4
Superbe livre, j’ai, bien sûr, pensé que j’aurais préféré que comment faire l’amour avec un nègre sans se fati­guer soit choisi par la biblio­thé­caire pour nous faire décou­vrir Dany Laferrière.(Je me promets de le lire prochai­ne­ment !)

Haïti semble toujours concen­trer tous les malheurs de la planète. Cet écri­vain n’explique rien, mais raconte si bien et dans une si belle langue qu’on est complè­te­ment envouté par son récit. La gale­rie de portrait des Haïtiennes et Haïtiens est inou­bliable mon préféré est cet homme dont les sbires du régime de « Baby-doc » ont détruit la biblio­thèque qui ne conte­nait que des livres de poésies :

Et Alcool est le seul livre qui n’a pas été détruit ce jour-là puisqu’il l’avait, comme toujours avec lui – il ne s’est jamais dégrisé d’Apollinaire.

Durant tout le chapitre, l’auteur prend des accents d’Apollinaire pour nous parler de l’ancien ami de son père.

La démarche indo­lente
d’une vache
à sa prome­nade du soir.
La nuit devient
chagal­lienne.

Citations

la lecture

J’ai toujours pensé
que c’était le livre qui fran­chis­sait
les siècles pour parve­nir jusqu’à nous.
Jusqu’à ce que je comprenne
en voyant cet homme
que c’est le lecteur qui fait le dépla­ce­ment.
Je n’achetais un livre que
si l’envie de le lire était plus forte
que la faim qui me tenaillait.

L’exil

Pour les trois quarts des gens de cette planète
il n’y a qu’une forme de voyage possible
c’est de se retrou­ver sans papiers
dans un pays dont on ignore
la langue et les mœurs.

L’humour

Ce type à côté de moi me dit qu’il a fait déjà deux solides tenta­tives de suicide, mais qu’il ne pour­rait suppor­ter une seule jour­née d’exil. Moi, c’est le contraire, je ne crois pas pouvoir survivre à un suicide.

Haïti

Si on meurt plus vite qu’ailleurs,
la vie est ici plus intense.
Chacun porte en soi la même somme d’énergie à dépen­ser
sauf que la flamme est plus vive quand son temps pour la brûler
est plus bref.

La pauvreté

Nous sommes dans la voiture de son ami Chico. On doit garder ses pieds sous ses jambes, car il n’y a pas de plan­cher. On voit l’asphalte défi­ler et les trous d’eau verte. On dirait une déca­po­table à l’envers.

3
Emma­nuel Carrère est un auteur étrange qui se plaît à décrire le malheur absolu des autres. J’avais été très déran­gée par son livre sur Roman, ce faux méde­cin qui a assas­siné toute sa famille pour cacher qu’il n’avait jamais réussi ses examens de troi­sième année de méde­cine. D’autant plus déran­gée, que cet écri­vain est d’un sérieux et d’une objec­ti­vité redou­tables, dans ce roman là aussi, mais c’est beau­coup plus agréable car il met son talent au service d » émotions qui me touchent. « D’autres vie que la mienne » commence par le récit du Tsunami de 2003. Malgré moi, je me suis dit : encore ! Je n’étais pas convain­cue par son récit.

L’autre vie qui n’est pas la sienne mais qui le touche de près, est celle de Juliette la sœur de sa compagne, jeune femme qui meurt d’un cancer. L’évocation de cette femme à travers les regards de ceux qui ont accom­pa­gné sa vie est d’une rare sensi­bi­lité et déli­ca­tesse. Comme elle est juge, l’auteur se trans­forme en jour­na­liste d’investigation pour expli­quer le suren­det­te­ment et son travail pour enle­ver des griffes des nouveaux usuriers (les compa­gnies de crédit à la consom­ma­tion) le justi­ciable trop naïf. Il est aidé par le témoi­gnage du collègue de Juliette : Etienne qui est amputé d’une jambe à la suite d’un cancer des os. C’est un person­nage inté­res­sant et émou­vant qui dira de Juliette « c’est un grand juge ».

Citations

Il n’empêche qu’il est prison­nier de ce que les psychiatres appellent un double bind, une double contrainte qui le fait perdre sur les deux tableaux. Pile tu gagnes, face je perds. Être rejeté parce qu’on a une jambe c’est dur, être désiré pour la même raison c’est pire.

Ça fait toujours plai­sir une visite si ce n’est pas à l’arrivée, c’est au départ. (Paroles de Béatrix Becq)

On en parle

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2
Flop ! Je n’ai pas été sensible à cette histoire d’amour. Ce roman fait partie de la longue, très longue liste des romans fran­çais qui raconte un si petit monde et une si petite histoire. Les critiques sont pour la plupart excel­lentes.

Citations

Je marche dans la nuit, je voudrais ne penser à rien, n’être qu’un corps qui marche, un corps en mouve­ment dans la ville endor­mie.

Dehors l’air est tendre. Tu marches à côté de moi, lente­ment. Nos pas s’accordent. Ils se sont toujours accor­dés.

On en parle

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Traduit de l’anglais (États-Unis) par Nico­las Richard.

5Atten­tion, chef d’œuvre ! Ne soyez pas rebuté par les 760 pages, ni par les réfé­rences aux tech­niques musi­cales, ni par les expli­ca­tions sur la rela­ti­vité. Vous serez emporté par ce roman, vous compren­drez ce que le racisme repré­sente de violence,de souf­france et d’humiliation pour toute une nation. Vous reli­rez l’histoire des Etats-Unis à la lumière des crimes raciaux et des émeutes qui finirent par en décou­ler.

L’histoire de cette famille est boule­ver­sante, j’ai passé de longues heures avec Délia, David, Jonah, Joseph et Ruth Strom, en espé­rant que les idéaux des parents, et la musique puissent triom­pher de la haine ! Seul reproche : j’aurais aimé avoir des notes en bas de page mon incul­ture améri­caine m’a obli­gée à consul­ter très souvent Wiki­pé­dia : je ne connais­sais pas o’fay,Ashan, Movie­tone, Sol Hurok , FRA etc.

Merci Fran­çoise de m’avoir offert ce cadeau qui a enchanté le début du mois de septembre 2009.

Citations

Les trois-quarts de tous les Noirs améri­cains ont du sang blanc – et la plupart d’entre eux ne l’ont pas choisi.

« Votre temps est plus lent que le mien. Le mien est plus lent que le vôtre. La raison en perd la raison.
– Oui ! » L’homme s’esclaffe. « Ça aussi c’est vrai ! Mais seule­ment parce que notre raison a été créée à des vitesses plus lentes. »

Lors de ces pénibles après-midi où Jonah et moi sommes bannis de la maison ……Nous restons allon­gés jusqu’au jour où nos cama­rades recréent la chute de Berlin en nous incen­diant. Après cela, pendant long­temps, nous avons eu le droit de rester à la maison.

Était-il possible qu’il exis­tât des Blancs qui, fina­le­ment, ne la détestent pas d’emblée pour l’impossible pardon qu’ils atten­daient d’elle ?

L’oiseau peut aimer le pois­son unique­ment pour l’étonnement qu’ils éprouvent en filant de concert vers l’inconnu.

La plupart des audi­teurs ignorent combien il est plus diffi­cile d’effleurer un son plutôt que de le marte­ler. Un démar­rage sur les chapeaux de roue fera toujours plus d’effet, sur scène, qu’un légato, plus diffi­cile à tenir.

Elle aime­rait marcher dans la rue avec son mari sans avoir à jouer la domes­tique. Elle aime­rait pouvoir lui prendre le bras en public. Elle aime­rait qu’ils puissent aller au cinéma ensemble, ou aller dîner quelque part, sans se faire expul­ser comme des malo­trus. Elle aime­rait pouvoir asseoir son bébé sur ses épaules, l’emmener faire les courses sans que pour autant tout le maga­sin en soit pétri­fié. Elle aime­rait pouvoir rentrer à la maison sans être couverte de venin. Cela n’arrivera pas de son vivant. Mais il faudra bien que cela se produise du vivant de son fils. La rage l’agrippe chaque fois qu’elle quitte la maison. Il n’y a que l’instinct mater­nel pour conte­nir cette rage.

3
Lors de la lecture de ce roman, on ne cesse de penser que l’auteur a vécu très souvent cette situa­tion. Il s’agit d » un dîner parmi les puis­sants du si petit monde des pari­siens friqués et bran­chés, avec une surprise l’invitation à table de la bonne, une beurette qui ne corres­pond pas aux clichés de la bonne société de gauche pari­sienne. Les scènes sont souvent drôles, le roman se lit vite. Le ton est parfois très caus­tique surtout à propos de la bonne société qui se croit ouverte. Le démar­rage est un peu long. (normal : il faut camper les person­nages). « Mada­medu » Sophie du Vivier et monsieur Thibaut du Vivier reçoivent George Banon qui doit signer un gros contrat avec Monsieur. Ils reçoivent :

  • Sybil Costière et Erwan Costière des jeunes qui réus­sissent et qui aiment l’argent ce seront les seuls person­nages qui seront anti­pa­thiques tout au long du roman
  • Stanis­las Stevil­lano homme lettré et homme de goût.
  • Adrien Le Chate­lard avocat et Chris­tina Le Chate­lard ne dit rien (leucé­mique ?) mais attire le regard de tout le monde créera le roman par sa super­sti­tion : jamais 13 à table.
  • Marie Do « minique » dit tout ce qu’elle pense femme de Stanis­las odieuse et sympa­thique à la fois
  • Stanis­las raté du quai d’Orsay
  • José­phine appar­te­nant au monde des médias « toujours prête à aider les puis­sants dans le besoin en authen­tique petite sœur des riches »
  • Dandieu acadé­mie fran­çaise et son épouse biolo­giste
  • Sonia la bonne maro­caine sympa et pas du tout la beurette de service qui ne s’appelle pas Sonia mais Oumeil­kheir.

Le repas va être mouve­menté !

Critique du monde

Pierre Assou­line ne cesse de tour­ner autour de la table, pour nous offrir une savou­reuse et cruelle gale­rie de portraits. Voici Sybil Corbières, person­nage insi­gni­fiant, abon­née à la chirur­gie esthé­tique : « Elle était ainsi faite et refaite que même ses cordes vocales sonnaient comme un piano accordé de la veille. » Voici Dandieu, l’écrivain, membre de l’Académie fran­çaise, qui se garga­rise de phrases creuses : « Il se voulait si répu­bli­cain qu’il se disait laïque et obli­ga­toire tout en regret­tant de ne pouvoir être égale­ment gratuit. » Et Marie-Do, l’épouse de l’ambassadeur au placard, « celle qui dit tout haut ce que tout le monde n’osait même pas penser plus bas, encore que la bassesse soit égale­ment parta­gée ». Quant à maître Le Chate­lard, spécia­liste des divorces (« Il avait le génie de la sépa­ra­tion »), c’est un bavard impé­ni­tent. À écou­ter les silences de son épouse, « on compre­nait vite qu’elle avait plusieurs fois divorcé de lui sans même qu’il s’en aper­çoive ».

Le cruel Assou­line n’y va pas avec le dos de la cuillère. Par moments, il donne l’impression de forcer inuti­le­ment le trait. Les convives, à deux ou trois excep­tions près, méri­te­raient d’être jetés par la fenêtre, alors que la char­mante – trop char­mante ? – Sonia, alias Oumel­kheir Ben Saïd, nous éblouit par sa finesse. Elle n’est pas spécia­liste du cous­cous, mais termine une thèse de docto­rat à la Sorbonne sur un mouve­ment archi­tec­tu­ral assez complexe qui s’était épanoui en Europe au début du XVIIIe siècle…

Ce monde n’est pas le sien, mais, à force de l’observer, elle en connaît les codes et les usages. Ayant « le goût des autres », elle n’arrive pas à détes­ter cette faune. Quoique née à Marseille, elle restera toujours en France « une invi­tée ». Comme les juifs, fina­le­ment, remarque Pierre Assou­line : ils ont derrière eux un tel passé d’exclusion, de persé­cu­tion et de noma­disme « que ce sont eux, les invi­tés perma­nents, en dépit des appa­rences»… Le titre du roman, qui parais­sait bien banal, prend soudain une autre dimen­sion.

5
L’écriture est extra­or­di­naire, j’ai été envou­tée par ce livre, on retrouve l’Espagne du début du 20e siècle, ses violences, l’obscurantisme, les croyances reli­gieuses et la condi­tion des femmes. On pour­rait avoir un livre aux accents complè­te­ment déses­pé­rés les histoires sont toutes plus tragiques les unes que les autres (par exemple « l’ogre » qui viole et tue des enfants) mais grâce au style de Carole Marti­nez, on peut tout lire, ce qui ne veut pas dire tout accep­ter. C’est vrai­ment un beau livre que j’ai décou­vert grâce à mon club de lecture et qui depuis a gagné neuf prix litté­raires.

Citations

Un dimanche, la mère surprit ces œillades et, de retour chez elle, la jeune fille fut giflée.
- Tes yeux ne doivent voir que le padre ! Hurla Fran­cisa.
- Pour­quoi ? lui demanda la future fian­cée.
- Parce qu’il porte des jupes, conti­nua sa mère en larmes. Si quelqu’un surprend ton manège, on te pren­dra pour une fille perdue, on ira racon­ter que tu te donnes, que tu écartes les jambes quand on te paye et alors plus personne ne voudra de toi. Pense à la grand Lucia qu’on couche dans tous les buis­sons, qu’elle le veuille ou non, tout ça parce qu’on l’a vue se retour­ner pendant la messe vers celui auquel on l’avait promise.

La Maria privi­lé­giait l’hygiène, la Blanca, la magie. L’une repré­sen­tait l’avenir, la science ; l’autre le passé et ses forces obscures bien­tôt oubliées. Situées chacune à un bout du temps, en regard de part et d’autres du moment présent, ces deux femmes ne se parlaient jamais direc­te­ment. Seule l’une des deux était présente lors d’un accou­che­ment. Pour­tant, quand la chose se présen­tait mal, elle faisait appe­ler l’autre. Alors, sans s’adresser un mot, les deux femmes agis­saient de concert et il était bien rare qu’elles ne sauvent pas la mère, car toutes les deux contrai­re­ment à un bon nombre de celles qui les avaient précé­dées, faisaient passer la vie de la femme avant celle de son enfant et c’était sans doute sur cet accord silen­cieux que se fondait leur entente.

Cette fois, elle ferma les volets, couvrit le miroir, ce piège à âmes, arrêta l’horloge … Elle venait faire un mort.

En cousant les linceuls, on regretta le curé et l’église. Les maigres discours des anar­chistes loque­teux ne valaient pas la pourpre des rituels catho­liques, ils ne pouvaient promettre à ces hommes tombés pour la cause le moindre au-delà ! Les adieux prenaient un carac­tère défi­ni­tif et déri­soire.

Depuis le premier soir et le premier matin, depuis la Genèse et le début des livres, le mascu­lin couche avec l’Histoire. Mais il est d’autres récits. Des récits souter­rains trans­mis dans le secret des femmes, des contes enfouis dans l’oreille des filles…….Ce qui n’a jamais été écrit est fémi­nin.

5
J’ai ri et en rit encore, c’est plus qu’un coup de cœur c’est le coup de cœur des coups de cœurs et toutes mes amies de notre club de lecture étaient bien d’accord avec moi. Tout est parfait dans ce livre l’écriture la struc­ture roma­nesque et la gale­rie des portraits. Un noir du Congo raconte sa vie et sa sépa­ra­tion avec la mère de sa petite fille dans le Paris d’aujourd’hui. Le style de Maban­ckou est vrai­ment savou­reux, j’aurais pu tout reco­pier , il faut lire de toute urgence ce livre, et comme moi je suppose que vous n’oublierez pas le « fesso­logue » de sitôt !

Citations

… Ce groupe fait la pluie dilu­vienne et le beau temps là-bas… C’est pour ça qu’à la diffé­rence de notre Arabe du coin, moi je respecte les Chinois et les Pakis­ta­nais. Ce sont de braves types à qui on colle injus­te­ment la mauvaise répu­ta­tion qu’ils se démènent ou restent cois alors qu’ils ne font de mal à personne…

Le jour on inven­tera des tams-tams sans bruit, beau­coup de vieux nègres perdront leur raison de vivre…

Traduit de l’anglais (Canada) par Hugues Leroy.

5
Extra­or­di­naire récit à propos des indiens et de l’engagement du Canada dans la Première guerre mondiale, c’est un livre d’une beauté et d’une densité rare. Coup de cœur du club de lecture de Dinard. J’ai rare­ment lu une analyse aussi appro­fon­die de la guerre et des consé­quences sur un être humain d’avoir le droit de tuer. Le lecteur est saisi par ce livre, la descrip­tion de la guerre, les violences faites aux indiens au Canada, l’amour et la force d’une femme indienne, dont on suit jour après jour le long périple sur la rivière pour rame­ner à la vie l’ami de son neveu.

Citation

Un obus est tombé trop près. Il m’a lancé dans les airs et, soudain, j’étais oiseau. Quand je suis redes­cendu, je n’avais plus ma jambe gauche. J’ai toujours su que les hommes ne sont pas fait pour voler.

4
C’est un livre qu’on ne quitte plus quand on l’a commencé. Cette voix d’enfant à laquelle s’adresse l’auteur en lui disant « tu » touche le lecteur. Marion (Funny) doit affron­ter deux drames inti­me­ment liés la mala­die mentale de sa mère maniaco-dépres­sive et la honte d’être une enfant d’un soldat alle­mand. L’enfant aime, a peur, a honte de sa mère. Une solu­tion existe : ses grands parents des gens « comme il faut » mais qui ne savent pas comprendre l’attachement de la petite à cette mère qui aime sa fille malgré sa mala­die.
Ce n’est pas un excellent roman mais c’est un beau témoi­gnage de ce que peuvent suppor­ter des enfants lorsque les parents sont déséqui­li­brés.

Citations

Une mala­die à éclipses. Une mala­die à répé­ti­tions. Une mala­die à surprises. Une mala­die sur le nom de laquelle à l’époque, on hési­tait. Une mala­die qui faisait honte. Une mala­die qui faisait peur.

Tu aimes votre appar­te­ment,…. C’est là … que tu as commencé à aimer Fanny 

Tant de choses comme cela que tu ignores. Que tu devines vague­ment. Des choses qui sont là. Qui te frôlent, cachées dans l’ombre, mais si denses que tu en éprouves la secrète présence, comme une menace.

Elle n’est pas comme les autres. Elle détonne parmi les fidèles, ces gens tran­quilles, sans éclat, ces gens qu’on ne remarque pas, qu’on ne voit pas….. Elle crie au milieu des muets. Elle danse parmi les gisants.

Et celle-là, tu la hais, de toutes tes forces.
La bête mauvaise, c’était elle. Depuis le premier jour.

On en parle

La femme de l’Allemand – Marie SIZUN link

5
Petit roman plein d’humour qui se lit très vite. Pein­ture inou­bliable d’une mère abusive, odieuse et du petit monde des exilés russes. Dimi­tri Radza­nov excellent pianiste riva­lise au piano avec un certain Horo­witz. Pour la mère de Dimi­tri il n’y a aucun doute, son fils est le meilleur, même s’il joue dans un poulailler dans le fond de son jardin de Chatou et Horo­witz (Face de Chou) à Carne­gie Hall. Beau­coup des tragé­dies du 20e siècle : les guerres l’exil l’extermination des juifs traversent rapi­de­ment ce petit roman. Mais son charme vient surtout de tout ce qui est dit sur la musique, la soli­tude et la souf­france du concer­tiste virtuose.

Citations

« Nous faire ça à nous ! » La voix de ma grand-mère me fendait les tympans, aussi tran­chante que le scal­pel en train d’inciser les cadavres d’école. Par ce « nous » outragé, elle dési­gnait les Radza­nov unique­ment, trans­for­mant une défaite histo­rique en offense person­nelle.

Maman n’avait pas d’instruction, ce qui consti­tuait aux yeux de sa belle-mère un défaut rédhi­bi­toire, aggravé par ce crime de lèse-Anas­ta­sie : « Elle m’a pris mon fils ! »

– Vous connais­sez Horo­witz ? s’étonna ma mère.
– Non, made­moi­selle, Horo­witz NOUS connaît !

Mon père s’étant fait virer de sa fabrique de colle ( un boulot auquel il n’avait jamais adhéré)…

Car il faut savoir à qui cela ressemble, une vie de concer­tiste. C’est comme si tu grimpes l’Alpe-d’Huez tous les jours sans ta selle.

Depuis l’âge de25 ans, il est persuadé qu’il est atteint d’un mal incu­rable, mais sa seule mala­die est la frousse de perdre sa virtuo­sité et d’être envoyé dans un camp comme son père et des millions d’autres juifs.