http://ecx.images-amazon.com/images/I/414F5Cgm91L._SL500_AA300_.jpg

4
Je lis peu de roman poli­cier mais je me laisse parfois tenter par mes amies blogueuses. J’ai lu celui-ci après avoir l « article Aifelle et d’autres que je n’ai pas hélas eus le temps de noter. J » étais, égale­ment dans le grand nord avec Paolo Rumiz quand j’ai lu vos billets. Je commen­çais donc à être impré­gnée par la culture « Sami ». Je me souviens aussi des écrits de Paul Emile Victor : les lapons qu ils décri­vaient me fasci­naient, et je suis contente que cette icône soit décrite posi­ti­ve­ment dans ce roman.

J ai quelques réserves sur le côté roman poli­cier. Je m’ex­plique : les méchants sont vrai­ment des horreurs : fascistes, pervers , pédo­phile et violeur pour l’un. Alors que les person­nages posi­tifs sont plus dans la nuance. Et du coup plus inté­res­sants.

Et puis comme toujours dans un poli­cier il faut que l’in­trigue avance au rythme de l’en­quête. Je me suis même demandé si l’au­teur ne s’était pas senti obligé à prendre cette forme de récit pour nous sensi­bi­li­ser à cette civi­li­sa­tion qui a à peu près entiè­re­ment disparu. Parce que je dois le dire je n’ai aucune réserve sur tout ce que nous appre­nons sur cette région et les habi­tants. La nuit et le froid polaires rendent la vie à peu près impos­sibles mais les Sami ont su pendant des siècles s’adap­ter au climat et à la géogra­phie. La reli­gion est venue leur ôter des croyances fondées sur la nature puis les fron­tières des séden­taires ont réduit à presque rien le noma­disme et enfin le « progrès » les a ruinés de l’in­té­rieur .

L « enquête permet de suivre les diffé­rences attaques dont ont été victimes les Samis et la façon dont il leur est impos­sible de s’en sortir. Malheu­reu­se­ment pour eux, ils ne sont pas orga­ni­sés en nation – j’ai pensé aux Kurdes- et leur sous-sol est riche en mine­rai. Face à l’at­trait de béné­fices consé­quents les pensées chari­tables vis à vis d’eth­nie qui veulent garder un mode de vie nomade en respec­tant la nature ont bien peu de poids. Cet écri­vain a vrai­ment du talent pour nous racon­ter tout cela et comme tous ceux qui aiment les poli­ciers ont salué ses quali­tés je comprends le succès « du dernier lapon ».

Citations

La transmission orale

Le cri d’As­lak pétri­fia le jeune garçon lapon dans sa barque. Il recon­nut , fasciné , terri­fié, la voix de gorge d’un chant lapon. Il était le seul ici à pouvoir en saisir les paroles. Ce chant, lanci­nant , guttu­ral, l’emmenait hors de ce monde. Le joïk deve­nait de plus en plus haché , préci­pité. Le Lapon condamné aux feu de l’en­fer voulait dans un dernier élan trans­mettre ce qu’il devait trans­mettre.
Puis la voix se tut. Le silence s’im­posa. Le silence s’im­posa. Le jeune lapon aussi resta silen­cieux. Il avait fait demi tour , voguant la tête pleine des râle­ments du mourant. Son sang avait été telle­ment glacé qu’il avait été saisi d’une évidence. Il savait ce qu’il devait faire. Et ce qu e, après lui , son fils devrait faire. Et le fils de son fils.

La nuit polaire

Demain, entre 11h14 et 11h41, Klemet allait rede­ve­nir un homme, avec une ombre. Et, le jour d’après, il conser­ve­rait son ombre quarante deux minutes de plus. Quand le soleil s’y mettait, ça allait vite.

Les frontières

Mon grand-père a dû arrêté l « élevage (des rennes) parce que la route de la trans­hu­mance avait été coupée par ces fichues fron­tières. Et les trou­peaux ont été concen­trés de part et d’autre des fron­tières . Des tas de conflits ont commencé comme ça. Et si tu veux mon avis, ces fron­tières ont tué beau­coup d’éle­veurs.

Les conflits entre les éleveurs et les autres

Les utili­sa­teurs veulent pouvoir se bala­der dans les montagnes quand ils ont des congés, comme pour le week-end de pâques, qui est l’un des plus beaux week-end de la région , avec encore beau­coup de neige partout et beau­coup de soleil Les Norvé­giens de la côte partent en famille en scoo­ter pour trois ou quatre jours dans leur petit caba­non sur la toun­dra , le long du fleuve. Mais c’est l’époque où les femelles rennes mettent bas, et le s trou­peaux ne doivent abso­lu­ment pas être déran­gés, sinon les femelles peuvent aban­don­ner leur faon et ça occa­sionne de grosse perte pour les éleveurs . Donc conflits.

Le progrès

Aslak leur avait dit . Vous avez trop de rennes . C’est pour ça qu’il vous faut de si grands pâtu­rages.. Et qu il y a tant de conflits. Mai sils répon­daient qu’il fallait beau­coup de rennes pour payer les frais, les scoo­ters, les quads, les voitures , le camion abat­toir, la loca­tion de l « héli­co­ptère. Tu ne comprends pas , disaient-ils , toi tu as à peine deux cents rennes.
Aslak les regar­dait . Et il disait :j ai deux cent rennes et je vis.

On en parle

« à sauts et à Gambades » et encore une fois avec de belles images et chez Hélène lectu­ris­sime

http://ecx.images-amazon.com/images/I/519xcxcektL._SL500_AA300_.jpg

4
Depuis « Farrago » de Yann Appery, j’ai un faible pour le Goncourt des lycéens. Ceux de 2012 ont eu le bon goût de couron­ner un roman qui m’a tenue en haleine jusqu’au bout. Joël Dicker a une imagi­na­tion très féconde, il nous entraîne à la fois dans une enquête poli­cière et dans les méandres de la créa­tion litté­raire. Son person­nage prin­ci­pal, écri­vain en panne d’ins­pi­ra­tion, est relancé sans cesse par un éditeur­qui a un sens aiguë du commerce et du marke­ting. Marcus Gold­man, auteur d’un premier roman à succès, vole au secours de son ancien profes­seur accusé du meurtre d’une jeune fille qui a eu lieu 33 ans aupa­ra­vant. Il faut aller jusqu’à la dernière page (la 665 !) pour que chaque morceau du puzzle de cette enquête soit à la bonne place.

Au fil des pages, nous aurons décou­vert le monde de l’édi­tion améri­cain ( mais je ne suis pas persua­dée que ce soit diffé­rent ailleurs !), la vie dans une petite ville et sa police, nous aurons suivi l’évo­lu­tion psycho­lo­gique d’un jeune préten­tieux qui gâche son talent dans la faci­lité et nous aurons été confron­tés à la diffi­culté de l’écri­ture. Aucun person­nage n’est cari­ca­tu­ral, je pense par exemple à Tamara la mère de Jenny, elle aurait pu n’être que cette mère améri­caine stupide qui veut abso­lu­ment « caser » sa fille à la gloire litté­raire locale .On appren­dra que derrière cette virago qui rabroue son mari à la moindre occa­sion se cache une femme amou­reuse qui va voir en cachette un psychiatre pour comprendre ses conduites sans parve­nir , pour autant, à les modi­fier.

Cet auteur sait manier le suspens et l’hu­mour – j’ai beau­coup ri aux diffé­rents coups de fil de la mère du person­nage prin­ci­pal – et surtout inté­res­ser son lecteur. Je trouve dommage d’en racon­ter davan­tage car un des charme de ce livre tient à son suspens que je voudrais vous lais­ser décou­vrir. Ce n’est sans doute pas de la grande litté­ra­ture ( je me demande où elle se cache cette fameuse « grande litté­ra­ture »), mais c’est un excellent diver­tis­se­ment que je verrai très bien adapté au cinéma.

Citations

Une leçon de vie

Le philo­sophe Sénèque avait déjà expé­ri­menté cette pénible situa­tion : où que fuyiez , vos problèmes s’in­vitent dans vos bagages et vous suivent partout.

La gloire aujourd’hui

…Je compris que la gloire était éphé­mère. Elle était une gorgone affa­mée et ceux qui ne la nour­ris­saient pas se voyaient rapi­de­ment rempla­cés …

Le racisme ordinaire

Soudain , une angoisse la saisit :beau­coup de grands écri­vains étaient juifs . Et si Quebert était un Juif ? Quelle horreur ! Peut-être même un juif socia­liste ! Elle regretta que les Juifs puissent être blancs de peau parce que cela les rendait invi­sibles. Au moins , les noirs avaient l’hon­nê­teté d’être noirs, pour qu’on puisse les iden­ti­fier clai­re­ment.

Le monde virtuel

Sur mon compte Face­book, je passais en revue la liste de mes milliers d’amis virtuels ; il n’y en avait pas un que je puisse appe­ler pour aller boire une bière.

Le monde de l’édition

Le monde des livres était passé du noble art de l’im­pri­me­rie à la folie capi­ta­liste du XXIe siècle, que désor­mais un livre devait être écrit pour être vendu, que pour vendre un livre il fallait qu’on en parle, et que pour qu’on en parle il fallait s’ap­pro­prier un espace qui, si on ne le prenait pas soi même par la force, serait pris par les autres. Manger ou être mangé .

Jolie phrase

Après la gloire , il y a d’autres gloires. Après l’argent, il y a encore de l’argent. Mais après l’amour, il n’y a plus que le sel des larmes.

On en parle

chez Kitty la mouette.

Traduit du uédois par Lena GRUMBACH et Marc Gouve­nain.

4
Je cher­chais un roman pour me diver­tir après ma lecture très sérieuse sur la guerre 1418. Et puis ma station de radio préfé­rée, France Culture, donne tous les soirs sous forme de feuille­ton la trilo­gie Millé­nium. Comme quoi elle n’est pas une station si intello que ça ! Je ne lis que très rare­ment des romans poli­ciers mais j’avais gardé un très bon souve­nir de ces trois romans. Vous vous souve­nez sans doute de l’été où à chaque fois que l’on voyait quel­qu’un plongé dans un énorme bouquin, il s’agis­sait d’un des tomes de Millé­nium ?

J’ai retrouvé avec grand plai­sir Mikael Blomk­vist, et Lisbeth Salan­der, j’ai bien aimé la façon dont les diffé­rents scan­dales sont dénon­cés dans ces romans : les femmes qu’on fait venir de diffé­rents pays pauvres pour satis­faire les besoins de la pros­ti­tu­tion, les écono­mistes qui s’amusent à faire de l’argent sans aucune morale, les violences faites aux femmes et aux enfants sous tutelle, l’ex­ploi­ta­tion des enfants ou des prison­niers dans des pays très pauvres. Tout cela en Suède qui est un pays où on essaie de respec­ter les droits de chacun et où la liberté des mœurs semble de mise pour le plus grand bonheur de l’en­semble de la popu­la­tion. Mais hélas cela n’empêche pas les pervers d’exis­ter.

Un des charmes de ce livre c’est la descrip­tion de l’intelligence redou­table d’une poignée d’in­ter­nautes qu’au­cune barrière infor­ma­tique ne peut empê­cher de venir espion­ner les ordi­na­teurs des puis­sants de ce monde. Je ne connais pas la part de vérité mais ça fait un peu froid dans le dos. La qualité d’un roman poli­cier c’est la façon dont le suspens nous oblige à nous plon­ger dans l’his­toire sans pouvoir lâcher le livre. La relec­ture, à de nouveau bien marché et j’ai retrouvé, intact, le plai­sir du dénoue­ment quand tous les méchants sont enfin démas­qués.

Je trouve le deuxième tome un peu moins passion­nant car on sent qu’il n’est écrit que pour amener le dénoue­ment du 3° tome. Vrai­ment si vous ne le savez pas lus et que vous voulez partir dans des romans très prenants, je vous en recom­mande la lecture, si vous faites parties des rares personnes à avoir échappé au phéno­mène Millé­nium.

http://ecx.images-amazon.com/images/I/41BVl17y8WL._SL500_AA300_.jpg

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Clément Baude.

4
Quel beau livre ! Et quelle belle traduc­tion ! À aucun moment on ne se sent gêné par la langue. Ce livre raconte la mémoire doulou­reuse d’un petit village polo­nais. Les person­nages sont variés et repré­sentent bien les diffé­rentes mauvaises consciences de la Pologne après le commu­nisme.

Il y a une intrigue poli­cière qui permet de donner un fil à la narra­tion : qui a assas­siné Tomek,le fils de Powierza ? L’enquête du person­nage prin­ci­pal, paysan et voisin de Tomek nous conduira à travers les trafics des anciens diri­geants du Parti. Les nouveaux redres­seurs de torts ne sont pas forcé­ment des person­nages très sympa­thiques. Et si la mémoire allait un peu plus loin, est-ce qu’on retrou­ve­rait le souve­nir des juifs qui ont entiè­re­ment disparu du village ?

L’ambiance de la Pologne rurale est très bien décrite, l’antisémitisme ambiant dans la Pologne d’aujourd’hui égale­ment. On sent que l’auteur connaît bien la région et qu’il a fréquenté de nombreux Polo­nais. On est saisi par les divers senti­ments de culpa­bi­lité qui soudent ces gens entre eux et tissent comme un couvercle de plomb qui écrase tout le village.

Fuir cet endroit perdu, c’est la seule solu­tion pour presque tous les jeunes de ce village, comme on les comprend ! Mais Leszek, le person­nage prin­ci­pal, aime le travail de la ferme, il sait nous faire parta­ger son atta­che­ment à la terre et on espère à la fin du roman qu’il sera heureux. Les temps ont changé en Pologne comme ailleurs et le lourd passé sera peut-être plus facile à regar­der en face.

Citations

La douleur aux dates officielles

Nos femmes versent faci­le­ment des larmes, presque à la demande, sur les tombes froides de mars ou de novembre, mais le deuil privé demeure caché – c’est le cas de ma mère.

Les membres du parti sous le régime communiste

Par instinct, Jablonski s’ha­billait dans des couleurs pigeon de ville et arpen­tait les couloirs sombres du pouvoir avec des chaus­sures à semelle de crêpe qui ne faisaient aucun bruit.…il pouvait se fondre dans n’im­porte quelle foule sans être remar­qué, une qualité qui repré­sen­tait à ses yeux, la condi­tion de survie. Il y voyait un instru­ment de sélec­tion natu­relle face à la loi de la jungle.

Une belle description du travail d’un paysan traditionnel

La faux coupait et envoyait le foin d’une manière qui lui conve­nait beau­coup mieux – plus lente­ment, certes, mais si le travail était bien fait, le foin, projeté par vagues irré­gu­lières, séchait plus unifor­mé­ment, comme son père et son grand-père le lui avaient appris. Pour lui, les vieilles méthodes étaient en harmo­nie avec les saisons, le soleil, le climat. Il savait qu’elles étaient moins effi­caces ; mais elles avaient un avan­tage : elles étaient soli­taires.

les liens dans la famille

J’ap­pré­ciais mon grand père, même si ce n’était pas de l’amour. On n’ap­pré­cie pas toujours les gens que l’on est censé aimer.

Un des thèmes de ce roman, la bonne conscience polonaise face à la shoa

Parce qu’ils (les Polo­nais) survivent et que le reste de la planète ne se montre pas assez compa­tis­sant avec eux. Parce qu’ils ne sont pas consi­dé­rés comme des victimes. Ils ont l’im­pres­sion qu’on leur a vole ça. Les Polo­nais sont toujours la. Pas les juifs. Dis-moi un peu, qu’est ce qui rend la Pologne célèbre dans le monde ? »
J’es­sayais de comprendre où il voulait en venir.
 » Coper­nic ? Répon­dit-il ? Lech Walesa ?
- le pape, fis-je
- ach ! dit-il avec une grimace. D’ac­cord le pape. Et quoi d’autre ?
Je n’avais aucune réponse.
« Ausch­witz : voilà. Ausch­witz, Treblinka, Sobibor.6 millions de juifs sont morts et le monde entier pense qu’ils sont tous morts en Pologne.

On en parle

Le goût des livres 

http://ecx.images-amazon.com/images/I/51HtXRQd0NL._SL500_AA300_.jpg http://www.babelio.com/images/ico_critique.jpg

2
Livre reçu dans la cadre de Masse critique de Babe­lio. Mon avis est très néga­tif et sans doute trop sévère, je n’apprécie que très peu la litté­ra­ture poli­cière, j’aurais dû me méfier. Quand des romans poli­ciers me plaisent, ils sont en géné­ral excel­lents. Pour celui-là, je pense qu’il s’agit d’un honnête polar qui, person­nel­le­ment, m’a beau­coup agacée.

Sans doute, pour donner un cadre parti­cu­lier et une ambiance inou­bliable, cela se passe sous les purges stali­niennes, pour la violence c’est garanti ! J’avais été surprise et j’avais appré­cié « Enfant 44 » de Tom Rob Smith. Voilà, un nouveau genre est né : le poli­cier vague­ment honnête du temps de Staline, à quand celui sous Pol-Pot ! ! !

Sinon, on a, à peu près, tous les ingré­dients, les coups, le sang , le sadisme, les larmes, les traitres, avec une petite dose de reli­gio­sité. Comme c’est en Russie, c’est plus énorme plus violent, plus déses­péré mais guère plus passion­nant. L’enquête autour d’une icône volée est très compli­quée et permet de décrire ce qui reste des croyances reli­gieuses en Union Sovié­tique et la corrup­tion des diri­geants, tout cela sans grand fonde­ment histo­rique (du moins si je me réfère à mes lectures sur le sujet).

J’ai lu atten­ti­ve­ment ce roman, car j’avais accepté d’en parler sur mon blog, je vais l’oublier très vite.

On en parle

Miss Alfie a l’air d’aimer.

http://ecx.images-amazon.com/images/I/51th4FgNLqL._SL500_AA300_.jpg

Traduit du Suédois parAnna Gibson.

4
Petite baisse dans l’écri­ture du blog. Il faut dire que c’est la pleine saison de la confi­ture d’orange amère, ça occupe bien ! Et puis, une tornade brico­leuse et néan­moins sympa­thique, est venue instal­ler une biblio­thèque dans le coin salon. Alors là… Je sais que vous allez être nombreuses à me comprendre, comment ranger des livres sans en relire quelques pages, donc il faut beau­coup, beau­coup de temps. J’avais décidé de faire un tri, j’ai effec­ti­ve­ment jeté un ouvrage des années 60 sur la « Zen-atti­tude » de toute façon, je n’ai jamais réussi à respi­rer par le ventre avant d’aller à la poste, avant d’ouvrir mon relevé de comptes, avant d’aller à la mairie –où tout autre démarche admi­nis­tra­tive- expli­quer pour la dixième fois mon chan­ge­ment de nom,

- Ah oui, vous êtes divor­cée, c’est pour ça ! (ton compa­tis­sant et voix assez forte pour que tout le bureau entende)
- Oui c’est pour ça ! (ma voix, éner­vée un max ! sous enten­dant : avec le nombre de divorces en France, cela a dû vous arri­ver plus d’une fois non ?)

Bref, « la zen atti­tude » ne m’ayant jamais été d’aucun secours dans la vie, j’ai jeté ce livre mais c’est bien le seul ! J’ar­rête les range­ments pour vous parler d’un roman que j’ai beau­coup aimé, Les Chaus­sures italiennes d’Hen­ning MANKELL. Une courte anec­dote à propos de ce livre. Je l’avais apporté pour le lire dans mon TGV préféré : Paris/­Saint-Malo. Il était sur ma tablette et il a fourni l’occasion d’un échange chaleu­reux entre trois passion­nées de lecture. Les deux autres lectrices étaient des « fan » de Henning Mankel et de ses romans poli­ciers. Elles avaient toutes les deux entendu parler de ce roman et brûlaient d’envie de le lire, j’ai beau­coup aimé notre conver­sa­tion sur le plai­sir des livres.

Cette histoire m’a inté­res­sée tout de suite, un homme dispa­raît de la vie de sa compagne sans donner aucune expli­ca­tion. Je trouve cette fuite est d’une violence incroyable pour la personne aban­don­née, c’est un beau sujet de roman je me deman­dais ce que l’auteur allait en faire.(genre « Je descends cher­cher des ciga­rettes » et il ne revient jamais ! !).

La force du roman, vient de ce qu’il n’y a aucun person­nage entiè­re­ment posi­tif, et surtout pas le person­nage prin­ci­pal. L’atmosphère des pays du nord est très bien rendue, on suit les diffi­cul­tés de Fredrick Welin pour retrou­ver un peu de confiance dans la vie et dans les autres. Lui qui a passé sa vie à fuir ses respon­sa­bi­li­tés, il doit faire face à son destin et essaie tant bien que mal de se rache­ter.

Ce livre est prenant tant pour l’atmosphère et les descrip­tions des paysages du grand nord, que par l’analyse la diffi­culté des êtres humains à vivre en harmo­nie, J’ai été très émue et complè­te­ment prise par ce récit. Je ne sais pas si je lirai les romans poli­ciers du même auteur mais j’imagine faci­le­ment qu’ils doivent être très bien.

Citations

Je me sens toujours plus seul quand il fait froid.

Il est aussi facile de perde à l’intérieur de soi que sur les chemins des bois ou dans les rues des villes

Il n’y a pas de gens normaux. C’est une fausse image du monde, une idée que les poli­tiques veulent nous faire avaler. L’idée que nous ferions partie d’une masse infi­nie de gens ordi­naires, qui n’ont ni la possi­bi­lité ni la volonté d’affirmer leur diffé­rence. Le citoyen lambda, l’homme de la rue, tout ça – c’est du flan. Ça n’existe pas.

Là tout à coup, sur la jetée, j’ai fondu en larmes. Chacune de mes portes inté­rieures battait au vent, et ce vent, me semblait-il, ne cessait de gagner en puis­sance.

La mort ne me fait pas peur. Ce que je n’aime pas, c’est l’idée que je vais devoir rester morte si long­temps.

On en parle

livrogne(parce que j’ai bien aimé le nom de son blog) et toujours à sauts et à gambades.

http://www.lexpress.fr/imgs/13/502.jpg

Traduit de L’an­glais par Chris­tiane Besse

3
Trois coquillages ! Pour un excellent roman, oui mais voilà je ne suis pas fan du genre poli­cier. J’ai pour­tant adoré « La vie aux aguets » du même auteur. Disons que c’est un trois coquillages qui en vaut quatre…. L’intrigue est très bien menée mais la fin est étrange ou appelle une suite.

La vie londo­nienne d’aujourd’hui est très bien rendue, le héros doit passer inaperçu dans la capi­tale anglaise, j’ai trouvé passion­nant de suivre l’imagination de l’écrivain pour que Adam devienne invi­sible aux yeux d’une ville entière. Police et Mafia sont à ses trousses et il arrive à survivre. C’est l’occasion aussi de connaître de plus près les exclus de la société anglaise. Et comme les méchants sont des gens qui travaillent dans les hautes sphères de la finance te des labo­ra­toires phar­ma­ceu­tiques, on voit aussi la haute société dans tout ce qu’elle a de déplai­sant. Le grand complot autour d’un médi­ca­ment plaira à tous les amateurs de romans poli­ciers.

J’ai trouvé inté­res­sant la traver­sée dans la mala­die d’un person­nage, son méde­cin lui parle de symp­tômes dus au stress alors qu’il a une tumeur au cerveau. Pour avoir eu une amie qui a connu la même tragé­die, j’ai trouvé cela très réaliste. J’ai lu dans la blogo­sphère que c’était un bon William Boyd, je l’ai dit au début j’ai préféré « La vie aux aguets », mais, le moins qu’on puisse dire, c’est qu’on ne s’ennuie pas, que les person­nages sont inté­res­sants un peu à la limite de la cari­ca­ture parfois. Depuis que le traduc­teur de Suter, m’a écrit un mail je souligne le travail de la traduc­trice : Chris­tiane Besse. Il faut que j’avoue je n’ai qu’un critère pour dire qu’une traduc­tion est bonne : j’ai l’impression que le livre est écrit en fran­çais.

Citations

Ingram avait horreur d’exhiber, quand il s’asseyait jambes croi­sées un mollet blanc poilu entre le haut de la chaus­sette et le revers du panta­lon- c’était en quelque sorte le proto­type du péché capi­tal vesti­men­taire anglais.

Il sentait instinc­ti­ve­ment que la seule manière d’éviter d’être repéré dans une ville du vingt et unième siècle était de ne tirer aucun avan­tage des services qu’elle offrait –télé­pho­nique, finan­ciers, sociaux, muni­ci­paux ou autres.

Jonjo tira un peu sur la laisse du Chien et ils s’en allèrent. Il aurait préféré rôtir en enfer plutôt que de suivre son chien avec un sac en plas­tique pour ramas­ser sa merde.

La redou­table Déesse Stress. Elle peut faire les choses les plus étranges à un corps

On en parle

link

http://ecx.images-amazon.com/images/I/51VxRyt0-fL._SL500_AA300_.jpg
Traduit de l’anglais par Gilles Berton.
4
Fin de mon été dans le monde du nazisme, cette fois avec trois romans poli­ciers. Je ne suis pas une spécia­liste du genre, mais l’idée me semblait géniale : créer un détec­tive privé sous le régime hitlé­rien. Philip Kerr est anglais (écos­sais exac­te­ment) je trouve ce détail impor­tant, il connaît parfai­te­ment la période mais il met dans la créa­tion de ce person­nage un petit côté liber­taire qu’on ne retrouve pas dans les études histo­riques. Ceci dit, cet auteur sait faire revivre cette période à travers la person­na­lité de Bernie Gunther, la quatrième de couver­ture le compare à Philip Marlowe, les amateurs apprécieront.Si je suis allée jusqu’au bout de la trilo­gie, c’est pour comprendre une nouvelle fois comment cette violence a pu s’imposer en Alle­magne. Vu sous cet angle, les deux premiers sont très réus­sis .Le dernier qui se passe à Vienne dans l’immédiate après-guerre m’a un peu déçu. J’aurais aimé comprendre ce que les alle­mands ont éprouvé en se rendant compte de leurs erreurs.On comprend qu’en 1947 :
  • les Alle­mands se sont unis dans la haine du commu­nisme,
  • Vienne était un horrible nid d’espions,
  • tous les coups étaient permis,
  • les services de contre-espion­nage ont permis à des Nazis de s’en sortir au nom de leur hosti­lité réci­proque,
  • les Alle­mands ont détesté l’occupation fran­çaise (armée de vain­cus)
  • les Russes n’ont pas hésité à tuer, piller, violer.

Ce que j’aurais voulu savoir : Est-ce que les Alle­mands se sentaient respon­sables et de quoi ? Par contre sur l’intrigue poli­cière de ce même volume est complexe et sans doute plus inté­res­sante. Bref à lire pour tous ceux qui aiment la litté­ra­ture poli­cière.

Citation

Nous vivons dans la peur, la peur des Popovs surtout. Et cette angoisse n’a d’égale que celle quasi univer­selle, des mala­dies véné­riennes, qui ont presque tourné à l’épidémie ? D’ailleurs ces deux fléaux sont géné­ra­le­ment consi­dé­rés comme syno­nymes.

La pièce avait quelque chose de typi­que­ment alle­mand, c’est-à-dire qu’elle était à peu près aussi intime et chaleu­reuse qu’un couteau suisse.

On en parle

link.

Traduit de l’anglais (États-Unis)par FRance Camus Pichon

3
J’avais été telle­ment surprise par Enfant 44 que lorsque j’ai vu Kolyma sur le rayon nouveau­tés de ma biblio­thèque préfé­rée, je n’ai pas pu m’empêcher, je l’ai pris et aussi­tôt lu. Je pense que, main­te­nant, l’auteur tient son héros pour plusieurs romans. Pour appré­cier complè­te­ment ce genre de livres, il faut aimer les séries. Autant à la télé­vi­sion, je trouve ça sympa (je connais tout sur le docteur House…) autant en livres je n’accroche pas. Léo est pour­tant un person­nage complexe et atta­chant, ancien du KGB il vit dans le remord perma­nent de ses crimes. Si tous ceux qu’il a tués veulent se venger on est vrai­ment qu’au début d’une longue, très longue série.Les ressorts du thril­ler-poli­cier sont comme souvent dans ce genre de litté­ra­ture haute­ment impro­bables : Léo échappe aux gangs de Moscou, au KGB, à une tempête en mer sur un bateau qui le condui­sait à la Kolyma , à une révolte du goulag et pour finir en beauté à l’insurrection de Buda­pest ; tout cela avec des genoux cassés et pour sauver sa fille adop­tive qui le déteste car il a tué son père… Résumé ainsi cela ne donne peut-être pas envie de lire Kolyma, pour­tant, je suis certaine que les amateurs du genre vont appré­cier, et peu à peu deve­nir des aficio­na­dos de Léo et Raïssa.La Russie post­sta­li­nienne se prête bien à l’horreur et si Léo est encore vivant pendant la guerre de Tchét­ché­nie cela promet quelques belles pages d’horreur.

Citations

Je n’ai pas eu le choix.
Des milliers d’innocents étaient morts à cause de cette phrase, pas sous les balles, mais au nom d’une logique perverse et de savant calculs.

On en parle

Link.

http://pascalgalodeediteurs.com/client/cache/produit/250_____whitenoise_183.jpg

2
Maison d’édi­tion et auteure de notre région. Cette courte histoire est racon­tée à travers les yeux d’un jeune homme autiste, complè­te­ment enfermé dans ses souf­frances. C’est l’in­té­rêt du livre, on a l’im­pres­sion que l’au­teure connaît ce handi­cap. On découvre la diffi­culté de vivre lorsqu’on ne peut pas commu­ni­quer. Je ne trouve pas que l’en­quête poli­cière soit bien utile au sujet du livre. Et je reste perplexe face aux hypo­thèses à propos des raison­ne­ments du jeune malade. On sait si peu de choses sur le fonc­tion­ne­ment affec­tif et intel­lec­tuel des grands autistes.