Traduit de l’anglais par Hélène Clai­reau j’aimerais savoir pour­quoi cette traduc­trice n’a pas traduit cette expres­sion « afin de rompre les chiens » par « rompre la glace » ? Merci Keisha de m’avoir fait connaître l’expression en fran­çais et toutes mes excuses à Hélène Claireau

Ce livre est paru en France pour la première fois en 1947 sous le titre « la tour d’Ezra » et a certai­ne­ment contri­bué à faire connaître et aimer Israël et les Kibboutz. Je me souviens bien de l’enthousiasme que soule­vait cette vie en commu­nauté chez les jeunes de ma géné­ra­tion. Le récit s’appuie sur l’expérience person­nelle de Koest­ler qui a lui-même parti­cipé à la vie d’un Kiboutz . Cette ambiance de jeunes pion­niers entou­rés de l’hostilité des Arabes et des Anglais est très bien rendue. Car c’est un écri­vain qui sait racon­ter et décrire. Nous sommes avec lui sous les ciels étoi­lés de ce pays qui ne s’appelle pas encore Israël, nous vibrons aux évoca­tions de tous les dangers qui les entourent. Mais cet écri­vain est aussi un esprit tota­le­ment libre, et il montre bien les points de vue des trois acteurs qui se confrontent ici. Les Juifs qui en 1938 sentent le danger mena­cer les Juifs du monde entier, et qui veulent accé­lé­rer leur venue dans ce petit bout de terri­toire. Les Arabes qui, même si par inté­rêt finan­cier, vendent leur terre, ne veulent pas pour autant être dépos­sé­dés de leur pays, les moins glorieux des trois, les Anglais profon­dé­ment anti­sé­mites le plus souvent, et qui jouent un jeu dange­reux d’alliances qui ne peuvent que tour­ner à la catas­trophe. Ce livre est aussi un précieux rappel des faits histo­riques, et jamais Koest­ler n’élude le fait qu’Israël a été créé sur un pays qui était aupa­ra­vant peuplé d’Arabes. Par ailleurs, les scènes de recon­duites dans les bateaux de Juifs ayant échappé aux camp de concen­tra­tion sont abso­lu­ment insou­te­nables, il est si facile alors d’imaginer que lorsque la Shoah sera de noto­riété publique rien ne pourra arrê­ter leur exode vers Israël.

Citations

Mariage typiquement britannique

Mrs. Newton était fille d’un sergent-major de l’armée des Indes. Une analyse serrée des motifs qui avait attiré le timide monsieur Newton vers cette grande, osseuse et virgi­nale femelle eût produit des résul­tats gênants révé­lant la haine secrète, conti­nue et fervente qu’avaient inspi­rée à Monsieur Newton Roonah, son club, l’administration et et l’armée des Indes, et la tour­nure d’esprit toute spéciale qui lui permit d’imaginer pour la première fois l’anguleuse et chaste fille du sergent-major dans la série d’attitudes absurdes qu’entraîne l’acte procréateur.

La langue d’Israël l’hébreu

Tirer l’hébreu de sa sainte pétri­fi­ca­tion pour en refaire une langue vivante à été un tour de force fantas­tique. Mais ce miracle implique des sacri­fices. Nos enfants se servent d’une langue qui n’a pas évolué depuis le commen­ce­ment de l’ère chré­tienne. Elle ne porte aucun souve­nir, presque aucune trace de ce qui est arrivé à l’humanité depuis la destruc­tion du Temple. Imagi­nez que la langue fran­çaise ait cessé de se déve­lop­per depuis la « Chan­son de Roland » ! Et encore, est-elle de dix siècles plus près de nous. Nos clas­siques sont les livres de l’Ancien Testa­ment ; nos poèmes s’arrêtent au Cantique des Cantiques, nos nouvelles à Job. Depuis lors… Un blanc millénaire..
L’emploi d’un idiome archaïque a évidem­ment son charme. Voya­geant en auto­bus, nous offrons une ciga­rette à notre voisin :
-« Monsei­gneur désir peut-être faire la fumée ?
– Non, merci. Faire la fumée n’est pas agréable à mes yeux. »

Dialogue impossible entre les arabes et les juifs

Cette colline n’a pas porté de récoltes depuis que nous aïeux l’ont quit­tée, dit Ruben Vous avez négligé la terre. Vous avez laissé les terrasses tomber en ruines et la pluie a emporté la terre. Nous allons dépier­rer la colline et appor­ter des trac­teur et des engrais. – Ce que produit la vallée nous suffit, dit le vieillard. Nous ne devons pas enle­ver les pierres que Dieu a placées là. Nous vivrons comme ont vécu nos pères et nous ne voulons ni de vos trac­teurs ni de vos engrais, et nous ne voulons pas de vos femmes dans la vue nous offense.
(Et un peu plus loin)
- Qu’est-ce que le vieux cheik t’expliquait avec tant de solennité ?
- Que chaque peuple a le droit de vivre à sa façon, bien ou mal, sans ingé­rence exté­rieure. Il a expli­qué que l’argent corrompt, que les engrais puent et que les trac­teurs font du bruit, toutes choses qu’il déteste.
- Et qu’as-tu répondu ?
- Rien dit Bauman.
- Pour­tant, tu as compris sa position ?
Bauman le regarda :
- Nous ne pouvons pas nous permettre de comprendre la posi­tion des autres.
Quand vous, madame, me fait l’honneur de m’inviter chez vous, est-ce que je vous demande vos condi­tions ? Et quand j’ai le privi­lège de goûter votre hospi­ta­lité, est-ce que je demande à être le maître de la maison ? Non, madame, je ne le fais pas. Il en est de même de nos amis hébreu. Ils jouissent de notre hospi­ta­lité -ahlan w’sahlan, vous êtes les bien­ve­nus. Nous serons comme des frères. Nous vous rece­vrons à bras ouverts en qualité d’invités…
Nous sommes dans la même posi­tion. Nous ne deman­dons qu’à aider ces pauvres gens et voyez comme comment il nous remer­cie ils veulent nous prendre notre maison.
- La barbe avec votre histoire de maison ! Pendant les cinq cents dernières années, elle n’était pas à vous mais aux Turcs.
- la majo­rité de la popu­la­tion a toujours été arabe, dit Kemal Effendi. Ma famille, par exemple, descend direc­te­ment de Walid el Shal­labi, le géné­ral de Maho­met. Nous sommes la plus ancienne famille de Pales­tine. – Mon père est un Cohen, dit Mrs.Shenkin, Élie Cohen sont les descen­dants des Koha­nim, les prêtres de l’ancien temps.

Un moment vivant

Joseph déjeuna héré­ti­que­ment dans un petit restau­rant arabe ou la nour­ri­ture était bon marché, sale et épicée, et dont le gros proprié­taire lui confia que Hitler, protec­teur de l’islam, allez bien­tôt détruire l’empire britan­nique, rendre le pays aux Arabes efflan­qué les Juifs à la mer – à l’exception de Joseph qui, étant un homme instruit et l’ami du proprié­taire, serait épar­gné et pour­rait même trou­ver un emploi dans son établis­se­ment, à condi­tion d’apporter quelques capital.