Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.


Encore un écri­vain qui raconte d’où il vient et, comme par hasard, ce n’est pas très gai. Notre club a discuté avec passion d’un autre livre de souve­nirs d’une écri­vaine : Chan­tal Thomas et « ses souve­nirs de la marée basse » que j’ai peu appré­cié contrai­re­ment à d’autres lectrices qui voulaient lui attri­buer un coup de cœur. Je me dois donc d’expliquer pour­quoi ce livre me fait plai­sir. Pour son humour d’abord, je me suis déjà resser­vie de la descrip­tion de Guy et sa façon de ralen­tir « au feu vert de peur qu’il ne passe à l’orange ». Dans une soirée où vous êtes avec des conduc­teurs qui racontent leurs points de permis en moins vous êtres sûr de l’éclat de rire géné­ra­lisé. J’apprécie aussi sa façon de faire revivre une époque, je recon­nais très bien les lieux et les impres­sions de sa jeunesse, la maison de campagne aux tapis­se­rie style Vasa­rély. Et surtout la gale­rie de portraits des gens qui ont peuplé son enfance est abso­lu­ment extra­or­di­naire. Commen­çons par celle qui est un person­nage de roman à elle toute seule : sa mère, qui toute sa vie aura vécu pour rendre malheu­reux les gens qui l’entourent sans pour autant en avoir le moindre plai­sir. Son couple avec Guy, le beau père de Hervé Le Tellier est terrible. C’est digne de Mauriac, et Bazin réunis. Le pauvre homme comment a-t-il pu suppor­ter tout cela, le mystère est entier. Elle semble ne l’avoir jamais aimé, ni lui ni sa famille dont elle jalouse les titres de noblesse. Elle est tout entière dans la rancœur et dans la jalou­sie. le père biolo­gique (dont elle a effacé même le nom !) est tota­le­ment absent et ne cherche pas du tout à connaître son fils.

Pour­tant, cet auteur ne fait pas une pein­ture si sombre de son enfance, il y a des portes de sorties à cet univers aigri et amer, ses grands-parents, une tante plus libre que sa mère. Et surtout comme dit l’auteur lui même

« Je n’ai pas été un enfant malheu­reux, ni privé, ni battu, ni abusé. Mais très jeune, j’ai compris que quelque chose n’allait pas, très tôt j’ai voulu partir, et d’ailleurs très tôt je suis parti.
Mon père, mon beau-père sont morts, ma mère est folle. Ils ne liront pas ce livre, et je me sens le droit de l’écrire enfin. Cette étrange famille, j’espère la racon­ter sans colère, la décrire sans me plaindre, je voudrais même en faire rire, sans regrets. Les enfants n’ont parfois que le choix de la fuite, et doivent souvent à leur évasion, au risque de la fragi­lité, d’aimer plus encore la vie. »

Enfin ce livre tient surtout par la qualité de son style, cet humour en distance et un peu triste donne beau­coup de charme à ce récit.

Citations

Sa mère et les mensonges

J’ai compris pour­tant vite qu’il était diffi­cile d’accorder le moindre crédit à ce que ma mère racon­tait. Ce n’était pas qu’elle aimât parti­cu­liè­re­ment mentir, mais accep­ter la vérité exigeait trop belle. Elle accu­mu­lait ainsi les mensonges, et elle les impo­sait à tous.

Ce que cache le dévouement

La mala­die de mon grand-père fut l’occasion pour ma mère de se lancer dans une course au dévoue­ment dont, pour plus de sûreté, elle posa les règles. Elle insista pour le conduire à l’hôpital pour chaque trans­fu­sion. C’était souvent très tôt le matin et Raphaëlle, qui habi­tait plus loin et devait dépo­ser ses enfants à l’école, partait avec handi­cap. Et lorsqu’elle se libé­rait pour l’emmener, la cadette se joignait à eux, ne suppor­tant ni d’être supplan­tée dans l’abnégation ni de lais­ser son père seul avec Raphaëlle. Cette dernière finit par se décou­ra­ger. Ma mère ne cessait jamais de le lui repro­cher, tout en signa­lant l’exemplarité de son propre sacri­fice. Cas remar­quable de désin­té­res­se­ment inté­ressé.

Portrait de Guy

Guy, ainsi, portait la cravate. A priori – ceci posé pour rassu­rer tout lecteur cravaté-, on n’en saurait rien déduire. D’autant que c’était une cravate simple en soie , passe-partout, ni slim, trop décon­tracté, ni en tricot, trop risquée car il n’eût su avec quoi la porter. Elle était presque toujours unie, dans les bleus profonds, mais il arri­vait qu’une très fines rayures l’égayât. Je lui avais offert des cravates d’autres colo­ris, ou aux motifs fantai­sie, en vain. Elles avaient échoué au fond d’un tiroir, au mieux. Les autres, une cinquan­taine, étaient suspen­dues à une longue double tringle métal­lique dans son placard et j’aurais été bien inca­pable de les distin­guer entre elles.
Il était trop court de buste et pas assez fort de col, et il choi­sis­sait ces cravate trop longues. Il avait beau en coin­cer l’extrémité dans le panta­lon, elle finis­sait toujours par s’échapper, pour flot­ter de manière incon­trô­lée sur la boucle de cein­ture.
J’ignore d’où lui venait son goût pour cette bande d’étoffe déco­ra­tive. Ensei­gner l’anglais dans le secon­daire n’exigeait guerre qu’il en portât une. J’imagine qu’inconsciemment il s’agissait pour lui d’établir avec ses élèves une ligne Magi­not vesti­men­taire infran­chis­sable. A moins que la tradi­tion anglaise, « Tie », qui signi­fie aussi, « lien », « attache », ne soit une clef d’analyse. Quoi qu’il en soit, une fois rentré chez nous il ne la reti­rait pas, ne desser­rait même pas le col. Long­temps je mis cela sur le compte de la fatigue. Arriva l’âge de la retraite. Il ne l’abandonna pas. Il nouait son nœud tous les matins, par tous temps, en toutes circons­tances. Il la portait indif­fé­rem­ment sous une veste, sous un pull, un blou­son, un anorak, tout cela conver­geant pour lui confé­rer l’allure d’un vigile d’une société de gardien­nage. Au sport d’hiver, ses mauvais genoux l’empêchaient de skier mais il y emme­nait parfois mon fils, il portait la cravate jusqu’au bas des pistes de ski, et il pouvait même manger une fondue, cravaté, dans les restau­rants d’altitude. J’ai la photo. L’ôter pour dormir où se baigner devait être un déchi­re­ment.
Son confor­misme était si extrême qu’il confi­nait à l’originalité.

Toujours Guy qui devait énerver plus d’une personne sur la route

Nous démar­rions alors, mais seule­ment après que le siège eut été réglé au milli­mètre, et les rétro­vi­seurs repo­si­tion­nés. Sortir en créneau de sa place lui prenait plus de temps qu’il en eut fallu à quiconque pour y entrer. Au premier feu trico­lore, il ralen­tis­sait malgré le vert pour éviter de passer à l’orange. Et lorsque le feu quit­tait le rouge, il n’arriva jamais que la voiture qui nous suivait ne klaxon­nât pas au moins une fois.

Quand son humour rejoint celui de Jean Louis Fournier

Une église sur le fron­ton de laquelle était écrit : « Ah qu’il est bon le bon Dieu !» Ce n’était pas de l’humour, d’autant qu’à tout prendre, un « Ah qu’elle est vierge la Vierge Marie !» eut été plus amusant.

Traduit de l’anglais par Élodie Leplat. Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.


En juin 2018 , notre club de lecture après une discus­sion mémo­rable avait attri­bué au « Chagrin des vivants » son célèbre « coup de cœur des coups de cœur ». C’est donc avec grand plai­sir que je me suis plon­gée dans cette lecture. Envie et appré­hen­sion, à cause du sujet : je suis toujours boule­ver­sée par la façon dont on a toujours maltraité des êtres faibles, En parti­cu­lier, les malades mentaux. Ce roman se situe dans le Yokshire en 1911, dans un asile que l’auteure a appelé Shars­ton. Cette histoire lui a été inspi­rée par la vie d’un ancêtre qui, à cause de la grande misère qui a sévi en Irlande au début du ving­tième siècle, a vécu dans des insti­tu­tions ressem­blant très fort à cet asile.

Le roman met en scène plusieurs person­nages qui deviennent chacun à leur tour les narra­teurs de cette tragique histoire. Ella, la toute jeune et belle irlan­daise qui n’a rien fait pour se retrou­ver parmi les malades mentaux et qui hurle son déses­poir. Clèm une jeune fille culti­vée qui a des conduites suici­daires et qui tendra la main à Ella. John Mulli­gan qui réduit à la misère a accepté de vivre dans l’asile. Charles Fuller le méde­cin musi­cien qui sera un acteur impor­tant du drame.

Ella et John vont se rencon­trer dans la salle de bal. Car tous les vendre­dis, pour tous les patients que l’on veut « récom­pen­ser » l’hôpital, sous la houlette de Charles Fuller, peuvent danser au son d’un orchestre. Malheu­reu­se­ment pour tous, Charles est un être faible et de plus en plus influencé par les doctrines d’eugénisme.

C’est un des inté­rêts de ce roman, nous sommes au début de ce siècle si terrible pour l’humanité et les idées de races infé­rieures ou dégé­né­rées prennent beau­coup de place dans les esprits qui se croient savants : à la suite de Darwin et de la théo­rie de l’évolution pour­quoi ne pas sélec­tion­ner les gens qui pour­ront se repro­duire en amélio­rant la race humaine et stéri­li­ser les autres ? L’auteure a choisi de mettre toutes ces idées dans la person­na­lité ambi­guë et déséqui­li­brée de Charles Fuller, mais on se rend compte que ces idées là étaient large­ment parta­gées par une grande partie de la popu­la­tion britan­nique, elles avaient même les faveurs d’un certain Wins­ton Chur­chill. Il s’en est fallu de peu que la Grandes Bretagne, cinquante ans avant les Nazis n’organise la stéri­li­sa­tion forcée des patients des asiles. On apprend égale­ment que ces patients ne sont pas tous des malades mentaux, ils sont parfois simple­ment pauvres et trouvent dans cet endroit de quoi ne pas mourir de faim. On voit aussi comme pour la jeune Ella, que des femmes pouvaient y être enfer­mées pour des raisons tout à fait futiles. Ella, un jour où la chaleur était insup­por­table dans la fila­ture où elle travaillait a cassé un carreau. Ce geste de révolte a été consi­déré comme un geste dément et son calvaire a commencé. Au lieu de l’envoyer à la police on l’a envoyée chez les « fous ». On retrouve sous la plume de cette auteure, les scènes qui font si peur : comment prou­ver que l’on est sain d’esprit alors que chacune des paroles que l’on prononce est analy­sée sous l’angle de la folie. Et lorsque Ella se révolte sa cause est enten­due, elle est d’abord démente puis violente et enfin dange­reuse.

Le drame peut se nouer main­te­nant tous les ingré­dients sont là. Un amour dans un lieu inter­dit et un méde­cin pervers qui mani­pule des malades ou des êtres sans défense.

J’ai lu ce deuxième roman d’Anna Hope avec un peu moins d’intérêt que son premier. Elle a su, pour­tant, donner vie et une consis­tance à tous les prota­go­nistes de cette histoire, ses aïeux sont quelque part dans toutes les souf­frances de ces êtres bles­sés par la cruauté de la vie. Il faut espé­rer que nos socié­tés savent, aujourd’hui, être plus compa­tis­santes vis à vis des plus dému­nis. Cepen­dant, quand j’entends combien les béné­voles de « ADT quart monde » se battent pour faire comprendre que les pauvres ne sont pas respon­sables de leur misère, j’en doute fort.

Citations

Le mépris des gardiennes pour les femmes enfermées à l’asile

Toute­fois elle voyait bien comment les surveillantes regar­daient les patientes, en rica­nant parfois derrière leurs mains. L’autre jour elle avait entendu l’infirmière irlan­daise qui dégoi­sait avec une autre de sa voix criarde de pie : « Non mais c’est-y pas que des animaux ? Pire que des animaux. Sales, tu trouves pas ? Mais comment il faut les surveiller tout le temps ? Tu trouves pas ? Dis, tu trouves pas ?»

Les femmes et la maladie mentale

Contrai­re­ment à la musique, il a été démon­tré que la lecture prati­quée avec excès était dange­reuse pour l’esprit fémi­nin. Cela nous a été ensei­gné lors de notre tout premier cours magis­tral : les cellules mascu­lines sont essen­tiel­le­ment catho­liques – actives éner­giques- tandis que les cellules fémi­nines son anato­miques – desti­nées à conser­ver l’énergie et soute­nir la vie. Si un peu de lecture légère ne porte pas à consé­quence, en revanche une dépres­sion nerveuse s’ensuit quand la femme va à l’encontre de sa nature.

Théorie sur la pauvreté au début du 20e siècle

La société eugé­nique est d’avis que la disette, dans la mesure où elle est incar­née par le paupé­risme (et il n’existe pas d’autres étalon), se limite en grande partie à une classe spéci­fique et dégé­né­rée. Une classe défec­tueuse et dépen­dante connue sous le nom de classe indi­gente.
Le manque d’initiative, de contrôle, ainsi que l’absence totale d’une percep­tion juste sont des causes bien plus impor­tantes du paupé­risme que n’importe lesquelles des préten­dues causes écono­miques.

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Marie-Claude Peugeot.

J’ai lu ce roman grâce à la blogo­sphère, je mettrai les liens si, sur un commen­taire, je recon­nais celui où celle qui aime cet auteur. ( J’ai perdu la réfé­rence du blog où j’ai noté ce nom, c’était au début de l’été 2017.)

Le titre améri­cain est « I know this much is true ». Ces deux titres révèlent une vérité du roman mais pas exac­te­ment la même, le titre améri­cain insiste sur la tension qui sous tend tout le roman. On sent que Domi­nick, le narra­teur qui essaie de sauver son frère Thomas, schi­zo­phrène, des griffes d’une insti­tu­tion psychia­trique répres­sive après qu’il s’est tran­ché la main dans les locaux de la biblio­thèque, va dévoi­ler peu à peu une enfance terrible qui cache des drames qui l’empêchent aujourd’hui de reprendre pied dans sa vie. Le titre fran­çais repré­sente le point final du roman, on ne peut construire sa vie qu’en accep­tant les diffé­rents aspects de sa propre person­na­lité. Thomas le fragile, le malade, le protégé de la mère des deux jumeaux est fina­le­ment plus fort que le bouillant et toujours en colère Domi­nick, enfin c’est une façon de parler car Thomas est du côté du malheur et la répres­sion s’abat sans pitié sur lui, la soit-disant force des vain­cus est de savoir recon­naître en chacun de nous cette part de faiblesse, c’est alors que « les vain­cus sont puis­sants » .

Wally Lamb nous plonge dans l’histoire d’une famille « dysfonc­tion­nelle » (j’emprunte ce mot à Pat Conroy élevé à la dure lui aussi par un ancien Marine). La diffé­rence est que Ray n’est pas le géni­teur des enfants, il a épousé la mère et reconnu les jumeaux. Durant toute leur enfance, il n’aura pour but que d’en faire de braves petits soldats et les endur­cir pour affron­ter un monde qu’il sait ne faire aucune place aux faibles. Domi­nick s’en sort à sa façon, il affronte avec bravache cette éduca­tion, mais Thomas réagit par les pleurs. Plus sa mère le protège, plus Ray s’énerve jusqu’à une scène terrible qui arrive après 900 pages. C’est le reproche que je fais à ce roman pour­quoi faut-il à cet auteur 976 pages pour accou­cher de cette souf­france qui dévore toute une vie ? Bien sûr ce roman nous permet de visi­ter les bas-fonds des hôpi­taux psychia­triques améri­cains, de parta­ger les tensions de l’arrivée des immi­grants italiens, de revivre le racisme ordi­naire contre les indiens et les noirs, et de comprendre que la peur d’avoir du sang noir dans les veines a provo­qué bien des secrets, que rien n’est pire que statut de fille mère … Bref nous sommes avec les vain­cus souvent et il est vrai que nous mesu­rons qu’eux aussi on fait la force de ce grand pays. Mais j’aurais aimé un peu plus de conci­sion, même si je comprends que le rythme de cette écri­ture vient du dévoi­le­ment progres­sif que Domi­nick réalise grâce à une théra­pie très doulou­reuse. Au bout de tant d’horreurs, la fin heureuse a mis un peu de baume sur mon cœur telle­ment meur­tri surtout quand je lis pendant des pages et des pages les souf­frances que l’on peut faire subir à des gens sans défense dans les hôpi­taux psychia­triques.

Citations

La dernière phrase

L’amour gran­dit dans le riche terreau du pardon ; les bâtards font de bons chiens ; La preuve de l’existence de Dieu réside dans la pléni­tude des choses.

Le sens du roman avec le titre français

Je suis profes­seur d’histoire américaine(.….)mes élèves tirent, je l’espère, la leçon que j’ai moi même tirée : l’abus de pouvoir nuit à l’oppresseur autant qu’à l’opprimé.

L’amitié entre garçons

« Comment peux-tu fréquen­ter le trou du c… le plus notoires de tout le lycée ?» me deman­dait constam­ment Thomas l’été ou Léo et moi étions ensemble au rattra­page d’algèbre. Certes, Léo était un vrai trou du cul, je le savais. Mais, je le répète, il était aussi tout ce que mon frère et moi n’étions pas : sans complexe, insou­ciant, et hyper drôle. Son toupet phéno­mé­nal nous avait fait accé­der à toutes sortes de plai­sirs inter­dits que mon béni-oui-oui de fran­gin aurait désap­prouvé, et qui m’aurait valu des rossées de mon beau-père : les films clas­sés X du drive-in de la route 165, le champ de courses de Narra­gan­sett, un maga­sin de vins, spiri­tueux sur la route de Pachaug Pond qui accor­dait aux mineurs le béné­fice du doute. Ma première cuite magis­trale, je l’ai prise dans la voiture de la mère de Léo, à la Cascade en fumant des ciga­rettes et en faisant circu­ler une bouteille de Bali Hai. J’avais 15 ans.

Les expérimentations sur les malades mentaux

Les années 70 et 78 avaient été fastes. À cette époque-là, consi­dé­rant qu’en fin de compte Thomas n’était pas maniaco-depres­sif, on avait arrêté le lithium pour le rempla­cer par de la stela­zine. Puis le Dr Brad­bury avait pris sa retraite, et ce connais de Dr Shoo­ner, ce nabot qui suivait désor­mais mon frère, avait décrété que, si ça marchait avec six milli­grammes de stela­zine par jour, ça marche­rait d’autant mieux avec dix-huit. Il me semble encore tenir ce petit char­la­tan par les revers de son veston de tweed comme le jour où j’ai trouvé Thomas assis, para­lysé, l’oeil vitreux, la langue pendante, bavant sur sa chemise.

Les bibliothèques

Autre­fois, le métier de biblio­thé­caire était un métier agréable -après tout elle aimait bien les gens. Mais à présent, les biblio­thèques étaient à la merci des lais­sés-pour-compte et des sans-abris du quar­tier. Des gens qui se fichaient éper­du­ment des livres et de l’information. Qui venaient s’asseoir là comme des légumes ou se préci­pi­taient aux WC toutes les cinq minutes. 

Le destin et l’amour d’un fils pour sa mère

J’étais celui qui en voulait le plus au destin de l’avoir grati­fiée d’abord d’un mari incons­tant, puis d’un fils schi­zo­phrène, avant de reve­nir lui taper sur l’épaule pour lui filer le cancer. Or je prou­vais seule­ment que j’étais celui qui refu­sait le plus obsti­né­ment de se rendre à l’évidence. Si je me donnais tant de mal et si je faisais les frais de lui offrir une cuisine neuve, elle avait inté­rêt à vivre assez long­temps pour en profi­ter.

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Bernard Hœpff­ner avec la colla­bo­ra­tion de Cathe­rine Goffaux.


Le récent article de Keisha m’a amenée à relire ce roman que j’avais aban­donné, il m’a fallu toute la force de sa convic­tion pour que je le termine. J’ai failli plus d’une fois faire comme Sandrine renvoyer ce roman aux oubliettes. Il est construit autour d’un texte perdu, caché, présenté comme « unique » et « superbe », il donne, donc, au lecteur une seule envie : le lire à son tour pour parta­ger et comprendre ce plai­sir mais les extraits qui sont donnés sont (pour moi) des flops, cette décep­tion a entraîné une partie de mon désa­mour pour ce ce livre.

Extrait du livre présenté comme un chef d’oeuvre

Pendant l’age du verre, chacun pensait qu’une partie de son corps était extrê­me­ment fragile. Pour certains c’était une main, pour d’autres un fémur, et d’autres encore pensaient que c’était leur nez qui était en verre. L’âge du verre avez suivi l’âge de la pierre en tant que proces­sus évolu­tif de correc­tion, avait intro­duit un senti­ment nouveau de fragi­lité dans les rela­tions humaines qui encou­ra­geait la compas­sion.

Pour­quoi autant de mystère autour d’un texte aussi inin­té­res­sant ! Mais le pire n’est pas là, le côté abso­lu­ment insup­por­table de ce roman c’est sa construc­tion. Les person­nages sont reliés entre eux par des fils qui sont si emmê­lés que l’on ne sait pas ce qui les rapproche. Il y a cepen­dant de très beaux passages, les évoca­tions des diffé­rents aspects de l’extermination des juifs de Pologne et d’Europe centrales. Le poids de tous ces morts et les souve­nirs qui ne peuvent plus être ravi­vés par les vivants mais qui se sont arrê­tés alors que les parents, les frères les sœurs, les amants et amantes avaient encore le reste de leur vie à parta­ger avec la fratrie ; cela finit par étouf­fer les survi­vants. J’aurais tant voulu appré­cier ce livre, je suis bien triste de ne pas y être parve­nue.

Citations

Une mère envahissante

Quand je disais que j’allais dans ma chambre elle m’appelait : « Que puis-je faire pour toi, je t’aime telle­ment », et j’avais toujours envie de dire,mais sans jamais le faire : Aime- moi moins.

Le grand amour

Et si l’homme avait autre­fois été un garçon qui avait promis qu’il ne tombe­rai jamais amou­reux d’une autre fille tant qu’il vivrait a tenu promesse, ce n’est pas parce qu’il était têtu ni même loyale. Il ne pouvais pas faire autre­ment. Et, après s’être caché pendant trois ans et demi, caché son amour pour un fils qui ne savait même pas qu’il exis­tait ne parais­sait pas impen­sable. Pas si c’était ce que la seule femme qu’il aime­rait jamais lui deman­de­rait de faire. Après tout, quelle impor­tance si un homme doit cacher une chose de plus lorsqu’il a complè­te­ment disparu ?

Un juif réfugié au Chili et le poids de la découverte du sort de ceux qui sont restés en Pologne.

La guerre s’acheva. Petit à petit, Livi­nov apprit ce qu’était devenu sa soeur Myriam, et de ses parents, et de quatre autres frères et sœurs (ce qui était arrivé à son frère aîné André, il ne put le devi­ner qu’à partir de proba­bi­lité). Il apprit à vivre avec la vérité. Pas à l’accepter, mais vivre en sa compa­gnie. C’était comme s’il vivait avec un éléphant. Sa chambre était minus­cule et, chaque matin, il devait se glis­ser le long de la vérité simple­ment pour se rendre à la salle de bains. Pour atteindre l’armoire et sortir des sous-vête­ments, il lui fallait passer à quatre pattes sous la vérité, en priant qu’elle ne choi­sisse pas ce moment précis pour s’asseoir sur son visage. La nuit, quand il fermait les yeux, il la sentait planer au-dessus de lui.

Ce petit déjeu­ner pluvieux a été égayé par la lecture de ce livre. J’avais trouvé l’idée sur le blog de Noukette qui parlait du « Retour de Jules » j’ai donc préféré lire son arri­vée, d’autant qu’elle a été moins séduite par le tome 2. On sourit à cette lecture et on admire les prouesses du chien d’aveugle. Je n’apprécie pas que celui-ci porte le même prénom que mon petit fils, pour moi il y a une diffé­rence entre les hommes et leurs fidèles compa­gnon, ce n’est certai­ne­ment pas une réflexion poli­ti­que­ment correcte pour tous les amis des animaux. Mais j’aime bien que les gens s’appellent Didier et leur chien Médor. Je m’égare ! Ce roman raconte les amours contra­riés de Zibal, un homme super diplômé qui vend des maca­rons Laduré à l’aéroport d’Orly et d’Alice une aveugle, peintre à ses heures, guidée par Jules. Malheu­reu­se­ment pour le chien, Alice recouvre la vue et Jules perd son utilité mais pas l’amour de sa maîtresse. Le roman peut commen­cer avec des suites de rebon­dis­se­ments auxquels on n’a pas besoin de croire puisque Didier Van Cauwe­laert vous les raconte si bien. C’est drôle, enlevé et comme cet écri­vain sait croquer nos compor­te­ments contem­po­rains un peu ridi­cules, ce roman se lit faci­le­ment. Je sais que je ne lirai pas le tome 2 (moins appré­cié des fans de Jules 1 !), sauf si un jour de cafard j’ai juste envie de me diver­tir. C’est déjà beau­coup d’avoir ce don là : diver­tir une Dinar­daise un jour de pluie !

Citations

L’amour des animaux et des chiens en particulier

Jacques Haus­sant est un misan­thrope comblé qui voit depuis toujours dans le chien d’excellentes raisons de mépri­ser l’homme.

le personnage principal

Malgré moi j’ai béni la dégrin­go­lade sociale qui m’avait placé sur sa route. Avec un double diplôme d’ingénieurs biochi­miste et d’astrophysicien, je suis devenu à quarante deux ans vendeur de maca­rons à Orly Ouest niveau Départ, hall 2.

Genre de petites observations que j’aime bien

Quant à la gestuelle des textos, elle crée dans les rues, les trans­ports, les bureaux une choré­gra­phie digi­tale que je suis la seule à trou­ver grotesque

Elles ne sont mariées que depuis trois semaines mais au rythme où elles se disputent, elles risquent fort d’être les pion­nières du « Divorce pour tous »

Traduit de l’espagnol par Myriam Chirousse , d’ailleurs j’ai une petite remarque à propos de la traduc­tion, que penser de cette phrase :« John Berger accom­pagne John Sassal, un méde­cin de campagne un ami à lui » ? 

Je savais pour avoir lu les critiques sur de nombreux blogs, que je lirai ce roman, La souris jaune, Keisha, Domi­nique, Krol, Aifelle (et sans doute, bien d’autres encore) en ont parlé avec enthou­siasme . Je partage avec Aifelle l’agacement à propos des #hash­tag malgré la justi­fi­ca­tion que j’ai lue. Je ne trouve pas du tout que cela crée un réseau souter­rain au roman, mais ce qui est sûr c’est que ça freine désa­gréa­ble­ment la lecture. Ce roman est un travail de deuil pour l’auteure qui vient de perdre un compa­gnon, Pablo, tendre­ment aimé et qui raconte celui que Marie Curie a été amenée à faire lors de la mort acci­den­telle de Pierre. Les deux souf­frances se mêlent pour nous donner ce roman dont j’ai eu envie de reco­pier des passages entiers pour vous faire parta­ger mon plai­sir et aussi rete­nir ce que Rosa Montero nous dit de façon si simple et si humaine. J’ai beau­coup lu à propos de Marie Curie, en parti­cu­lier, il y a bien long­temps, le livre d’Ève Curie, et je me souviens très bien de la souf­france de Marie, la scène où elle brûle les effets tâchés du sang de Pierre sont gravés dans ma mémoire. J’aime cette femme de tout mon être , elle corres­pond à un idéal qui a marqué la géné­ra­tion de mes parents. Mais c’est aussi un idéal impos­sible à atteindre, comme tous les génies elle est hors de portée des autres femmes. Mais cela fait tant de bien qu’elle ait existé. Je connais­sais aussi l’épisode où la presse s’est éver­tuée à la détruire car elle a été la maîtresse de Paul Lange­vin . De tout temps la presse a été capable de s’amuser à détruire la répu­ta­tion d’une personne surtout si elle est célèbre. Mais l’accent que met Rosa Montero sur la person­na­lité de Paul Lange­vin montre les peti­tesses de ce person­nage. Il a trompé sa femme et il l’a fait jusqu’au bout de sa vie mais il n’est victime d’aucun juge­ment de la part de la presse ni de l’opinion publique. Bien sûr il ne défen­dra pas Marie qu’il lais­sera tomber, mais fina­le­ment il se rappel­lera à son bon souve­nir en lui deman­dant une place dans de cher­cheuse dans son labo­ra­toire pour une fille qu’il a eu avec une de ses étudiantes . Quel galant homme !

Ce roman nous entraîne donc dans une réflexion sur le deuil et la condi­tion de la femme dans le couple. Cette superbe éner­gie que l’on connaît chez Marie Curie, on sait qu’elle habite Rosa Montero qui roman après roman nous livre le plus profond de son imagi­na­tion. Rien ne peut l’arrêter d’écrire, comme rien n’a pu arrê­ter Marie d’aller véri­fier ses expé­riences dans son labo­ra­toire. Seule­ment ce sont aussi des femmes de chaires et de sang et elles peuvent flan­cher. Marie après la mort de Pierre s’est enfer­mée dans un silence morti­fère et après la cabale de la presse à propos de son amour avec Paul Lange­vin, elle est restée un an loin du monde et de ses chères recherches. Est-ce la façon de cette auteure de nous dire que sa souf­france a failli, elle aussi, la faire trébu­cher vers la non vie ?

Citations

l’écriture

Je me sens comme le berger de cette vieille blague qui sculpté distrai­te­ment un morceau de bois avec son couteau, et qui, quand un passant lui demande : « Mais vous faites la figure de qui ?» répond : « Eh bien, s’il a de la barbe saint Antoine, sinon la Sainte Vierge. »

Autobiographie ou roman ?

Même si, dans mes romans, je fuis l’autobiographie avec une véhé­mence parti­cu­lière, symbo­li­que­ment je suis toujours en train de lécher mes bles­sures les plus profondes. À l’origine de la créa­ti­vité se trouve la souf­france, la sienne et celle des autres.

La féminité dans les années 70

J’appartiens à la contre-culture des années 70 : nous avions banni les soutiens-gorge et les talons aiguilles, et nous ne nous épilions plus sous les bras. J’ai recom­mencé à m’épiler par la suite, mais quelque part j’ai conti­nué de lutter contre le stéréo­type fémi­nin tradi­tion­nel. Jamais je n’ai porté de talons (je ne sais pas marcher avec). Jamais je ne me suis mis du vernis à ongle. Jamais je ne me suis maquillée les lèvres.

Réflexions sur le couple

« Le problème avec le mariage, c’est que les Femme se marient en pensant qu’ils vont chan­ger, et les hommes se marient en pensant qu’elles ne vont pas changer.«Terriblement lucide et telle­ment bien vu ! L’immense majo­rité d’entre nous s’obstine à chan­ger l’être aimé afin qu’il s’adapte à nos rêves gran­dioses. Nous croyons que, si nous le soignons de ses soi-disantes bles­sures, notre parfait bien-aimé émer­gera dans toute sa splen­deur. Les contes de fées, si sages le disent clai­re­ment : nous passons notre vie à embras­ser des crapauds , convain­cues de pouvoir en faire des princes char­mants. .…. quand Arthur dit que les hommes croient que nous n’allons pas chan­ger, il ne veut pas parler du fait que nous prenions un gros cul et de la cellu­lite, mais que notre regard se remplit d’amertume, que nous ne les bichon­ner plus et ne nous occu­pons plus d’eux comme si c’étaient des dieux, que nous pour­ris­sions notre vie commune par des reproches acerbes.
Tant de fois, nous menton aux hommes. À tant d’occasions, nous faisons semblant d’en savoir moins que nous n’en savons, pour donner l’impression qu’ils en savent plus. Ou nous leur disons que nous avons besoin d’eux pour quelque chose alors que ça n’est pas vrai. Juste pour qu’ils se sentent bien. Ou nous les adulons effron­té­ment pour célé­brer la moindre petite réus­site. Et nous allons jusqu’à trou­ver atten­dris­sant de consta­ter que, si exagé­rée soit la flat­te­rie, ils ne s’aperçoivent jamais que nous sommes en train de leur passer de la pommade, parce qu’ils ont véri­ta­ble­ment besoin d’entendre ces compli­ments, comme des adoles­cents auxquels il faut un soutien exté­rieur afin qu’ils puissent croire en eux

Le cadeau de Pierre à son amoureuse

Avec Marie il avait trouvé son âme sœur. En fait, au début de leur rela­tion, au lieu de lui envoyer un bouquet de fleurs ou des bonbons, Pierre lui avait envoyé une copie de son travail, inti­tulé » Sur la symé­trie des phéno­mènes physiques. Symé­trie d’un champ élec­trique et d’un champ magné­tique » : on convient que ce n’est pas un sujet qui fascine toutes les jeunes filles.

J’ai souri

On se mit tout de suite à utili­ser les rayons x pour diag­nos­ti­quer les frac­tures des os, comme main­te­nant, mais aussi à des fins absurdes comme par exemple pour combattre la chute des cheveux : on dirait que chaque nouveauté inven­tée par l’être humain est testé contre la calvi­tie, cette obses­sion terrible atti­sée par le fait que ceux qui perdent leurs cheveux, ce sont des hommes.

La mort

Je suis sûre que nous parlons tous avec nos morts : moi bien évidem­ment je le fais, et pour­tant je ne crois pas du tout à la vie après la mort. Et j’ai même senti Pablo à mes côtés de temps à autre .…… Marie s’adresse à Pierre parce-qu’elle n’a pas su lui dire au revoir, parce-qu’elle n’a pas pu pu lui dire tout ce qu’elle aurait dû lui dire, parce qu’elle n’a pas pu ache­ver la narra­tion de leur vie commune.

Paul Langevin le grand homme !

Quelques années plus tard Paul Lange­vin eut une enfant illé­gi­time avec une de ses anciennes étudiantes ( un vrai cliché) et il demanda à Madame Curie de donner à cette fille un travail dans son labo­ra­toire. Et vous savez quoi ? Marie le lui donna.

Ce livre est dans mes listes depuis .….. long­temps ! j’apprécie cette auteure qui fait partie des gens qui me font du bien. D’abord parce que Kata­rina Mazetti aime racon­ter des histoires et que j’adore que l’on m’en raconte. Ensuite, parce qu’elle a un sens de l’humour avec lequel je suis bien : jamais méchant mais telle­ment perti­nent. La fin est peut-être trop gentille, mais elle ne fait que deux pages et il fallait bien finir ! C’est pour­tant pour cette raison et l’aspect un peu cari­ca­tu­ral de certains person­nages que ce roman n’a pas eu ses cinq coquillages que j’ai parfois eu très envie de lui mettre. Nous sommes embar­qués sur un bateau de croi­sière vers l’Antarctique avec des Suédois sans soucis finan­ciers mais avec parfois des diffi­cul­tés bien plus graves. Les deux person­nages centraux sont un jour­na­liste et une certaine Wilma. Le jour­na­liste se noie dans un divorce qui le prive de ses enfants. Tous les torts sont évidem­ment, selon lui, du côté de son épouse, mais peu à peu on se rendra compte que ce n’est peut être pas si simple. Et surtout, comme dit mon beau-frère préféré « il y a malheur plus grand » : que cache, en effet, la raideur et la maladresse de Wilma ? Il prend le risque à force de ne s’intéresser qu’à sa petite personne et profi­ter sans vergogne de la gentillesse et de l’optimisme de celle qui ne veut pas étaler ses problèmes de passer à côté d’une véri­table diffi­culté de la vie. Et puis, il y a, Alba qui compare chaque type humain à des compor­te­ments des animaux mais préfère ces derniers au hommes car : l’expression « les hommes sont des animaux » est une offense aussi bien envers les manchots que les autres espèces animales. C’est vrai que ce n’est pas un roman qui va rester à vie dans ma mémoire mais il m’a fait sourire et j’ai bien aimé les obser­va­tions sur les compor­te­ments des mammi­fères dits supé­rieurs, un peu cari­ca­tu­raux, peut-être comme ces deux sœurs : l’une, la riche exploite sans pitié la gentillesse de l’autre, la plus pauvre. Ces petits bémols ne doivent pas faire oublier que c’est avant tout un roman léger et agréable et pas l’étude du siècle sur les mœurs de la société suédoise.

Citations

Préface

Tous les person­nage de ce roman ont été tirés d’un compost d’observation diverses et de frag­ments de souve­nirs qui a mûri dans la tête de l’auteur durant un laps de temps indé­fini.

C’est indi­qué « bagages » avec une flèche à droite et une autre à gauche. Sur le même panneau ! J’ai un faible pour les Fran­çais, mais Charles-de-Gaulle est un concen­tré de leurs pires défauts.

Des noms qui font rêver (ou pas)

Thiru­va­nan­tha­pu­ram 

C’est vrai en France aussi

Regar­dez le public au théâtre ou dans les vernis­sages ! Quatre-vingt-dix pour cent sont des femmes, la plupart ayant dépassé la cinquan­taine, les dix pour cent restants y ont été traî­nés par une femme. Inter­di­sez l’accès aux femmes de plus de quarante-cinq ans et vous pouvez annu­ler toute vie cultu­relle suédoise !

Le résultat d’une enquête journalistique

Le conseiller d’éducation s’est pendu avant le procès lais­sant une épouse et trois enfants dont deux fréquen­taient son école. La répu­ta­tion de la rempla­çante a été ruinée et elle a perdu son boulot. Le seul à être vrai­ment heureux à proba­ble­ment été l’enfoiré qui avait vendu l’histoire au départ. Et puis, nous les trois épau­lards . Dans une bonne humeur forcée, nous sommes allés nous saou­ler au pub pour célé­brer notre acti­vité si utile à la société.
Bon évidem­ment qu’elle était utile à la société, je le soutiens encore aujourd’hui. Mais. La vie de six personnes à été détruite.

Philosophie du marin

Tout le monde devrait connaître un bon mal de mer de temps en temps, a-t-il marmotté. Ça vous rend humble et doux, on se rend compte qu’on n’a pas grand-chose à oppo­ser à la nature. Je crois que je vais inven­ter un comprimé de mal de mer qui fonc­tionne à l’envers. Pour le jeter dans le gosier des tyrans omni­po­tents aux quatre coins du monde quand ils s’apprêtent à enva­hir un pays , ou à dévas­ter une forêt, ou simple­ment à battre leur femme.

Un vantard

Göran est resté au bar à racon­ter à ceux qui voulaient bien l’écouter qu’il n’avait jamais eu le mal de mer. Ce qui est sans doute vrai -mais il n’a pas précisé qu’il n’avait jamais vrai­ment pris la mer, seule­ment fait des courses en hors-bord sur le lac près de chez nous.

J’ai souri

C’est un peu comme boire un verre de cognac quand on sent venir un gros rhume. Ça ne guérit personne, mais on s’amuse plus en atten­dant d’être patraque.

Traduit du suédois par Max Stad­ler et Lucile Klauss

Merci à la petite souris qui a souvent de très bonnes idées de lecture . Mais, j’ai eu plus de mal qu’elle à lire ce roman, non pas qu’il ne soit pas inté­res­sant mais on s’attend à un livre léger et drôle, alors que le récit est long et le style pas très enlevé ( je pour­rai dire un peu lourd). Est-ce un effet du Suédois, mais les phrases très courtes, répé­ti­tives n’allègent pas forcé­ment la lecture. Ce récit donne une assez bonne idée de l’enseignement en Suède. J’ai lu récem­ment le livre de Jean Philippe Blon­del G229 , tout en finesse et en légè­reté , vrai­ment rien à voir. L’idée de départ est pour­tant géniale, une profes­seure d’anglais et de suédois se retrouve coin­cée dans le local de la photo­co­pieuse de son collège. Cela n’aurait jamais dû lui arri­ver, car c’est une femme orga­ni­sée qui ne laisse jamais rien au hasard. Elle est même carré­ment psycho-rigide et tout en s’épuisant pour les autres, elle ne fait le bonheur de personne et surtout pas le sien. L’intrigue est bien menée, car il faut une succes­sion d’erreurs qu’elle ne commet jamais d’habitude pour que son calvaire se prolonge jusqu’au dimanche après midi. Sur cette trame et en parta­geant les moments d’angoisse de cette femme, l’auteure peut nous faire comprendre peu à peu la vie des ensei­gnants en Suède et celle d’Eva-Lena en parti­cu­lier. C’est évidem­ment très diffé­rent de le France mais c’est inté­res­sant de se rendre compte qu’en partant de méthodes très diffé­rentes, on n’arrive toujours pas à inté­res­ser des adoles­cents qui n’ont pas envie de se mettre à travailler. Ce roman est plein de remarques très justes sur les rapports entre ensei­gnants, sur les diffi­cul­tés des personnes trop perfec­tion­nistes, sur la vie en Suède. Les person­nages ne sont pas trop cari­ca­tu­raux, sauf le person­nage prin­ci­pal, il lui en faudra du temps pour comprendre ce que le lecteur avait compris dès les premières lignes. Avec un peu plus de grâce et de légè­reté, j’aurais adoré ce roman tout comme mes amies du blog de la petite souris jaune.

Citations

Portrait d’Aurora, l’amie non conventionnelle

Elle n’est ni grande ni grosse : mais elle se place toujours de façon à être au centre des événe­ments. Tout le monde vient s’attrouper autour d’elle. On l’entend tout le temps, bien qu’elle ne parle pas parti­cu­liè­re­ment fort.

Portrait d’Eva-Lena et origine du titre

Je ne peux récu­rer aucune baignoire, ni nettoyer un seul évier. Ni dégi­vrer le frigo. Ni rempo­ter les fleurs.

Il n’y a rien que je puisse faire main­te­nant. Pas passer l’aspirateur, non : je n’ai pas accès à un quel­conque aspi­ra­teur. Pas un seul aspi­ra­teur à ma portée.

Mes possi­bi­li­tés de nettoyer les fenêtres sont réduites à néant. Dans cette pièce par exemple, il n’y a pas une seule fenêtre, pas même un soupi­rail.(.….)

En ce moment personne ne peut exiger quoi que ce soit de moi. Je suis tout simple­ment Hors-service.

Eva-Lena un prof qui manque d’humour

Elle passa en revue son emploi du temps du lundi. Anglais avec les cinquièmes. Suédois, leçon 8, intro­duc­tion aux consti­tuants de la phrase. Voilà qui serait vivant, et susci­te­rait inté­rêt des élèves.

Je suis comme Erik et j’aurais bien du mal à supporter Eva-Lena

Il arrive qu’Erik, quand il lit un livre après moi, enrage à cause des anno­ta­tions que j’écris à la main dans les marges. Un petit point d’exclamation par-ci, une étoile par-là. Un point d’interrogation en face d’une phrase à la construc­tion alam­bi­quée. Une méta­phore origi­nale discrè­te­ment souli­gnée. Si un passage entier est inté­res­sant, je le marque d’un trait verti­cal dans la marge. Il prétend que perturbe sa lecture. Il fulmine, ne veut pas de mes « panneaux indi­ca­teurs ». Alors que je prends soin d’utiliser un crayon bien pointu pour écrire de petits signes, d’une écri­ture soignée qui ne peut gêner personne.

Un bon professeur

Bengt-Göran Arvid­sson n’a jamais voulu entendre parler des nouvelles méthodes. Et pour­tant ses élèves l’adorent. Quand il passe dans les couloirs, ils se séparent comme la mer rouge devant le bâton de Moïse. Et ils le suivent, ils le suivraient quarante ans dans le désert s’il le fallait. Et ils l’écoutent atten­ti­ve­ment, en silence. Ils savent que leur silence sera récom­pensé. Parce que Bengt-Göran « raconte » il n’enseigne pas. Il raconte.


J’aime cette auteure et je sais que je lirai toute sa série. Marie-Aude Murial possède ce talent de nous faire parta­ger la vie d’une grande partie des êtres humains de notre société à partir d’un point de vue précis. Un petit bémol, pour moi, on sent trop, dans ce récit, que l’on aura une saison 3, trop de choses sont en suspens, mais tant pis, je ne boude pas mon plai­sir. J’aime bien passer mes soirées avec Sauveur Saint-Yves et son fils, Lazare que l’on voit un peu moins dans ce tome . Ce méde­cin, psycho­logue ordi­naire donc extra­or­di­naire, quand il arrive à rendre moins malheu­reux les gens autour de lui, inau­gure un nouveau trai­te­ment « l’hamsterothérapie ».

Citations

L’ado à problèmes

Gabin zonait parfois sur « Word offre Warcraft » pendant six ou sept heures d’affiliés, de préfé­rence la nuit. D’où ses absences scolaires, surtout en début de mati­née. À partir de 11 heure, il se conten­tait de dormir en cours, la tête entre les bras. Les profs le lais­saient en paix, désar­més par sa bonne gueule un peu cabos­sée, à la Depar­dieu jeune, et son regard inex­pres­sif, qui le faisait passer pour plus crétin qu’il n’était.

L’horreur de Daesh

Racontée à la journaliste

Haddad avait 26 ans, elle était mariée à Yous­sef, profes­seur de violon. Peu après l’entrée des djiha­distes, dans Mossoul le 10 juin, monsieur Haddad avait perdu son emploi, la musique étant inter­dite. Les hommes de Daesh avait marqué la maison des Haddad d’une lettre qui les dési­gnaient comme chré­tiens. Puis les nouveaux maîtres de la ville, circu­lant en pick-up dans les nouveaux quar­tiers chré­tiens, avaient diffu­sés ce message par haut-parleur : » Conver­tis­sez-vous, deve­nez sujets du Cali­fat. Sinon, partez sans rien empor­ter. » Refu­sant de se soumettre aux isla­mistes ;, les Haddad avaient bourré leur break. A la sortie de la ville quatre hommes les avaient fait ranger sur le bas-côté

Ils nous ont demandé de sortir du break. Ils ont pris tout ce qu’on avait dans la voiture . Puis on a pu partir.….

Racontée en toute confiance au psychologue

Elle lui raconta la terreur dans la ville, son frère Hilal, un adoles­cent d e 15 ans égorgé en pleine rue, la fuite dans le break, les hommes qui les avaient arrê­tés et sortis de force de la voiture, le violon de son mari qu’ils avaient fracassé contre une pierre, car la musique est impie, les bijoux qu’ils avaient arra­chés à ses mains, à son cou, la peur qu’elle avait eu d’être violée.…

La mère abusive pauvre Samuel !

Madame Cahen, qui,était aux aguets, avait flairé quelque chose. son fils se lavait, il cirait ses chaus­sures

- Tu te fais beau ce matin, rica­nait-elle ? « Elle » est de ta classe .

Samuel buvait son choco­lat le matin, il mettait son linge sale dans le panier ?. Sa doci­lité même était suspecte. Sa mère entrait encore plus souvent dans sa chambre sans crier gare. Elle soule­vait ses copies, ses cahiers, elle faisait du tri dans ses vête­ments, elle cher­chait elle ne savait quoi. Une lettre. Une adresse. Une photo. La trace d’une fille.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thè­que de Dinard, traduit de l’anglais par Chris­tine Le Boeuf.


Un roman typi­que­ment British, vous y boirez des litres et des litres de thé, vous y mange­rez des sand­wichs, vous y croi­se­rez des femmes fofolles gentilles et des méchantes, des chiens (beau­coup de chiens) un fantôme ou plus exac­te­ment l’esprit d’une femme morte qui veut faire abou­tir ce récit, les allu­sions aux romans clas­siques anglais, un vrai gent­le­man quelques odieux person­nages tout cela saupou­dré d’humour (c’est que j’ai le plus appré­cié dans ce roman) . Bref, un roman comme une sucre­rie anglaise trop colo­rée et trop sucrée mais qui va si bien avec leurs jolies tasses et leurs tapis­se­ries à fleurs. Le fil de la narra­tion est amusant, un homme qui a perdu celle qu’il aimait et la médaille qu’elle lui avait confiée, se met à collec­tion­ner les objets perdus et les réper­to­rier : c’est notre gent­le­man. Laura sa secré­taire qui devien­dra son héri­tière aura pour mission de retrou­ver les proprié­taires des dits objets, elle hérite aussi d’une superbe maison à Londres, ça c’est le côté bonbon aux couleurs tendres de l’Angleterre. L’intrigue se complique car nous devons suivre aussi le destin de la médaille perdue et donc croi­ser une hysté­rique anglaise qui écrit de mauvais romans paro­diant les clas­siques. Une fofolle anti­pa­thique !

C’est un peu compli­qué un peu touffu, le charme vient aussi des récits que notre gent­le­man avait inven­tés à propos de chaque objet, ça fait un peu atelier d’écriture mais c’est sympa­thique.
Tout finira bien avec l’amour et la richesse en prime.

Citations

Un passage plein d’humour, les méchantes langues accusent évidemment Laura d’avoir mis le grappin sur le gentleman

- Eh bien, je suppose qu’elle faisait un peu plus que dépous­sié­rer et passer l’aspirateur.
Laura avait l’intention de passer près d’elle sans être vue mais, main­te­nant, elle leur fit face avec un sourire crâne.
-Fella­tion, annonça-t-elle . Tous les vendre­dis. Et, sans un mot de plus, elle sortit en majesté. Winnie se tour­nant vers Marjory, l’air intri­gué.
- Ça s’appelle comment, ça en langage courant ?
- C’est de l’italien, dit Marjory en se tapo­tant la bouche avec sa serviette. J’en ai mangé, une fois dans un restau­rant.

Les pensées d’une femme qui ne sait pas encore qu’elle est presque amoureuse

Il avait dit « oui » et, depuis, L’aura avait gaspillé un temps consi­dé­rable à essayer de comprendre pour­quoi. Ses hypo­thèses étaient nombreuses et variées : elle l’avait pris par surprise ; il se sentait seul ; il avait envie de dinde rôtie mais ne savait pas cuisi­ner ; il la plai­gnait. L’explication qu’elle envi­sa­geait avec le plus de réti­cence mais aussi le plus d’excitation était la plus simple et la plus éner­vante. Il venait parce qu’il en avait envie.

Alzheimer

Elle aurait aimé pouvoir faire quelque chose, n’importe quoi, pour atté­nuer le chagrin de Bomber lorsqu’il voyait son père s’éloigner inexo­ra­ble­ment vers un hori­zon loin­tain et inac­ces­sible. La bonne santé physique de Godfrey était d’une cruelle ironie, couplée comme elle l’était à sa fragi­lité mentale, faisant de lui un enfant crain­tif et colé­rique qui aurait trop grandi. « Le corps d’un buffle, l’esprit d’un mouche­ron ».