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Traduit de l’anglais améri­cain par Pierre GIRARD.

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Encore un livre desservi par son titre fran­çais : du sobre « The Help », on arrive à « la couleur des senti­ments » titre cucul au possible et en plus très ambi­guë. C’est d’autant plus dommage que l’auteure essaie de ne pas sombrer dans un travers senti­men­tal. Or, comment ne pas faire dans l’émotion quand on a été soi-même élevée par une bonne noire qu’on a aimée plus que sa propre mère ?

L’Héroïne du roman vit à Jack­son dans le Missis­sipi et les lois ségré­ga­tion­nistes sont encore en vigueur, la domes­ti­cité noire n’a pas le droit d’utiliser les mêmes toilettes que la famille blanche. Pour expli­quer les raisons d’une telle mesure, on fait appel aux règles d’hygiènes et de trans­mis­sion des mala­dies, les noires étant évidem­ment porteurs de mala­dies graves et dange­reuses pour les blancs !

C’est un roman a plusieurs voix : l’héroïne blanche qui veut écrire un livre sur les bonnes, diffé­rentes bonnes et certaine patronnes blanches. Cela permet de faire le tour de la vie à Jack­son dans les années 60. Le côté rétro­grade et étroit de la petite ville de province qui s’arcboute sur des modes de vie complè­te­ment dépas­sés est très bien rendu. L’idéal de la femme améri­caine qui sait ou qui ne sait pas tenir une maison, la mode des blondes platines aux cheveux laqués, le fond teint et le maquillage et surtout le terrible ennuie de ces femmes qui ont pour distrac­tion les commé­rages et le bridge, tout cela m’a fait penser à « Mad-Men », ma série préfé­rée du moment.

Un des inté­rêts du roman, c’est le récit de l’écriture du livre par les bonnes elles-mêmes, c’est passion­nant et cela soutient l’effet de suspens jusqu’à la fin : les bonnes noires arri­ve­ront-elles à faire comprendre ce qu’elles vivent sans avoir d’ennuis trop graves ? L’une d’entre elles, celle qui ne peut jamais se taire, a imaginé une solu­tion que je ne peux pas vous dévoi­ler mais qui est fran­che­ment bien vue. L’écriture d’un livre dans un livre , c’est toujours quelque chose qui m’intéresse. Dans ce cas on sent que cette auteure est passée par les ateliers d’écriture, cela lui a été repro­ché, j’ai trouvé que c’était inté­res­sant (mais je fréquente égale­ment ce genre d’endroit). L’analyse des rapports entre les domes­tiques et les patrons est très fine et si ici, elle est parti­cu­lière à cause du racisme ambiant, elle permet de réflé­chir sur la nature des liens entre employeur et employé dans une même maison.

Dans la foule des détails sur la vie de province, j’ai bien aimé les ventes de charité orga­ni­sées par les dames patron­nesses de Jack­son, pour récol­ter de l’argent pour les pauvres petits… Afri­cains ! J’ai lu une critique qui parlait de « bons senti­ments » à propos de ce livre, je ne suis pas d’accord, la violence est là, le plus souvent comme une menace qui fait peur à tout le monde, elle rôde dans le quar­tier noir. Ce livre permet de comprendre les émeutes violentes qui sont venues dix ans après. Un seul conseil : lisez le vite et ne vous arrê­tez pas au titre fran­çais.

Citations

C’est un projet qui vise à rendre obli­ga­toire la présence de toilettes sépa­rées à l’usage des domes­tiques de couleur dans toutes les maisons occu­pées par des blancs.
Règle numéro un pour travailler chez une blanche, Minny : ce n’est pas ton affaire. Rappelle toi une chose : ces blancs sont pas tes amis.
Règle numéro 6 : tu frappes pas ses enfants. Les Blancs aiment faire ça eux-mêmes.

C’est depuis la nuit des temps que les Blancs empêchent les Noirs de dire ce qu’ils pensent..

Je n’ai encore rien avalé de la jour­née hormis la tisane de maman contre les sexua­li­tés déviantes.

Mais c’est la dicho­to­mie affec­tion-mépris qui m’étonne toujours. La plupart de ces femmes sont invi­tées au mariage des enfants, mais seule­ment dans leur uniforme blanc. Je savais déjà tout cela mais l’entendre de la bouche de ces Noires est comme l’entendre pour la première fois .

- Donc tu dis qu’il y a pas de limites, non plus entre une bonne et sa patronne ?
- C’est des posi­tions, rien de plus comme sur un échi­quier. Qui travaille pour qui, c’est sans impor­tance.

- Les seins sont faits pour la chambre et pour l’allaitement. Et la dignité ça existe aussi.
-mais enfin, Elea­nor, que veux-tu qu’elle fasse ? Qu’elle les laisse à la maison ?
– Je-veux-qu’elle-les-couvre.

On en parle

Les lecture d’Anna. Une lectrice qui a eu la chance de le lire en anglais : Nymphette.

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