Traduit de l’anglais par Robert Fouques Duparc
Lu dans le cadre du club de lecture de ma média­thèque : thème Afrique du Sud

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Devrait-on relire les livres qui nous ont marqués à leur paru­tion ? Je n’ai pas la réponse, mais j’ai du mal à cacher ma décep­tion pour ce livre là. Il faut dire que son écri­ture corres­pon­dait à un moment précis de l’histoire de l’Afrique du Sud , au moment où une répres­sion terrible s’abattait sur tous ceux et celles qui voulaient que le monde entier sache ce que le régime de l’apartheid cachait d’horreurs dans son impla­cable appli­ca­tion.

André Brink a eu le mérite, grâce à ce livre , d’ouvrir notre conscience à l’inacceptable violence faite aux valeurs de l’humanité. Un homme honnête, Ben Du Toit, simple­ment honnête, veut montrer qu’on a tué d’abord le fils du jardi­nier de l’école puis, le jardi­nier lui-même seule­ment parce qu’ils étaient noirs. Je me souviens bien combien j’avais été angois­sée par l’enquête du person­nage prin­ci­pal Ben , au point d’avoir parfois du mal à tour­ner les pages. Le roman commence en effet par la fin , la mort de l’honnête et coura­geux Ben. On sait que tout finit mal, seul espoir : l’écrivain réus­sit à écrire ce roman , il en devient un person­nage ; comme son livre est arrivé jusqu’à nous, on comprend qu’une partie de la vérité a été révé­lée au monde.

Je trouve que le roman a vieilli et il m’a fallu toute la force de mes souve­nirs pour aller jusqu’au bout. Je ne veux pas m’étendre car ce serait comme abîmer une œuvre qu’on a adorée mais je laisse à deux autres blogueuses le soin d’exprimer deux opinions oppo­sées.

Citations

Une citation qui sert trop souvent (elle est de Tolstoï)

Toutes les familles heureuses se ressemblent. Mais chaque famille malheu­reuse l’est à sa façon.

Face à la tyrannie, je suis d’accord avec cette phrase

Je veux dire que peu de gens semblent prêts à être simple­ment humains, à en prendre la respon­sa­bi­lité.

La vie

Attendre, attendre. Comme si la vie était un avoir dans une banque, un dépôt qui vous serait resti­tué un jour, une fortune. Et puis vous ouvrez les yeux et vous décou­vrez que la vie ne vaut guère plus que la petite monnaie qui se trouve dans votre poche.

Le racisme

Ils ne savent pas ce qu’ils font. Même quand ils tuent nos enfants, ils ne savent pas ce qu’ils font.. Ils croient que ça n’a pas d’importance. Ils ne croient pas que nos enfants soient des êtres humains. Ils pensent que ça ne compte pas.

On en parle

Miss­bou­quin qui aime beau­coup et Mimi­pin­son qui n’a pas appré­cié.

Traduit de l’afrikaans par Pierre-Marie FINKELSTEIN

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La suite de l’autobiographie de Brink, plusieurs d’entre vous m’ont conseille de lire Karel Shoe­man, et j’ai fait confiance à Domi­nique pour choi­sir celui-ci. Je compte sur vous pour me dire si je dois conti­nuer dans la lecture de cet auteur, parce que , je suis déso­lée Domi­nique, mais j’ai eu beau­coup de mal à comprendre pour­quoi tu as aimé ce livre.

Il a le grand mérite de nous faire comprendre d’où viennent les Afri­ka­ners qui seront dans un autre siècle les tenants de l’apartheid , mais le procédé litté­raire est à peu près insup­por­table. Cette femme qui va mourir ne veut pas se souve­nir d’une vie pétrie d’ennuis et de rancœurs, mais les souve­nirs lui viennent à la mémoire malgré elle. Cela donne toutes deux ou trois pages .. je crois … je ne sais plus… est ce bien ainsi que cela s’est passé… est-ce elle ?

On s’attend à quelque chose d’énorme et fina­le­ment à force d’attendre on trouve qu’un crime passion­nel et le fuite d’une femme avec le frère de son mari, sont peu de chose même si c’est bien le lourd secret qu’on vos promet au début du roman, ce n’est évidem­ment pas le plus impor­tant… Le plus impor­tant , c’est le silence et l’absence de réac­tion d’une fille qui a accepté la tyran­nie de sa mère. Et n’a fait aucun choix person­nel, le dur labeur de la ferme la toute puis­sance d’une femme acariâtre et mesquine qui a fait le malheur de toute sa famille.

Et ce pays où tout est diffi­cile

En toile de fond , loin , très loin de leur vie , des noirs qu’on spolie ou qu’on frappe le plus fort possible. Reli­gion, rigueur, absence de plai­sir, médi­sance des petites commu­nau­tés rurales tout cela dans le cerveau d’une pauvre vieille fille en train de mourir et qui mélange les années et n’a rien connu de la vie.…

Domi­nique ! Help ! Si les autres romans de cet auteur sont du même bois, j’arrête !

Citations

Les spoliations de noirs

Papa se tenait sur le seuil de la porte , en silence, et je revois encore Maman , juste derrière lui, lui donner une tape dans le dos et lui murmu­rer à l’oreille : » dis à cette espèce de Hotten­tot de décam­per !» Je m’en souviens comme hier :Maman vêtue de sa robe noire , ses paroles, et ce petit geste d’impatience . Un beau jour , quelqu’un avait décou­vert ‚ou décidé, que le lopin de terre sur lequel vivait Jan Baster était situé sur notre ferme et lui avait ordonné de déguer­pir. 

La mémoire

Le passé est un autre pays : où est la route qui y mène ?

On en parle

« à sauts et à gambades » bien sûr, et « le mange livre  » tout aussi enthou­siaste (je me sens bien seule !).

41wjfKX35fL._SX295_BO1,204,203,200_Traduit de l’anglais de l’Afrique du Sud par Bernard Turle.

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Brink, André Brink ! 
Je dois à cet auteur la révé­la­tion de ce qu’a été l’Afrique du Sud : un pays tragique et superbe. Depuis Une saison Blanche et Sèche , j » ai lu avec passion ses romans : Un turbu­lent silence, Au plus noir de la nuit… Il a su, avec un talent incom­pa­rable ‚entraî­ner ses lecteurs dans les méandres des passions humaines. ET … Il vient à Saint-Malo , aux « éton­nants voya­geurs » , avec son auto­bio­gra­phie Mes bifur­ca­tions.

C’est un des meilleurs conteurs que je connaisse, et c’est, encore une fois, ce talent là qui m’a le plus inté­res­sée dans ce très long récit. Il y fait le point sur tous ses parcours. Il a pris tous les chemins des révoltes et là où l’injustice essaie d’étouffer l’esprit de liberté ‚André Brink met son talent et sa noto­riété au service de ceux qui luttent. Bien avant d’être un écri­vain célèbre dans le monde entier, il a été un petit Afri­ka­ner élevé par des parents aimants mais tout natu­rel­le­ment racistes et cher­chant à éviter tout contact avec la popu­la­tion noire qui les entou­rait.

Jeune étudiant, c’est en France, en côtoyant des étudiants noirs, qu’il pren­dra conscience de l’horreur de la situa­tion dans son pays. De retour chez lui il ne cessera , alors, de parti­ci­per très acti­ve­ment à la lutte contre l’Apartheid, prenant souvent de très grands risques. Il retourne en 1968 en France et cela m’a amusé de lire ce qu’il a pensé des événe­ments de mai 68 en France.

Le livre mêle ses expé­riences et évolu­tions person­nelles et les conflits du monde que ses posi­tions coura­geuses l’ont conduit à connaître. Il le dit lui-même il est plus écri­vain que poli­tique. Il a été amené à s’appuyer sur des idées révo­lu­tion­naires qui ont provo­qué bien des tragé­dies elles-aussi,la partie critique de ces idéo­lo­gies me manque un peu. Il fait, également,la part belle aux femmes rencon­trées et aimées pour certaines d’entre elles, à la passion.

Son livre se termine très tris­te­ment car l’Afrique du Sud est gouver­née par des incom­pé­tents et des corrom­pus. La violence y fait, encore, beau­coup de victimes , la seule diffé­rence , c’est qu’aujourd’hui elle est exer­cée par des noirs contre les blancs ou des noirs riches. Entre le chef d’une police dépas­sée ou tota­le­ment corrom­pue, une ministre de la santé qui veut lutter contre le Sida avec de l’ail et des décoc­tions de plantes, on se dit, hélas ! que ce pays est bien mal parti. Dans ce chapitre on peut lire ce qu’il avait déjà écrit dans un article du Monde paru en 2006.

Par soucis d’honnêteté, André Brink cite tous les noms des personnes qu’il appré­cie où qu’il critique , on est parfois un peu submergé par tant de noms incon­nus et de préci­sons sur les circons­tances de ces rencontres . Cela alour­dit son récit et je dois avouer que j’ai parfois sauter des pages. Ses mémoires four­millent de moments très diffé­rents. Comme le dit le titre, André Brink a bifur­qué souvent.. mais sa ligne de conduite a toujours été : un fil rouge tendu entre la liberté et le respect de l’être humain.

Citations

Pour consoler tous ceux et celles qui comme moi se désespèrent de ne pas savoir bricoler

Je ne sais vrai­ment rien faire de mes dix doigts . Et même avec quatre ou trois ou deux.
Cela dit, mon incom­pé­tence n’a jamais altéré ni mon enthou­siasme ni ma déter­mi­na­tion. Au contraire. Je raffole des outils de menui­se­rie. Plus ils sont chers et inutiles, plus ils me plaisent . Des plus sophis­ti­qués, comme des meuleuses d’angle , perceuses, tour­ne­vis élec­triques ou scies à chan­tour­ner , aux plus simples comme les pinces , marteaux et burins de base. Je les respecte , je les révère , je les adore. Le seul problème, c’est que je ne sais pas m en servir . En théo­rie , oui. Mais en pratique. Qu’à cela ne tienne , je n’ai pas peur d’essayer.

La bêtise

Je dois à Naas le plai­sir douteux d’avoir rencon­tré une femme aussi stupide que char­mante, épouse d’un troi­sième secré­taire à Berne, égale­ment aussi stupide que char­mant . Un jour elle se lança à corps perdu dans une discus­sion très intense sur la résur­gence de l’antisémitisme. Elle avança sa propre opinion très mûrie : « voyez-vous , j’ai beau­coup réflé­chi à ce problème et je crois que l’antisémitisme tient beau­coup à la haine qu’ont les gens pour les juifs. »

Une injure à laquelle je n’avais jamais pensé

Un jour, elle avait remis à sa place un oppo­sant poli­tique parti­cu­liè­re­ment vani­teux en disant que quelqu’un comme lui aurait dû s’abstenir de s’impliquer dans la vie publique.
« Que voulez vous dire ?» S’enquit-il avec une grimace mépri­sante.
« Il est évident, rétor­qua-t-elle (entra autres, elle était sage-femme) qu’à votre nais­sance, ils ont enterré l’enfant et élevé le placenta. »

L’exil

Mazisi ne connais­sait pas un traître mot de fran­çais mais crut recon­naître le mot zoulou « lapa », qui signi­fie aussi « là-bas ».
Plus tard , il expli­qua qu’il n’avait pas été surpris que le gendarme lui parle en Zoulou : de son point de vue, c’était tout natu­rel. Ce qui l’avait surpris, et qui lui avait fait plai­sir, c’est que le Fran­çais ait immé­dia­te­ment reconnu dans son inter­lo­cu­teur un Zoulou. À comp­ter de ce jour, Mazisi aima les Fran­çais.

L’apartheid

Ce n’étaient pas les meurtres,les atro­ci­tés, les muti­la­tions et les tortures que l’on consi­dé­rait, en fin de compte comme le pire mal perpé­tré par l’apartheid, mais ceci : la violence faite aux esprits, les émotions mises à nu, la souf­france abru­tis­sante infli­gée aux indi­vi­dus et aux géné­ra­tions.

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Traduit de l’Anglais (Afrique du Sud) par Fran­çoise ADELSTAIN.

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C’est la première fois que ma parti­ci­pa­tion à « masse critique » de Babe­lio est un succès total. Je ne pense pas que j’aurais entendu parler de ce livre autre­ment et c’est injuste pour la qualité de ce récit. Ce roman est abso­lu­ment passion­nant surtout pour la pein­ture de l’Afrique du Sud dans les années 60. J’ai une petite réserve à propos du parcours initia­tique du jeune Simon, je le trouve un peu trop naïf mais ça n’enlève rien à la force et donne un peu d’humour au roman.

Le récit démarre dans un lycée de la capi­tale de « l’état libre d’Orange », le héros se retrouve confronté à un élève avec qui il a partagé ses années de primaire, Fanie. Un tour­noi de tennis est orga­nisé entre leur lycée plutôt clas­sique et un lycée profes­sion­nel fréquenté par des afri­ka­ners que les lycéens anglais méprisent en les appe­lant « les Clefs-à-molette ». Chaque rappel de ce qui s’est passé entre Fanie et Simon, est l’occasion pour le héros de se replon­ger dans son enfance. Nous voyons alors se dérou­ler la vie dans une petite ville de province afri­ka­ner, c’est à peu près l’horreur. Racisme, into­lé­rance, stupi­dité et étroi­tesse d’esprit tout cela béni par une reli­gion obscu­ran­tiste sont au rendez-vous. Les adultes sont d’une lâcheté et d’une bêtise incroyables. On a parfois du mal à croire que tout cela se passe dans les années 60, on se dirait au début du 20° siècle. Le racisme n’est pas tant envers les noirs qui sont à peu près absents du livre, c’est entre les afri­ka­ners et les anglais et entre les diffé­rentes reli­gions.

Une person­na­lité noire sera l’objet d’un souve­nir : une femme, Mary qui, pendant 8 ans, a lavé les cheveux dans un salon de coif­fure et est mariée avec le jardi­nier de la famille de Simon. Un blanc prend sa place et elle est chas­sée sans aucun état d’âme : c’est la loi ! Il faut dix ans dans le même emploi pour qu’un noir puisse rester dans une ville blanche. Mary retour­nera dans une tribu à des centaines de kilo­mètres qu’elle ne connaît pas, lais­sant derrière elle un mari tota­le­ment désem­paré. L’humour vient de la person­na­lité de la mère de Simon qui est un peu moins conven­tion­nelle que les autres habi­tants du bourg. Le récit de l’instituteur sadique est terrible, mais hélas plau­sible (et cela pas seule­ment en Afrique du Sud).

Le jeune Simon se forme peu à peu à la sexua­lité des adultes dans un pays entiè­re­ment sous la domi­na­tion de la reli­gion, c’est vite de l’ordre du péché, même si c’est un prêtre qui l’initie à la mastur­ba­tion « réci­proque ». Steve, l’ami de Simon et Fanie, a le malheur de ne pas être de leur commu­nauté, donc il sera jugé et condamné et mourra en prison parce que la femme du pasteur est sure qu’il est pédo­phile (ce qui n’est pas prouvé) alors que le prêtre lui semble très bien être accepté par la commu­nauté et peut conti­nuer à initier les jeunes garçons. Bref un monde étroit et pervers où l’originalité est consi­dé­rée comme une offense aux « bonnes » mœurs.

J’ai été sensible à l’écriture de Michiel Heynes, (comment ne pas l’être ! et bravo à la traduc­trice), c’est un grand écri­vain : il est nous entraîne dans un monde que je ne connais­sais pas, nous fait sourire parfois et nous fait décou­vrir bien des ressorts cachés de l’âme humaine.

Citations

Le rugby étant le plus impor­tant, en réalité l’unique, déno­mi­na­teur commun de la culture blanche en Afrique du Sud.

Nous en avions donc conclu que le père de Fanie était un homme sobre, et Louis van Niekerk avait déclaré d’un ton péremp­toire : « C’est pour ça qu’il est fils unique. »

Son père l’avait retiré de l’école pendant un an parce qu’il avait décou­vert une réfé­rence à la théo­rie de l’évolution dans notre manuel de sciences natu­relles.

Elle figu­rait comme dans notre livre d’histoire au titre de foyer d’une petite tribu indi­gène « amicale » -ce qui signi­fiait que les autoch­tones n’avaient opposé aucune résis­tance à l’occupation de leur terre par les Voor­trek­kers* (boers)

Je révé­rais tant l’autorité que je respec­tais même un de ses repré­sen­tants aussi perverti que Mr De Wet ; je n’ai jamais perdu l’espoir absurde de plaire à cet homme dont le bonheur consis­tait à faire mail aux autres.

Klasie allait prou­ver que les Boers avaient en réalité gagné la guerre, en démon­trant de façon déci­sive que les histo­riens anglais avaient falsi­fié tous les récits des combats, étant donné le fait bien connu que, ayant inventé l’écriture, les Anglais peuvent habiller la vérité à leur image.

On en parle

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