Traduit de l’anglais (États-Unis) par Emma­nuelle Ertel.
Livre criti­qué dans le cadre du programme Masse Critique de Babe​lio​.com


Je m’étais bien promis de ne plus répondre aux tentantes solli­ci­ta­tions de Babe­lio, non pas que ce site propose de mauvais titres mais je suis obli­gée de lire en trois semaines, et au moment de Noël mon emploi du temps est si chargé que j’ai failli ne pas tenir les délais. Il faut dire qu’un livre de 813 pages à l’écriture assez serrée ne se dévore pas en une soirée, d’autant qu’il ne s’agit pas d’un roman qui se lit faci­le­ment.

Nous entrons, en effet, très en profon­deur dans les méandres de la psycho­lo­gie de quatre amis new-yorkais, Jude, le plus mysté­rieux et celui autour duquel tourne le roman, J.B , l’artiste très doué, Malcom un archi­tecte et Willem un acteur qui rencontre le succès. Bien malgré lui, Jude fait le malheur de tous ceux qu’ils croisent et il est inca­pable d’expliquer pour­quoi il souffre et fait autant souf­frir les autres malgré sa volonté de ne leur vouloir que du bien. Il faudra 700 pages à l’auteur pour dire toute la souf­france de cet homme dont le lecteur entre­voit la teneur peu à peu. C’est peu dire que le style de cette auteure joue avec la lenteur, elle s’y complaît et cela donne encore un énorme pavé à l’américaine. J’avais en tête la réflexion de Jean d’Ormesson disant qu’aucun auteur fran­çais contem­po­rain (ou presque) n’était traduit en anglais et n’était connu aux États-Unis alors que presque tous les auteurs améri­cains sont traduits en fran­çais. Je me demande même si le lecto­rat fran­çais n’est pas visé par les éditeurs outre-atlan­tique. Je me demande aussi quel lecteur ou lectrice fran­çaise accep­te­rait de lire 900 pages sur la réus­site de quatre Pari­siens, dont l’un se scari­fie­rait pour oublier son enfance.

Bref trop lourd pour moi ce roman m’a surtout encom­brée et pour­tant il est certain que cette auteure a tout fait pour faire revivre le tragique d’une desti­née d’un homme bafoué et marty­risé dans son enfance et qui ne peut pas avoir « une vie comme les autres » malgré tous ses efforts et tout l’amour qu’il suscite quand il réus­sit à deve­nir adulte.

Citations

L’argent et les artistes sans problème d’argent

Et non seule­ment Ezra n’aurait jamais besoin de travailler, mais ses enfants et ses petits-enfants non plus : ils pour­raient créer des œuvres médiocres, inven­dables, parfai­te­ment dénuées de talent, géné­ra­tion après géné­ra­tion, et ils auraient toujours les moyens, quand cela leur chan­te­rait, d’acheter des tubes de pein­ture à l’huile de la meilleure qualité ou des lofts dange­reu­se­ment spacieux dans le sud de Manhat­tan qu’ils pour­raient sacca­ger de leurs désas­treuses déci­sions archi­tec­tu­rales ; et, quand ils se fati­gue­raient de leur vie d’artiste -et JB était convaincu qu’Ezra en aurait assez à un moment-, il leur suffi­rait de passer un coup de fil à leur admi­nis­tra­teur fidu­ciaire pour rece­voir un énorme verse­ment, d’un montant tel qu’aucun des quatre( à part, peut-être, Malcom) ne pouvait même imagi­ner entre­voir en toute une vie.

Les petites jeux des universitaires

Le prof de lettres clas­siques pour lequel il travaillait avait décidé de ne commu­ni­quer avec lui en latin ou grec ancien, y compris pour lui trans­mettre des instruc­tions du type : « j’ai besoin de trom­bones supplé­men­taires », ou « N’oubliez pas de leur deman­der de mettre un peu plus de lait de soja dans mon cappuc­cino demain matin ».

Pour les juristes

Le domaine le plus authen­tique, le plus intel­lec­tuel­le­ment stimu­lant, le plus riche domaine du droit, est de loin, et le droit des contrats. Les contrats ne se réduisent pas à des feuilles de papier vous promet­tant un travail, une maison, ou bien un héri­tage, au sens le plus pur, le plus véri­table, le plus large, les contrats régissent tous les domaines du droit. Quand nous choi­sis­sons de vivre en société, nous choi­sis­sons de vivre selon les règles d’un contrat, et de se soumettre aux règles qu’il nous dicte – la Consti­tu­tion elle-même est un contrat, certes malléable, et la ques­tion de savoir à quel point il est malléable consti­tue préci­sé­ment le lieu où droit et poli­tique se croisent-, et ce sont les règles de ce contrat (qu’elles soient expli­cites ou non), que nous suivons quand nous nous enga­geons à ne pas tuer, à payer nos impôts et à ne pas voler. Mais dans ce cas précis, nous sommes à la fois les concep­teurs de ce contrat et lié par lui :.en tant que citoyen améri­cain, nous partons du prin­cipe que, dès la nais­sance, nous avons une obli­ga­tion de respec­ter et suivre les termes, et nous le faisons quoti­dien­ne­ment.

Le droit

Mais la justice n’est pas le seul, ni même le plus impor­tant, aspect du droit : le droit n’est pas toujours juste. Les contrats ne sont pas justes, pas toujours. Mais parfois elles sont néces­saires, ces injus­tice, parce qu’elles sont néces­saires au bon fonc­tion­ne­ment de la société. Dans ce cours, vous appren­drez la diffé­rence entre ce qui est juste et ce qui est équi­table et, ce qui est tout aussi impor­tant, la diffé­rence entre ce qui est juste et ce qui est néces­saire.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard. Et vous remar­que­rez son coup de cœur !

Pour­quoi Dinard ? Car c’est la ville d’où vient cet auteur. Pour­quoi ce coup de cœur ? Parce que cet auteur vient de notre ville. Cela ne veut pas dire que ce soit un mauvais roman, mais quand même, mes amies n’étaient peut-être pas entiè­re­ment objec­tives. Ce roman raconte l’adolescence d’un jeune garçon, ses émois sexuels, sa passion pour la musique et son quoti­dien marqué par un père direc­teur d’un grand hôpi­tal psychia­trique. Il passera son enfance parmi des gens de cet hôpi­tal. Son meilleur ami, Fran­cis, celui qui l’appelle « Mon gamin » a été aban­donné par ses parents dans la cour de cet hôpi­tal. Thierry, le person­nage prin­ci­pal a le malheur de perdre sa mère trop tôt et Fran­cis qui vouait un culte à ce méde­cin psychiatre qui avait été simple­ment humaine avec lui, proté­gera toute sa vie cet enfant. Le père de Thierry se rema­rie avec Emelyne une trop jeune et jolie belle mère. Un meurtre est commis et sans être un roman poli­cier on est pris par les suites logiques de cet acte. Mais comme souvent ces faits sont vus à travers les yeux et les raison­ne­ments de malades mentaux, ce n’est pas si simple de démê­ler le vrai du faux.

Ce roman vaut surtout pour l’ambiance de ce petit village qui vit au rythme de l’institution psychia­trique. Comme mes co-lectrices, j’ai moins aimé le dénoue­ment que le reste du roman. Les émois sexuels du jeune adoles­cent sont bien racon­tés, et l’histoire de Fran­cis m’a beau­coup émue. Les rapports humains entre les malades et les « bien-portants » sont fine­ment décrits. Bref il y a de très bons moments dans ce roman qui pour­tant ne m’a pas entiè­re­ment enthou­sias­mée.

Citation

Une seule mais que j’aime beaucoup pour son humour et sa profondeur

Là où les non-initiés poin­taient du doigt un camp de concen­tra­tion pour fous, Marc voyait une sorte de prin­ci­pauté où les malades mentaux étaient exoné­rés d’impôts sur la diffé­rence.



Roman que j’ai trouvé dans la blogo­sphère, je mettrai les liens si je retrouve qui m’a fait décou­vrir cette auteure. (Merci Kathel,  et Brize lui a attri­bué 4 parts de tarte ce qui est très rare). J’ai d’abord dévoré avec passion le début de ce roman puis je me suis lassée du procédé (romans par lettres) mais cela reste quand même un très bon moment de lecture. Anne Percin imagine la corres­pon­dance d’un person­nage fictif : Hugo Boch qui suit Gauguin à Pont-Aven puis au Pouldu. Celui-ci héri­tier de la famille Ville­roy et Boch, pense d’abord avoir des dons pour la pein­ture puis s’oriente vers la photo­gra­phie cela m’a permis, d’ailleurs, de décou­vrir une bien étrange coutume les photos « post-mortem » . Au lieu de faire des portraits sur le lit de mort on remet­tait le défunt debout ou assis pour garder de lui une image plus vraie( ?).

Hugo corres­pond avec sa cousine Hazel person­nage fictif lui aussi. Ces deux person­nages nous permettent de décou­vrir à la fois le monde des arts à Paris et à Bruxelle et surtout cerner peu à peu la person­na­lité de Gauguin et de tous les peintres qui l’ont appro­ché.

A Bruxelles nous suivons l’engagement artis­tique d’Anna Boch, artiste recon­nue à l’époque et qui peut s’enorgueillir d’avoir acheté un tableau de Vincent Van Gogh, le seul qu’il ait vendu de son vivant.

À Paris nous vivons toutes les diffi­cul­tés des artistes pour être expo­sés aux diffé­rents salons qui lancent les peintres dans la renommé ou les réduisent à la misère. Bien sûr pour les femmes c’est dix fois plus diffi­cile de se faire recon­naître et bien sûr aussi les artistes qui avaient à l’époque les faveurs des critiques et du public sont prati­que­ment incon­nus aujourd’hui.
Enfin à Pont-Aven et au Pouldu nous décou­vrons le carac­tère entier et fantasque de Gauguin. Ce n’est pas un person­nage très sympa­thique, mais on le voit entraî­ner derrière lui un nombre impor­tant de peintres qui recon­naissent tous son génie : Emile Bernard, Paul Emile Colin, Paul Séru­sier, Charles Fili­ger .… L’auteure à travers son person­nage raconte de façon vivante et très précise la vie de ces artistes dans un petit village breton qui avait bien du mal à comprendre ces drôles de saltim­banques. Mes seules réserves à propos de ce roman viennent de la forme, les diffé­rentes lettres des uns et des autres ont rendu ma lecture un peu lente et parfois, un peu ennuyeuse. Mais pour tous ceux qui connaissent ou qui voudrait connaître cette période d’intense créa­tion artis­tique, je ne peux que chau­de­ment recom­man­der le roman d’Anne Percin.

Citations

Le « il » ici est un artiste très connu de l’époque Pascal Dagnan-Bouveret (bien oublié aujourd’hui)

Ils ne sont pas drôles, tes Natu­ra­listes… Espé­rons au moins qu’il saura tirer parti de ce qu’il a vu ici ! Mais je crains qu’il n’y soit pas resté assez long­temps pour comprendre ce qui fait la saveur de ce pays. Il est de ces peintres qui, au lieu d’ouvrir des yeux neufs, trim­balent un regard préparé à l’avance comme on prépare une toile, un regard fait à l’atelier.

Trait de caractère de Gauguin

C’est ainsi que j’ai appris que Gauguin n’accepte jamais de cadeau : il préfère faire des dettes, ça lui paraît plus noble. À chacun sa morale.

Pont-Aven et Gauguin

Fili­ger m’a juré qu’à Pont-Aven, sur le seuil d’une maison de pêcheur, il a vu une toile de Gauguin en guise de paillas­son ! Il faut dire que, contrai­re­ment à Vincent, le bonhomme a abusé du système que tu décris, qui consiste à payer ses dettes avec des ébauches. Dans son dos, les gens s’en débar­rassent plus ou moins discrè­te­ment… C’est même devenu une source de plai­san­te­rie. Les Gauguin battent la campagne, colmatent les fissures dans les chambres de bonnes, cachent les passe-plats dans les auberges ou servent d’enseignes à deux sous. De Pont-Aven au Pouldu, il a semé à tous les vents ! Même la petite Mimi est à la tête d’une collec­tion de figu­rine en bois signée PGo…

La création mais aussi une leçon de vie (Propos de Hugo personnage fictif du roman)

Je trouve curieux que la photo­gra­phie m’ait mené là.
J’avais cru pour­tant qu’elle me condui­rait à sans cesse aller vers les autres, mais il n’en est rien. Ce que je sens en moi, c’est un recul, presqu’un refus. Je ne suis pas hostile – je crois que je ne le serai jamais, mais seule­ment indif­fé­rent à tout ce qui arrive aux autres et qui ne m’arrive pas, à moi. Gauguin était de venu comme ça avant qu’il parte. Il disait qu’il fallait se faire à l’idée de n’être pas aimé : c’est une habi­tude à prendre, pour ça, il faut cesser d’aimer aussi. Blin­der son cœur. Se fermer. Il n’y a pas d’autre solu­tion, sinon on devient fou.


J’ai rencon­tré ce roman à Combourg, je cher­chais une carte postale avec le portrait de Chateau­briand, cela me semblait le lieu adapté, mais que nenni, le libraire m’a répondu : « on laisse ce genre d’achat au château » (fermé à cette époque de l’année) donc pas de carte de Fran­çois-René mais un homme qui avait envie de me parler des livres qu’il vendait. En parti­cu­lier donc de cette maison d’édition, « l’éveilleur » qui publie des textes oubliés. Il a su « éveiller » ma curio­sité en me disant que ce livre avait à l’époque, été une sorte de best-seller, il a reçu le prix de l’Académie fran­çaise. André Lafon était un ami de Mauriac et était promis à un bel avenir litté­raire. Et puis, 1914, la guerre, il en mourra indi­rec­te­ment : de consti­tu­tion faible il attra­pera la scar­la­tine en 1915, cela lui fut fatal. Je pense que si, notre libraire fait aimer aux gens de Combourg ce livre c’est qu’ils ont adopté la campagne, les bois, le rythme lent des acti­vi­tés rurales et le style de Fran­çois-René de Chateau­briand (et que donc ‚il aurait dû vendre une carte de cet auteur ! non mais !).

Le livre est présenté comme « un frère du grand Meaulnes » et un chef d’oeuvre qui mérite sa place dans notre GRANDE litté­ra­ture. Je dis tout cela parce que mes trois coquillages montrent bien que cela n’a pas vrai­ment marché pour moi. J’ai eu l’impression de revivre mes dictées de primaires et les textes choi­sis de CM2 . Le style est aussi parfait que vieillot, plus personne n’écrit comme cela mais c’est aussi très agréable à lire car c’est un livre très court. Je sauve quand même ce roman à cause de la pudeur avec laquelle il raconte ses souf­frances de jeune garçon. Son père traité de fou par ses cama­rades d’école est un grand dépres­sif qui se suici­dera. L’enfant vit dans les non-dits de sa mère et de sa tante qui essaient de lui faire une vie la plus normale possible. Lui, se réfu­gie dans la contem­pla­tion de la nature qu’il décrit avec une grande minu­tie. J’aimerais bien ne pas être la seule à connaître ce texte et je suis presque certaine que certaines blogueuses vont adorer ce roman.

Je me suis demandé pour­quoi la quatrième de couver­ture évoquait le grand Meaulnes, certes les deux auteurs sont morts à la guerre et n’ont écrit qu’un roman. Certes encore, on voit tout le charme d’une campagne belle et peu atteinte par le monde des villes, certes enfin, les rela­tions entre enfants datent de cette époque. Mais rien d’une superbe histoire d’amour dans « l’élève Gilles », un enfant triste qui se console en s’émerveillant devant les beau­tés de la nature. Et un style récom­pensé par l’Académie fran­çaise en 1913.

Citations

Pudeur d’un rapport douloureux père fils

Mon père ne parut pas au déjeu­ner ; j’appris qu’il se trou­vait las et prenait du repos. J’osai m’en féli­ci­ter, car sa présence m’était une contrainte. Il demeu­rait, à l’ordinaire, absorbé dans ses pensées, et je respec­tais le plus possible son recueille­ment, mais le mot, le geste donc il m’arrivait de trou­bler le silence, provo­quait sa colère ; j’en venais à jouer sans bruit , et à redou­ter et comme la foudre le heurt de quoique ce fût. Cette perpé­tuelle surveillance où j’étais de moi-même me gênait, à table surtout. Il suffi­sait de l’attention que j’apportais à me bien tenir pour m’amener aux pires maladresses, la veille même, à dîner, mon verre renversé s’était brisée en tachant large­ment la nappe. Le sursaut de mon père m’avait fait pâlir, et mon trouble fut plus grand encore à le voir nous lais­ser et reprendre, au salon, La sonate qu’il étudiait depuis le matin.

Un style vraiment désuet, j’ai impression de retrouver les dictées de mon enfance et les rédactions de primaires

Un doux matin se leva chaque jour sur ma vie qu’il beignait de clarté bleu et de saine fraî­cheur.
Je ne savais de la saison triste que le visage ennuyé qu’elle montre à la ville, ses ciels lourds sur les toits et la boue des rues obscures. Je décou­vris la splen­deur de l’hiver. Ma chambre située à l’extrémité de l’aile gauche, ouvrait sur les champs que les vignes dépouillées peuplaient de serpents noirs et de piquets, mais la pureté du ciel pâle s’étendait sur elle, jusqu’au loin loin­tain à peine brumeux ; un coteau se haus­sant portait un village où le clocher poin­tait ; des pas claquaient sur la route aper­çue et des voix, parfois, en venaient.
Le jardin nu m’étonna : le paulow­nia y révé­lait une ossa­ture tour­men­tée, les marron­niers levaient des bras tran­sis, les arbustes semblaient des balais de brande, la haie un treillis épineux. Les groseilliers se mouraient, près de la fontaine qui dége­lait, goutte à goutte, au soleil rose.….

Plon­gée dans des œuvres très longues et trop sérieuses, j’ai eu besoin de lire un livre qui me fasse sourire. Ce pauvre petit Icare, qui préfère (et de loin) qu’on l’appelle Cour­gette, a réussi à me faire passer une excel­lente soirée. J’ai reco­pié le début du livre pour donner l’idée du ton et de la façon de racon­ter. Derrière ce qui n’est qu’une fable autour de l’enfance malheu­reuse, appa­raissent aussi tous les récits des enfants qui sont broyés par des parents injustes et violents. J’ai quand même été un peu agacée par le côté « tout finira bien » pour notre petite « Cour­gette » qui voulait voir la vie en couleurs. La vie de cet enfant avait tout pour finir en tragé­die, une mère alcoo­lique et violente, un père tota­le­ment absent. Le roman commence alors que, par malheur, il tue sa mère croyant « tuer » le ciel que sa mère invoque sans cesse pour expli­quer tous ses malheurs. Un gendarme au grand cœur, va être touché par ce petit bonhomme et va faire de son mieux pour l’aider à sortir de ce marasme.

Le charme du roman vient du style, l’enfant ne comprend aucune image ni cliché, si son père est parti avec une poule, c’est pour lui une poule comme celle qui sont dans la cour de ses voisins paysans. Le procédé est assez répé­ti­tif et j’ai du mal à croire qu’un enfant de 9 ans soit aussi peu capable de compré­hen­sion au deuxième degré de sa propre langue. Ensuite, sa naïveté est trop totale et trop pure. J’ai donc des réserves sur ce roman, mais cela ne m’a abso­lu­ment pas empê­ché de le lire avec grand inté­rêt. Comme je l’ai dit, c’est une fable et je souhaite qu’elle vous fasse autant de bien qu’elle m’en a fait et je souhaite aussi que les enfants mal-aimés trouvent tous un homme ou une femme qui les aimera assez fort pour les remettre sur le chemin de l’espoir et de la vie.

Le début

Depuis tout petit, je veux tuer le ciel à cause de maman qui me dit souvent :

- Le ciel, ma cour­gettes, c’est grand pour nous rappe­ler qu’on est pas grand-chose dessous.
- La vie, ça ressemble en pire à tout ce gris du ciel avec ces salo­pe­ries de nuages qui pissent que du malheur.
-Tous les hommes ont la tête dans les nuages. Qu’ils y restent donc, comme ton abruti de père qui est parti faire le tour du monde avec une poule.
Des fois, maman dit n’importe quoi.
J’étais trop petit quand mon papa est parti, mais je vois pas pour­quoi il aurait emmené une poule au voisin pour faire le tour du monde avec. C’est bête une poule : ça boit la bière que je mélange aux graines et après ça titube jusqu’au mur avant de s’écrouler par terre.
Et c’est pas sa faute si maman raconte des bêtises pareilles. C’est à cause de toutes ces bières qu’elle boit en regar­dant la télé.
Et elle râle après le ciel et elle me tape dessus alors que j’ai même pas fait de bêtises.
Et je finis par me dire que le ciel et les coups ça va ensemble.
Si je tue le ciel, ça va calmer maman je pour­rais regar­der tran­quille la télé sans me prendre la raclée du ciel.

L’amour

La petite fille s’appelle Camille.
Je pense à elle, même quand elle est là.

Traduit de l’anglais par Jean Esch.


J’avais appré­cié avec quelques réserves « Minia­tu­riste », je n’ai donc pas hésité à me plon­ger dans son nouveau roman. Cette auteure sait capti­ver son lecto­rat. Et je m’en voudrais de vous dévoi­ler tous les ressorts de l’intrigue. Tout tourne autour d’un tableau qui a été peint en Espagne au début de la guerre civile. L’intrigue roma­nesque se passe en deux lieux et en deux temps. En Grande-Bretagne en 1957, dans la gale­rie d’art Skel­ton diri­gée par un certain Edmund Reed et une Femme Marjo­rie Quick, notre appren­tie écri­vaine Odelle Bastien vient se présen­ter pour un poste de dactylo. Elle est origi­naire des Caraïbes et dans l’Angleterre de ces années-là, on sent très bien le rejet des « gens de couleurs ».

L’autre moment se passe en Espagne à côté de Malaga, une famille germano-britan­nique vit là pour aider Sarah Schloss, épouse d’Harold négo­cia­teur d’œuvres d’art, à sortir de sa dépres­sion. Leur fille Olive peint mais en cachette de son père qui, elle en est certaine, n’apprécierait pas les tableaux d’une femme et encore moins de sa fille. La famille est aidée par Izaac et Teresa Robles, deux jeunes espa­gnols origi­naires du village. On assiste au début des violences qui amène­ront la guerre civile espa­gnole et à une passion à la fois pour la pein­ture et l’amour char­nel. La jeune Olive est une grande artiste qui aime­rait tant que son père ne la regarde plus comme une jeune fille dilet­tante de la bonne société. La guerre en Espagne puis le sort des juifs vont complè­te­ment battre les cartes de façon telle que personne ne puisse s’y retrou­ver. En 1957, le jeune Lawrie Scott vient dans la gale­rie où travaille Odelle faire évaluer le tableau qui a de tout temps accom­pa­gné sa mère : « les filles au Lion » , Odelle qui commen­çait à s’adapter à la vie londo­nienne, ne s’attendait pas à la violence de la réac­tion de sa patronne Marjo­rie Quick. Il faudra les 500 pages du roman pour que tous les fils se dénouent.

Jessie Burton est vrai­ment maître des intrigues et nous les suivons avec inté­rêt car elle sait mettre en toile de fond la réalité histo­rique et elle raconte très bien. Et pour­tant… encore une fois, j’ai quelques réserves peu parta­gées par la blogo­sphère. J’ai lu ce roman avec beau­coup d’attention , on ne peut pas faire autre­ment qu’être atten­tive car sinon on perd vite le fil. Je devrais savoir gré à Jessie Burton de cela. Mais voilà, je me suis aussi sentie prison­nière de cette intrigue et j’avais plus envie de finir ma lecture que de la retrou­ver les person­nages tous les soirs et rester rêver avec eux . Pour moi, elle en fait trop. C’est comme un filet qui nous enserre, je perds ma liberté quand je la lis. Je pense que cette auteure ne me convient pas tout à fait , heureu­se­ment elle a beau­coup d’admiratrices parmi les blogs que j’apprécie donc vous pour­rez lire des avis enthou­siastes qui me contre­disent.

Citations

Description de Londres

Je deve­nais une obser­va­trice expé­ri­menté des pous­sées irré­gu­lières et des cica­trices de l’habitat londo­nien. Les codes postaux, la brique, rosier ou pas, le décrot­toir, la hauteur du perron ou son absence consti­tuaient un langage que j’avais appris. Vous ne pouviez pas vivre ici sans remar­quer les diffé­rences entre les rues où régnaient la paix ou le chaos, un chien galeux vautré près du cani­veau, des enfants en haillons, une haie de buis bien taillée, un rideau soulevé qui dansait. À Londres il exis­tait de nombreuses façons de vivre, mais peu de façon de chan­ger de vie.

La création féminine en peinture 1936

Sais-tu combien d’artistes vend mon père ? Vingt six, la dernière fois que j’ai compté. Sais-tu combien il y a de femmes parmi eux ? Aucune. Pas une seule. Les femmes en sont inca­pables, figure-toi. Elles n’ont pas de vision. Pour­tant si je ne m’abuse, elles ont des yeux, des mains, un cœur et une âme.

Racisme ordinaire en 1957

Elle ne connais­sait pas d’autres gens de couleur, m’a-t-elle confié le jeudi de cette première semaine. Quand je lui ai répondu que je n’en connais­sais pas non plus, en tout cas pas sous ce nom, elle m’a regardé avec une expres­sion d’un vide abys­sal.

Un portrait bien croqué

À vingt et un ans, Pat Rudge était la dernière descen­dante d’une longue lignée d’habitants de l’East End. Une chou­croute laquée tenait en équi­libre sur sa tête et elle avait assez de khôl autour des yeux pour maquiller cinq pharaons.

Le cinéma français vu par un Anglais

» Vous préfé­rez peut-être aller voir un de ces films fran­çais où les gens n’arrêtent pas d’entrer, de sortir et de se regar­der ?»

Traduit de l’anglais (Austra­lie) par Fran­çoise Rose.

Ce roman a le grand mérite de tenir la distance Saint-Malo/­Pa­ris. Il a, de plus, beau­coup plu à la petite souris jaune. Moins à moi, mais je suis toujours réti­cente aux histoires d’animaux et celle-là même si elle est très belle est parti­cu­liè­re­ment invrai­sem­blable. On peut aimer pour le dépay­se­ment afri­cain , pour l’amour des lions, et la beauté de notre planète qui est de moins en moins sauvage et de plus en plus tris­te­ment humaine. J’apprécie tous ces thèmes mais qu’une lionne veuille et sache sauver la vie d’une petite fille de 7 ans cela me semble tota­le­ment invrai­sem­blable. Autant que l’attachement subit et fort de la cher­cheuse quadra­gé­naire pour cette enfant. Le happy end n’est pas de trop, il est à l’image du livre « à l’eau de rose » de la savane. Et pour­tant, malgré tous ces défauts, l’auteure a su m’emporter dans l’Afrique dure et superbe des grands espaces. Dans le genre « le lion » de Kessel est plus réaliste, peut être démodé, je ne sais pas, je ne l’ai relu depuis si long­temps. La souris jaune vous promet­tait une lecture d’été et je rajou­te­rai si vous aimez les lectures d’adolescents défen­seurs de la planète.

Citations

Genre d’images qui créent un ailleurs

Quand le soleil attei­gnit l’horizon, il se répan­dit sur la plaine. Angel retint son souffle. Majes­tueu­se­ment et immo­bile, la lionne se décou­pait sur le ciel nimbée d’une lumière dorée, telle une créa­ture de feu.

La psychologie de magazine féminin

Et si cela n’avait rien à voir avec son appa­rence ou son carac­tère ? Si c’était plutôt elle qui avait toujours choisi de vivre avec des gens qui l’abandonnaient constam­ment ? Si elle avait incons­ciem­ment cher­ché à repro­duire la rela­tion qu’elle avait eue avec sa mère, traî­nant ce schéma derrière elle depuis des années, comme une malé­dic­tion ?

Ça m’énerve beau­coup les romans qui ne durent pas le temps de mon trajet Saint-Malo Paris. Pour­tant le TGV est de plus en plus rapide et être aban­don­née après Laval et me sentir seule pour la fin du trajet cela me fait rager. J’étais bien avec ces trois jeunes danseurs. Ce n’est évidem­ment pas le roman du siècle mais cela décrit assez bien trois destins de jeunes adoles­cents fran­çais qui ont inscrit la danse clas­sique comme leur unique passion. Cela m’a fait penser à une série gentillette venant d’Australie « Danse tes rêves ». Un doux moment de lecture, on peut cepen­dant lui repro­cher de ne pas vrai­ment faire comprendre les diffi­cul­tés de cet art . Tout est lisse et agréable même si la vie de ces jeunes est comme pour toute vie d’adolescent un peu compli­quée par le poids des conflits paren­taux. Un roman qui devrait plaire à toutes les très jeunes filles qui se rêvent en tutu. Je l’avais remar­qué grâce au billet lu sur « le bruit des pages ».

Citations

Bien vu !

Quand j’étais au collège, je regar­dais les autres ne pas me regar­der.

Les classes de danse classique

Parce que, toutes, on mesu­rait moins de un mètre soixante-cinq, et que la direc­trice avait coché la bonne case en face de notre nom en obser­vant nos trois déga­gés-demi-plié-révé­rence, on se sentait excep­tion­nelle. Le problème c’est que très vite, trop vite, on s’est demandé laquelle de nous serait la plus excep­tion­nelle.

Metin Arditi est un auteur que j’aime bien et qui est très facile à lire. Il y a toujours de l’élégance dans ses romans. Je n’ai pas encore créé cette caté­go­rie, sinon il ferait partie des auteurs « bien élevés », certes on peut lui repro­cher un manque de profon­deur mais j’apprécie sa déli­ca­tesse. Dans ce roman, il a dû se faire très plai­sir car il a pu mettre en scène ses chères mathé­ma­tiques. Je comprends bien que pour un amou­reux de cette science ce soit un peu compli­qué de ne jamais en parler, ici il a trouvé un biais pour nous racon­ter tous ses bonheurs, celui de rêver aux suites des nombres. Deux person­nages se retrouvent dans une île grecque Kala­maki. Un ancien archi­tecte dévasté par la mort de sa fille sur cette île et le garçon autiste d’une femme éner­gique qui vit de la pêche et qui élève seule ou presque cet enfant. Yannis est autiste Asper­ger, il ne peut pas commu­ni­quer mais passe sa vie à calcu­ler. Les habi­tants de l’île savent lui faire une place et sa vie est heureuse même si elle est compli­quée et que sa mère est terro­ri­sée par son avenir. Dans ce cadre idyl­lique, un projet hôte­lier risque de détruire ce petit para­dis.

Arditi parle aussi des problèmes de la Grèce actuelle et ce n’est pas une pein­ture idyl­lique. La fin est mesu­rée, j’ai eu peur que « le contre projet à l’hôtel de l’horrible promo­teur » soit vaincu par«l’idyllique le projet d’une école philo­so­phique du gentil écolo­giste archi­tecte ». Comme nous sommes avec Arditi, la fin est plus mesu­rée et plus réaliste. Je suis un peu gênée par l’intérêt actuel des personnes autistes, je trouve, évidem­ment, très impor­tant de savoir en parler. Cela fait de très beaux sujets de romans, le plus souvent, ils sont Asper­ger, c’est à dire qu’ils ont un don éton­nant par rapport à « la norma­lité », ils sont doués d’une mémoire hors norme. Cela donne un bon ressort roma­nesque mais c’est autre­ment plus compli­qué dans la vie réelle.

Citations

Propos du Pope, j’aime beaucoup ces trois ancres

Pour ma part, je m’accroche à trois pensées du Christ. Aux trois ancres qu’il nous a léguées pour nous aider à surmon­ter la tempête.

La première est notre part de libre arbitre.… Moi, lorsque je me sens à deux doigts d’être emporté par la colère, je fais la prome­nade qui, du monas­tère, mène jusqu’au phare.… À toi de cher­cher ce qui, dans ta vie, dépen­dra de de ta seule volonté. Ne serait-ce qu’une prome­nade le long de la mer.

Le deuxième ancrage que nous offre le Christ est sa résur­rec­tion. À chaque instant, l’être recom­mence. La vie reprend ses droits… la Résur­rec­tion du Christ n’est pas à cher­cher dans les circons­tances. Elle est partout. Il en est de même pour celle des hommes. À chaque instant la vie recom­mence

Voici enfin la troi­sième ancre. La vie renaît par le travail. Souviens-toi. Trois fois avant le chant du coq, tu me trahi­ras, dis-le Christ à Pierre. Pour­tant, c’est à lui, le traître, qu’il confiera la construc­tion de son Église. Et cette tâche sauvera Pierre… Nous le savons, aucun travail ne pourra effa­cer ton immense douleur. Mais il t’aidera à l’adoucir. Mets-toi au travail. Où tu le voudras, en faisant ce que tu juge­ras oppor­tun. Ne reste pas désœu­vré. Ici commence ton libre arbitre.

Je dois cette lecture à Krol qui sait si bien ne pas racon­ter les livres qu’elle appré­cie. L’ennuie c’est qu’elle dit aussi qu’il vous faut fuir les billets qui en disent trop . Alors ? lirez vous le mien jusqu’au bout ? Tant pis, je me lance. Ce roman est en deux parties, dans la première le père humo­riste célé­bris­sime est le narra­teur et le person­nage prin­ci­pal. On le suit dès son enfance, marquée par un père qui ne l’a jamais compris et un acci­dent qui rendra son frère para­plé­gique. Cela ternit à jamais sa possi­bi­lité d’être heureux car il se sent respon­sable. Son succès comme humo­riste lui permet de sortir de sa condi­tion de Fran­çais moyen, mais creuse peu à peu, entre son fils et lui un désert aride où l’incompréhension est la règle. Ce grand comique se vide peu à peu de sa substance et alors que la France entière se tord de rire à ses blagues, son fils est de plus en plus absent de sa vie. L’explication nous est donnée dans la deuxième partie dont le narra­teur devient le fils, celui-ci n’a vécu le succès de son père que comme une trahi­son et une absence de plus en plus lourde d’abord, puis de plus en plus indif­fé­rente. Ces deux êtres trou­ve­ront-ils le moyen de se rencon­trer. Sous le regard critique de Krol, je ne peux évidem­ment en dire plus. Pour­quoi ne suis-je pas plus embal­lée par ce roman ? J’ai adoré la première partie qui décrit très bien ce que le succès peut avoir à la fois d’enivrant et de destruc­teur. La descrip­tion de l’entrée en scène de cet humo­riste devant des milliers de spec­ta­teurs est criante de vérité. mais la deuxième partie m’a beau­coup moins plu. Et en plus, elle est trop évidente. On devine très faci­le­ment les ressorts psycho­lo­giques des deux person­nages et le carac­tère narcis­sique du fils m’a semblé très convenu. J’espère ne pas en avoir trop dit, si l’angoisse de la scène veut dire quelque chose pour vous, lisez ce livre j’ai rare­ment lu une descrip­tion aussi réaliste.

Citations

Comme je comprends

Prendre le train était toujours un moment très anxio­gène pour lui ; il avait systé­ma­ti­que­ment peur d’arriver en retard à la gare, il fallait qu’il regarde plusieurs fois le quai indi­qué sur le panneau d’affichage pour être sûr de ne pas se trom­per. Paris Saint-Lazare : voie 3. Il véri­fiait le numéro du train sur son ticket, puis sur l’écran de télé­vi­sion accro­ché en l’air. Plusieurs fois. S’assurait qu’il se trou­vait bien sur la voie 3. Plusieurs fois. Et, arrivé dans l’Inter-cité, il ne pouvait s’empêcher de deman­der au premier passa­ger croisé : « Est-ce que ce train va bien à Paris ? »

Ne pas faire comme son père

Parce que Édouard a voulu « pous­ser » Arthur, trop fort sans doute. À avoir souf­fert d’un père qui ne croyait pas en lui, il s’est persuadé que c’était tout l’inverse qu’il fallait à son enfant. Il se devait de l’encourager, le forcer à se dépas­ser. Alors quand son gamin a eu l’idée, à cinq ans à peine, de s’amuser à faire parler ses marion­nettes en peluche, Édouard n’a eu de cesse de l’encourager dans cette voie, tu as un don, il ne faut pas le gâcher, entraîne-toi ! 

La fin d’un amour

Tout au fond de son cœur, Édouard sait que cette fois, c’est la fin, la vraie. Celle contre laquelle on ne peut plus lutter, celle qui est déjà arri­vée à pas de loup même si on ne s’en était pas aperçu jusqu’à présent, celle qu’il faut seule­ment accep­ter, le plus digne­ment possible, même si on sait qu’après coup, la douleur semblera insur­mon­table, qu’il faudra la noyer, l’assommer, la muse­ler à tout prix pour qu’elle reste silen­cieuse. – Je parti­rai demain matin, sauf si tu préfères que j’aille à l’hôtel ce soir. – Ne raconte pas n’importe quoi, on ne va pas deve­nir des étran­gers l’un pour l’autre… Tu peux rester, profi­ter d’Arthur quelques jours… – Non, j’ai du boulot de toute façon, tout un tas de trucs à gérer à Paris.

L’artiste

Tu sais, je suis persua­dée que la plupart des artistes ont un besoin de recon­nais­sance et d’affection supé­rieur aux autres, ils ont en eux cette soif viscé­rale d’être appré­ciés, d’être aimés.