Traduit de l’anglais(Irlande)par Cécile Arnaud

Lu grâce au club de lecture de la média­thèque de Dinard.

Encore un roman choral, croi­sant plusieurs destins qui commencent en 1958 par celui d’un Irlan­dais qui travaille comme un fou dans une mine pour s’acheter une petite ferme en Irlande, jusqu’en 2027 où sa petite fille Daisy veut visi­ter la mine dont son grand père lui a parlé. Entre ces deux dates, des êtres tous cabos­sés par la vie tournent autour d’une ferme écolo­giste tenue par un certain Joe qui cultive le canna­bis pour pouvoir payer les dettes qu’il a contrac­tées auprès de son père.

Aucune person­na­lité n’est très inté­res­sante. Ce sont toutes des personnes souf­frantes, comme Carlos l’ouvrier agri­cole mexi­cain qui a vu son neveu mourir lors d’une traver­sée clan­des­tine de la fron­tière mexi­caine vers les USA. Joe le dealer de haschisch et fermier est l’enfant d’un couple mal assorti, d’une mère juive profes­seur de piano et enfer­mée dans ses souve­nirs de fuites du nazisme et d’un père italien qui aurait voulu que son fils soit un parfait petit améri­cain cham­pion de Base­ball et de foot. Il va très mal et c’est devenu un être dange­reux pour autrui.

J’ai eu beau­coup de mal à sentir les liens entre les person­nages, ils sont parfois très tenus et cela donne un récit un peu vide. Le seul moment intense c’est quand la mère de Daisy prend conscience que sa petite fille est en danger dans la ferme de Joe et qu’elle comprend qu’elle doit s’enfuir au plus vite. Sinon ce sont les désillu­sions de diffé­rentes person­na­li­tés ratées et plus esquis­sée que vrai­ment appro­fon­dies. Deux person­nages qui savaient exac­te­ment ce qu’ils pouvaient attendre d’un pays où on vient pour gagner de l’argent ont rempli leur contrat, le grand-​père irlan­dais et Carlos l’ouvrier mexi­cain mais lui souffre de ne pas avoir vu gran­dir ses trois filles.

Dans un roman choral, ce qui est très agréable c’est le moment où les destins se rejoignent dans un élan vers une histoire commune. Rien de cela ici, j’ai eu l’impression d’être bala­dée de vie ratée en vie encore plus ratée, sauf au moment central mais qui se défait peu après. En plus choi­sir comme person­nage central un person­nage aussi peu sympa­thique que le fermier Joe rend ce roman très triste.

Citation

Cela m’a amusée de trouver dans ce roman le pluriel d’original après la lecture de « Au bonheur des fautes »

Tu te figes et tu écoutes. Tu penses à la vie sauvage qu’abrite la forêt. Les blai­reaux, les lièvres et les lapins comme chez toi, mais tu sais qu’il y a aussi des orignaux, des cerfs et même des ours bruns et des chats sauvages. Tu écoutes . 

traduit de l’anglais améri­cain par Laura Dera­jinski. Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard

J’ai beau­coup hésité entre 3 ou 4 coquillages, car j’ai beau­coup aimé le début de ce roman et beau­coup moins ensuite. J’ai aimé cette petite Cait­lin qui s’abîme dans la contem­pla­tion des pois­sons à l’aquarium de Seat­tle en atten­dant sa mère qu’elle adore. Un vieil homme s’approche d’elle et un lien amical et rassu­rant se crée entre eux. Toute cette partie est écrite avec un style recher­ché et très pudique. On sent bien la soli­tude de cette enfant de 12 ans dont la maman travaille trop dans une Amérique qui ne fait pas beau­coup de place aux faibles. J’ai aimé aussi les dessins en noir et blanc des pois­sons ; Bref, j’étais bien dans ce roman. Puis catas­trophe ! commence la partie que j’apprécie beau­coup moins, ce vieil homme s’avère être le grand père de Cait­lin, il a aban­donné sa mère alors que sa femme était atteinte d’un cancer en phase termi­nale. Commence alors un récit d’une violence incroyable et comme toujours dans ces cas là, j’ai besoin que le récit soit plau­sible. Je sais que les services sociaux améri­cains sont défaillants mais quand même que personne ne vienne en aide à une jeune de 14 ans qui doit pendant une année entière soigner sa mère me semble plus qu’étonnant. Ensuite je n’étais plus d’accord pour accep­ter la fin, après tant de violence, j’ai eu du mal à accep­ter le happy end. On dit que c’est un livre sur le pardon, (je suis déso­lée d’en dire autant sur ce roman, j’espère ne pas trop vous le divul­gâ­cher) , mais c’est juste­ment ce que le roman ne décrit pas : comment pardon­ner. Bref une décep­tion qui ne s’annonçait pas comme telle au début.

Citations

Sourire

Il s’appelle comment ?

Steve. Il joue de l’harmonica.
C’est son boulot ?
Ma mère éclata de rire. Tu imagines toujours le monde meilleur qu’il n’est, ma puce.

Le monde de l’enfance déformé par les parents

Tout est possible avec un parent. Les parents sont des dieux. Ils nous font et nous détruisent. Ils déforment le monde, le recréent à leur manière, et c’est ce monde-​là qu’on connaît ensuite, pour toujours. C’est le seul monde. On est inca­pable de voir à quoi d’autre il pour­rait ressem­bler.

Traduit du Finnois par Anne Colin Du Terrail. Lu grâce au club de lecture de la média­thèque de Dinard.

Il faut dire que cela me plai­sait assez de lire un roman traduit du finnois, ma biblio­thé­caire m’avait préve­nue, c’est un auteur complè­te­ment déjanté , mais ce roman-​là lui semblait presque « normal ». Je ne sais pas si je n’avais pas le cœur à rire, mais au bout de la page 112, je commen­çais à être écœu­rée par tant de méchan­ce­tés et j’ai commencé à survo­ler rapi­de­ment. Je dois dire que l’humour finnois est un peu lourd pour moi. Je verrai mieux ce livre en BD, (ça me va bien de dire ça ! Je ne lis que très peu de BD). Disons que c’est un peu l’esprit « Hara-​kiri » . Pour ceux qui aiment le genre, je raconte le début : une gentille vieille dame est harce­lée par un horrible neveu et ses deux complices et aura toutes les peines du monde à se débar­ras­ser de ces êtres nuisibles. Même dans l’au-delà, ils conti­nue­ront à lui nuire mais j’en dis peut être trop. Je vous reco­pie un passage pour que vous appré­ciez l’humour, si vous aimez allez-​y ce livre est plus pour vous que pour moi !

Citations

la société finlandaise vu par l’horrible neveu qui a toujours vécu sans travailler, (cela fait réfléchir sur le revenu universel !)

La société finlan­daise et ses criantes inéga­li­tés nour­ris­saient leur amer­tume. Comment admettre, par exemple, que la pension de Linnea Ravaska atteigne cinq mille marks ? Le seul et unique mérite de cette vieille toupie avait été de vivre avec son crou­lant de colo­nel. La pension de Kake (le neveu) ne repré­sen­tait qu’une infime frac­tion de celle de sa tante. Et il croyait savoir que certains veinards dans ce pays, pouvaient toucher jusqu’à dix mille marks et plus ? Qu’avait-il donc fait pour être condamné à un sort aussi minable ? Rien. L’écart était encore plus abys­sal si l’on compa­rait sa situa­tion et son mode de vie à ceux de Linnea. De quel droit une frugale petite vieille percevait-​elle plus du double de la pension d’un mâle vigou­reux qui dépen­sait pour se nour­rir plusieurs fois autant qu’une maigre veuve ? Sans parler de ses autres dépenses : il n’était pas assez caco­chyme pour vivo­ter heureux au coin du feu dans une métai­rie perdue au fin fond de la brousse. Pour un jeune homme écla­tant de santé, vivre en ville reve­nait horri­ble­ment cher, avec les inévi­tables voyages, les nuits à droite et à gauche. Il devait aussi déjeu­ner et dîner au restau­rant, puisqu’il n’avait pas de domi­cile conve­nable, et encore moins de femme pour lui faire la cuisine. Linnea pouvait faire en chemise de nuit, si elle voulait, l’aller retour entre sa ferme et l’épicerie de Harmisto, mais à Helsinski c’était autre chose, s’habiller coûtait une fortune. Quant à s’offrir des ciga­rettes et de l’alcool, il ne fallait pas y songer. La dispro­por­tion des dépenses et des reve­nus de la colo­nelle et de son neveu était verti­gi­neuse.
Et si, poussé par le besoin, on se trou­vait contraint de voler un peu pour mettre du beurre dans les épinards, on vous collait les flics aux fesses. La Finlande était un état poli­cier. L’action sociale y était digne du Moyen Âge .
Selon Perti Lahtela (le copain du neveu), la respon­sa­bi­lité de cette triste situa­tion incom­bait aux hommes poli­tiques, et en parti­cu­lier aux commu­nistes. C’étaient eux qui étaient au pouvoir quand ces misé­rables lois sociales avaient été votées. Or les cocos appar­te­naient à la classe ouvrière, et tout le monde savait quelles maigres paies touchaient les prolos . N’ayant aucune idée de ce qu’était un revenu correct, ils avaient fixé les pensions au niveau de leurs salaires. C’était pour cette raison que lui-​même votait toujours à droite.

Je ne sais pas depuis quand ce roman était dans ma biblio­thèque ni qui l’y a mis. Je n’ai pas souve­nir d’avoir voulu le lire, mais c’est chose faite. Est-​ce un roman ? un essai ? une auto­fic­tion ? Je ne peux pas répondre à ces ques­tions, tout ce que je peux dire c’est que rare­ment un écri­vain aura fait de lui-​même un portrait plus déplai­sant. En le lisant, je me disais : « quel est le malheur plus grand que de n’être pas aimé ?, de ne pas aimer soi-​même ? » et bien j’ai trouvé la réponse « d’être aimé par un écri­vain à l’esprit torturé ! ». Car ce « roman russe » raconte la vie d’Emmanuel Carrère, sa mère, son grand père russe et colla­bo­ra­teur des nazis, et l’amour d » Emma­nuel pour une pauvre Sophie qui doit être bien triste de l’avoir aimé. Lui qui, lorsqu’il est angoissé a de l’herpès sur le prépuce. Ne soyez pas étonné que je connaisse ce fait si impor­tant, il est dans son roman comme tant d’autres détails dont je me serai volon­tiers passée. Donc, on connaît tout de ses peti­tesses dans sa conduite amou­reuse, le clou de l’ignominie c’est lorsqu’il lui offre exac­te­ment la même bague que Jean-​Claude Romand avait offert à sa femme et qu’il l’emmène le soir même une adap­ta­tion de son livre « L’adversaire » qui raconte juste­ment les meurtres de Romand. Est-​ce que je rejette tout de ce livre ? je me dis qu’il lui a permis peut-​être de se recons­truire en étalant ainsi les côtés les plus déséqui­li­brés de son être et des failles de sa famille. Je trouve aussi que la partie russe résonne assez juste, mais ce dont je suis certaine c’est que si j’avais commencé par la lecture de ce livre je n’aurais plus jamais ouvert un livre de cet auteur.

Citations

Autoportrait peu flatteur

La plupart de mes amis s’adonnent à des acti­vi­tés artis­tiques, et s’ils n’écrivent pas de livres ou ne réalisent pas de films, s’ils travaillent par exemple dans l’édition cela veut dire qu’ils dirigent une maison d’édition. Là où je suis, moi copain avec le patron, elle l’est avec la stan­dar­diste. Elle fait partie, et ses amis comme elle, de la popu­la­tion qui prend chaque matin le métro pour aller au bureau, qui a une carte orange, des tickets restau­rants, qui envoie des CV et qui pose des congés. Je l’aime, mais je n’aime pas ses amis, je ne suis pas à l’aise dans son monde, qui est celui du sala­riat modeste, des gens qui disent « sur Paris » et qui partent à Marra­kech avec le comité d’entreprise. J’ai bien conscience que ces juge­ments me jugent, et qu’ils tracent de moi un portrait déplai­sant.

Jugement du principal protagoniste du film Retour à Kotelnitch

C’est bien : et ce que je trouve surtout bien, c’est que tu parles de ton grand père, de ton histoire à toi. Tu n’es pas seule­ment venu prendre notre malheur à nous, tu as apporté le tien.Ça, ça me plaît.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thè­que de Dinard. Traduit de l’anglais par Claire Desser­rey

Les écri­vains ont, à chaque époque, leur façon de se racon­ter. Au XVIIe siècle, on n’avait peu l’habitude de se répandre en confi­dences sur sa vie privée, surtout pour un philo­sophe. Même Montaigne au XVIe n’a écrit sur lui-​même que pour nous faire comprendre qu’il « portait en lui l’humaine condi­tion » et donc nous ne connais­sons rien, ou presque, de ses amours ancil­laires ou autres ! On sait peu de choses sur une petite Fran­cine, enfant d’une servante en place à Amster­dam chez le libraire qui accueillera Descartes, elle est née en juillet 1635 et morte en 1640. La servante, sa mère, savait écrire et Descartes écri­vit lors de la mort de l’enfant qu’il avait connu « le plus grand regret qu’il eût jamais senti de sa vie ». Voilà les source sûres qui donnent corps à ce roman « histo­rique ».

L’auteure du XXIe Siècle, cherche à donner vie à cette Héléna que Descartes aurait séduite et avec qui il a eu une enfant.C’est parti­cu­liè­re­ment compli­qué pour l’auteure, Genevre Glas­furd, car elle a bien du mal à imagi­ner les senti­ments et les réflexions d’une femme de cette époque. Le fait que cette servante sache lire et écrire suffit-​il pour l’imaginer indé­pen­dante et libé­rée des carcans de son époque ? Ce ne sont là que des hypo­thèses qui ne sont guère convain­cantes, d’ailleurs on sent que l’écrivaine, par soucis de vérité sans doute, ne sait pas trop quel parti prendre : Héléna est à la fois très reli­gieuse et éprise de liberté.

Cette histoire d’amour entre une servante protes­tante et un grand écri­vain fran­çais catho­lique dont on sait histo­ri­que­ment que peu de chose, prend trop de place dans le roman. La descrip­tion des diffi­cul­tés pour écrire libre­ment un livre de philo­so­phie dans des pays domi­nés par un pouvoir reli­gieux obscu­ran­tiste est beau­coup plus inté­res­sante. Et puis, comme dans tout roman histo­rique, le fait d’amener le lecteur à vivre dans une société du temps passé, nous fait décou­vrir une autre époque et d’autres lieux mais j’étais mal à l’aise parce que je sentais bien que l’auteure voulait donner une forte person­na­lité à une jeune femme dont on sait si peu de choses, même si le fait de savoir lire et écrire était peu banal, cela n’en fait pour autant la « femen » du XVIIe.

Lisez l’avis de Dasola qui a aimé cette lecture et qui souligne la qualité d’écriture de cette écri­vaine à laquelle je n’ai pas vrai­ment été sensible. Même si ce roman se lit faci­le­ment.

Citations

L’importance des écrits pour Descartes

Qu’est ce qu’un livre ? Les élucu­bra­tions de mon cerveau. Des mots, écrits à la plume avant d’être impri­més. Des pages, assem­blées et reliées, diffu­sées. Lorsqu’il paraît, un livre est une chose incroyable, il a de la la force, des consé­quences. Il peut remettre en cause d’anciens dogmes, désar­çon­ner les prêtres les plus convain­cus, mettre à bas des systèmes de pensée.

Ambiance de l’époque en Hollande

Nous passons devant le marché aux pois­sons et l’église Pieters­kerk ; un homme a été mis au pilori, pieds nus et sans manteau, avec à côté de lui un écri­teau où l’on peut lire : FORNICATEUR.


Ce livre, cadeau d’amis navi­ga­teurs, a été récom­pensé par plusieurs prix et commenté de façon très élogieuse sur de nombreux blogs. Si j’ai quelques réserves sur ce roman et que je n’en fais pas comme tant d’autres lecteurs et lectrices un coup de cœur, je le consi­dère cepen­dant comme un très grand roman. Cathe­rine Poulain, cette petite femme à la voix si douce est à coup sûr une roman­cière éton­nante. Elle raconte, son expé­rience de 10 ans en Alaska, où elle est allée faire la pêche dans des condi­tions extrêmes. C’est une femme de défis, et elle veut montrer à tous, et d’abord à elle même qu’elle peut tenir sa place sur les bateaux menés par des hommes par tous les temps.

Comme elle n’a aucun préjugé, elle cherche à connaître ces marins qui après avoir passé des semaines en mer dans des condi­tions de fatigue effroyable reviennent à terre pour se saou­ler dans les bars des ports. Elle en fait des portraits au plus près de la réalité et trouve en chacun d’eux, même ceux qui roulent dans le cani­veau après leur beuve­ries, leur part d’humanité. J’ai beau­coup aimé ces récits de pêche et on reste sans voix devant la violence contre l’espèce animale. Les scènes où ces hommes tuent ces superbes pois­sons sont d’une beauté mais d’une tris­tesse infi­nie, les hommes sont-​ils obli­gés de tant de cruauté pour se nour­rir ? Même les limites impo­sées par les contrôles pour la survie des espèces ne sont guère rassu­rantes pour la repro­duc­tion des gros pois­sons des mers froides. Bien sûr, les pêcheurs ne doivent pas rame­ner des pois­sons trop petits, ils les rejettent donc dans les flots, seule­ment qui s’inquiètent qu’ils soient déjà à l’état de cadavres ? Tout cela est parfai­te­ment raconté, alors pour­quoi ai-​je quelques réserves ? C’est un récit très répé­ti­tif surtout quand Lily est à terre. Je n’ai pas une grande passion pour les beuve­ries dans les bars et il y en a beau­coup, beau­coup trop à mon goût dans ce roman.

Citations

Être pêcheur

Embar­quer, c’est comme épou­ser le bateau le temps que tu vas bosser pour lui. T’as plus de vie , t’as plus rien à toi. Tu dois obéis­sance au skip­per. Même si c’est un con (.….) Manquer de tout, de sommeil, de chaleur, d’amour aussi, il ajoute à mi-​voix, jusqu’à n’en plus pouvoir, jusqu’à haïr le métier, et que, malgré tout on en rede­mande, parce que le reste du monde vous semble fade, vous ennuie à deve­nir fou. Qu’on finit par ne plus pouvoir se passer de cette ivresse, de ce danger, de cette folie !

Dangers de la pêche

- Mais a quoi exac­te­ment je dois faire atten­tion ?
– À tout. Aux lignes qui s’en vont dans l’eau avec une force qui t’emporterait si tu te prends le pied, le bras dedans, à celles que l’on ramène qui, si elles se brisent, peuvent te tuer, te défi­gu­rer … Aux hame­çons qui se coincent dans le vireur et sont proje­tés n’importe où, au gros temps, au récif que l’on n’a pas calculé, à celui qui s’endort pendant son quart, à la chute à la mer, la vague qui t’embarque et le froid qui te tue.…

Scènes à vous dégoûter de manger du poisson et une idée du style de l’auteure

Mais non, pas des dollars .… des pois­sons bien vivants… des créa­tures très belles qui happent l’air de leur bouche stupé­faite, qui tour­noient folle­ment sur le clair blanc de l’aluminium, aveu­glés par le néon, se cognent encore et encore à cet univers cru où tout est tran­chant, toute sensa­tion bles­sante.

Une femme à bord

Une femme qui pêche va se fati­guer autant qu’un homme, mais il va lui falloir lui trou­ver une autre manière de faire ce que les hommes font avec la seule force de leurs bisco­teaux, sans forcé­ment réflé­chir, tour­ner ça autre­ment, faire marcher son cerveau. Quand l’homme sera brûlé de fatigue elle sera encore capable de tenir long­temps, et de penser surtout. Bien obligé.

Que cherche-​t-​on dans ces conditions extrêmes

Vous êtes venus cher­cher quelque chose qui est impos­sible à trou­ver. Une sécu­rité ? Enfin non même pas puisque c’est la mort que vous avez l’air de cher­cher, ou en tout cas vouloir rencon­trer. Vous cher­chez… une certi­tude peut-​être… quelque chose qui serait assez fort pour combattre vos peurs, vos douleurs, votre passé -qui sauve­rait tout, vous en premier.

Lu grâce au club de lecture de la média­thèque de Dinard. Traduit de l’anglais (États-​Unis) par Cécile Leclère et coup de coeur de mon club.

Dans ma volonté d’aller vers des lectures qui ne sont pas trop dans mes goûts, je me suis lancée dans ce roman poli­cier car il était au programme de mon club. J’ai vrai­ment du mal avec le suspens et, encore une fois, j’ai commencé par la fin. Pour ce roman cela n’enlève pas grand chose à l’intérêt, sauf que je ne peux pas vous la racon­ter alors que j’en brûle d’envie. J’imagine vos décep­tions et la colère de Krol si je révé­lais la solu­tion de cet horrible suspens : est-​ce que la pauvre Tessa « presque » victime d’un tueur en série quand elle avait 16 ans arri­vera à sauver du couloir de la mort celui qui avait été arrêté à l’époque ? Elle est adulte main­te­nant et doit donc revivre son calvaire car il n’est pas certain que le coupable idéal : un noir qui passait par là, soit vrai­ment le tueur. Je vous promets que ce que je dévoile ne va pas au delà des premières pages.

Ce qui rend ce roman origi­nal, c’est que la tension ne vient pas de la peur de l’ado séques­trée dans une tombe, on sait dès le début qu’elle a été sauvée contrai­re­ment aux autres « margue­rites » qui, elles, ont été assas­si­nées. Mais du fait que l’enquête doit reprendre et que les fils si embrouillés doivent être de nouveau démê­lés, l’angoisse s’installe quand même car Tessa semble si fragile et ce qu’elle a vécu si terrible. Je pense que les amateurs du genre doivent adorer, moi je le trouve éton­nant, bien construit et posant au passage le problème des préju­gés racistes qui empêchent que la justice améri­caine soit « juste » pour tous ses citoyens. Mais je ne comprends pas le plai­sir qu’on peut avoir à lire des horreurs abso­lues qui montent en tension grâce au suspens.

Lu grâce au club de lecture de la média­thèque de Dinard.

Une lecture fluide et rapide (142 pages), ce n’est pas un roman désa­gréable loin de là. L’histoire suit le trajet d’ne jeune femme brillante qui photo­gra­phie des enfants pour les mettre sur des cata­logues. Elle rejoint sa sœur qui est enceinte. Ces deux jeunes femmes ont été réunies à travers l’amour d’une femme Irène, mère biolo­gique pour Eva, adop­tive pour Liv. Malheu­reu­se­ment, Irène vieillit dans une maison médi­cale car elle a la mala­die d’Alzheimer. Pendant le trajet entre Paris et la fron­tière est de la France, l’auteure recons­ti­tue la vie des ces trois personnes.

La réflexion sur les enfants top-​modèles est inté­res­sante mais pas très origi­nales, détruire l’enfance parce que l’objectif d’un appa­reil va en faire des jouets pour le regard des adultes, c’est telle­ment évident ! la vie de Liv, son enfance et son adap­ta­tion dans la vie sociale après son adop­tion m’a inté­res­sée, mais la descrip­tion de sa façon de « guérir » le mal-​être des gens est très peu crédible, en une phrase elle fait mieux qu’une théra­peute en plusieurs années. Irène, leur mère, attend la fin de sa vie dans la « Maison Séré­nité » ; Pour ce thème, on retrouve bien ce que l’on connaît de ces malades et de ces maisons. Je sais que j’oublierai très vite ce roman, sa longueur n’est pas le seul critère qui fait que je le classe sans trop le vouloir, dans les lectures légères et qui ne me marquent pas.

Citations

Les pensées en voiture

Elle voudrait chas­ser les souve­nirs de cette séance photo de l’intérieur de la voiture, mais les pensées font ce qu’elles veulent de nous. Si elles veulent entrer dans les voitures, elles entrent, elles n’attendent pas qu’on les prie.

Le travail d’Éva

le numéro Adorable boudeuse, l’un des thèmes qui avaient le mieux marché, à croire que les gens n’aimaient rien tant que les emmer­deuses, après tout rien de nouveau sous le soleil, ça faisait belle lurette que les emmer­deuses étaient consi­dé­rées comme les êtres les plus attrac­tifs de la Créa­tion, qui aurait envie de faire la cour à une béni-​oui-​oui ?

Les enfants top-​modèles

L’histoire des enfants qui posent pour Lamb est déjà conte­nue dans leurs prénom. Leurs parents leur donnent à la nais­sance des noms de femmes vénales.
Une autre ques­tion qu’elle se pose aussi à propos des modèles est celle de leur moti­va­tion. Pour­quoi acceptent-​ils de poser ainsi ? Sa conclu­sion ne varie pas : les enfants font ça pour être aimé de leurs parents. Pour l’être ils sont prêt à tout.

20161115_181631Traduit de l’anglais par Olivier DEPARIS.

3Roman très « British » prêté par ma voisine qui adore nos « grands voisins », en me le lais­sant elle m’a dit : « Il faut lire ce roman pour comprendre le Brexit ». Pendant toute la lecture je me suis demandé pour­quoi elle m’avait dit cela, en vérité je ne le sais toujours pas, mais je peux assu­rer que c’est une plon­gée au cœur de la société britan­nique et le moins qu’on puisse dire, c’est que malgré l’aspect saty­rique et l’humour de l’auteur ce n’est guère réjouis­sant. La trame narra­tive suit de destin d’un certain Brian Marley, profes­seur d’anglais langue étran­gère dans une école pour étran­gers comme il y en a tant à Londres.

Divorcé et père d’un jeune enfant, sa vie est morose malgré sa rencontre avec la jeune étudiante Consuela dont il est amou­reux, alors pour s’enrichir de 2 millions de livres, il accepte de partir en Papoua­sie, Nouvelle Guinée au milieu de la jungle et être le survi­vant d’une aven­ture filmée par une équipe de la BBC animant une émis­sion dite de » télé-​réalité » . Alors que l’avant dernier candi­dat, au bord de la folie, doit être évacué et que Brian est donc en passe de deve­nir million­naire, un acci­dent d’hélicoptère le laisse seul dans une île déserte couverte d’une jungle très hostile à la présence humaine. La descrip­tion de l’équipe des jeux télé­vi­sés est hélas trop proche de la réalité, leur envie de faire de l’audience n’est frei­née par aucune consi­dé­ra­tion humaine. Sommes-​nous loin de la réalité ? même la mort d’un candi­dat n’a pas empê­ché un jeu télé­visé de reprendre, et des héli­co­ptères qui s’écrasent lors d’une émis­sion de télé-​réalité cela me rappelle quelque chose.… Mais contre toute attente Brian va survivre, parce que cette île n’est pas vierge , il doit sa survie à un groupe d’Anglais victime d’un acci­dent d’avion dans les années 50.

Ensemble ils vont réus­sir à rejoindre leur chère Patrie : le Royaume Uni . James Hawes peut ainsi mener une charge au vitriol contre les anima­teurs de Télé-​réalité , rien de bien neuf mais c’est bien raconté. Mais comme nous nous retrou­vons avec des Anglais typiques nous avons aussi le droit à une charge, non moins sévère, contre la soi disant gran­deur de l’empire britan­nique colo­nia­liste. Entre la vulga­rité de ceux qui gagnent de l’argent trop faci­le­ment et qui passent leur temps à mépri­ser la pauvreté et le retour aux valeurs tradi­tion­nelles de la grande Bretagne portées par un parti conser­va­teur le pauvre Brian Marley a peu de chance de trou­ver un quel­conque bonheur surtout qu’il n’arrive pas à choi­sir entre sa mère, Consuela et George la jeune femme qu’il a rame­née de son île.

Roman qui brasse donc des aspects fort désa­gréables de notre société mais qui est un peu touffu et je dois avouer que j’en ai accé­léré la lecture quand ils sont reve­nus en Angle­terre. Je savais qu’on ne pouvait pas s’attendre à ce que ce pauvre Bob Marley réus­sisse enfin à prendre sa vie en mains. Pour mener à bien sa satyre, l’auteur a besoin d’un person­nage un peu creux que les événe­ments vont ballot­ter à leur guise et qui a souvent le don de m’ennuyer.

Citations

La télé-​réalité

Ils (les concur­rents) avaient tous finis par être évacués dans un état d’effondrement mental et physique total (de grands moments de télé­vi­sion !)

Vision de l’Europe vu de la Grande Bretagne

Les Alle­mands aiment les Irlan­dais parce que c’est le seul pays qui ne ressort pas les vieux dossiers qui fâchent à chaque fois que les Alle­mands en ont marre de tout payer ; quant aux Fran­çais, ils aiment les Irlan­dais parce qu’ils pensent qu’aimer les Irlan­dais nous dérange, nous.

Humour à propos de Noël vu du mois de janvier

Noël, à présent, n’est plus qu’une méchante ombre sur la balance de la salle de bains et sur l’encours de la carte de crédit.

Réaction émotive anglaise

- Ah !
– Ah ! comme tu dis. La seule vraie réac­tion anglaise face à n’importe quelle émotion.

Les Anglais vus par un général vénézuélien

Il savait que les Anglais se compor­taient comme des Anglais parce qu’ils se l’imposaient et qu’au fond d’eux c’étaient des fous furieux qui n’aspiraient qu’à terro­ri­ser la planète. Avant de deve­nir des Anglais, ils avaient été des pirates et des barbares. A présent, c’étaient des pirates et des barbares bien élevés et en costume de laine.

La célébrité et la télévision

Tous les gens impor­tants passent à la télé, et les gens finissent par croire que ça marche aussi dans l’autre sens, que si on passe à la télé, c’est qu’on est quelqu’un d’important.

20161127_093233Traduit de l’anglais (États-​Unis) par Anouk NEUHOFF. Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thè­que de Dinard

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Décep­tion ! Que je veux aussi parta­ger avec vous car j’avais noté ce roman dans un blog, mais lequel ? Le début m’a accro­chée, car je ne peux imagi­ner cette conduite : une femme, de 70 ans envi­ron, propose à un homme du même âge qu’elle connaît sans s’être jamais rappro­chée de lui, de parta­ger ses nuits. Je trouve que c’est d’une audace inima­gi­nable, autant je peux croire qu’on invite une personne à parta­ger des moments dans la jour­née mais les nuits ? Alors, sans aucune hési­ta­tion, je suis partie dans la vie de ces deux auda­cieux person­nages. Et j’ai aimé que leurs deux exis­tences n’aient rien d’audacieux, bien au contraire, cadres moyens d’une petite ville de province, ils se découvrent l’un l’autre dans une vie faite surtout de frus­tra­tions et de coups du destin. Et puis la fin gâche vrai­ment tout, cette femme qui s’en fiche du « quand dira-​t-​on » est inca­pable de résis­ter à son taré de fils qui a déjà fait le malheur de sa femme et de son fils.

Alors évidem­ment le roman m’a agacée, je ne cher­chais pas un happy-​end mais à ce que les person­na­li­tés se tiennent un peu plus que ça. J’ai revi­sité alors ma lecture et je me suis rendu compte que beau­coup de détails ne fonc­tion­naient pas pour moi. Pour­quoi ne vient-​elle jamais chez lui ? Pour­quoi n’en parlent-​ils pas à leurs enfants et qu’ils laissent la rumeur arri­ver jusqu’à eux ? Mais il faut sans doute passer au-​dessus de tout cela, pour décou­vrir que l’Amérique sous des allures de pays de la liberté est, du côté des mœurs, un pays étroit et mesquin. Et je rajoute que j’ai été toute seule à avoir des réti­cences par rapport à cette histoire qui a beau­coup plu aux membres du club qui lui ont donné un coup de cœur à l’unanimité moins une voix : la mienne.

Citations

Lorsque j’ai cru beaucoup aimer ce roman

Ça fait trop long­temps que nous sommes sans personne. Des années. La compa­gnie me manque. À vous aussi, sans doute. Je me deman­dais si vous accep­te­riez de venir dormir avec moi certaines nuits. Non, il ne s’agit pas de sexe… Je parle de passer le cap des nuits. Et être allon­gés au chaud sous les draps de manière complice.