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Une chaus­sure sur un toit permet à l’écrivain d’écrire dix nouvelles. Certaines sont vrai­ment bien imagi­nées et les portraits de nos contem­po­rains sont parfois savou­reux , mais l’ensemble est inégal. On se demande comment dans chaque nouvelle, l’auteur va réus­sir à nous parler de « la chaus­sure ». Ça fait un peu exer­cice de style mais c’est amusant, comme l’est l’émission « les papous dans la tête » le dimanche sur France-Culture, émis­sion à laquelle ce livre m’a fait penser (Merci Fanny de me l’avoir prêté).

Citations

J’ai poussé un soupir en pensant à la tête de mon patron, demain : je suis fati­gué mais c’est parce que ma fille a vu un ange cette nuit, vous compre­nez ? Ça n’arrive pas tous les jours .

Le présen­ta­teur de télé­vi­sion :
- Je songeais à publier un recueil de mes opinions sur la litté­ra­ture mondiale. Je connais­sais Gérard Depar­dieu. Je lais­sais planer avec délices toutes les rumeurs possibles concer­nant ma véri­table sexua­lité. J’hésitais à ache­ter un chat. Je possé­dais trois paires de mocas­sins John Lobb et j’avais annoncé la mort offi­cielle de la litté­ra­ture post­mo­derne.

La vieille dame qui télé­phone quatre fois par jour aux pompiers pour faire enle­ver la chaus­sure :
– Et bien moi, figure-toi, ça m’a exas­pé­rée, ce sermon. Si les pompiers refusent d’aider les vieilles dames, qui le fera, hein ? Les marchands de saucisses, les agents immo­bi­liers ?

On en parle

Tous ne sont pas aussi élogieux : link.

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J’avais lu ce roman, il y a deux ans je crois. Et je l’avais appré­cié. Je l’ai relu en ayant en tête toutes les critiques, plutôt néga­tives, que j’ai enten­dues depuis. Je suis toujours sensible à la rencontre de Renée la concierge et de Paloma la jeune fille de 13 ans suici­daire. Et le roma­nesque l’emporte sur les défauts. Il est vrai que les person­nages sont cari­ca­tu­raux, il est vrai qu’on y trouve tous les clichés sur les « bobos », il est vrai que les quali­tés n’existent que chez les pauvres et un richis­sime japo­nais et que le tout est parsemé de concepts philo­so­phiques qui ne rajoutent pas grand chose au roman.

Malgré tout cela, j’ai passé un bon moment de lecture. Le seul grief, pour moi, c’est d’avoir cédé à la mode actuel du héros surdoué. C’est très agaçant comme s’il ne suffi­sait pas d’avoir une intel­li­gence normale pour être sensible à l’amour, à l’art et comprendre ses semblables.

Citations

Madame Michel, elle a l’élégance du héris­son : à l’extérieur, elle est bardée de piquants, une vraie forte­resse, mais j’ai l’impression qu’à l’intérieur, elle est aussi simple­ment raffi­née que les héris­sons, qui sont des petites bêtes faus­se­ment indo­lentes, farou­che­ment soli­taires et terri­ble­ment élégantes.

Les enfants aident à diffé­rer la doulou­reuse tâche de se faire face à soi même et les petits-enfants y pour­voient ensuite.

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Roman très court, un peu plus long qu’une nouvelle. Très facile à lire, on survole la vie de l’auteur petite fille d’une famille juive touchée par la Shoa. Le livre reste super­fi­ciel, même si un certain nombre des remarques me semble très juste.

Les quelques pages sur Korc­zak, éduca­teur juif polo­nais qui est mort avec les orphe­lins dont il avait la charge sont bouver­santes .

Cita­tions

J’ai inventé un adage selon lequel des amou­reux se quittent, la plupart du temps, pour les mêmes motifs que ceux qui avaient présidé à leur union… Le poison est dans l’élixir.

Les nazis nous traitent de cancre­lats, ils nous voient comme des montres infes­tés de vermine, des sous-hommes, nous comparent aux fruits gâtés qu’il convient de détruire afin qu’ils ne conta­minent pas les récoltes saines, et nous chan­tons, et nous disons des vers, nous réci­tons la Divine Comé­die , des fables et des comp­tines. Cela ne sert à rien, on meurt quand même. L’art ne sert à rien, car on meurt toujours. Mais l’image reste. L’image d’un convoi d’enfants qui chantent en allant vers la mort et disent « en nous exter­mi­nant, c’est vous-mêmes que vous tuez »

Site où on en parle

link

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J’ai lu plusieurs fois ce roman et je viens de le relire pour le mettre dans mon blog , avec toujours le même plai­sir. J’avais dans la tête la phrase de ma sœur : « à travers les livres j’élargis ma connais­sance du monde et des gens ». Farrago corres­pond exac­te­ment à cette attente. On y croise une foule de person­nages pris dans des turbu­lences tragiques et comiques à la fois. On sent que l’écrivain a aimé tous ses person­nages et qu’il a la tête pleine d’histoires de notre époque. Si on ne s’y perd pas, c’est grâce à Homer Idle­wilde, vaga­bond à la recherche de son destin. Le tout se passe dans une Amérique profonde, avec des margi­naux haut en couleur que l’on n’est pas près d’oublier.

Citations

Je pars moi-même à la recherche du shérif, ce qui d’une simpli­cité enfan­tine, le shérif étant de loin, dans toute la commu­nauté, l’individu le plus facile à pister.

Duke, dont les ancêtres esclaves se sont tués au travail dans les champs de coton avant d’être libé­rés et de venir se tuer au travail dans l’arrière-pays cali­for­nien et dans les mines de Tuske­gee Heights

La misère, j’ai pensé, c’est que les gens n’arrivent pas à racon­ter l’histoire de leurs misères.

Je souhaite avoir un destin, j’ai murmuré. Je souhaite vivre une histoire qui fasse de ma vie un destin.

Sur toutes les plages du monde, il y a un galet que tu choi­si­ras de ramas­ser parmi tous les autres, et sur tous les quais de gare du monde il y a un voya­geur que tu choi­si­ras de voir dans la foule des visages.

De même les gens sont inca­pables de racon­ter une histoire s’ils ne disposent pas d’une chute heureuse ou malheu­reuse …

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J’ai beau­coup appré­cié ce livre en parti­cu­lier, toutes les remarques sur le voca­bu­laire et les contre­sens que nous faisons parfois en donnant au mot le sens d’aujourd’hui. Molière, » valet du roi » est très éclai­rant à ce propos. Chaque rituel permet de comprendre la fonc­tion royale mais permet aussi de réflé­chir à propos de notre société

Citation

Je me sentis comme élever l’esprit et le courage, je me trou­vai tout autre, je décou­vris en moi ce que je ne connais­sais pas, et me repro­chai avec joie de l’avoir trop long­temps ignoré. Cette première timi­dité qu’un peu de juge­ment donne toujours, et qui d’abord me faisait peine, surtout quand il fallait parler quelque temps en public, se dissipa en moins de rien. Il me sembla seule­ment alors que j’étais roi et né pour l’être.


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Henry Bauchau est à mon avis un écri­vain majeur de notre époque et j’apprécie toute son œuvre , ce roman me touche parti­cu­liè­re­ment. Ce livre m’a permis de mieux comprendre l’enfant psycho­tique, le travail du théra­peute et la créa­tion artis­tique. Les trois thèmes se mêlent dans un labo­rieux mais superbe abou­tis­se­ment d’une œuvre poétique et roma­nesque
La créa­tion du langage est vrai­ment éton­nante.

Citations

On était un enfant retardé par une mala­die du cœur jusqu’à quatre ans. À l’hôpital Brous­sais on a été opéré et on a connu la terreur. Heureu­se­ment il y a un enfant bleu de sept ans qui a protégé… Parfois la vie devient plus clair, on est moins petit devant ceux qui font les mauvais coups mais souvent le démon est comme un ovni dans le ciel. Les gens se sorcié­risent et les auto­bus hurlent dans les rues qui deviennent noires.

Vocabulaire du peuple du désastre

Bagar­re­ment baïon­net­ter Bazar­di­fier
Bazar­der
bazar­de­ment
Bazar­bouillis
bazar­bouiller Bombar­di­fier
bombar­di­ser
bouillo­ni­ser brigan­do­rangé bouillan­ton­ner Le catas­tro­phié chara­bia­cés
chauf­fa­gi­ser clochar­der débi­lan­co­lique Débi­lisé
Débi­lé­fou
débi­lo­dé­li­rant
désau­vagé Détracté
Détrac­te­ment
détrac­touiller déstruc­ti­fié embal­bu­tié emmer­dou­bler
ennuiable escar­bar­bouiller fabri­cole Gouille-gare Malheu­ri­fier
Le malheu­ri­fié
malheu­ri­sant
mara­gouiller médiouse orager pacha­croute parle­rie
rayon­ni­ser renver­si­fier résu­cr­rec­ti­fier révol­vé­ri­ser Sauvagé
sorcié­risé
scan­da­li­fiant

4
J’ai commencé ce roman avec amuse­ment, persua­dée que je n’y trou­ve­rai qu’un inté­rêt modéré. (Ma grand-mère me parlait toujours avec émotion de Madame Coty, c’était son idéal de femme, elle lui attri­buait des pensées de compas­sion pour les pauvres gens – sans doute à cause de la photo où elle sert de la soupe à son président de mari- et surtout Madame Coty était une bonne catho­lique). J’ai beau­coup aimé le livre du petit fils de René Coty, il permet au lecteur de traver­ser le siècle par petites touches et analyses assez fines de notre société. L’auteur s’y met en scène avec une honnê­teté surpre​nante​.Je pense que mon inté­rêt vient aussi de la descrip­tion d’Etretat ou plus d’un dinar­dais retrou­vera des remarques qu’il se fait parfois sur notre « si » petit monde. Je sais que j’offrirai ce livre à des amis de Saint-Lunaire, Saint Briac ou de Dinard. Son dernier chapitre sur le bain dans l’eau de la Manche m’a vrai­ment ravie.

Citations

Mais le rêve d’amour avait fait place au harcè­le­ment mutuel qui occupe souvent les vieux couples.

Chaque dimanche, après déjeu­ner, les paysans cauchois s’engouffrent dans leur voiture pour aller regar­der la mer …tout le reste a changé : les culti­va­teurs habitent des maisons modernes, recons­truites à l’intérieur des anciennes cours plan­tées ; leurs bêtes engraissent dans des hangars en parpaings et leur four­rage est protégé par des bâches en plas­tique sous des piles de pneus.

Abré­geons les préli­mi­naires qui consti­tuent, pour cette acti­vité, le moment le plus pénible. Aucune douceur, aucune exci­ta­tion, aucun fris­son d’extase à espé­rer quand la première vague glacée vient lécher vos orteils. Elle semble plutôt là pour vous faire renon­cer, en vous rappe­lant que, même par beau temps, la mer reste toujours aussi fraîche, très infé­rieure à la tempé­ra­ture du corps…… Certains courent aveu­glé­ment sur les galets, ils descendent la pente en pous­sant des cris et entrent dans l’eau comme des soldats de 14 se jetant sous la mitraille ; d’autres hésitent longue­ment et progressent, pas à pas, dans une rela­tion maso­chiste avec l’élément.

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Très bon roman, et là fran­che­ment le fron­tière entre­livre pour ado et adulte dispa­raît. J’ai beau­coup appré­cié aussi le site consa­cré au livre http://​letemps​des​mi​racles​.bondoux​.net C’est un véri­table prolon­ge­ment du livre. Beau­coup d’humour, d’amour de tragé­dies et de déses­poirs dans la fuite de cette femme à travers le Caucase. L’enfant arri­vera en France, elle non. Toute l’horreur de notre monde actuel est très bien racon­tée dans ce petit roman.Lorsque les deux enfants Prudence du Libé­rai et Koumaïl-Blaise du Caucase font un concours des horreurs qu’ils ont déjà vécus, on revoit sans peine toutes les images qui hantent nos mémoires d’aujourd’hui. Comme beau­coup de livres avec un itiné­raire à parcou­rir l’intensité parfois décroit, mais il y a des moments inou­bliables : l’immeuble, la décharge. La fin est terrible, on se demande comment va faire le héros pour conti­nuer à vivre. C’est aussi un livre sur l’amour mater­nel.

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On se laisse prendre à ce roman historique,c’est un bon roman, sans plus. Je l’ai lu cepen­dant jusqu’au bout, sans trop d’ennui. Cette période de l’inquisition en Espagne du 15e et 16e siècle est vrai­ment une horreur à vous dégoû­ter de la reli­gion catho­lique.

Citation

Elle ferma les paupières, comme si elle voulait tendre un voile entre elle et l’horreur. quand elle rouvrit les yeux, deux condam­nés étaient déjà la proie des flammes. Le premier agoni­sait sans un cri. Le second hurlait, suppliait et se débat­tait, tant et si bien que ses liens, déjà consu­més, se déta­chèrent. Il jeta du haut du quema­dero, torche vivante. Les bour­reaux se préci­pi­tèrent sur lui. On réus­sit à lui entra­ver les pieds, on le replon­gea dans le feu. Il y demeura l’espace d’un credo et se préci­pita à nouveau hors du bûcher. Cette fois, un des soldats l’assomma du canon de son arme avant de le reje­ter défi­ni­ti­ve­ment dans le brasier.
Une odeur âcre avait submergé l’air du couchant. Une odeur de suint, de sueur, fondue dans la pesti­lence des chairs brûlée.

Je suis assez d’accord avec cet avis trouvé sur le net

28 avril 1487 à Tolède. En pleine inqui­si­tion espa­gnole, la Dona Vivero assiste à un auto­dafé. Parmi les condam­nés, le calme appa­rent d’un homme retient toute son atten­tion. Cet homme, c’est Aben Baruel. Posses­seur du Livre de Saphir, écrit de la main de Dieu, il l’a caché avant de mourir. Par l’intermédiaire de cour­riers post-mortem, il charge trois hommes de le retrou­ver : Samuel Ezra, le rabbin ; Cheikh Ibn Sarrag, le musul­man et Raphaël Vargas, descen­dant des templiers et moine fran­cis­cain. Ces trois hommes, de confes­sions appa­rem­ment oppo­sées, vont devoir taire leurs discor­dances pour résoudre les énigmes qui jalonnent leur chemin. Car Aben Baruel a distri­bué à chacun d’eux une partie des indices. Seule leur union leur permet­tra de venir à bout de cette quête. Au cours de leur inves­ti­ga­tion, il vont croi­ser le chemin de la Dona Vivero. Elle assure déte­nir la clé finale de leur parcours.

C’est un roman qui se lit très faci­le­ment. On se laisse rapi­de­ment entraî­ner par l’intrigue et les descrip­tions de l’Espagne du 15ème siècle sont saisis­santes. Pour­tant, je n’ai pas pu m’empêcher de noter quelques invrai­sem­blances et anachro­nismes flagrants. Pour n’en citer qu’un parmi d’autres, Gilbert Sinoué écrit à la page 286 : « C’est tout de même meilleur que vos oeufs frits au lard, vos sempi­ter­nels duelos y quebran­tos, vos sardines et vos pommes de terre ».
Sachant que nous sommes en 1487, que Chris­tophe Colomb (qui inter­vient d’ailleurs dans ce récit) n’a pas encore décou­vert les Amériques, et que les pommes de terre ne seront intro­duites en Espagne qu’au 16ème siècle (1534 pour être précise), j’ai trouvé ce passage pour le moins risible… Et ce n’est pas la seule erreur indé­niable de ce roman dit « histo­rique ». Mettons donc de côté l’aspect « histo­rique», pour conservé la part « mystique ».

J’avoue que j’ai trouvé la conclu­sion assez drôle. Moi, l’athée convain­cue, j’ai toujours été persua­dée que Dieu était une idée dange­reuse. L’interprétation que j’ai faite de la fin de cette épopée n’a fait que me confor­ter dans ce sens. Mais je ne peux pas plus vous expli­quer ici, au risque de déflo­rer le ressort de l’intrigue. Un bon roman pour l’été, si on n’est pas trop diffi­cile sur l’exactitude histo­rique.

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Le club de lecture auquel je parti­cipe, propose régu­liè­re­ment des BD je les lis toujours mais en géné­ral je n’aime pas, celle-ci repré­sente l’exception. Elle m’a beau­coup plu. J’apprécie à la fois l’histoire et le graphisme. Comme toujours pour les BD, j’ai dû passer du temps pour bien comprendre mais cette fois, j’ai enfin ressenti une osmose entre le dessin et l’histoire et j’ai pensé que la BD servait mieux ce récit que le roma­nesque. J’ai même proposé cette BD au coup de cœur du mois de février. Je trouve que certains visages sont très proches de nous, la ville du Mans est bien rendue et la multi­tude des person­nages enri­chit la trame de l’histoire sans la noyer sous les habi­tuelles scènes érotiques ou d’horreur.

Seul petit bémol, la façon dont le dealer se tire d’affaire, mais on peut aussi penser juste­ment que dans la vie il n’y a pas de Léonard pour sauver les gens qui se mettent dans de telles situa­tions.