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J’apprécie beau­coup cette auteure qui me permet d’accéder à l’univers japo­nais sans ressen­tir trop d’étrangeté. Il faut dire qu » Aki Shima­zaki écrit en fran­çais et réside au Québec. Ceci explique peut être cela ! Les 5 tomes, d’une centaine de pages chacun, raconte la même histoire vue par un prota­go­niste diffé­rent à chaque fois. C’est aussi l’occasion de cerner de plus près la réalité japo­naise surtout dans ses aspects néga­tifs.

Le ressort de la narra­tion repose sur un postu­lat qui m’étonne : des enfants se sont connus jusqu’à 4 ans et se retrouvent à 16 ans. Ils ne se recon­naissent pas et ne recon­naissent pas non plus les adultes qui les entourent. Ils s’aimeront en ne sachant pas qu’ils sont demi frère et sœur. Il me semble que j’ai gardé en mémoire le visage des gens qui s’occupaient de moi quand j’avais 4 ans. Ce n’est qu’un détail mais je l’ai gardé en tête pendant toute la lecture.

En revanche, ce que j’ai trouvé très bien raconté , c’est juste­ment « le poids des secrets ». Toute cette famille est détruite par la conduite de du père de ces deux enfants et il faut donc attendre la troi­sième géné­ra­tion pour que la lumière se fasse enfin et que les conflits s’apaisent.

Le tome 1, révèle l’essentiel du drame, Yukiko explique pour­quoi elle a tué son père. Son récit nous plonge dans le Japon au temps de l’explosion qui a détruit Naga­zaki, on y voit une société figée sur les statuts sociaux et sur l’effort demandé à la popu­la­tion pour soute­nir la guerre.

Le tome 2 est centré sur Yukio l’enfant qui est né hors mariage. Si son père,le même que celui de Yukiko n « a pas épousé sa mère c’est que celle-ci n’est pas « d’une bonne origine ». On est plongé dans les diffi­cul­tés des femmes qui n’appartiennent pas à la bonne société.

Le tome 3 nous ramène du temps où , lorsqu’on était Coréen au Japon on pouvait être tué sans que personne ne trouve à y redire comme lors du trem­ble­ment de terre de 1923. C’est très émou­vant de voir à quel point cette mère coréenne a essayé de lutter pour donner à sa fille des chances de s’intégrer dans cette société si fermée.

Le tome 4, c’est celui que j’ai trouvé le moins passion­nant, il est centré sur l’homme posi­tif qui a bravé tous les inter­dits de la société japo­naise et a épousé la femme qui avait un enfant hors mariage.

Le tome 5, on est avec la maîtresse du père de son fils et le roman se termine sur la vérité et la boucle est brisée la malé­dic­tion prend fin,sa petite fille ne commet­tra pas les mêmes erreurs qu’elle.

Chaque tome peut se lire sépa­ré­ment mais l’ensemble a beau­coup de cohé­rence. C’est une autre façon de lire 500 pages, on ne sent pas le temps passer et on se perd moins que dans un énorme roman à person­nages multiples, la façon de nous racon­ter le Japon est inou­bliable cette société si fermée mélange de raffi­ne­ment et de violence devient compré­hen­sible à défaut d’être attrac­tive.

Citations

Explication des deux bombes, l’explication de la guerre

- Grand-mère , pour­quoi les Améri­cains ont-ils envoyé deux bombes atomiques sur le Japon ?
– Parce qu’ils n’en avaient que deux à ce moment là, dit-elle fran­che­ment.

Mais ce que mon père n’acceptait pas c’est la justi­fi­ca­tion des Améri­cains : quand il est ques­tion de guerre ils ont toujours raison.

On se justi­fie pour se défendre des accu­sa­tions. Il n’y a pas de justice. Il y a seule­ment la vérité.

L’enfant sans père

Les enfants des voisins ne jouent pas avec moi. Au contraire, ils me lancent des pierres, ils me barrent le chemin quand je rentre a la maison, ils m entourent me bous­culent. Ils crachent sur moi. Tout le monde est plus grand que moi. Personne ne leur dit d’arrêter. J’attends qu’ils s’en aillent. Ils me crient des mots que je ne comprends pas : « Tete­na­shigo » (bâtard) ou enfant de « baïshunfu » (putain)/

On en parle

Chez keisha.

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