Ce livre est dans mes envies de lectures depuis un an. Comme toutes les blogueuses amies, je suis parfois prise aux pièges de toutes mes solli­ci­ta­tions et il me faut du temps pour parve­nir à réali­ser mes projets. Ce roman histo­rique en demande juste­ment du temps et de la concen­tra­tion, il ne se lit pas en quelques soirée. Il s’agit d’ailleurs de cela, du temps qui passe et de la lente arri­vée de la mort qui rend, enfin, tous les hommes égaux. L’empereur Charles Quint est l’homme le plus puis­sant du monde quand en 1255, il abdique et renonce à tous ses titres pour se reti­rer dans le monas­tère de Yuste ou il mourra en 1258. (la photo rend mal l’ambiance austère, humide, malsaine qui est décrite dans le roman d’Amélie de Bour­bon Parme.)

Pour une fois, je peux racon­ter la fin sans crainte de frois­ser mes anti-divul­gâ­cheuses préfé­rées. Charles Quint meurt et son empire s’écroule. Il est réduit à sa condi­tion humaine et attend la mort sans peur mais dévoré par une passion, celle des horloges qui sont à l’époque un concen­tré de progrès technologiques.

Elles ne servent pas seule­ment à dire l’heure (contrai­re­ment à celle où j’ai posé ce roman pour ma photo !) mais à décrire le monde avec, évidem­ment, la terre créa­tion divine au centre d’un univers fermé. Pour­tant un certain Coper­nic avait depuis plus de 50 ans écorné cette belle théo­rie qui conve­nait si bien aux esprits rétro­grades tenant de l’obscurantisme catho­lique soute­nus par l’horrible inqui­si­tion. Dans un rythme très lent qui accom­pagne chaque dégra­da­tion d’un homme qui va mourir, cette auteure nous permet de parta­ger les pensées de Charles Quint. Et puisqu’il fallait bien un suspens, c’est la passion pour les horloges astro­no­miques qui va pour ce roman, intro­duire une possi­bi­lité de fissure dans la recherche du calme olym­pien avant la mort : Charles Quint percera-t-il le secret de cette dernière horloge astro­no­mique ? et que veut dire cette phrase « Sol numquam deci­den­tis  » inscrite dans le fond du boitier de l’horloge noire qui l’inquiète tant ? Est ce que le soleil ne se couche jamais sur l’empire de Charles Quint ? ou ne se couche-t-il jamais ?

Je ne suis pas surprise que Domi­nique soit tombée sous le charme de ce roman que j’ai bien aimé égale­ment sans pour autant adhé­rer tota­le­ment, j’ai parfois été gênée par la lenteur du récit. Je salue bien volon­tiers les talents d’écrivain d’Amélie de Bour­bon Parme qui sait faire revivre celui qui pour tant de monde est seule­ment un portrait (du Titien excu­sez du peu !) et qui, pour elle, est un ancêtre.

Citations

Philippe successeur de Charles Quint

Ce garçon avait une allure étrange, comme s’il manquait quelque chose ou quelqu’un dans cette silhouette de demi-souve­rain à qui l’empereur avait pour­tant trans­mis la moitié de ses possessions.

Même lorsqu’elles étaient courtes, les visites de son fils étaient longues en silence.

Rapports du Pape et de Charles Quint

L’empereur sentit son visage se cris­per à la vue du sceau ponti­fi­cal. Bour­sou­flé de cire et d’arrogance, l’emblème papal faisait luire toutes les préten­tions de l’Église en même temps. Le nouveau pape y avait glissé ses initiales en secret : Gian Pietro Carafa. En se déta­chant, le cachet de cire fit le même petit bruit sec qu’une coquille vide que l’on casse dans sa main. Un bruit qui conve­nait tout à fait à l’émetteur de ce pli.

Un portait d » Hildago « au mutisme farouche »

Le colo­nel Quijada ne répon­dit pas. Personne ne savait se taire comme lui. Son silence n’était pas de ceux que l’on ignore, il creu­sait des gouffres . Il avait le mutisme farouche et profond des hidalgo, le silence des hommes dévoués qui savent ce qu’on leur doit.

J’ai lu les deux romans à la suite, je les fais paraître donc le même jour sur Luocine. J’aime cet auteur je connais bien le monde dont il parle et j’ai l’impression que beau­coup de gens peuvent dire cela de lui.

Dans un style léger, Jean-Philippe Blon­del se raconte, pour un pudique c’est une entre­prise risquée, il parvient grâce à l’humour et à la conni­vence qu’il installe entre nous et ses souve­nirs à ne jamais tomber dans le voyeu­risme. Chaque chapitre est l’occasion de se souve­nir d’une chan­son et je conseille de lire ce livre avec « Youtube », c’est drôle de faire reve­nir de la musique des limbes du monde des souve­nirs. Dieu que les ado aiment des chan­sons stupides et seule­ment braillardes le plus souvent ! Je ne peux pas dire que j’ai été complè­te­ment séduite par ce livre, mais je suis en partie respon­sable, il ne faut jamais lire aussi rapi­de­ment deux livres du même auteur surtout après avoir aimé le premier.
Les émois de l’ado ressemblent à telle­ment de mauvais films que malgré le réel talent de l’auteur on a souvent l’impression d’être dans le cliché.

Citations

La boum dans les locaux de l’église à lire en écoutant ti amo » de Umberto Tozzi

Vers quatre heures de l’après-midi, frère Damien vient parta­ger quelques mots de foi avec nous. Nous avons tiré les rideaux pour être dans l’obscurité totale. Les slows s’enchaînaient les uns aux autres. Il n’y a plus que des couples. On ne recon­naît personne. Nous n’avons pas touché aux gâteaux au yaourt fait dans les Tupper­ware. Frère Damien est blême-il bredouille « mais qu’est-ce que vous faites ? »
Un partage frère Damien
Un partage.

Une remarque sur les objets

C’est curieux comme les objets traversent les âges, au bout d’un certain temps, on ne sait plus quand on les a ache­tés, on sait seule­ment qu’ils nous accom­pagnent silen­cieu­se­ment, jusqu’au moment où, sans raison parti­cu­lière, on s’agace ;, j’en assez de ce fauteuil vert, c’est quand le prochain vide grenier ?

La paternité

Il est quatre heures du matin, je tourne dans la cuisine avec le porte-bébé en marquant bien le tempo avec mes pieds ; Grégoire s’est réveillé envi­ron trois fois dans la nuit -la dernière fois, c’était il y a une heure et il n’est pas parvenu à se rendor­mir. Alors, j’ai fait ce qui marche à chaque fois. Porte-bébé, veilleuse dans la cuisine, et la seule chan­son qui le calme -un chan­teur à peine sorti de l’adolescence, avec une capuche sur la tête, qui bouge dans tous les sens et déchaîne l’hystérie des quatorze quinze ans. « Keep on trackin’me ». J’ai trente sept ans, je suis fati­gué, je voudrais dormir, mais si je m’arrête de chan­ter et de danser, Grégoire se réveillera et se mettra à hurler -j’en ai déjà fait l’expérience.
Alors, je bouge dans la cuisine.
Allez, bouge -tourne- et chante.
Et n’oublie pas que dans quatre heures, il faudra aller au boulot.

Être prof, c’est être quitté tous les ans, et faire avec.


Il est parfait ce roman, je pense que tous les ensei­gnants vont se retrou­ver dans ces récits qui décrivent si bien les heurs et malheurs de ce si beau métier. Pour les autres, il reste cette façon tout en pudeur de racon­ter le quoti­dien d’un homme de la classe moyenne en France au XXIe siècle. Ce n’est ni tragique ni plein d’espoir c’est juste. Je crois que la façon dont il raconte les diffé­rentes réformes de l’éducation natio­nale permet de comprendre pour­quoi la France n’arrive pas à décol­ler dans les clas­se­ments internationaux.

Personne n’écoute ce que les profs ont à dire, en revanche ceux qui ont toujours fui l’enseignement au collège ou au lycée pour deve­nir profes­seur à l’université ou inspec­teur concoctent moult réformes et s’en fichent complè­te­ment si celles concoc­tées par eux l’année d’avant n’a pas encore été évaluée. J’ai beau­coup souri et j’ai été émue aussi lors de cette rencontre de parents d’élèves où lui, le prof d’anglais sûr de ce qu’il à dire se rendra compte du pour­quoi de la baisse de régime d’un certain Mathieu lorsqu’il lais­sera enfin la parole à une maman qui était venu lui donner une expli­ca­tion. Le voyage scolaire à Londres vaut tous les sketchs comiques, et pour­tant plus tard il saura que ce même voyage a laissé des souve­nirs aux jeunes élèves. Et pas seule­ment pour la bière. Un livre sympa­thique qui récon­ci­lie avec l’enseignement sans en faire un métier digne d’un sacerdoce.

Citations

Bien vu !

Il n’y a pas si long­temps, il y avait des mégots partout. C’est fini désor­mais. Une image, soudain. Moi, dans la cour, en train de fumer avec des élèves de première. C’est comme de la science-fiction.

Ce que les gens retiennent de vous…

Un jour, quand j’étais en sixième, pendant le cours de maths, mon stylo bille bleu m’a explosé dans la bouche et giclé sur mon pull, mon jean, j’étais tout bleu, un vrai Schtroumpf ; l’autre jour, j’ai croisé Fran­cis qui était en classe avec moi, c’était à peu près la seule anec­dote dont il se souve­nait à mon sujet – comme quoi notre person­na­lité tient à pas grand chose. Il y a au moins sur terre une personne qui me voit comme Le-mec-qui-mordille-son-stylo-bleu-et-qui-l’explose.
(PS Pour ma meilleure amie je serai toujours celle qui a apporté des œufs durs pour une semaine pour faire des pique-nique, c’est vrai mais j’aimerais tant qu’elle arrête de le raconter !)

Le voyage éducatif

On imagine des souve­nirs inou­bliables pour les élèves, un temps radieux sur Londres/​Oxford/​Bath (appelé aussi le triangles des Bermudes des ensei­gnants de langues -ou TBEL pour les initiés de l’Éduc nat)

Et les familles d’accueil à Londres

On a des problèmes.avec les familles. Il faut chan­ger deux élèves qui dorment sur un Clic Clac dans le salon parce qu’il y a déjà trois Japo­nais et deux Alle­mands dans les chambres, et une seule salle de bain. On trouve une solu­tion in extré­mistes. Ils viennent habi­ter avec nous, parce que le fils aîné de notre hôtesse doit passer le reste du séjour en taule pour trafics divers – il y a donc une chambre de libre.

Littéraire ou scientifique

Une première litté­raire que tout le monde déni­grait déjà -il y a plus de trente ans main­te­nant que le scien­ti­fique tient le haut du pavé et que les litté­raires sont regar­dés avec un mélange de commi­sé­ra­tion et de mépris, on se demande bien ce qu’ils pour­raient faire après, les litté­raires, perpé­tuels inadap­tés à la société dans laquelle on vit, inca­pable de calcu­ler, de vendre, d’acheter, de revendre, de travers, de sauver le monde, de guérir des patients, créer des machines commer­ciales un produit s’en mettre plein les poches amélio­rer le PIB le PNB ou au moins répa­rer les dents.

Traduit du finnois par Sébas­tien Cagnoli.

Comme quoi on peut écrire un excellent roman et un véri­table « narnar » si le mot existe pour les romans qui ne tiennent pas la route. Bien sûr la quatrième de couver­ture a trouvé deux critiques pour vous assu­rer l’un, que vous lirez « le meilleur roman de la saison » et l’autre, que « Sofi Oksa­nen sait nous surprendre ». J’accorde plus de crédit au deuxième critique car on peut se deman­der (et en être « surpris ») comment l’auteure de « Purge  » a pu commettre un tel embrouilla­mini si peu digeste. C’est une sombre histoire d’une famille sous la coupe de la sympa­thique mafia ukrai­nienne. Tous les trafics les plus sordides passent par leurs mains.

Le fil conducteur(devrais-je dire le cheveu !) c’est une pauvre Norma affu­blée d’une cheve­lure qui pousse à toute vitesse, elle doit la couper quatre fois par jour, mais cela ne s’arrête pas là. Ses cheveux lui prédisent l’avenir, peuvent la défendre contre des agres­seurs, être fumés en drogue et …j’en passe ! On recon­naît un peu le style de l’auteur qui a l’art de ne pas dévoi­ler très vite les dessous des cartes. Mais dans ce roman cela donne un univers telle­ment embrouillé que je n’ai pas eu envie de démê­ler le vrai du faux, j’ai fini ce roman en diago­nal et je ne suis pas sûre d’avoir tout compris aux sombres trafics de la mafia : trafic de cheveux, d’organes, d’enfants sur fond de drogue de tout genre, de viols et de meurtres.

Je souhaite bon courage aux prochains lecteurs et ce que j’aimerais par dessus tout c’est lire un avis posi­tif car cela prou­ve­rait que je n’ai rien compris à cette histoire de cheveux et que l’auteure voulait nous dire quelque chose que je n’ai pas su voir.

Citation

Genre de phrases qui n’a aucun effet sur moi (même pas peur !)

Les molosses n’étaient pas là, ni les groupes de jeunes immi­grants, personne ; pour­tant, Marion sentait les yeux de Lambert sur son dos. Dès l’instant où il avait compris qu’Anita avait récolté des preuves sur les agis­se­ments du clan afin de les faire chan­ter, de les évin­cer, de régner sur leur terri­toire, ces yeux avaient été ceux d’une bête féroce aigui­sant ses crocs.


J’ai lu ce livre grâce ma sœur , elle avait recher­ché des lectures sur le thème de l’exil pour son club de lecture. Elle avait été touchée par ce récit tout en fraî­cheur de cette auteure. Ce sont, me dit elle et je partage son avis, quelques pages vite lues mais qui laissent un souve­nir très agréables. Laura Alcoba se souvient : quand elle avait 10 ans, elle est arri­vée à Paris (ou presque, exac­te­ment dans la cité de la Voie verte au Blanc-Mesnil). Ses parents sont des resca­pés de la terrible répres­sion qui s’est abat­tue sur les oppo­sante d’Argentine en 1976. Son père est en prison et sa mère réfu­giée poli­tique en France. Cela pour­rait donner un récit plein d’amertume et de tris­tesse sauf que cela est vu par une enfant de 10 ans qui veut abso­lu­ment réus­sir son assi­mi­la­tion en France, cela passe par l’apprentissage du fran­çais. Ce petit texte est un régal d’observation sur le passage de l’espagnol au fran­çais, la façon dont elle décrit les sons nasales devraient aider plus d’un profes­seur de fran­çais langue étrangère :

Les mouve­ments des lèvres de tous ces gens qui arrivent à cacher des voyelles sous leur nez sans effort aucun, sans y penser, et hop, -an, -un, on, ça paraît si simple, -en, -uint, oint( …) que les voyelles sous le nez finissent par me révé­ler tous leurs secrets -qu’elles viennent se loger en moi à un endroit nouveau, un recoin dont je ne connais pas encore l’existence mais qui me révé­lera tout à propos de l’itinéraire qu’elles ont suivi, celui qu’elles suivent chez tous ceux qui les multi­plient sans avoir, comme moi, besoin d’y penser autant

Elle savoure les mots et veut à tout prix chas­ser son accent. Il faut aussi toute la fraî­cheur de l’enfance pour traver­ser les moments de dureté dans une banlieue pari­sienne peu tendre pour les diffé­rences, même si ce n’était pas encore les cités avec les violences d’aujourd’hui ce n’est quand même pas la vie en rose que l’on pour­rait imagi­ner en arri­vant d’Argentine. J’ai souri et j’ai mesuré l’ironie du destin, en 1978, pour une gentille famille de la banlieue pari­sienne, la tragé­die abso­lue c’est la mort de Claude Fran­çois dans l’Argentine de Laura c’est « un peu » diffé­rent : la répres­sion a fait près de 30 000 « dispa­rus » , 15 000 fusillés, 9 000 prison­niers poli­tiques, et 1,5 million d’exilés pour 30 millions d’habitants, ainsi qu’au moins 500 bébés enle­vés à leurs parents ! Ce livre est bien un petit moment de fraî­cheur, et il fait du bien quand on parle d’exil car Laura est toujours posi­tive , cela n’empêche pas que le lecteur a, plus d’une fois, le cœur serré pour cette petite fille.

J’espère que les abeilles viennent buti­ner les fleurs auprès desquelles j’ai posé ce livre, puisqu’il paraît qu’elles aiment le bleu. (C’est son père qui le lui avait dit avant qu’il ne soit arrêté en Argentine)

Citations

le goût et les couleurs !

Dans l’entrée, un portrait de Claude Fran­çois repose sur une chaise, juste devant le mur tapissé de fleurs roses et blanches où l’on va bien­tôt l’accrocher, comme Nadine me l’a expli­qué. C’est sa grand-mère qui l’a brodé, au point de croix, dans les mêmes tons pastel que le papier fleuri -c’est aussi sa grand-mère qui a peint le cadre en essayant de repro­duire les fleurs de la tapis­se­rie, les pétales toujours ouverts vers le visage du chan­teur, comme si, sur le cercle de bois qui l’entoure,toutes les fleurs pous­saient dans sa direction. 

Le fromage qui pue

L’essentiel avec le reblo­chon, c’est de ne pas se lais­ser impres­sion­ner. Il y a clai­re­ment une diffi­culté de départ, cette barrière que l’odeur du fromage dresse contre le monde extérieur.

Son amour de la langue française

J’aime ces lettres muettes qui ne se laissent pas attra­per par la vue, ou alors à peine. C’est un peu comme si elles ne montraient d’elles qu’une mèche de cheveux ou l’extrémité d’un orteil pour se déro­ber aussi­tôt. À peine aper­çues, elles se tapissent dans l’ombre. À moins quelles ne se tiennent en embus­cade ? Même si je ne les entends pas, quand on m’adresse la parole, j’ai souvent l’impression de les voir.

L’art épistolaire

Ce qui est bien, avec les lettres, c’est qu’on peut tour­ner les choses comme on veut sans mentir pour autant. Choi­sir autour de soi, faire en sorte que sur le papier tout soit plus joli.

Traduit de l’anglais(Irlande)par Cécile Arnaud

Lu grâce au club de lecture de la média­thèque de Dinard.

Encore un roman choral, croi­sant plusieurs destins qui commencent en 1958 par celui d’un Irlan­dais qui travaille comme un fou dans une mine pour s’acheter une petite ferme en Irlande, jusqu’en 2027 où sa petite fille Daisy veut visi­ter la mine dont son grand père lui a parlé. Entre ces deux dates, des êtres tous cabos­sés par la vie tournent autour d’une ferme écolo­giste tenue par un certain Joe qui cultive le canna­bis pour pouvoir payer les dettes qu’il a contrac­tées auprès de son père.

Aucune person­na­lité n’est très inté­res­sante. Ce sont toutes des personnes souf­frantes, comme Carlos l’ouvrier agri­cole mexi­cain qui a vu son neveu mourir lors d’une traver­sée clan­des­tine de la fron­tière mexi­caine vers les USA. Joe le dealer de haschisch et fermier est l’enfant d’un couple mal assorti, d’une mère juive profes­seur de piano et enfer­mée dans ses souve­nirs de fuites du nazisme et d’un père italien qui aurait voulu que son fils soit un parfait petit améri­cain cham­pion de Base­ball et de foot. Il va très mal et c’est devenu un être dange­reux pour autrui.

J’ai eu beau­coup de mal à sentir les liens entre les person­nages, ils sont parfois très tenus et cela donne un récit un peu vide. Le seul moment intense c’est quand la mère de Daisy prend conscience que sa petite fille est en danger dans la ferme de Joe et qu’elle comprend qu’elle doit s’enfuir au plus vite. Sinon ce sont les désillu­sions de diffé­rentes person­na­li­tés ratées et plus esquis­sée que vrai­ment appro­fon­dies. Deux person­nages qui savaient exac­te­ment ce qu’ils pouvaient attendre d’un pays où on vient pour gagner de l’argent ont rempli leur contrat, le grand-père irlan­dais et Carlos l’ouvrier mexi­cain mais lui souffre de ne pas avoir vu gran­dir ses trois filles.

Dans un roman choral, ce qui est très agréable c’est le moment où les destins se rejoignent dans un élan vers une histoire commune. Rien de cela ici, j’ai eu l’impression d’être bala­dée de vie ratée en vie encore plus ratée, sauf au moment central mais qui se défait peu après. En plus choi­sir comme person­nage central un person­nage aussi peu sympa­thique que le fermier Joe rend ce roman très triste.

Citation

Cela m’a amusée de trouver dans ce roman le pluriel d’original après la lecture de « Au bonheur des fautes »

Tu te figes et tu écoutes. Tu penses à la vie sauvage qu’abrite la forêt. Les blai­reaux, les lièvres et les lapins comme chez toi, mais tu sais qu’il y a aussi des orignaux, des cerfs et même des ours bruns et des chats sauvages. Tu écoutes . 

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard, il a obtenu un coup de cœur.

Je savais, grâce au billet d « Aifelle , que je lirai ce livre, depuis j’ai lu « Anna ou une histoire fran­çaise  » et je ne peux encore une fois que me féli­ci­ter de ce conseil de lecture. Même si, ce n’est pas une lecture très facile, surtout la partie sur l’angoisse d’Abraham, j’ai été très touchée par ce récit. Comme Aifelle je vous conseille d’écouter son inter­view car elle raconte si bien tout ce qui l’habite. Alors pour­quoi Abra­ham est-il angoissé, je n’ai pas trouvé la réponse, mais en revanche Rosie Pinhas-Delpuech a raison, si on ne connaît pas la cause on connaît bien l’heure à laquelle l’angoisse nous saisit : c’est l’heure où le soleil, même s’il illu­mine une dernière fois de mille feux le ciel, va se coucher et où la lumière va faire place à l’obscurité.

C’est l’heure où les enfants pleurent sans pouvoir être faci­le­ment conso­lés, c’est l’heure où le malade a peur de la nuit qui s’installe, c’est l’heure où le marin voudrait être au port.

Cette auteure nous entraîne dans un voyage, celui de son exil et celui de l’exil de sa langue. Ses passages sur le fran­çais des étran­gers sont d’une justesse incroyable . Elle nous fait connaître aussi Israël autre­ment et c’est si rare aujourd’hui entendre parler posi­ti­ve­ment et simple­ment de ces gens qui habitent sur cette terre telle­ment convoi­tée. Elle nous raconte aussi la France des années 70 et les quelques pages sur Nanterre sont inté­res­santes, elle y mêle la toute nouvelle univer­sité : quelques bâti­ments très laids sortis d’une friche assez triste, contras­tant avec l’exigence intel­lec­tuelle des profes­seurs et les débats sans fin avec son amie, le murs qui cache un bidon­ville où des émigrés moins chan­ceux qu’elle s’entassent. Elle n’oublie jamais que sa condi­tion d’étrangère peut se rappe­ler à elle bruta­le­ment. Et qu’elle peut se retrou­ver sur l’île de la Cité à faire la queue parmi les déses­pé­rés du monde pour renou­ve­ler ses titres de séjour. Fina­le­ment sa vraie patrie sera ses langues et surtout la traduc­tion, c’est à dire encore un voyage celui qui lui permet de passer de l’hébreu au fran­çais et du fran­çais à l’hébreu. Elle n’en n’oublie pas pour autant le turc qui reste sa langue maternelle.

Citations

L’exil

Ils(les Russes blancs) ravi­vaient auprès de ces derniers, et surtout des Juifs, la mémoire des guerres, des horreurs qui les accom­pagnent, du déclas­se­ment qu’entraîne tout dépla­ce­ment forcé, de l’exil d’un peuple qui avait la nostal­gie de sa terre, de sa langue et d’une chose tout à fait indé­fi­nis­sable que Dostoïevski- qui écrit « L’idiot » au cours d’un long exil à l’étranger- « le besoin d’une vie qui les trans­cende, le besoin d’un rivage solide,d’une patrie en laquelle ils ont cessé de croire parce qu’ils ne l’ont jamais connue ».

L’aéroport de Lod

Mon souve­nir de l’aéroport de Lydda-Lod en 1966 recoupe certaines photos des « Récits d’Ellis Island » de Georges Perec et Robert Bober. Les mêmes bagages bour­rés et, fice­lés, inélé­gants, les mêmes visages un peu figés par l’attente , l’angoisse, l’excès d’émotion. En 1966, l’aéroport de Lod est un lieu unique au monde où des retrou­vailles sont encore possibles entre morceaux de puzzles disper­sés sur la surface de la terre ou manquants.

les Juifs, la terre et la nation

Déta­ché de la terre par des siècles d’errance, inter­dit d’en possé­der, de la travailler, le Juif est histo­ri­que­ment une créa­ture urbaine. Parmi les notions élémen­taires qui me faisaient défaut par tradi­tion et culture profonde, la terre, la patrie, le drapeau, n’étaient pas les moindres. Toujours hôtes d’un pays étran­ger, d’abord de l’Espagne puis de l’empire otto­man, la terre était pour nous une notion abstraite, hostile, excluante. Nous étions des loca­taires avec des biens mobi­liers, trans­por­tables : ceux qui se logeaient dans le cerveau et éven­tuel­le­ment dans quelques valises. La terre appar­te­nait aux autoch­tones, ils avaient construit une nation, puis planté un drapeau, et nous étions les hôtes, dési­rables ou indé­si­rables selon les jours.

Le style que j’aime, cette image me parle

C’est exac­te­ment ainsi que m’est apparu Hirshka, (…) comme s’il draguait dans un filet de pêche une histoire qu’il avait traî­née à son insu jusqu’aux rives de la Méditerranée.

La langue des » étrangers »

Quand on est en pays étran­ger, même si on en comprend la langue, on ne se comprend pas . Parfois, on n’entend pas les paroles qui sont dites. L’entendement est obstrué. On est frappé de surdité audi­tive et mentale. La peur qu’éprouve l’étranger et, le rejet qu’il subit, le rendent défi­cient. Il se fait répé­ter les choses, de crainte de ne pas comprendre.

Entre le jargon disser­ta­tion de la philo­so­phie , le caquè­te­ment des commères de la rue, l’argot de l’ouvrier, celui de l’étudiant, il ne restait pas le moindre inter­stice pour le parler respec­tueux de ceux qui, depuis deux siècles, avaient élu domi­cile dans le fran­çais de l’étranger.

Comme Aifelle je vous conseille d’écouter cette femme

traduit de l’anglais améri­cain par Laura Dera­jinski. Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard

J’ai beau­coup hésité entre 3 ou 4 coquillages, car j’ai beau­coup aimé le début de ce roman et beau­coup moins ensuite. J’ai aimé cette petite Cait­lin qui s’abîme dans la contem­pla­tion des pois­sons à l’aquarium de Seat­tle en atten­dant sa mère qu’elle adore. Un vieil homme s’approche d’elle et un lien amical et rassu­rant se crée entre eux. Toute cette partie est écrite avec un style recher­ché et très pudique. On sent bien la soli­tude de cette enfant de 12 ans dont la maman travaille trop dans une Amérique qui ne fait pas beau­coup de place aux faibles. J’ai aimé aussi les dessins en noir et blanc des pois­sons ; Bref, j’étais bien dans ce roman. Puis catas­trophe ! commence la partie que j’apprécie beau­coup moins, ce vieil homme s’avère être le grand père de Cait­lin, il a aban­donné sa mère alors que sa femme était atteinte d’un cancer en phase termi­nale. Commence alors un récit d’une violence incroyable et comme toujours dans ces cas là, j’ai besoin que le récit soit plau­sible. Je sais que les services sociaux améri­cains sont défaillants mais quand même que personne ne vienne en aide à une jeune de 14 ans qui doit pendant une année entière soigner sa mère me semble plus qu’étonnant. Ensuite je n’étais plus d’accord pour accep­ter la fin, après tant de violence, j’ai eu du mal à accep­ter le happy end. On dit que c’est un livre sur le pardon, (je suis déso­lée d’en dire autant sur ce roman, j’espère ne pas trop vous le divul­gâ­cher) , mais c’est juste­ment ce que le roman ne décrit pas : comment pardon­ner. Bref une décep­tion qui ne s’annonçait pas comme telle au début.

Citations

Sourire

Il s’appelle comment ?

Steve. Il joue de l’harmonica.
C’est son boulot ?
Ma mère éclata de rire. Tu imagines toujours le monde meilleur qu’il n’est, ma puce.

Le monde de l’enfance déformé par les parents

Tout est possible avec un parent. Les parents sont des dieux. Ils nous font et nous détruisent. Ils déforment le monde, le recréent à leur manière, et c’est ce monde-là qu’on connaît ensuite, pour toujours. C’est le seul monde. On est inca­pable de voir à quoi d’autre il pour­rait ressembler.

Traduit du Finnois par Anne Colin Du Terrail. Lu grâce au club de lecture de la média­thèque de Dinard.

Il faut dire que cela me plai­sait assez de lire un roman traduit du finnois, ma biblio­thé­caire m’avait préve­nue, c’est un auteur complè­te­ment déjanté , mais ce roman-là lui semblait presque « normal ». Je ne sais pas si je n’avais pas le cœur à rire, mais au bout de la page 112, je commen­çais à être écœu­rée par tant de méchan­ce­tés et j’ai commencé à survo­ler rapi­de­ment. Je dois dire que l’humour finnois est un peu lourd pour moi. Je verrai mieux ce livre en BD, (ça me va bien de dire ça ! Je ne lis que très peu de BD). Disons que c’est un peu l’esprit « Hara-kiri » . Pour ceux qui aiment le genre, je raconte le début : une gentille vieille dame est harce­lée par un horrible neveu et ses deux complices et aura toutes les peines du monde à se débar­ras­ser de ces êtres nuisibles. Même dans l’au-delà, ils conti­nue­ront à lui nuire mais j’en dis peut être trop. Je vous reco­pie un passage pour que vous appré­ciez l’humour, si vous aimez allez-y ce livre est plus pour vous que pour moi !

Citations

la société finlandaise vu par l’horrible neveu qui a toujours vécu sans travailler, (cela fait réfléchir sur le revenu universel !)

La société finlan­daise et ses criantes inéga­li­tés nour­ris­saient leur amer­tume. Comment admettre, par exemple, que la pension de Linnea Ravaska atteigne cinq mille marks ? Le seul et unique mérite de cette vieille toupie avait été de vivre avec son crou­lant de colo­nel. La pension de Kake (le neveu) ne repré­sen­tait qu’une infime frac­tion de celle de sa tante. Et il croyait savoir que certains veinards dans ce pays, pouvaient toucher jusqu’à dix mille marks et plus ? Qu’avait-il donc fait pour être condamné à un sort aussi minable ? Rien. L’écart était encore plus abys­sal si l’on compa­rait sa situa­tion et son mode de vie à ceux de Linnea. De quel droit une frugale petite vieille perce­vait-elle plus du double de la pension d’un mâle vigou­reux qui dépen­sait pour se nour­rir plusieurs fois autant qu’une maigre veuve ? Sans parler de ses autres dépenses : il n’était pas assez caco­chyme pour vivo­ter heureux au coin du feu dans une métai­rie perdue au fin fond de la brousse. Pour un jeune homme écla­tant de santé, vivre en ville reve­nait horri­ble­ment cher, avec les inévi­tables voyages, les nuits à droite et à gauche. Il devait aussi déjeu­ner et dîner au restau­rant, puisqu’il n’avait pas de domi­cile conve­nable, et encore moins de femme pour lui faire la cuisine. Linnea pouvait faire en chemise de nuit, si elle voulait, l’aller retour entre sa ferme et l’épicerie de Harmisto, mais à Helsinski c’était autre chose, s’habiller coûtait une fortune. Quant à s’offrir des ciga­rettes et de l’alcool, il ne fallait pas y songer. La dispro­por­tion des dépenses et des reve­nus de la colo­nelle et de son neveu était vertigineuse.
Et si, poussé par le besoin, on se trou­vait contraint de voler un peu pour mettre du beurre dans les épinards, on vous collait les flics aux fesses. La Finlande était un état poli­cier. L’action sociale y était digne du Moyen Âge .
Selon Perti Lahtela (le copain du neveu), la respon­sa­bi­lité de cette triste situa­tion incom­bait aux hommes poli­tiques, et en parti­cu­lier aux commu­nistes. C’étaient eux qui étaient au pouvoir quand ces misé­rables lois sociales avaient été votées. Or les cocos appar­te­naient à la classe ouvrière, et tout le monde savait quelles maigres paies touchaient les prolos . N’ayant aucune idée de ce qu’était un revenu correct, ils avaient fixé les pensions au niveau de leurs salaires. C’était pour cette raison que lui-même votait toujours à droite.

Lu grâce au club de lecture de la média­thèque de Dinard. Il a obtenu un coup de cœur. 

J’aime à penser que cet homme si bien habillé à côté des nouveaux arri­vants qui semblent haras­sés par leur traver­sée avec une étiquette collée sur leur chapeau est venu vers Gaëlle Josse afin qu’elle écrive ce roman :

S’il est quelque chose que j’ai apprise de cette étrange aven­ture d’écrire, c’est avant tout celle-ci : la liberté de l’auteur, telle que j’ai pu l’éprouver, ne réside pas dans l’invention de figures, de décors et d’intrigues, mais dans l’écoute et l’accueil de person­nages venus un jour à ma rencontre, chacun porteur d’une histoire singu­lière, traver­sée par quelques-uns de mes ques­tion­ne­ments et quelques-unes de mes obsessions.

Lors de ma visite à Ellis Island, haut lieu de la mémoire améri­caine, comme Gaëlle Josse, j’avais été saisie par les milliers de photos et de noms qui s’imprimaient devant mes yeux comme autant de destins remplis de souf­frances et d’espoirs. J’ai gardé cette carte postale car le contraste entre cette cohorte d’hommes aux yeux effrayés et aux habits frois­sés et cet homme « bien comme il faut » m’avait inter­pel­lée. Je comprends qu’on ait eu envie d’écrire un roman sur le dernier gardien, j’en ai voulu au début à Gaëlle Josse de ne parler que de lui, de son amour détruit et d’une jeune émigrée italienne. Tous les autres, les multi­tudes d’autres, sont des fantômes sans nom en arrière plan du récit. Et fina­le­ment, j’ai accepté son parti pris.

L’énorme soli­tude de ce gardien, face à la multi­tude de ceux qui ont frappé à la porte de l’Amérique est peut être le meilleur moyen de faire comprendre ce qu’était Ellis Island. C’est un lieu si chargé dans la mémoire collec­tive des Améri­cains mais au moins à cette époque les émigrés ne mour­raient pas en mer sur des canots de fortune. Fuir son pays, pour des raisons écono­mique poli­tiques ou reli­gieuses, est toujours une tragé­die et être en contact avec ces êtres qui ont tout perdu et déte­nir une partie de la solu­tion à leur survie est une bien lourde peine.

Citations

Ellis Island

L’île d’espoir et de larmes. Le lieu du miracle, broyeur et régé­né­ra­teur à la fois, qui trans­for­mait le paysan irlan­dais, le berger cala­brais, l’ouvrier alle­mand, le rabbin polo­nais ou l’employé hongrois en citoyen améri­cain après l’avoir dépouillé de sa nationalité.

Les émigrés italiens

Ils étaient des conquis­ta­dors, des vain­queurs, et leur parole contri­buait à l’édification d’une légende sacrée. Leurs lettres, qui mettaient parfois jusqu’à deux mois pour leur parve­nir, portaient des timbres colo­rés de L’US Mail, preuve tangible d’un au-delà des mers. Bien plus qu’une corres­pon­dance privée porteuse de nouvelles intimes, ces lettres avaient pour voca­tion, auprès des membres de la famille restés au pays, d’attester devant la commu­nauté de la réus­site des leurs, en faisant l’objet de lectures collec­tives répé­tées de foyer en foyer, de café en café, et dont les infor­ma­tions données se trou­vaient compor­tées à l’envi. Le fils de Gironde avait vu de ses propres yeux, des rues pavées d’or…