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5J’ai assisté au spec­tacle de Fred Pelle­rin, artiste-conteur-chan­teur québé­cois à Saint- Malo, c’est un véri­table régal. Il est en tour­née en ce moment en France, s’il passe près de chez vous, ne le ratez pas. Avec son accent de là-bas , il vous conte l’histoire de son village (Saint-Elie de Caxton) et tout à coup vous croyez entendre tous les chan­teurs à l’accent rocailleux, tous les livres du Québec et vous vous sentez heureux. Son barbier coif­feur, vous fera sourire , celui qui même après sa mort a su ne pas se faire oublier du village grâce (ou à cause ?) des nombreuses cica­trices sur le visage de ses clients. Vous n’oublierez pas non plus les sœurs à cornette ou plutôt à hublot qui ont hanté son enfance. Son spec­tacle est abso­lu­ment irra­con­table, tout ce que je peux dire c’est que ce soir-là à Saint-Malo, la salle était très gaie et a éclaté de rire plusieurs fois. Mon seul regret c’est qu’il a peu chanté alors que j’adore sa voix. Si j’avais su qu’il chan­tait aussi peu je n’y serai sans doute pas allée et j’aurais eu bien tort car j’ai pris beau­coup de plai­sir à entendre ses histoires.

Une de mes chan­sons préfé­rées

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Une deuxième Bande Dessi­née, celle-ci c’est Jérôme qui a été le tenta­teur. Les mystères du clas­se­ment de ma média­thèque ont mis cette BD chez les « Ado » je me demande bien pour­quoi. Ce n’est pas un album très gai puisque le person­nage prin­ci­pal va mourir, mais c’est bien raconté et de façon très pudique. On est bien avec cette famille qui a connu tant de plai­sir à se retrou­ver auprès des grands parents à la campagne même si, quand toute la famille est réunie, dormir devient un problème angois­sant surtout pour les insom­niaques. Comme l’album s’étend sur un temps assez long, on vit aussi plusieurs moments dont certains nous font sourire. La recherche d’une maison, les déboires avec Inter­net et les façons d’y accé­der (il y a long­temps main­te­nant, mais personne n’a oublié les heures passées avec les four­nis­seurs d’accès).

SONY DSCPaul est un être calme d’habitude mais les gens qui étaient censés nous aider pour Inter­net étaient parti­cu­liè­re­ment insup­por­tables, c’est peut être mieux main­te­nant. Les traits de carac­tères de chacun sont très bien vus sans être char­gés, la sœur qui est infir­mière et qui ne peut pas s’empêcher de donner des détails tech­niques sur la mala­die de son père est aussi celle qui fera le discours le plus émou­vant à son enter­re­ment. Le bonheur des réunions fami­liales, les jeux de société, les repas trop riches, mais aussi les diffi­cul­tés dues à la dégra­da­tion physique tout cela est très bien raconté. J’ai été émue par les souve­nirs de la jeunesse du grand père.

La vie n’était vrai­ment pas facile au Québec en 1935, les femmes ont trop d’enfants, elle triment comme des bêtes et sont peu consi­dé­rées, si le mari se défonce dans l’alcool alors la tragé­die n’est pas loin. Le style du dessin est un peu trop sage pour me séduire complè­te­ment. Mais tout cela est raconté dans la langue de nos voisins du Québec ce qui donne un charme incon­tes­table au texte :

Citations

Le québécois

Ils font exprès pour t’étriver

L’eau doit être frette

La p’tite s’est enfar­gée dans la lampe

une couple de semaines

Tire la plogue, on la rebran­chera demain

Pis Batèche ! vos moucs se lèvent donc ben de bonne heure

Repas en famille les desserts

J’ai pas eu le temps de faire grand-chose : j’ai un tira­misu double crème avec truffes, j’ai un gâteau au choco­lat double crème avec truffes, j’ai un gâteau au choco­lat, fudge et cara­mel, et j’ai mon gâteau au sucre à la crème, meringue et tablette crun­chie…

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J’avais choisi ce livre pour me tenir compa­gnie lors de mes trajets Saint-Malo/­Pa­ris, j’adore arri­ver en avance dans les gares pari­siennes avec un bon livre (et même sans), le spec­tacle de l’humanité qui voyage me met de bonne humeur. J’ai connu Jacques Poulin grâce à Lectu­ris­sime, à propos d’un autre Roman. Dans les commen­taires, les lectrices faisaient allu­sion à « Volks­wa­gen Blues » comme un de leurs livres préfé­rés de cet auteur. Comme il s’agit d’un Road Movie, cela me semblait parti­cu­liè­re­ment adapté à un voyage.

Un écri­vain part à la recherche de son frère accom­pa­gné par une jeune femme métisse (mi indienne mi blanche), en « combi » Volks­wa­gen bleu , d’où le titre. Ensemble, ils traver­se­ront l’Amérique , roulant en grande partie sur la piste de l’Oregon, célèbre pour avoir été suivie par les pion­niers qui peuplèrent l’ouest améri­cain.

Qui est Théo, ce frère disparu grand amateur de légendes du Far West que « la grande saute­relle » détruira les unes après les autres ? Nos rares contacts avec ce person­nage ne permettent pas de très bien le cerner. Il est à l’image des êtres qui croisent notre vie, ni le frère idéal que l’écrivain croyait bien connaître, ni le délin­quant qu’il craint de retrou­ver.

Comme toujours dans le genre « Road-movie, le plus impor­tant c’est tout ce qui se passe lors d’un long voyage, les deux person­nages vont s’enrichir l’un l’autre et deve­nir des « chum » c’est à dire des « copains » en québé­cois. Tout le long de la route, nous suivons égale­ment les histoires de ceux qui, il y a quelques siècle, se sont illus­trés sur les terres améri­caines. À commen­cer par toutes les tribus indiennes qui furent déci­mées ou massa­crées pour lais­ser la place à la nation américaine.Cette histoire de violence finira par acca­bler notre écri­vain et il faudra toute la patience de « la grande saute­relle » pour qu’il retrouve le goût de vivre et qu’il termine son voyage.C’est l’occasion égale­ment pour l’écrivain de réflé­chir sur ce que repré­sente l’écriture. Il s’en veut de produire une œuvre dont il n’est pas satis­fait et de la façon dont il se coupe du monde quand il écrit au point de ne pas avoir compris l’appel au secours de son frère.

La jeune fille devra, quant-à elle, trou­ver le chemin pour réunir les deux iden­ti­tés qui sont en elle. Ensemble, ils devront faire face à la violence du passé histo­rique et retrou­ver dans la douceur de la nature et des liens entre humains des raisons d’espérer.

Une petite remarque, si l’on est abso­lu­ment pas gêné par le fran­çais québé­cois (j’ai quand même recher­ché ce qu’était un « marin­gouin », et j’avoue que je pensais à une grosse bête genre élan, mais non ce sont des mous­tiques qui peuvent s’avérer aussi gênants que des grosses bêtes !) il n’en est pas de même pour moi avec l’anglais. Toutes les petites phrases en anglais ne sont pas traduites, c’est un peu bizarre, j’arrive à comprendre mais c’est quand même compli­qué.

Au final un bon moment de lecture avec un auteur modeste et très agréable à lire. Son roman a bien agré­menté mon voyage. D’ailleurs deux fois les contrô­leurs de la SNCF m’ont souhaité bon voyage et bonne lecture. Sans doute parce que je semblais davan­tage sur la piste de l’Oregon que dans le TGV Paris /Saint-Malo !

Citations

Un passage qui m’a fait sourire

- Qu’est ce que vous faites dans la vie quand vous ne cher­chez pas votre frère ? Demanda la Grande Saute­relle
– Je suis écri­vain, dit l’homme . Et vous ?
– Méca­ni­cienne. Dit-elle. J’ai étudié la méca­nique auto­mo­bile.
– Vous avez un diplôme ?
– Non et vous ?
– Moi non plus, dit il en souriant

La nature, le Mississippi

Ils comprirent tous les deux et sans avoir besoin de se dire un mot que c’était le Missis­sippi, le Père des Eaux, le fleuve qui sépa­rait l’Amérique en deux et qui reliait le Nord au Sud, le grand fleuve de Louis Jolliet et du père Marquette, le fleuve sacré des Indiens, le fleuve des esclaves noirs et du coton, le fleuve de Mark Twain et de Faulk­ner, du jazz et des bayous, le fleuve mythique et légen­daire dont on disait qu’il se confon­dait avec l’âme de l’Amérique.

Je ne pense pas que la disparition des librairies aident beaucoup les amoureux des livres

Dans les librai­ries elle volait les livres sans aucun scru­pule, car elle trou­vait que la plupart des libraires aimaient davan­tage l’argent que les livres.

On en parle

Livre de Malice

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Quel plai­sir de retrou­ver mon blog avec ce roman. 
J ai beau­coup lu pendant ces semaines bien occupées,tout n’est pas d’égale valeur. J’avais eu le temps de noter ce roman d’abord chez Domi­nique,puis chez beau­coup d’entre vous. Je vais me joindre au chœur de celles et ceux qui se sont senties bien dans cette épopée du 20° siècle.

Épopée de la vie et de la mort

Épopée de ceux qui ont survécu aux terribles incen­dies qui ont ravagé les forêts cana­diennes dans les années 1910.
L écri­vaine a su rendre compte de la force destruc­trice du feu et de la terreur qui est, à jamais, entrée dans le regard des survi­vants.

Épopée des êtres si vieux qu’on voudrait les mettre à mourir tous ensemble, et qui décident de vivre leur fin de vie comme ils le veulent, libres et indé­pen­dants bien cachés au fond des bois.
Épopée d’une femme enfer­mée à 16 ans dans un asile psychia­trique et qui n’en ressor­tira qu’à 80 pour enfin vivre une vraie vie.

Épopée, enfin, de la narra­trice, femme photo­graphe qui réus­sira à monter l’exposition qui lui tenait à cœur pour rendre compte de cette période où « il pleu­vait des oiseaux » au-dessus des forêts calci­nées du nord cana­dien.

Si j’ai utilisé le mot « épopée », ce n’est pas pour trahir la simpli­cité du style ni la bana­lité des vies ordi­naires qui font la richesse du roman, c’est que, je le pense, il y a une gran­deur à savoir rendre compte du quoti­dien des êtres quand ils sont libres et vivent dans leur propre système de valeur.

Un roman superbe, envoû­tant et profon­dé­ment vrai dont j’ai litté­ra­le­ment savouré chaque phrase.

Citations

Comme moi, je pense que tous ceux et celles qui aiment les histoires se retrouveront dans ce passage

J’aime les histoires, j’aime qu’on me raconte une vie depuis ses débuts, toutes les circon­vo­lu­tions et tous les soubre­sauts dans les profon­deurs du temps qui font qu’une personne se retrouve soixante ans, quatre-vingts ans plus tard avec ce regard, ces mains, cette façon de vous dire que la vie a été bonne ou mauvaise.

Échapper au sort commun de la vieillesse

- En deux minutes, j’avais fait mon balu­chon et en route pour la Liberté !
Et de s’éclater encore d’une grande salve de rires, accom­pa­gné de Char­lie qui avait aban­donné toute rete­nue et juillet d’un bon rire gras et sonore. Les deux vieillards s’amusaient comme des enfants à l’idée de ce coup asséné à toutes les travailleuses sociales de ce monde qui veulent enfer­mer les vieux dans des mouroirs .

l’euthanasie sans les lois

Il y avait un pacte de mort entre mes p’tits vieux. Je ne dis pas suicide, ils n’aimaient pas le mot, trop lourd, trop pathé­tique, pour une chose qui, en fin de compte, ne les impres­sionne pas telle­ment. Ce qui leur impor­tait, c’était d’être libres, autant dans la vie qu’à la mort, et ils avaient conclu une entente.

Description d’un incendie de forêt

Le feu a des caprices qu’on ne s’explique pas. Il va sur les plus hauts sommets, arrache le bleu du ciel, se répand en rougeoie­ment, en gonfle­ment, en siffle­ment, dieu tout-puis­sant, il s’élance sur tout ce qui est vivant, saute d’une rive à l’autre, s’enfonce dans les ravins gorgés d’eau, dévore les tour­bières, mais laisse une vache brou­ter son herbe dans son rond de verdure. Que peut-on comprendre ? Le feu, quand il atteint cette puis­sance, n’obéit qu’à lui-même.

L’esprit de village

Qui Ange Polson était-elle venue embê­ter ?
Tout le monde et personne en parti­cu­lier, la réflexion de sa mère ou de la mercière , venait de ce fond inépui­sable de méchan­ceté que les petites villes entre­tiennent jour après jour.

La dernière phrase qui sonne si juste et pas seulement pour ce roman.

Et la mort ?
Eh bien, elle rôde encore. Il ne faut pas s’en faire avec la mort, elle rôde dans toutes les histoires.

On en parle

à sauts et à Gambades , Sylire , Aifelle, Clara.….

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Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque, Thème litté­ra­ture fran­co­phone cana­dienne.

5Et voilà 5 coquillages sans l’ombre d’une hési­ta­tion : quel plai­sir de décou­vrir un petit bijou de lecture qu’on a immé­dia­te­ment envie de parta­ger avec tous ceux qu’on aime. Un club de lecture, ça sert à ça : PARTAGER des plai­sirs. Une enfant de 11 ans vit depuis 5 ans avec ses grands parents aimants et ses deux petites soeurs, dans un tout petit village fran­co­phone, au milieu des champs de maïs ; elle doit traver­ser le conti­nent Nord améri­cain , pour retrou­ver sa mère .

Tout est parfait et sonne juste dans ce roman, d’abord la sépa­ra­tion avec les grands parents. L’auteur change de point de vue à chaque fois que Rhéauna (Nana) doit se confron­ter à la peine d’un membre de sa famille, on suit d’abord les diffi­cul­tés de la petite fille, puis en quelques pages très sobres, on comprend pour­quoi l’adulte en est arrivé à vivre une vie qui semble parfois tota­le­ment absurde. Comme le mari de Bébette monstre obèse qui dégoûte profon­dé­ment la petite Rhéauna.

Le grand-père sait qu’après le départ de ses petites filles qu’il aime encore plus fort que sa propre fille, il n’y aura plus que la mort comme pers­pec­tive. Sa souf­france m’a beau­coup touchée. La première halte de l’enfant, c’est chez la petite soeur de son grand-père. La mal aimée, l’acariâtre tante révè­lera son doulou­reux et si beau secret à la petite fille émer­veillée. Ensuite, elle retrouve Bebette et son fameux « saper­li­po­pette », que de tris­tesse derrière cette person­na­lité exubé­rante !

Puis elle retrouve Ti-Lou , qui est deve­nue « guidoune » pour faire souf­frir son tortion­naire de père. À travers ce voyage , l’enfant va peu à peu se déta­cher de la déchi­rure qu’a repré­sen­tée la sépa­ra­tion de son lieu d’enfance protégé par ses grands-parents et en même temps, s’attacher et aller vers sa mère. Les trois rêves qu’elle fait dans le train sont de très beaux moments de litté­ra­ture et permettent de comprendre le chemin incons­cient de l’enfant qui part de la terreur pour aller vers l’indépendance et l’affection.

La chute, la fin, je ne peux pas la racon­ter sans déflo­rer le roman, mais c’est abso­lu­ment génial. Le style fait beau­coup pour le plai­sir de lecture, on ne comprend pas tous les mots mais on savoure une langue venue d’ailleurs, plus rocailleuse que le fran­çais mais qui va bien avec ce que décrit l’auteur.

PS je n’explique pas le mot « guidoune » à vous de trou­ver !

Citations

Les mots qu’on ne connaît pas mais qu’on comprend

Il l’embrasse à pleine bouche, cette fois en ratou­reux qui n’a pas d’autre argu­ment.

Les personnalité et les rôles dans les fratries

Elle conti­nuait de faire rire tout le monde, comme toujours, tout en faisant preuve d’une assu­rance éton­nante. Et se montrait tran­chante quand elle trou­vait bon de l’être, c’est-à-dire à peu près tout le temps.

C’est ainsi qu’elle s’était trans­for­mée sans trop s’en soucier en tortion­naire de cette petite sœur qu’elle consi­dé­rait davan­tage, à l’instar des autres membres de la famille, comme la servante de la maison­née que comme la fille cadette des Desro­siers, Bebette comman­dait, Régina obéis­sait. Ce n’était nulle part, c’était juste une chose qu’on accep­tait sans discu­ter. Et qui avait durer des années.

J’ai enfin compris l’utilité des dimunitifs

Ils portent des noms impos­sibles, Althéode, Olivine, Euphré­mise, Téles­phore, Frida, Euclide, qu’ils font claquer à grands coups de tapes dans le dos ou entre deux embras­sades.

La société dans les années 1900

En gran­dis­sant , tu vas te rendre compte qu’on vit dans un monde fait par les hommes, pour les hommes….pis souvent contre les femmes…C’est comme ça depuis la nuit des temps, on peut rien y chan­ger, pis celles qui essayent de chan­ger quequ’chose font rire d’elles… Elles ont beau se prome­ner dans les rues avec des bande­roles pour exiger le droit de vote par exemple, tout le monde rit d’elles…même les autres femmes. Tu comprends, on a juste trois choix, nous autres : la vieille fille ou ben la reli­gieuse -pour moi c’est la même chose- , la mère de famille, pis la guidoune.

On en parle

Babe­lio en atten­dant de mettre des liens plus précis

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque, Thème litté­ra­ture fran­co­phone cana­dienne.

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Je dois dire que j’ai une grande tendresse pour cet auteur et tout de suite après que ce n’est pas son meilleur livre. Ce que j’aime chez lui, c’est qu’il a toujours une façon légère de dire les grandes tragé­dies qui ont traversé sa vie. Il aurait pu faire un livre sur les horreurs du régime d’Haïti qui ne lui ont laissé comme choix que la prison , la mort ou l’exil. Il n’insiste pas , il part dans ce qu’il a juste­ment nommé « sa dérive douce » pour s’adapter à un Canada glacé et où les portes ne s’ouvrent pas si faci­le­ment.

Heureu­se­ment, il y a les femmes ! Et le corps des femmes. Il décrit avec une grande sensua­lité ce qui, sans doute, lui a permis de rester en vie au début de cet exil. Il a un sens du portrait bien agréable à lire, il fait vivre devant nos yeux le monde des Québé­cois pas très riches mais très vivants. Alors des chro­niques légères vers un destin d’écrivain. Le livre s’arrête lors de l’achat de la machine à écrire. Comme lui, je pense qu’il a plus d’avenir là que comme ouvrier, pour­tant il a essayé et il est tout surpris de se rendre compte que son départ de l’usine n’a étonné personne.

Citations

Sens du portrait

Il me présente enfin, Jenny sa petite amie, pâle et maigri­chonne.
L’impression de serrer une main d’enfant tout en captant au fond de ses yeux un esprit aussi vif u’un rasoir. Je connais ce genre de nana qui ne dit pas un mot en public mais dont l’opinion en privé est déci­sive.

Lui et les femmes

On était dans le lit Julie et moi à regar­der un docu­men­taire sur la fidé­lité chez les castors (je précise tout de suite que ce n’était pas mon choix). Le zoolo­giste, qui a passé toute sa vie à étudier la ques­tion, racon­tait que cette fidé­lité va à un point tel que si le mâle est stérile sa compagne choi­sira de ne pas procréer. J’ai tout de suite su que cette histoire allait réveiller quelque chose chez Julie.

– Prends ton temps, me dit Julie, je ne suis pas pres­sée, tu vas m’expliquer pour­quoi tu aimes toutes les femmes ?

Je regarde sa main qui s’ouvre et se ferme.

- Je t’écoute, me fait-elle avec cet air buté qu’elle prend pour parler de son père.

Je jette un coup d’œil par la fenêtre et me perds dans la contem­pla­tion d’une famille de nuages, en balade dans le ciel rose de fin de soirée. Julie s’est rhabillée en silence. Je l’entends partir. Je n’ai rien fait pour l’arrêter. Dans de pareils moments je reste toujours figé. Elle n’a pas claqué la porte. Une telle maîtrise de soi néces­site au moins cinq géné­ra­tions d’apprentissage.

On en parle

D’une berge à l’autre qui comme moi aime beau­coup cet auteur.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque, thème litté­ra­ture cana­dienne fran­çaise.

4
Quel livre ! J’ai toujours su que je le lirai. Toutes les personnes qui m’en avaient parlé m’en avaient donné envie. Et puis.… le temps passait. Si l’un ou l’une d’entre vous ne l’avez pas pas encore lu , préci­pi­tez vous. Ce livre est dans toutes le biblio­thèques , j’en suis certaine.

C’est une oeuvre auto­bio­gra­phique, Denise Bombar­dier est née au Québec et est élevée dans une foi catho­lique qu’on peut quali­fier de très intense qui frise parfois l’obscurantisme et la bêtise abso­lue. Pendant cette lecture, je me disais que tous les croyants devraient lire ce livre pour comprendre comment des conduites aussi absurdes qu’inquisitrices peuvent produire exac­te­ment le contraire de l’effet escompté. Et pour­tant, cette petite fille a mis toute son éner­gie pour deve­nir la plus parfaite des petites catho­liques. Seule­ment voilà, elle avait aussi une grande envie de vivre et de s’instruire.

Alors pata­tras, une injus­tice de plus, une remarque encore plus absurde que la précé­dente et d’un coup elle a tout rejeté. Ce qui fait la force de ce témoi­gnage , c’est qu’elle se souvient bien à quel point elle a cru et parti­cipé de tout son coeur au bour­rage de crâne des sœurs qui, en plus de lui incul­quer la reli­gion catho­lique, l’amenaient à mépri­ser celles qui étaient moins en réus­site qu’elle.

Ce qui est amusant c’est que l’ensemble du Québec a rejeté ces formes de reli­gio­sité ‚Denis Bombar­dier n’a été en somme qu’une précurseur(e) d’un mouve­ment beau­coup plus géné­ral d’émancipation.

Citations

Drôle de sentiments de charité chrétienne (« les queues » sont la mauvaises élèves)

Lorsque, en prépa­rant nos âmes, avant la confes­sion bimen­suelle, Mlle Trem­blay nous demande : « Avez-vous aimé votre prochain comme vous-même ? » il ne me vien­drait jamais à l’esprit de me sentir coupable de mon atti­tude odieuse à l’endroit des pauvres « queues ». Le prochain, ce sont mes égaux, elles sont mes infé­rieures.

Les gens instruits

On se méfiait des gens trop instruits.Ils faisaient peur. Seuls échap­paient à cette règle les méde­cins, les avocats et et les prêtres, qui incar­naient les trois besoins fonda­men­taux du Québec d’alors : se faire soigner si l’on est vrai­ment malade, pouvoir se défendre si l’on est atta­qué, et sauver son âme pour s’assurer une vie meilleure dans l’au-delà. C’est pour­quoi Maurice Duples­sis avait tant de succès auprès des foules lorsqu’il lançait sa petite phrase : « L’instruction, c’est comme la bois­son forte, y en a qui ne supporte pas ça. ».

La foi

Mgr Léger, arche­vêque de Mont­réal , réus­sit à « mettre le Québec à genoux » , selon sa propre expres­sion . Il devint la vedette du Chape­let en famille diffusé chaque soir à la radio . La cote d’écoute de l’émission battit tous les records et, en survo­lant le Québec à cette heure , on pouvait entendre durant quinze minutes le murmure d’un peuple entraîné par son pasteur vers le refuge sacré du sein de la Mère des mères.

On en parle

J attends vos réac­tions pour mettre un lien votre blog car je n’ai rien trouvé sur Babe­lio.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque (thème : litté­ra­ture cana­dienne).

3
Je ne connais­sais pas cette auteure, pour­tant présen­tée comme un « grand clas­sique » de la litté­ra­ture cana­dienne. C’est un roman très agréable à lire , même si (ou parce que !)on a parfois l’impression d’être au pays des « bisou­nours » ! Tout le monde est gentil et même les méchants sont fréquen­tables. Ce roman corres­pond à l’idée que l’on se fait des Cana­diens : des gens vivant dans des contrées très isolées dans une nature aussi belle que sauvage, parlant peu , rudes à la tâche et au cœur d’or.

Derrière le côté gentil, se dessine des vrais person­na­li­tés , et en lisant ce livre, je me disais que nous, lecteurs d’aujourd’hui,étions davan­tage atti­rés par la noir­ceur et la dureté des rapports humains. Par exemple, le person­nage de Bessette qui exploite les trap­peurs aurait pu être peint sous les traits d’un infâme avare, certes, il est odieux , mais comme tout le monde doit vivre avec lui , on a l’impression qu’il est préfé­rable de l’accepter comme il est.

Et notre homme d’église qui se donne le rôle de justi­cier, et qui réus­sira à faire payer les four­rures à un prix plus juste, s’en voudra d’avoir préci­pité les hommes des bois dans un alcoo­lisme encore plus violent qu’auparavant (du temps où Bessette les exploi­tait outra­geu­se­ment). J ai été émue par le passage où Luzina se rend compte que l’éducation qu’elle a tant voulu donner à ses enfants les a conduits à s’éloigner défi­ni­ti­ve­ment de son mode et de son lieu de vie.

Un roman sympa­thique , bien loin des diffi­cul­tés de notre société actuelle, un bol de grands espaces peuplés de gens gentils.

Citations

Portrait d’un taiseux

Dans un pays où on était souvent silen­cieux, faute d’avoir du nouveau à commen­ter, il déte­nait le record de la taci­tur­nité. Il passait pour avoir mené ses affaires, accepté des commis­sions, rendu service, accom­pli son devoir de facteur, fait l’amour, procréé des enfants, tout cela sans avoir prononcé plus d’une dizaine de phrases.

Un trait de caractère assez répandu

Telle était Miss O’Rorke. Sa préfé­rence morne et acca­blante allait toujours à ce qu’elle avait perdu, et s’il y avait des coins du monde qu’elle vantait sans répit, c’étaient toujours ceux-là où elle était assu­rée de ne plus remettre les pieds.

Un facteur qui a une vision personnelle du progrès

Quinze ans plus tôt , il était arrivé tout fin seul dans ce pays, et il avait pu croire qu’il y vivrait en paix. Personne ne savait écrire et lire dans ces bons temps , et personne n’en souf­frait. Le progrès, la civi­li­sa­tion, comme ils appe­laient les embê­te­ments, avaient tout de même commencé à les rattra­per, petit à petit dans le Nord. D’abord les gens s’étaient fourré dans la tête de rece­voir des lettres, des cata­logues de maga­sins. Les cata­logues de maga­sin , voilà à peu près ce qu’il y avait de plus bête au monde ! C’était encom­brant. Ça vous bour­rait un sac en un rien de temps, et pour­quoi, je vous le demande ! Rien que pour vous démon­trer que vous auriez main­te­nant besoin d’un tas de choses dont vous vous étiez parfai­te­ment passé…

On en parle

Livres de Malice que j’ai trouvé sur Babe­lio.

5
Après le succès de « Ru »,
Kim Thuy a retrouvé la magie de l’inspiration et de l’écriture pour nous livrer « Man ». 
Dès que j’ai lu dans des blogs amis , que ce livre vous avait plu, je me suis préci­pi­tée ! Je vais rajou­ter des louanges aux louanges.

J’aime la façon dont cette femme mêle les fils de son histoire et de de l’histoire tragique de son pays d’origine. Comme, dans « Ru » ‚on a le cœur serré à l’évocation des plus grandes des tortures que les hommes du ving­tième siècle ont su inven­ter. Ce père famé­lique, par exemple, qui voit ses enfants mourir de faim et qui laisse une soupe à la tomate et au persil à côté d’une clôture pour que ses enfants puissent s’en empa­rer.

Cette soupe , la meilleure du monde pour Hong sa fille survi­vante, deve­nue cuisi­nière dans le restau­rant de la narra­trice sera à l « origine d’une des recettes qui fera le succès de leur entre­prise. Car c’est cela qui m’attache aussi fort à cette écri­vaine, des souf­frances naissent aussi la vie . On peut, au début de la lecture, être dérouté par sa façon de racon­ter , car son récit n’est pas linéaire. Fina­le­ment elle renoue tous les fils , ce n’est qu’à la fin du roman qu’on comprend la première phrase :

« Maman et moi nous ne nous ressem­blons pas. Elle est petite, et moi je suis grande. Elle a le teint foncé, et moi j ai la peau des poupées fran­çaises. Elle a un trou dans le mollet, et moi j’ai un trou dans le cœur. »

C’est bien ce trou dans le cœur qu’elle va nous racon­ter , à sa manière et en passant par tout ce qui fait sa vie : Man, cette mère qui l’a élevée, la guerre du Viet­nam et son cortège d’horreurs, les odeurs et les goûts d’une cuisine qui la feront vivre, et aussi un amour passion­nel qui lui trouera le cœur.

Citations

Le plaisir des mots

C’était mon premier mot de français,«londi » . En viet­na­mien , « lon » signi­fie canette et « di » partir . Ces deux sons ensemble en fran­çais font « lundi » dans l’oreille d’une Viet­na­mienne . A la manière de sa mère ‚elle m a ensei­gné ce mot en me deman­dant de poin­ter la canette avant de lui donner un coup de pied et de dire « lon-di » pour lundi. Ce deuxième jour de la semaine est le plus beau de tous parce que sa mère est décé­dée avant de lui apprendre à pronon­cer les autres jours. 

Le plaisir de la lecture

Beau­coup de livres en fran­çais et en anglais avaient été confis­qués pendant les années de chaos poli­tique. On ne connaî­tra jamais le sort de ces livres , mais certains avaient survécu en pièces déta­chées. On ne saurait jamais par quel chemin étaient passées des pages entières pour se retrou­ver entre les mains des marchands qui les utili­saient pour enve­lop­per un pain, une barbotte ou un bouquet de lise­ron d’eau … On ne pour­rait jamais me dire pour­quoi j avais eu la chance de tomber sur ces trésors enfouis au milieu des tas de jour­naux jaunis. Maman me disait que ces pages étaient des fruits inter­dits tombés du ciel. 

Le vietnamien une langue tonale

Julie pronon­çait les « la, là, lâ, lä , lah …» en distin­guant les tons même si elle ne compre­nait pas les diffé­rentes défi­ni­tions : crier, être, étran­ger, évanouir, frais.

Aimer en chinois

le profes­seur avait expli­qué que le carac­tère « aimer » englo­bait trois idéo­grammes : une main,un cœur et un pied, parce que l’on doit expri­mer son amour en tenant son cœur dans ses mains et marcher à pied jusqu’à la personne qu’on aime pour le lui tendre.

Les visages de l’amour

Pour­tant à côté du visage de Luc, le mien me ressem­blait comme une évidence. Si j’étais une photo­graphe , Luc serait le révé­la­teur et le fixa­teur de mon visage, qui n’existait jusqu’à ce jour qu’en néga­tif.

Le temps après

Moi je possé­dais l’éternité parce que le temps est infini quand on n’attend rien. 

On en parle

D’une berge à l’autre, lectu­ris­sime , lire et merveille, (avec une inter­view passion­nante de l’écrivaine) et bien d’autres que j’oublie.

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J’apprécie beau­coup cette auteure qui me permet d’accéder à l’univers japo­nais sans ressen­tir trop d’étrangeté. Il faut dire qu » Aki Shima­zaki écrit en fran­çais et réside au Québec. Ceci explique peut être cela ! Les 5 tomes, d’une centaine de pages chacun, raconte la même histoire vue par un prota­go­niste diffé­rent à chaque fois. C’est aussi l’occasion de cerner de plus près la réalité japo­naise surtout dans ses aspects néga­tifs.

Le ressort de la narra­tion repose sur un postu­lat qui m’étonne : des enfants se sont connus jusqu’à 4 ans et se retrouvent à 16 ans. Ils ne se recon­naissent pas et ne recon­naissent pas non plus les adultes qui les entourent. Ils s’aimeront en ne sachant pas qu’ils sont demi frère et sœur. Il me semble que j’ai gardé en mémoire le visage des gens qui s’occupaient de moi quand j’avais 4 ans. Ce n’est qu’un détail mais je l’ai gardé en tête pendant toute la lecture.

En revanche, ce que j’ai trouvé très bien raconté , c’est juste­ment « le poids des secrets ». Toute cette famille est détruite par la conduite de du père de ces deux enfants et il faut donc attendre la troi­sième géné­ra­tion pour que la lumière se fasse enfin et que les conflits s’apaisent.

Le tome 1, révèle l’essentiel du drame, Yukiko explique pour­quoi elle a tué son père. Son récit nous plonge dans le Japon au temps de l’explosion qui a détruit Naga­zaki, on y voit une société figée sur les statuts sociaux et sur l’effort demandé à la popu­la­tion pour soute­nir la guerre.

Le tome 2 est centré sur Yukio l’enfant qui est né hors mariage. Si son père,le même que celui de Yukiko n « a pas épousé sa mère c’est que celle-ci n’est pas « d’une bonne origine ». On est plongé dans les diffi­cul­tés des femmes qui n’appartiennent pas à la bonne société.

Le tome 3 nous ramène du temps où , lorsqu’on était Coréen au Japon on pouvait être tué sans que personne ne trouve à y redire comme lors du trem­ble­ment de terre de 1923. C’est très émou­vant de voir à quel point cette mère coréenne a essayé de lutter pour donner à sa fille des chances de s’intégrer dans cette société si fermée.

Le tome 4, c’est celui que j’ai trouvé le moins passion­nant, il est centré sur l’homme posi­tif qui a bravé tous les inter­dits de la société japo­naise et a épousé la femme qui avait un enfant hors mariage.

Le tome 5, on est avec la maîtresse du père de son fils et le roman se termine sur la vérité et la boucle est brisée la malé­dic­tion prend fin,sa petite fille ne commet­tra pas les mêmes erreurs qu’elle.

Chaque tome peut se lire sépa­ré­ment mais l’ensemble a beau­coup de cohé­rence. C’est une autre façon de lire 500 pages, on ne sent pas le temps passer et on se perd moins que dans un énorme roman à person­nages multiples, la façon de nous racon­ter le Japon est inou­bliable cette société si fermée mélange de raffi­ne­ment et de violence devient compré­hen­sible à défaut d’être attrac­tive.

Citations

Explication des deux bombes, l’explication de la guerre

- Grand-mère , pour­quoi les Améri­cains ont-ils envoyé deux bombes atomiques sur le Japon ?
– Parce qu’ils n’en avaient que deux à ce moment là, dit-elle fran­che­ment.

Mais ce que mon père n’acceptait pas c’est la justi­fi­ca­tion des Améri­cains : quand il est ques­tion de guerre ils ont toujours raison.

On se justi­fie pour se défendre des accu­sa­tions. Il n’y a pas de justice. Il y a seule­ment la vérité.

L’enfant sans père

Les enfants des voisins ne jouent pas avec moi. Au contraire, ils me lancent des pierres, ils me barrent le chemin quand je rentre a la maison, ils m entourent me bous­culent. Ils crachent sur moi. Tout le monde est plus grand que moi. Personne ne leur dit d’arrêter. J’attends qu’ils s’en aillent. Ils me crient des mots que je ne comprends pas : « Tete­na­shigo » (bâtard) ou enfant de « baïshunfu » (putain)/

On en parle

Chez keisha.