Traduit de l’anglais ( États Unis ) par Cécile Arnaud.
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Récit des purges stali­niennes de 1934 à 1937. Le person­nage prin­ci­pal, Ossip Mandel­stam est arrêté pour avoir écrit un pamphlet contre Staline sous forme d’une ode. Le récit suit plusieurs person­nages qui ont, pour leur malheur, croisé ou partagé la vie du poète .C’est un livre éprou­vant comme souvent les livres décri­vant cette époque, la réalité est sans doute pire que le roman. C’est mieux d’avoir un bon moral avant de se plon­ger dans cette lecture. Je préfère toujours les témoi­gnages, ou les études histo­riques à la créa­tion roma­nesque sur des sujets si sensibles et pour lesquels ils existent encore des témoins vivants.

Citation

Étrange prière pronon­cée par la femme du poète avant de se rendre à une convo­ca­tion à la Loubianka.
Notre père qui êtes aux cieux
S’il a encore une muse et une érec­tion
Faites que le soleil oublie tout simple­ment
De se lever demain matin
Amen

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Contrai­re­ment à Marie-Aude Murail, je ne suis pas une grande lectrice de Dickens, j’avais lu un article élogieux sur cette biogra­phie. Je l’ai lue avec grand inté­rêt. Il s’agit d’un livre pour la jeunesse , il se lit donc très vite . Il a le grand avan­tage de donner envie de relire Dickens. Je savais que cet auteur avait puisé son œuvre dans ce qu’il avait vécu. On sent dans ce livre l’angoisse de Charles Dickens à l’idée de connaître à nouveau la misère de son enfance. Toute sa vie, il s’intéressera à la grande pauvreté à Londres et cher­chera à aider les autres, la clé de son oeuvre est peut être dans le sous-titre de cet ouvrage « Ouvrier à douze ans, célèbre à vingt-quatre ».

Citations

On envoie parfois Charles chez « mon oncle » parent peu recom­man­dable comme l’est « ma tante » en France

Il vient d’être arrêté. John Dickens doit la somme consi­dé­rable de quarante livres au boulan­ger. Il a été emmené dans la maison de déten­tion provi­soire qu’on appelle la « presse-éponge » … avant d’être incar­céré à la Maré­chaus­sée, la prison pour dettes.

Urania Cottage n’est pas la seule entre­prise philan­thro­pique à laquelle Charles se consacre.

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Ce roman se lit très vite en quelques heures, cela ne l’empêche pas d’être une bonne approche du problème des SDF et de comprendre le parcours des jeunes qui se retrouvent à la rue. Il est écrit sans complai­sance. On peut l’offrir à des ados parce que le person­nage prin­ci­pal est une adoles­cente, cela leur permet­tra de réflé­chir à ce qu’on peut, ou ne pas, faire pour des SDF On y trouve tous les thèmes qui hantent les adoles­cents, la mort, le lycée, l’alcool, la dépres­sion.

L’histoire : une jeune ado surdouée et malheu­reuse décide de sauver une SDF et elle y réus­sit presque, mais on voit à quel point c’est diffi­cile pour tout le monde, pour la jeune SDF et pour ceux qui essaient de sauver et de sortir « no » (Nolwenn) de la rue.

Citations

Noël est un mensonge qui réunit les familles autour d’un arbre mort recou­vert de lumières, un mensonge tissé de conver­sa­tions insi­pides, enfoui sous des kilos de crème au beurre, un mensonge auquel personne ne croit.

Certains secrets sont comme des fossiles et la pierre est deve­nue trop lourde pour la retour­ner.

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Une chaus­sure sur un toit permet à l’écrivain d’écrire dix nouvelles. Certaines sont vrai­ment bien imagi­nées et les portraits de nos contem­po­rains sont parfois savou­reux , mais l’ensemble est inégal. On se demande comment dans chaque nouvelle, l’auteur va réus­sir à nous parler de « la chaus­sure ». Ça fait un peu exer­cice de style mais c’est amusant, comme l’est l’émission « les papous dans la tête » le dimanche sur France-Culture, émis­sion à laquelle ce livre m’a fait penser (Merci Fanny de me l’avoir prêté).

Citations

J’ai poussé un soupir en pensant à la tête de mon patron, demain : je suis fati­gué mais c’est parce que ma fille a vu un ange cette nuit, vous compre­nez ? Ça n’arrive pas tous les jours .

Le présen­ta­teur de télé­vi­sion :
- Je songeais à publier un recueil de mes opinions sur la litté­ra­ture mondiale. Je connais­sais Gérard Depar­dieu. Je lais­sais planer avec délices toutes les rumeurs possibles concer­nant ma véri­table sexua­lité. J’hésitais à ache­ter un chat. Je possé­dais trois paires de mocas­sins John Lobb et j’avais annoncé la mort offi­cielle de la litté­ra­ture post­mo­derne.

La vieille dame qui télé­phone quatre fois par jour aux pompiers pour faire enle­ver la chaus­sure :
– Et bien moi, figure-toi, ça m’a exas­pé­rée, ce sermon. Si les pompiers refusent d’aider les vieilles dames, qui le fera, hein ? Les marchands de saucisses, les agents immo­bi­liers ?

On en parle

Tous ne sont pas aussi élogieux : link.

Traduit du hongrois par Marcelle Régnier et Georges Régnier.

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Les Braises est consi­déré comme un chef-d’œuvre par de nombreux lecteurs et critiques. J’avais déjà lu Méta­mor­phose d’un mariage du même auteur sans beau­coup appré­cier, tout le monde m’a dit qu’il fallait lire les Braises. C’est fait, je sais de façon défi­ni­tive que cet auteur n’est pas pour moi. J’ai retrouvé la même lour­deur et lenteur. Il s’agit d’un long mono­logue puis dialogue autour d’une trahi­son et du désir de vengeance. Tout y est très fine­ment analysé.

On a l’impression d’un arrêt sur image de 200 pages. Les films d’Ingmar Berg­man à côté c’est Speedy Gonzales !

Citations

« Je veux être poète ! » dit il un jour en contem­plant la mer, le regard rêveur sous les paupières mi-closes, tandis que ses boucles blondes ondoyaient dans le vent chaud. La nour­rice l’entoura de ses bras et pressa sa tête contre son sein.

» Non, tu seras soldat. » dit-elle.

« Comme mon père ? » ques­tionna-t-il et, déçu, il secoua la tête.

Il doit être atroce le moment où la tenta­tion subjugue un cœur humain et où un homme lève son arme pour tuer son ami.

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J’avais lu ce roman, il y a deux ans je crois. Et je l’avais appré­cié. Je l’ai relu en ayant en tête toutes les critiques, plutôt néga­tives, que j’ai enten­dues depuis. Je suis toujours sensible à la rencontre de Renée la concierge et de Paloma la jeune fille de 13 ans suici­daire. Et le roma­nesque l’emporte sur les défauts. Il est vrai que les person­nages sont cari­ca­tu­raux, il est vrai qu’on y trouve tous les clichés sur les « bobos », il est vrai que les quali­tés n’existent que chez les pauvres et un richis­sime japo­nais et que le tout est parsemé de concepts philo­so­phiques qui ne rajoutent pas grand chose au roman.

Malgré tout cela, j’ai passé un bon moment de lecture. Le seul grief, pour moi, c’est d’avoir cédé à la mode actuel du héros surdoué. C’est très agaçant comme s’il ne suffi­sait pas d’avoir une intel­li­gence normale pour être sensible à l’amour, à l’art et comprendre ses semblables.

Citations

Madame Michel, elle a l’élégance du héris­son : à l’extérieur, elle est bardée de piquants, une vraie forte­resse, mais j’ai l’impression qu’à l’intérieur, elle est aussi simple­ment raffi­née que les héris­sons, qui sont des petites bêtes faus­se­ment indo­lentes, farou­che­ment soli­taires et terri­ble­ment élégantes.

Les enfants aident à diffé­rer la doulou­reuse tâche de se faire face à soi même et les petits-enfants y pour­voient ensuite.

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Roman très court, un peu plus long qu’une nouvelle. Très facile à lire, on survole la vie de l’auteur petite fille d’une famille juive touchée par la Shoa. Le livre reste super­fi­ciel, même si un certain nombre des remarques me semble très juste.

Les quelques pages sur Korc­zak, éduca­teur juif polo­nais qui est mort avec les orphe­lins dont il avait la charge sont bouver­santes .

Cita­tions

J’ai inventé un adage selon lequel des amou­reux se quittent, la plupart du temps, pour les mêmes motifs que ceux qui avaient présidé à leur union… Le poison est dans l’élixir.

Les nazis nous traitent de cancre­lats, ils nous voient comme des montres infes­tés de vermine, des sous-hommes, nous comparent aux fruits gâtés qu’il convient de détruire afin qu’ils ne conta­minent pas les récoltes saines, et nous chan­tons, et nous disons des vers, nous réci­tons la Divine Comé­die , des fables et des comp­tines. Cela ne sert à rien, on meurt quand même. L’art ne sert à rien, car on meurt toujours. Mais l’image reste. L’image d’un convoi d’enfants qui chantent en allant vers la mort et disent « en nous exter­mi­nant, c’est vous-mêmes que vous tuez »

Site où on en parle

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Livre inté­res­sant : un Séné­ga­lais, Omar Ba, essaie de convaincre ses compa­triotes qu’ils ont plus d’avenir au Séné­gal qu’en France. Il étudie de façon objec­tive , tous les drames de l’exil. C’est un point de vue rare et précieux et on sent qu’il n’hésite pas à aller à contre-courant des pensées consen­suelles dictées par la bonne, ou mauvaise, conscience. Malheu­reu­se­ment son point de vue est affai­bli parce qu’il vit en France ; il annonce qu’il retour­nera vivre au Séné­gal. Je l’espère sinon son livre perdra beau­coup de force.

Citations

Je dédie ce livre à tous ceux qui ne pensent pas comme moi.

Le qu’en dira-t-on, dont on fait son pain quoti­dien en Afrique, crée un véri­table handi­cap lorsqu’il s’agit de prendre des déci­sions person­nelles.

Il est urgent d’attaquer le problème de l’immigration illé­gale sous l’angle du trafic d’êtres humains. Trop souvent on vacille entre l’extrémisme de la droite et l’angélisme de la gauche pendant que se pour­suit la ruée macabre vers l’Europe.

L’ordre de prendre une pirogue ne vient d’aucun Etat du Nord, quand bien même ils sont en partie respon­sables.

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On se laisse prendre à ce roman historique,c’est un bon roman, sans plus. Je l’ai lu cepen­dant jusqu’au bout, sans trop d’ennui. Cette période de l’inquisition en Espagne du 15e et 16e siècle est vrai­ment une horreur à vous dégoû­ter de la reli­gion catho­lique.

Citation

Elle ferma les paupières, comme si elle voulait tendre un voile entre elle et l’horreur. quand elle rouvrit les yeux, deux condam­nés étaient déjà la proie des flammes. Le premier agoni­sait sans un cri. Le second hurlait, suppliait et se débat­tait, tant et si bien que ses liens, déjà consu­més, se déta­chèrent. Il jeta du haut du quema­dero, torche vivante. Les bour­reaux se préci­pi­tèrent sur lui. On réus­sit à lui entra­ver les pieds, on le replon­gea dans le feu. Il y demeura l’espace d’un credo et se préci­pita à nouveau hors du bûcher. Cette fois, un des soldats l’assomma du canon de son arme avant de le reje­ter défi­ni­ti­ve­ment dans le brasier.
Une odeur âcre avait submergé l’air du couchant. Une odeur de suint, de sueur, fondue dans la pesti­lence des chairs brûlée.

Je suis assez d’accord avec cet avis trouvé sur le net

28 avril 1487 à Tolède. En pleine inqui­si­tion espa­gnole, la Dona Vivero assiste à un auto­dafé. Parmi les condam­nés, le calme appa­rent d’un homme retient toute son atten­tion. Cet homme, c’est Aben Baruel. Posses­seur du Livre de Saphir, écrit de la main de Dieu, il l’a caché avant de mourir. Par l’intermédiaire de cour­riers post-mortem, il charge trois hommes de le retrou­ver : Samuel Ezra, le rabbin ; Cheikh Ibn Sarrag, le musul­man et Raphaël Vargas, descen­dant des templiers et moine fran­cis­cain. Ces trois hommes, de confes­sions appa­rem­ment oppo­sées, vont devoir taire leurs discor­dances pour résoudre les énigmes qui jalonnent leur chemin. Car Aben Baruel a distri­bué à chacun d’eux une partie des indices. Seule leur union leur permet­tra de venir à bout de cette quête. Au cours de leur inves­ti­ga­tion, il vont croi­ser le chemin de la Dona Vivero. Elle assure déte­nir la clé finale de leur parcours.

C’est un roman qui se lit très faci­le­ment. On se laisse rapi­de­ment entraî­ner par l’intrigue et les descrip­tions de l’Espagne du 15ème siècle sont saisis­santes. Pour­tant, je n’ai pas pu m’empêcher de noter quelques invrai­sem­blances et anachro­nismes flagrants. Pour n’en citer qu’un parmi d’autres, Gilbert Sinoué écrit à la page 286 : « C’est tout de même meilleur que vos oeufs frits au lard, vos sempi­ter­nels duelos y quebran­tos, vos sardines et vos pommes de terre ».
Sachant que nous sommes en 1487, que Chris­tophe Colomb (qui inter­vient d’ailleurs dans ce récit) n’a pas encore décou­vert les Amériques, et que les pommes de terre ne seront intro­duites en Espagne qu’au 16ème siècle (1534 pour être précise), j’ai trouvé ce passage pour le moins risible… Et ce n’est pas la seule erreur indé­niable de ce roman dit « histo­rique ». Mettons donc de côté l’aspect « histo­rique », pour conservé la part « mystique ».

J’avoue que j’ai trouvé la conclu­sion assez drôle. Moi, l’athée convain­cue, j’ai toujours été persua­dée que Dieu était une idée dange­reuse. L’interprétation que j’ai faite de la fin de cette épopée n’a fait que me confor­ter dans ce sens. Mais je ne peux pas plus vous expli­quer ici, au risque de déflo­rer le ressort de l’intrigue. Un bon roman pour l’été, si on n’est pas trop diffi­cile sur l’exactitude histo­rique.

Traduit du hongrois par Georges Kassai et Zeno Bianu.

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J’ai relu ce livre après avoir décou­vert une excel­lente critique sur un blog. Je m’y suis accro­chée, cram­pon­née, pendant quinze jours de mes vacances d’été. J’ai réussi à le finir mais je me suis vrai­ment ennuyée. Juste­ment, l’ennui ? : C’est un livre sur l’ennui de vivre ‚donc réussi ?

Trois points de vue se croisent pour expli­quer un échec amou­reux et racon­ter la fin d’une société en Hongrie. Le premier celui de la première femme d’un grand notable hongrois, qui aime son mari, hélas, elle comprend qu’il en aime une autre. Comme elle appar­tient à une couche sociale un peu moins élevée que lui, elle n’est complè­te­ment à l’aise dans son monde. La deuxième voix : le mari qui s’ennuie déses­pé­ré­ment et qui se sentira fina­le­ment trahi par la bonne qu’il a fini par épou­ser malgré l’énorme diffé­rence sociale. La bonne qui n’aime pas grand monde, mais qui est très belle son point de vue nous permet de comprendre vrai­ment le niveau social du person­nage prin­ci­pal. En toile de fond la fin de la haute bour­geoi­sie et l’arrivée des Russes en Hongrie.

Tous ces person­nages se racontent à un person­nage qu’on ne connaît pas et cela donne une lour­deur au roman qui m’a rendu la lecture parfois insup­por­table.

Citations

La mère du personnage principal

Voilà c’est comme ça…il y en a un qui aime plus que l’autre. Pour­tant, c’est celui qui aime qui a la tâche la plus facile. Tu aimes ton mari, alors, même si tu souffres tu as la meilleure part. Moi, il m’a fallu suppor­ter un amour que je ne parta­geais pas. Voilà qui est bien plus diffi­cile.

Le grand bourgeois

Oui seul le petit-bour­geois est céré­mo­nieux. Car il a besoin de l’être pour se prou­ver quelque chose jusqu’à la fin de sa vie.

En fait, la plupart des êtres humains sont inca­pables de donner et de rece­voir, leur lâcheté et leur vanité s’y opposent, ils ont peur de l’échec, peur de se livrer à autrui, de révé­ler leur secret, leur triste faiblesse, leur besoin vital de tendresse.

La fin du roman

Nous sommes sortis ensemble comme de vrais amis, comme deux hommes qui avaient couché avec la même femme sous une même couver­ture. Vois-tu c’est ça, la vraie démo­cra­tie.