20151216_122141Pendant les derniers mois de l’année 2015, il a été beau­coup ques­tion de relec­ture, j’ai mis sur ma liseuse tous les clas­siques que je veux relire. J’ai choisi de relire « Madame Bovary » (que vous connais­sez tous et toutes) car j’ai été passion­née par un débat sur France Culture, animé par Alain Finkiel­kraut, lors de son émis­sion « Répliques » du 28 novembre 2015. Étaient invi­tés : Suzanne Julliard qui vient de publier une antho­lo­gie de la prose fran­çaise ordon­née par genres ( des orateurs aux critiques) et le comé­dien Fabrice Luchini.

Suzanne Julliard affir­mait que, si la langue de Flau­bert était travaillée à la perfec­tion, elle n’était en aucun cas poétique. Ma relec­ture très atten­tive me place dans son camp. Pour­tant Luchini et Finkiel­kraut étaient telle­ment passion­nés que j’aurais aimé qu’il en soit autre­ment. J’ai lu « Madame Bovary » plusieurs fois, mais toujours dans des cadres scolaires puis univer­si­taires. Je me souviens combien, au lycée, j’avais été agacée par cette Emma qui me ressem­blait si peu, toujours à rêver sa vie au lieu de la vivre.

Et puis, sont parve­nus jusqu’à moi, sans pour autant que je relise cette œuvre, les débats menés par les fémi­nistes de notre époque accu­sant Flau­bert, d’avoir fait une héroïne avec des yeux de « mâle domi­nant » occi­den­tal. Je trou­vais ce débat stérile, et je ne voulais pas m’y inté­res­ser. J’ai repris ce roman avec des préju­gés favo­rables pour ce qui est consi­déré, à juste titre, comme un monu­ment incon­tour­nable de la litté­ra­ture fran­çaise. Et de nouveau, Emma m’a prodi­gieu­se­ment éner­vée, mais je ne comprends abso­lu­ment pas les propos des critiques fémi­nistes, car les hommes sont d’une nullité crasse, seul Charles grâce à son amour sans faille pour sa trop jolie femme, a une présence plus sympa­thique que l’ensemble des person­nages.

C’est un livre déses­pé­rant, car personne n’est habité par un senti­ment posi­tif pour ce qui fait le sel de la vie, les joies intel­lec­tuelles ou les satis­fac­tions physiques. Emma les rêvait dans la réali­sa­tion d’un amour passionné, et fina­le­ment, étant donné le cadre mono­tone de sa vie qui peut lui donner tort ? Elle vit à travers ses romans, mais nous blogueuses et plus rares blogueurs, ce sont pour nous aussi de moments déli­cieux que ceux passés parmi nos lectures. Je vais sans doute résu­mer le drame d’Emma a bien peu de choses, mais si elle s’était réali­sée dans la société autre­ment que comme la femme de Charles Bovary, Flau­bert n’aurait eu à se mettre sous la dent que la série de portraits d’hommes aussi peu relui­sants que, Homais, le phar­ma­cien qui se croit savant alors qu’il est tout juste scien­tiste borné, Rodolphe, le jouis­seur, L’heureux l’usurier escroc, Léon le pâle amou­reux arri­viste et j’en passe.

C’est donc un roman déses­péré et je suis vrai­ment contente de n’avoir pas à l’expliquer à la jeune géné­ra­tion. À la relec­ture, je me disais sans cesse combien je préfère la lecture de Maupas­sant autre­ment plus humain que ce Flau­bert qui s’est si bien corseté pour écrire son chef d’œuvre, qu’il ne laisse aucune chance à la vie pour se faufi­ler à travers les inter­stices de nos rêves et nos déli­cieux fantasmes.

Citations

Poésie ? Charles amoureux et heureux

Et alors, sur la grande route qui éten­dait son long ruban de pous­sière, par les chemins creux où les arbres se cour­baient en berceaux, dans les sentiers dont les blés lui montaient jusqu’aux genoux, avec le soleil sur les épaules et l’air du matin à ses narines, le cœur plein des féli­ci­tés de la nuit, l’esprit tran­quille, la chair contente, il s’en allait rumi­nant son bonheur, comme ceux qui mâchent encore après dîner, le goût des truffes qu’ils digèrent.

Emma et la recherche du bonheur

Avant qu’elle se mariât, elle avait cru avoir de l’amour ; mais le bonheur qui aurait dû résul­ter de cet amour n’étant pas venu, il fallait qu’elle se fût trom­pée, songeait-elle. Et Emma cher­chait à savoir ce que l’on enten­dait au juste dans la vie par les mots de féli­cité, de passion et d’ivresse, qui lui avaient paru si beaux dans les livres.

La vie de couple

La conver­sa­tion de Charles état plate comme un trot­toir de rue, et les idées de tout le monde y défi­laient dans leur costume ordi­naire, sans exci­ter d’émotion, de rire ou de rêve­rie.

Solitude (poésie ?)

Comme les mate­lots en détresse, elle prome­nait sur la soli­tude de sa vie des yeux déses­pé­rés, cher­chant au loin quelque voile blanche dans les brumes de l’horizon.

Phrase célèbre

Ainsi se tenait, devant ces bour­geois épanouis, ce demi-siècle de servi­tude. 

Cruauté de Flaubert envers les femmes

L’aplomb dépend des milieux où il se pose : on ne parle pas à l’entresol comme au quatrième étage, et la femme riche semble avoir autour d’elle, pour garder sa vertu, tous ses billets de banque, comme une cuirasse, dans la doublure de son corset.

Remarque à méditer sur l’amour

Mais le déni­gre­ment de ceux que nous aimons toujours nous en détache quelque peu. Il ne faut pas toucher aux idoles : la dorure en reste aux mains.

Une belle réaction d’Emma

Vous profi­tez impu­dem­ment de ma détresse monsieur ! je suis à plaindre, mais pas à vendre !

Victoire d’Homais, dernières phrases du roman

Depuis la mort de Bovary, trois méde­cins se sont succédé à Yonville sans pouvoir réus­sir, tant M. Homais les a tout de suite battus en brèche. Il fait une clien­tèle d’enfer ; l’autorité le ménage et l’opinion public le protège.
Il vient de rece­voir la croix d’honneur

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Voici une nouvelle raison de tenir mon blog, et cette raison je la dédie à toutes celles qui ont eu ces temps derniers envie d’arrêter le leur, en espé­rant que cela leur redon­nera l’envie de conti­nuer car la lecture des blogs divers et variés font partie de mes plai­sirs de vie. Je me suis promis de relire un tome par été de « La recherche du temps perdu », je l’ai lu depuis long­temps et essayé plusieurs fois de le relire. Mais je me croyais obli­gée (je me demande bien pour­quoi !) de commen­cer par le début, cela fait que je connais assez bien (avec Proust , il faut toujours rester modeste sur la connais­sance de son œuvre) « du Côté de chez Swann » et « à l’Ombre des jeunes filles en fleurs ». Je pense donc qu’en dehors des chal­lenges propo­sés par les amis, on peut se donner à soi-même des défis en pensant les mettre sur son blog.

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Mettre des coquillages à ce chef d’œuvre, c’est un peu stupide, mais Proust me ravit trop et sa lecture me fait un tel bien que je veux le clamer haut et fort. De même la petite made­leine sur ma photo est quelque peu kitsch, il me pardon­nera surement mes fautes de goûts lui qui sait si bien décor­ti­quer les ressorts de l’âme humaine. « Le temps retrouvé » dans mon édition est en deux tomes, le premier commence par une soiré à Tasson­ville chez Gilberte l’épouse de Robert de Saint-Loup et est traversé par la guerre 1418. Le second par une invi­ta­tion chez la duchesse de Guer­mantes , soirée lors de laquelle Proust (ou le narra­teur de « la Recherche ») compren­dra la néces­sité dans laquelle il se trouve d’écrire son œuvre alors que tous les acteurs qu’il a dépeints jusqu’à présent sont au bord de la grande vieillesse. On y trouve, donc, les clés qui motivent la créa­tion artis­tique. Je voudrais dire à tous ceux que la lecture de Proust rebute, qu’il peut être lu de façons telle­ment diffé­rentes qu’il n’est pas possible que l’une d’entre elles ne leur corres­ponde pas. Bien sûr, il reste son style et ses phrases si longues que parfois on s’y perd, mais voilà , au début on se force, puis on s’habitue et enfin on adore. Je tiens aussi à dire qu’on s’amuse beau­coup en lisant ce grand auteur car il sait mieux que quiconque croquer les travers de gens qui se croient telle­ment au dessus du « commun ».

Vous pouvez l’apprécier pour la justesse de l’analyse de l’âme humaine, à l’opposé de Zola (autre clas­sique relu cet été), aucun person­nage n’est forcé et même si le trait est parfois féroce, c’est toujours dit avec beau­coup d’élégance, ainsi, Madame Verdu­rin que l’on a vu mépri­ser les grands de ce monde au début de « la recherche », les fréquente de plus en plus et que nous dit Proust :

On peut remar­quer , d’ailleurs, qu’au fur et à mesure qu’augmenta le nombre de gens brillants qui firent des avances à Mme Verdu­rin, le nombre de ceux qu’elle appe­lait les « ennuyeux«diminua. Par une sorte de trans­for­ma­tion magique, tout ennuyeux qui était venu lui faire une visite et avait solli­cité une invi­ta­tion deve­nait subi­te­ment quelqu’un d’agréable et d’intelligent.

C’est telle­ment vrai !

On peut aussi savou­rer les traits d’esprit volon­taires chez le Duc de Guer­mantes…

Si son mari arri­vait vrai­ment ou s’il n’enverrait pas une de ses dépêches dont M. De Guer­mantes avait spiri­tuel­le­ment fixé le modèle : « Impos­sible venir, mensonge suit. »

… ou invo­lon­taire chez Fran­çoise :

« Au commen­ce­ment de la guerre on nous disait que ces Alle­mands c’était des assas­sins, des brigands, de vrais bandits des Bbboches. .…» Si elle mettait plusieurs b à Boches, c’est que l’accusation que les Alle­mands fussent des assas­sins lui semblait après tout plau­sible, mais celle qu’ils fussent des Boches presque invrai­sem­blable à cause de son énor­mité.

La méchan­ceté ordi­naire des salons :

Certes, je m’attendais à vous voir partout ailleurs qu’à un des grands trala­las de ma tante, puisque tante il y a » ajouta-t-elle d’un air fin , car étant Mme de Saint-Loup depuis un peu plus long­temps que Mme Verdu­rin n’était entrée dans la famille, elle se consi­dé­rait comme une Guer­mantes de tout temps et atteinte par la mésal­liance que son oncle avait faite en épou­sant Mme Verdu­rin, qu’il est vrai elle avait entendu railler mille fois devant elle , dans la famille , tandis que , natu­rel­le­ment, ce n’était que hors de sa présence qu’on avait parlé de la mésal­liance qu’avait faite Saint-Loup en l’épousant.

Dans la première partie du « Temps retrouvé » la descrip­tion de la vie pari­sienne à l’arrière du front est d’une justesse éton­nante, deux scènes ont retenu mon atten­tion , la première c’est Madame Verdu­rin qui, malgré les restric­tions alimen­taires dues à la guerre, a réussi à se faire pres­crire « son » crois­sant du matin par le docteur Cottard accom­pa­gnant son café , car, sans ces deux ingré­dients, elle souffre de migraines. Elle lit avec « Horreur » le torpillage du Lusi­ta­nia tout en essuyant les miettes de son crois­sant. Et à l’opposé , lorsque l’un des neveux de Fran­çoise se fait tuer sur le front, lais­sant une très jeune veuve tenir seul un café qu’ils venaient d’acheter, l’oncle et la tante du jeune homme qui vivaient une retraite tran­quille vien­dront l’aider à tenir ce café sans se faire payer.

On peut aussi appré­cier des descrip­tions aussi bien des lieux que des person­nages, j’ai beau­coup aimé cette évoca­tion de la vieillesse :

.. qu’on eût dit qu’elle était un être condamné, comme un person­nage de féerie, à appa­raître d’abord en jeune fille, puis en épaisse matrone, et qui devien­drait sans doute bien­tôt en vieille bran­lante et cour­bée. Elle semblait, comme une lourde nageuse qui ne voit plus le rivage qu’à une grande distance, repous­ser avec peine les flots du temps qui la submer­geaient.

ou de la prin­cesse de Nassau :

Née presque sur les marches d’un trône, mariée trois fois, entre­te­nue long­temps et riche­ment par de grands banquiers, sans comp­ter les mille fantai­sies qu’elle s’était offerte, elle portait légè­re­ment, comme ses yeux admi­rables et ronds, comme sa figure fardée et comme sa robe rose, les souve­nirs embrouillés de ce passé innom­brable.

Enfin dans la deuxième partie, la réflexion sur la créa­tion artis­tique est abso­lu­ment passion­nante, c’est plus compli­qué de donner des cita­tions appro­priés à son propos, j’ai été parti­cu­liè­re­ment sensible à la néces­sité d’écrire et à la force qu’il lui faut pour abou­tir dans ce projet, en parti­cu­lier ne pas se lais­ser diver­tir par les événe­ments du monde pour éviter d’écrire

Aussi combien se détournent de l’écrire, que de tâches n’assume-t-on pas pour éviter celle-là. Chaque événe­ment, que ce fût l’affaire Drey­fus, que ce fût la guerre, avait fourni d’autres excuses aux écri­vains pour ne pas déchif­frer ce livre – là, ils voulaient assu­rer le triomphe du droit, refaire l’unité morale de la nation, n’avaient pas le temps de penser à la litté­ra­ture. Mais ce n’étaient que des excuses parce qu’ils n’avaient pas ou plus de génie, c’est à dire d’instinct. Car l’instinct dicte le devoir et l’intelligence four­nit des prétextes pour l’éluder.

Enfin lire Proust c’est se réga­ler de petites phrases telle­ment justes :

Les vrais para­dis sont ceux qu’on a perdus

Et ne peut-on dire cela aujourd’hui encore pour tous ceux qui se font leur opinion à travers les média ? :

Ce qui est éton­nant, dit-il, c’est que ce public qui ne juge ainsi des hommes et des choses de la guerre que par les jour­naux est persuadé qu’il juge par lui-même.

Je termine par cette phrase que je trouve si belle :

Le bonheur est salu­taire pour le corps, mais c’est le chagrin qui déve­loppe les forces de l’esprit.

Un site parmi tant d’autres que je recom­mande à tous ceux et celles qui veulent se fami­lia­ri­ser avec Proust et ceux et celles et ceux qui veulent savou­rer leur plai­sir de lecture avec un vrai connais­seur : Proust ses person­nages.

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Une fois n’est pas coutume je vais commen­cer mon article par une cita­tion, si (et seule­ment si) vous êtes allé sans déplai­sir au bout de la lecture alors, je vous conseille­rai de « re«lire ce roman :

Pêle-mêle, au hasard du coup de filet, les algues profondes, où dort la vie mysté­rieuse des grandes eaux, avaient tout livré : les cabillauds, les aigle­fins, les carre­lets, les plies, les limandes, bêtes communes d’un gris sale, aux tâches blan­châtres ; les congres, ces grosses couleuvres d’un bleu de vase , aux minces yeux noirs, si gluantes qu’elles semblent ramper, vivantes encore ; les raies élar­gies, à ventre pâle bordé de rouge tendre, dont les dos superbes, allon­geant les nœuds saillants de l’échine, se marbrent jusqu’aux baleines tendues des nageoires , de plaques de cinabre coupées par des zébrures de bronze floren­tin, d’une bigar­rure assom­brie de crapaud et de fleurs malsaines ; les chiens de mer, horribles, avec leur têtes rondes , leurs bouches large­ment fendues d’idoles chinoises, leurs courtes ailes de chauves – souris char­nues, monstre qui doivent garder de leurs abris les trésors des grottes marines. Puis venaient les beaux pois­sons , isolés, un sur chaque plateau d’osier ; les saumons , d’argent guillo­ché, dont chaque écaille semble un coup de burin dans le poli du métal ; les mulets , d’écailles plus fortes, de cise­lures plus gros­sières ; les grands turbots, les grandes barbues, d’un grain serré et blanc comme du lait caillé ; les thons , lisses et vernis, pareils à des sacs de cuir noirâtres ; les bars arron­dis, ouvrant une bouche énorme, faisant songer à quelque âme trop grosse, rendue à pleine gorge dans la stupé­fac­tion de l’agonie. Et , de toutes parts, les soles , par paires, grises ou blondes , pullu­laient ; les équilles , minces, raidies, ressem­blaient à des rognures d’étain ; les harengs, légè­re­ment tordus, montraient tous, sur leurs robes lamées , la meur­tris­sure de leurs ouïes saignantes ; les dorades grasses se tein­taient d’une pointe de carmin, tandis que les maque­reaux, dorés , le dos striés de brunis­sures verdâtres, faisaient luire la nacre chan­geante de leurs flancs, et que les gron­dins roses, à ventre blancs, les têtes rangées au centre des mannes, les queues rayon­nantes épanouis­saient d’étranges florai­sons, pana­chées de blanc de perle et de vermillon vif. Il y avait encore des rougets de roche, à la chair exquise, du rouge enlu­miné des cyprins, des caisses de merlans aux reflets d’opale, des paniers d’éperlans, de petits paniers propres , jolis comme des paniers de fraises, qui lais­saient échap­per une odeur puis­sante de violette. Cepen­dant , les crevettes roses, les crevettes grises , dans les bour­riches, mettaient , au milieu de la douceur effa­cée de leur tas, les imper­cep­tibles boutons de jais de leurs milliers d’yeux ; les langoustes épineuses, les homards tigrés de noir » vivants encore, se traî­nant sur leur pattes cassées, craquaient.

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L’été est propice aux relec­tures, dans toutes les biblio­thèques il traîne un roman de Zola. J’ai lu autre­fois tous les Rougon Macquart, certains m’ont laissé un souve­nir très précis. Ils flottent dans ma mémoire des scènes variées , souvent tragiques, comme la fin de Gervaise dans « L’assommoir » , parfois sensuelles, comme les émois de Lantier remon­tant dans l’ascenseur de la mine contre le corps de Cathe­rine Maheu, presque toujours trop char­gées en tragé­dies violentes. Le seul roman que j’ai relu sans déplai­sir c’est « Au bonheur des dames », enfin un roman qui ne décrit pas que la noir­ceur de l’âme humaine.

J’avais complé­te­ment oublié « le ventre de Paris » et en le reli­sant j’ai faci­le­ment compris pour­quoi. A l’époque, si je dévo­rais les romans, je sautais allé­gre­ment les descrip­tions trop longues qui m’ennuyaient, je ne me souve­nais donc d’un héros, Florent, trop naïf et sans défense qui ne m’avait guère inté­res­sée. Or le person­nage prin­ci­pal du roman, ce n’est pas lui, mais les Halles que Zola, nous décrit avec une passion peu commune. Il y voit le symbole même de la bour­geoi­sie du second empire, engon­cée dans ses certi­tudes et son embon­point, et qui corrompt tout ce qu’elle touche. Les fruits sont tous au bord de la décom­po­si­tion, les produits laitiers sentent trop fort, les viandes dégou­linent de graisses et d’odeurs répu­gnantes. Le seul person­nage posi­tif qui aurait pu sauver Florent (déso­lée de « divul­ga­cher » ainsi la fin du roman) est une certaine Fran­çoise qui cultive des beaux légumes frais aux portes de Paris, mais il suffit qu’ils passent la porte de halles pour qu’aussitôt ils se trans­forment en trognons, éplu­chures, et autres objets répu­gnants.

En lisant ce roman j’ai pensé qu’il consti­tuait une mine de rensei­gne­ments pour des recons­ti­tu­tions histo­riques. A côté de ce Florent doux rêveur révo­lu­tion­naire, se dresse Lisa , la belle char­cu­tière. Zola veut nous montrer « que ces gredins d’honnêtes gens » comme les traite Claude Lantier , peintre de son état (il sera le person­nage prin­ci­pal de « l’œuvre »), sont des gens mons­trueux à leur manière. Le pari est diffi­cile car la belle Lisa, est avant tout une femme travailleuse, honnête et atta­chée à sa famille. Mais derrière cette appa­rence douceur se cache une violence impla­cable qui sera fatale à celui qui ne rentre pas dans son cadre de pensée.

Tous les person­nages ou presque sont remplis d’une haine rancu­nière abomi­nable , c’est un monde de femmes où toutes les passions se déchaînent sans aucune rete­nue, bref c’est du « Zola ». Je me suis dit que je n’aurais pas aimé expli­quer ce roman à des jeunes aujourd’hui, car quelque soit les défauts de la belle char­cu­tière, c’est une femme qui aime son travail et veut le bien de sa famille.

Citations

La belle charcutière

Il pardon­nait à Lisa ses tendresses pour l’empereur, parce que disait-il, il ne faut jamais causé poli­tique avec les femmes, et que la belle char­cu­tière était après tout , une femme très honnête qui faisait aller joli­ment son commerce.

La religion de Lisa

Aussi lorsque Lisa allait dans une église, elle se montrait recueillie. Elle avait acheté un beau parois­sien, qu’elle n’ouvrait jamais, pour assis­ter aux enter­re­ments et aux mariages. Elle se levait , s’agenouillait , aux bons endroits, s » appli­quant à garder l » atti­tude décente qu’il conve­nait d’avoir. C’était pour elle une sorte de tenue offi­cielle que les gens honnêtes, les commer­çants et les proprié­taires devaient garder devant la reli­gion.

Les honnêtes gens

Ma conscience ne me reproche rien. Je ne dois pas un sou, je ne suis dans aucun tripo­tage, j’achète et je vends de bonne marchan­dise , je ne fais pas payer plus cher que le voisin… Alors pour­quoi parles-tu de renver­ser le gouver­ne­ment, qui te protège et te permets de faire des écono­mies ? Tu as une femme, tu as une fille, tu te dois à elle avant tout. Tu serais coupable, si tu risquais leur bonheur. Il n’y a que les gens sans feu ni lieu, n ayant rien à perdre, qui veulent le coup de fusil. Tu n’entends pas être le dindon de la farce peut être ? Reste donc chez toi, grande bête, dors bien , mange bien, gagne de l’argent, aie la conscience tran­quille, dis-toi que la France se débar­bouillera toute seule , si l’Empire la tracasse. Elle n’a pas besoin de toi la France.

La pauvreté

On trouve toujours quelqu’un pour vous payer à boire, on ne rencontre jamais personne qui vous paie à manger.

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Et oui ! le père Noël pari­sien qui commen­çait à souf­frir de me voir monter les marches des appar­te­ments perchés dans les étages – à Paris, on doit choi­sir entre plus de surface et moins d’ascenseur !- a eu l » idée de m’offrir un Kindle !

J’entends déjà toutes vos dents grin­cer ! Comment un Kindle, mais ne sait-elle pas qu’elle va en s’alliant à « A — –N », détruire un peu plus le réseau des librai­ries de quar­tier. Si j’étais malhon­nête , je me cache­rais derrière le père Noël et nierais toute respon­sa­bi­lité dans ce choix ( ce qui est vrai !) mais bon , je l’ai quand même essayé. Ne serait-ce que par poli­tesse ! Un cadeau, c « est un cadeau.

Vous atten­dez tous et toutes mon verdict ! Je vais encore faire grin­cer des dents ! C’est tout simple­ment merveilleux ! J’explique : je n’ai, pour l’instant, chargé que des livres gratuits d’où « le rouge et le noir ». Je l»ai donc relu ce que je n’aurais jamais fait sans ce cadeau. Le confort de lecture est… total, et, surtout pour moi qui ai trop tendance à faire confiance à ma mémoire, ce format oblige une lecture très atten­tive : je n’ai rien zappé ce que je fais faci­le­ment quand je sens que je l’ai déjà lu.

J’ai été sidé­rée par tout ce que j’avais oublié de ce diable de Sten­dhal. Dans mes souve­nirs, « Le rouge et le noir » était surtout un superbe roman d’amour , j’avais oublié toute la critique de la société de l’époque. En parti­cu­lier de la reli­gion. La descrip­tion de la forma­tion des sémi­na­ristes est irré­sis­tible, c’est à la fois drôle, triste et sans doute, telle­ment vrai. Il est si diffi­cile de cacher son intel­li­gence et essayer d’épouser un modèle social quel qu’il soit lorsqu’on a un sens critique déve­loppé c’est une cause vaine aujourd’hui encore.

Bien sûr, j’ai relu avec plai­sir la scène où Julien retient la main de Madame de Rénal sous les yeux de son mari à la faveur de l’obscurité d’une belle soirée d’été. Je crois que ce passage était dans mon Lagarde et Michard, je n’en suis plus si sûre mais je n’ai pas oublié mes premiers émois érotiques que j’avais ressen­tis à l’époque. En le reli­sant, l’émotion est toujours là et je suis certaine que « le rouge et le noir » peut toucher les adoles­cents de notre époque , je me demande même si ce n’est pas le roman­cier du 19° qui a le moins vieilli.

Une chose m’a amusée que j’avais complè­te­ment oublié, de temps en temps Sten­dhal inter­vient direc­te­ment dans son roman et prend à partie son lecteur. Il dit parfois (en substance) : main­te­nant que vous avez compris je ne vais pas conti­nuer à vous expli­quer ! Roman à lire et à relire, pas forcé­ment en format Kindle encore que… C’est sûre­ment grâce à ce format que ma lecture a été si atten­tive et donc, comme il s’agissait de Sten­dhal, si pleine de plai­sir. Alors merci Morgan (mon père Noël de cette année).

Citations

Et vlan pour ceux qui sont si fiers de leur mémoire

Avec une âme de feu, Julien avait une de ces mémoires éton­nantes si souvent unies à la sottise.

La supériorité de la nécessite sur l’intelligence et le talent de Stendahl :

Après une conver­sa­tion savante de deux grandes heures , où pas un mot ne fut dit au hasard , la finesse du paysan l’emporta sur la finesse de l’homme riche , qui n’en a pas besoin pour vivre.

L’imaginaire et le réel

Égaré par toute la présomp­tion d’un homme à imagi­na­tion , il prenait ses inten­tions pour des faits , et se croyait un hypo­crite consommé . Sa folie allait jusqu’à se repro­cher ses succès dans cet art de la faiblesse.

La vocation religieuse

Le reste des trois cent vingt et un sémi­na­ristes ne se compo­saient que d’êtres gros­siers qui n’étaient pas bien sûrs de comprendre les mots de latins qu’ils répé­taient tout le long de la jour­née . Presque tous étaient des fils de paysans, et ils aimaient mieux gagner leur pain en réci­tant quelques mots en latins qu’en piochant la terre. 

J’adore cette phrase, elle me fait penser à des gens que je connais qui savent d’où vous venez si vous utilisez le verbe « manger » à la place de « déjeuner » ou « dîner »

Au sémi­naire , il est une façon de manger un œuf à la coque qui annonce les progrès faits dans la vie dévote.

La noblesse

Il y avait trop de fierté et trop d’ennui au fond du carac­tère des maîtres de la maison ; ils étaient trop accou­tu­més à outra­ger pour se désen­nuyer , pour qu’ils puissent espé­rer de vrais amis. Mais excep­tés les jours de pluie, et dans les moments d’ennui féroce, qui étaient rares, on les trou­vait toujours d’une poli­tesse parfaite.

La peur de dire ce qu’il ne faut pas. Problème de censure et surtout de propos déplacés

Les jeunes gens qui venaient rendre des devoirs , ayant peur de parler de quelque chose qui fît soup­çon­ner une pensée, ou de trahir quelque lecture prohi­bée, se taisaient après quelques mots bien élégante sur Rossini et le temps qu’il faisait.

L « originalité à tout prix !

Je ne vois que la condam­na­tion a mort qui distingue un homme , pensa Mathilde : c’est la seule chose qui ne s’achète pas.

Réel­le­ment mon mot a de la profon­deur. La condam­na­tion à mort est encore la seule chose que l’on ne se soit pas avisé de solli­ci­ter.

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Romain Gary a enchanté toute ma jeunesse, j’ai aimé ses livres avec passion, j’y trou­vais l’aventure la réflexion sur la vie, l’humour et la tendresse. J’ai choisi de relire « la promesse de l’aube » et j’ai immé­dia­te­ment tout retrouvé , même mes souve­nirs. La vie de Romain Gary est inti­me­ment liée a son oeuvre , et sa vie est la quin­tes­sence des horreurs du 20e siècle.

Grâce à l’affection de sa mère, il traver­sera toutes les épreuves comme protégé par un bouclier d’amour. Il devien­dra cet homme au destin incroyable ‚lui, le petit réfu­gié russe élevé dans l’amour de la France. Cela ne l’empêche pas d’ouvrir des yeux amusés et parfois tristes sur les peti­tesses de ce grand pays qui a bien du mal à accueillir un amour un peu encom­brant.

À la relec­ture j’ai été surprise des notes de déses­poir qui s’y trouvent, mais il est vrai que je connais aujourd’hui la fin de l’histoire, et le suicide de l’auteur plane main­te­nant sur son oeuvre. Je sais que Romain Gary a toujours de jeunes lecteurs. Ça ne m’étonne pas car il sait embar­quer son lecteur dans un roman à la fois drôle et tragique ; il sait racon­ter une histoire et nous faire réflé­chir sur la condi­tion humaine.

Citations

Grandeur et limite de l’amour maternelle

Avec l’amour mater­nel, la vie vous fait une promesse qu’elle ne tient jamais. On est obligé ensuite de manger froid jusqu’à la fin de ses jours. Après cela chaque fois qu’une femme vous prend dans ses bras et vous serre sur son coeur , ce ne sont plus que des condo­léances. On revient toujours gueu­ler sur la tombe de sa mère comme un chien aban­donné.

Humour du fils et démesure de la fierté d’une mère

- Tu seras ambas­sa­deur de France , c’est ta mère qui te le dit.
Tout de même, il y a une chose qui m intrigue un peu. Pour­quoi ne m’avait- elle pas fait Président de la Répu­blique pendant qu’elle y était ? Peut-être y avait-il , malgré tout, chez elle, plus de réserve, plus de rete­nue, que je ne lui en accor­dais.

Des formules qu’on aimerait retenir

Mais enfin, la véri­table tragé­die de Faust, ce n’est pas qu’il ait vendu son âme au diable. La véri­table tragé­die, c’est qu’il n’y a pas de Diable pour vous ache­ter votre âme. Il n’y a pas preneur. 

J « ai rencontré des hommes comme ça

J’étais donc loin de soup­çon­ner qu’il arrive aux hommes de traver­ser la vie, d’occuper des postes impor­tants et de mourir sans jamais parve­nir à se débar­ras­ser de l’enfant tapi dans l’ombre, assoiffé d’attention, atten­dant jusqu’à la dernière ride une main douce qui cares­se­rait sa tête et une voix qui murmu­re­rait : « oui mon chéri, oui, Maman t’aime toujours comme personne d’autre n’a jamais su t’aimer. »

Ne sommes pas tous comme lui ?

J’ai toujours éprouvé une insur­mon­table répu­gnance à faire de la peine à autrui, ce qui doit être chez moi un signe de faiblesse et un manque de carac­tère.

Des amours compliqués et toujours autant d’humour

Et la somme fabu­leuse de cent cinquante dollars qui me fut versée me permit de faire un voyage en Suède, à la pour­suite de Brigitte, que je trou­vai mariée. J’essayai de m » arran­ger avec le mari, mais ce garçon n’avait pas de coeur.

Je me demande si je n’ai pas raté l’homme de ma vie en lui parlant de Proust

Je me conten­tai donc de lui cares­ser douce­ment les lèvres du bout des doigts, pour tenter d’interrompre le flot de paroles, cepen­dant que, par un regard expres­sif, je l’invitai à un silence tendre et langou­reux, au seul langage de l’âme. Elle immo­bi­li­sait mes doigts dans les siens et repar­tait dans une disser­ta­tion sur le symbo­lisme de Joyce. Je compris brus­que­ment que mon dernier quart d’heure allait être un quart d’heure litté­raire. L’ennui par la conver­sa­tion et la bêtise par l’intellect sont quelque chose que je n’ai jamais pu suppor­ter.

Cette belle phrase, pour finir

La vie est jeune. En vieillis­sant, elle se fait durée, elle se fait temps, elle se fait adieu.

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5
J’avoue avoir du mal à mettre des coquillages à ce chef d’œuvre de la litté­ra­ture, il faudrait que je crée une nouvelle caté­go­rie ! Voici la raison de mon rela­tif silence litté­raire sur mon blog : j’ai entre­pris de relire très atten­ti­ve­ment « le Voyage » comme il faut dire, pour faire bien dans les salons bran­chés !

J’ai mis du temps à décou­vrir Céline, je n’arrivais pas à passer au-delà de son anti­sé­mi­tisme viru­lent ni de ses posi­tions pro-nazi Quand j’ai , il y a bien vingt ans, lu « le Voyage » (à mon avis le seul livre de Céline qui vaille vrai­ment la peine) , j’avais ressenti une très forte émotion. Un profond déses­poir d’abord devant tant de misère et de peti­tesses humaines, j’ai cru y lire la pente natu­relle pour la détes­ta­tion de toute l’humanité. Et en même temps une admi­ra­tion sans limite pour son style.

J’ai retrouvé intactes ces deux senti­ments, mais, comme ma lecture a été plus atten­tive, je me suis réga­lée de petits moments qui semblent comme des croquis pris sur le vif des compor­te­ments humains. Si vous voulez sourire, reli­sez la discus­sion sur la consti­pa­tion, c’est gratiné ! Mais il y a aussi de grands moments, par exemple, l’absurdité de la guerre 1418, cela n’a jamais été aussi bien racon­tée.

La dénon­cia­tion du colo­nia­lisme est extra­or­di­naire, nous sommes en 1931, je pense que personne n’était aussi clair­voyant que lui à cette époque ». C’est d’autant plus éton­nant que Céline n’est pas dans une posi­tion huma­niste « pro-noirs », il décrit simple­ment la turpi­tude des uns et des autres. Mais on comprend que c’était impos­sible qu’une telle exploi­ta­tion et un tel mépris des popu­la­tions afri­caines puissent conti­nuer éter­nel­le­ment.

La misère des pauvres gens du Rancy est terrible égale­ment, j’avoue que je trouve un peu long la fin du roman et je suppri­me­rais bien le passage dans la clinique psychia­trique. Au milieu des pein­tures de gens aigris, mauvais, calcu­la­teurs, inté­res­sés, cruels vis des faibles, sentant mauvais, pervers … et j’en passe, deux beaux portraits d’être sensibles : Aris­tide qui laisse sa santé en Afrique pour offrir à une petite nièce une éduca­tion conve­nable et Molly la pros­ti­tuée intel­li­gente et sensible que Ferdi­nand n’a pas eu le courage d’aimer.

Bref un roman qu’il faut lire et relire, et je ne comprends toujours pas pour­quoi cet homme si génial est devenu anti­sé­mite, raciste et pro-nazi.

Alors voilà, on peut détes­ter un homme et qu’il soit un très grand écri­vain, même si, pour moi, il n’est l’écrivain que d’un livre. Je vais mettre beau­coup de cita­tions certaines sont dans ma tête pour toute la vie, d’autres me font sourire où me rendent triste c’est selon. Dans tous les cas, il a un art de dire les choses qui , souvent, fait mouche. Ma préfé­rée à cette relec­ture : » Les femmes des riches, bien nour­ries, bien menties, bien repo­sées, elles deviennent jolies. Ça c’est vrai. Après tout ça suffit peut-être. On ne sait pas. Ça serait au moins une raison pour exis­ter. »

(Je comprends bien le plai­sir de Fabrice Lucchini à dire du Céline )

Citations

C’est peut-être ça qu’on cherche à travers la vie, rien que cela, le plus grand chagrin possible pour deve­nir soi-même avant de mourir.

L’amour c’est l’infini mis à la portée des caniches

Moi d’abord la campagne, faut que je le dise tout de suite, j’ai jamais pu la sentir, je l’ai toujours trou­vée triste, avec ses bour­biers qui n’en finissent pas, ses maisons où les gens n’y sont jamais et ses chemins qui mènent nulle part. Mais quand on y ajoute la guerre, c’est à ne pas y tenir.

Dans ce métier d’être tué, faut pas être diffi­cile, faut faire comme-si la vie conti­nuait, c’est ça le plus dur, ce mensonge.

En transe de bêtise inquiète qu’elle était. Ça dure long­temps ces états là.

Un cerveau c’est un tyran comme y a pas.

Ce n’est pas qu’elle fût laide Madame Puta, non, elle aurait même pu être assez jolie, comme tant d’autres, seule­ment elle était si prudente, si méfiante, qu’elle s’arrêtait au bord de la beauté, comme au bord de la vie, avec ses cheveux un peu trop peignés , un sourire un peu trop facile et soudain, des gestes un peu trop rapides ou un peu trop furtifs


Il y a un moment où on est tout seul quand on est arrivé au bout de tout ce qui peut vous arri­ver. C’est le bout du monde. Le chagrin lui-même, le vôtre, ne vous répond plus rien et il faut reve­nir en arrière alors parmi les hommes, n’importe lesquels. On n’est pas diffi­cile dans ces moments là car même pour pleu­rer il faut retour­ner là où tout recom­mence, il faut reve­nir avec eux.

On n’est jamais mécon­tent qu’un adulte s’en aille, ça fait toujours une vache de moins sur terre, qu’on se dit, tandis que pour un enfant, c’est tout de même moins sûr. Il y a l’avenir.

Ne croyez jamais d’emblée au malheur des hommes. Deman­dez-leur seule­ment s’ils peuvent dormir encore…si oui, tout va bien. Ça suffit.

Je ne connais­sais que des pauvres, c’est-à-dire des gens dont la mort n’intéresse personne.

Nous voguions vers l’Afrique, la vraie, la grande ; celle des inson­dables forêts, des miasmes délé­tères, des soli­tudes invio­lées, vers les grands tyrans nègres vautrés aux croi­se­ments des fleuves qui n’en finissent plus.

Par exemple à présent c’est facile de nous racon­ter des choses à propos de Jésus-Christ. Est-ce Qu’il allait aux cabi­nets devant tout le monde Jésus-Christ. J’ai l’idée que ça n’aurait pas duré long­temps son truc s’il avait fait caca en public. Très peu de présence tout est là, surtout pour l’amour.

Pour les ravi­go­ter, on les remonte les riches, à chaque dix ans, d’un cran dans la légion d’Honneur, comme un vieux nichon et les voilà occu­pés pour dix ans encore.

Le voyage c’est la recherche de ce rien du tout, de ce petit vertige pour couillons.

La vie c’est un petit bout de lumière qui finit dans la nuit.

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5
Cinq coquillages sans aucune hési­ta­tion pour ce livre qui rend les mythes grecs abor­dables et passion­nants. Je conseille ce livre facile d’accès à toutes celles et tous ceux qui veulent un premier aperçu de la mytho­lo­gie grecque, on y trouve des réflexions prati­que­ment philo­so­phiques et des récits ô combien passion­nants. Jean-Pierre Vernant le dit lui-même dans son intro­duc­tion, il avait été solli­cité par son petit fils pour racon­ter des histoires, spécia­liste de l’antiquité grecque, il lui a raconté celles qu’il connais­sait le mieux : les légendes et les mythes fonda­teurs de notre civi­li­sa­tion.

Quelle chance a eue cet enfant ! Puisqu’il a été écrit après cette expé­rience de trans­mis­sion orale, ce livre a deux grandes quali­tés : il est érudit sans être complexe et il retrouve un des aspects de la civi­li­sa­tion grecque, le plai­sir du conte. Jean-Pierre Vernant en conteur cela devait être merveilleux, on le sent bien, il prend à partie les Dieux, il s’amuse avec un esprit d’une inso­lence joyeuse qui rend le récit très vivant.

Mon petit fils me demande aussi les histoires d’Ulysse, et c’est pour lui que je me suis replon­gée dans ce livre pour mon plus grand plai­sir.

Citations

L’un des traits de l’existence humaine c’est la disso­cia­tion entre les appa­rences de ce qui se laisse voir, se laisse entendre, et puis les réali­tés.

Ulysse ne résiste pas au plai­sir de la vantar­dise et de la vanité. Il lui crie : « Cyclope, si on te demande qui a aveu­glé ton œil, dis que c’est Ulysse, fils de Laërte, Ulysse d’Ithaque, le pilleur de ville, le vain­queur de Troie, Ulysse aux mille tours ?» Natu­rel­le­ment, quand on crache en l’air, cela vous retombe sur le nez.

Les histoires concer­nant Diony­sos prennent un sens un peu parti­cu­lier quand on réflé­chit à cette tension entre le vaga­bon­dage, l’errance, le fait d’être toujours de passage, en chemin, voya­geur, et le fait de vouloir un chez-soi, où l’on soit bien à sa place, établi, où l’on ait été plus qu’accepté : choisi.

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Traduit de l’anglais par Rita BARISSE-VERCORS

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Je suis toujours dans mes range­ments de biblio­thèque … Je n’avance pas beau­coup, il faut dire que j’ai une fâcheuse tendance à relire mes livres préfé­rés. Comment se fait-il que celui-là ne soit pas déjà sur mon blog ?

J’ai rare­ment autant ri à la lecture d’un livre. Si vous êtes un bon conteur vous saurez animer vos soirées avec les histoires d’Edouard père d’Ernest qui finira mangé par son fils effec­ti­ve­ment ! Person­nel­le­ment, je n’y arrive pas car je ris trop pour expli­quer pour­quoi ça me fait autant rire, heureu­se­ment il y a souvent quelqu’un qui connaît et qui peut finir mon histoire.

Nous sommes pendant la préhis­toire et nous vivons en direct la domes­ti­ca­tion du feu, bien loin des livres savants ou terribles (je pense à la guerre du feu par exemple) sur le même sujet, Roy Lewis a donné à ses person­nages une langue moderne et des atti­tudes contem­po­raines, le tout rend son roman abso­lu­ment irré­sis­tible. Il faut, aussi, souli­gner que ce livre permet de se faire une idée assez exacte des néces­si­tés de l’évolution de la race humaine. La misère physique et morale dans laquelle est plon­gée la tribu au début de leur aven­ture est bien rendue, sans le feu l’homme est la proie de tous les préda­teurs et ils sont nombreux !

Person­nel­le­ment j’ai un petit faible pour l’oncle Vania, l’écolo de service qui refuse le progrès surtout le feu, et encore plus son usage pour griller la viande, mais qui vient expo­ser ses théo­ries de vie en harmo­nie avec la nature en profi­tant de la chaleur du foyer et en dégus­tant les meilleurs morceaux de viande grillée. J’ai adoré égale­ment la conquête amou­reuse d’Ernest et les ruses de Griselda pour lui faire croire qu’il était bien le mâle domi­nant.

Je ne sais pas s’il y a encore des gens qui n’ont pas lu ce livre, préci­pi­tez-vous une soirée de bonne humeur assu­rée !

Citations

Back to the trees ! clama-t-il en cri de rallie­ment. Retour aux arbres !

Malgré ce qu’il avait dit Oncle Vania revint nombre de fois répé­ter ses exhor­ta­tions contre le feu- quoique de préfé­rence, je le remar­quai, par les soirées froides ou pluvieuses.

J’ai fini par atteindre la Pales­tine. C’était en pleine bagarre.
- Entre qui ?
- Entre immi­grant d’Afrique et Néan­der­tha­liens.
- Pas assez de gibier ? demanda père
– Que si ! tout abonde dans ce pays, il pisse le lait et le miel. Mais il y a quelque chose dans l’air qui vous rend agres­sif. Ils se battaient et s’appariaient. Drôle de jeu.

- C’est plus ou moins la même chose, dit père. Mais faut surveiller ça : en plein pléis­to­cène, des singes velus qui se croisent en Pales­tine avec des singes pelés, savoir ce que ça va donner ?
- Des prophètes barbus vivant de miel et de saute­relles, m’aventurai-je à dire
- N’essaie pas de faire de l’esprit ce n’est pas ton genre grom­mela père.

On en parle

Excu­sez du peu, un article dans Wiki­pé­dia !

http://media.paperblog.fr/i/251/2517844/ne-tirez-pas-sur-loiseau-moqueur-harper-lee-L-1.jpeg

Traduit de l’anglais par Isabelle Stoia­nov.

5
L’avantage du club de lecture c’est la redé­cou­verte des grands clas­siques. Je l’ai relu atten­ti­ve­ment et j’ai fran­che­ment adoré, encore une fois ! Le début est un peu lent et l’histoire ne se met en place qu’au tiers du livre. Mais ensuite on se rend compte que tout avait de l’importance.

Les chro­niques d’une petite ville en Alabama avant la deuxième guerre mondiale sont très savou­reuses et comme tout est vu à travers les yeux d’une enfant de six ans c’est souvent drôle et émou­vant : les ragots, les familles où on sait tout sur tout le monde, les sectes reli­gieuses, les méthodes scolaires, les vieilles filles qui ont leur mot à dire sur l’éducation des enfants, et surtout la condi­tion des noirs.
Le père, Atti­cus, élève seul ses deux enfants et leur donne des valeurs huma­nistes dans une petite ville où le racisme est de règle. Commis d’office pour défendre un noir inno­cent mais accusé du viol d’une femme blanche, sa vie et celle de ses enfants va deve­nir très compli­quée.

On ne peut pas s’empêcher d’adorer Atti­cus, c’est un beau person­nage. Je pense qu’on ne peut pas l’oublier, ni comme père, ni comme avocat. Grâce à ce livre, on comprend mieux d’où vient l’Amérique, j’ai beau­coup pensé au temps où nous chan­tions surtout quand l’auteur évoque les enfants métis et une fois encore je me suis réjouie de la victoire d’Obama.

Citations

Les garçons furent donc convo­qués pour trouble à l’ordre public, voies de fait, injures et blas­phèmes en présence du sexe fémi­nin. Le juge inter­ro­gea Mr Conner sur la raison de ce denier chef d’accusation ; celui-ci répon­dit qu’ils avaient juré si fort qu’il était sûr que toutes les dames de Maycomb les avaient enten­dus.

Tu es trop petite pour comprendre, mais parfois, la Bible est plus dange­reuse entre les mains d’un homme qu’une bouteille de whisky entre celles de ton père.

Je voulais que tu comprennes quelque chose, que tu voies ce qu’est le vrai courage, au lieu de t’imaginer que c’est un homme avec un fusil à la main. Le courage, c’est de savoir que tu pars battu, mais d’agir quand même sans s’arrêter. Tu gagnes rare­ment mais cela peut arri­ver.

- C’est quoi un métis ?
- Un enfant à moitié blanc, à moitié noir … ils sont tristes
- Pour­quoi tristes ?
- Parce qu’ils n’appartiennent à aucune commu­nauté. Les gens de couleur n’en veulent pas parce qu’ils sont à moitié blancs ; les Blancs n’en veulent pas parce qu’ils sont de couleur.

- Hé, faut pas nous bour­rer la caisse ! dis-je
- Je te demande pardon ?
- Ne fais pas atten­tion, inter­vient Atti­cus. Elle essaie de te provo­quer. Cal dit qu’elle jure en parfait argot depuis une semaine main­te­nant.
Oncle Jack haussa les sour­cils mais ne dit rien. En dehors du charme foncier de tels mots, j’agissais en appli­ca­tion de la vague théo­rie que, si Atti­cus décou­vrait que je les avais appris à l’école, il ne m’y enver­rait plus.

On en parle

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