteur  avait puisé son œuvre dans ce qu’il avait vécu.  On sent dans ce livre  l’angoisse de Charles Dickens  à l’idée de connaître à nouveau la misère de son enfance. Toute sa vie, il s’intéressera à la grande pauvreté à Londres et cherchera à aider les autres, la clé de son oeuvre est peut être dans le sous-titre de cet ouvrage « Ouvrier à douze ans, célèbre à vingt-quatre ».

Citations

 On envoie parfois Charles chez « mon oncle » parent peu recommandable comme l’est « ma tante » en France

 

Il vient d’être arrêté. John Dickens doit la somme considérable de quarante livres au boulanger. Il a été emmené dans la maison de détention  provisoire qu’on appelle la « presse-éponge » … avant d’être incarcéré à la Maréchaussée, la prison pour dettes.

 

Urania Cottage n’est pas la seule entreprise philanthropique à laquelle Charles se consacre.

On en parle

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5
Je ne passe pas ma vie à lire des livres. J’en lis aussi à mes petits enfants. Celui-là connaît un grand succès. Aucune parole n’accompagne les dessins , pourtant l’histoire est très facile à comprendre. Tout le charme du livre provient des petits détails qui ne se découvrent que peu à peu, il est rare de tous les voir à la première lecture. Finalement, le gâteau sera repris aux méchants rats, seuls les gentils  auront le droit de le goûter… Et le petit canard retrouve sa maman…

3
Ce roman se lit très vite en quelques heures, cela ne l’empêche pas d’être une bonne approche du problème des SDF et de comprendre le parcours des jeunes qui se retrouvent  à la rue. Il est  écrit sans complaisance. On peut l’offrir à des ados parce que le personnage principal est une adolescente, cela leur permettra de réfléchir à ce qu’on peut, ou ne pas, faire pour des SDF  On y  trouve tous les thèmes qui hantent les adolescents, la mort, le lycée, l’alcool, la dépression.

L’histoire : une jeune ado surdouée et malheureuse décide de sauver une SDF et elle y réussit presque, mais on voit à quel point c’est difficile pour tout le monde, pour la jeune SDF et pour ceux qui essaient de  sauver et de sortir « no » (Nolwenn) de la rue.

Citations

Noël est un mensonge qui réunit les familles autour d’un arbre mort recouvert de lumières, un mensonge tissé de conversations insipides, enfoui sous des kilos de crème au beurre, un mensonge auquel personne ne croit.

Certains secrets sont comme des fossiles et la pierre est devenue trop lourde pour la retourner.

On en parle

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