Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thè­que de Dinard et coup de cœur de mon club

Je le mets dans la caté­go­rie « Roman qui font du bien », avec ces quatre coquillages, il est aussi dans « mes préfé­rences », parce qu’il raconte un très bel amour qui a duré tout le temps d’une vie de couple, brisé seule­ment par la mort trop précoce due à la chorée de Hunting­ton. Il y a telle­ment d’histoires de couples qui n’arrivent pas à s’aimer dans la litté­ra­ture actuelle. Certes, (et hélas !) la mort précoce de la jeune femme, est peut-​être un facteur de réus­site de cet amour, mais Tris­tan Talberg sous la plume de Patrick Tudo­ret raconte si bien cette rela­tion réus­sie, pleine de passion, de tendresse, d’attention à autrui que cela m’a fait vrai­ment du bien au creux de cet hiver très gris. Ce roman n’est pas non plus un texte de plus sur le pèle­ri­nage de Compos­telle, mais plutôt un chemin vers la sortie du deuil.

Cette longue marche à pied, permet grâce à l’effort physique souvent soli­taire, un retour sur soi et une réflexion sur la foi. Les bruits du monde sont comme assour­dis, s’ils parviennent aux marcheurs c’est avec un temps de réflexion salu­taire. Ce n’est pas un livre triste, au contraire, il est souvent drôle, les diffé­rents marcheurs sont bien croqués, cela va de l’athée mili­tant aux confits en reli­gion. Tris­tan est un agnos­tique dans lequel je recon­nais volon­tiers plusieurs de mes tendances. Beau­coup plus cultivé que moi, il se passionne pour les auteurs comme Pascal, Chateau­briand, Saint Augus­tin mais c’est pour réflé­chir sur ses doutes et fuir tous les secta­rismes. Et le prix Nobel dans tout cela ? disons que c’est un beau prétexte pour réflé­chir sur la noto­riété et la média­ti­sa­tion du monde actuel. Un roman agréable à lire et j’ai déjà en tête bien des amies à qui je l’offrirais volon­tiers.

Citations

Ceux qui ont refusé le Nobel

Sartre en 1960, vexé peut-​être que Camus l’eût devancé de trois ans… ; Beckett aussi, ascète incor­rup­tible des Lettres (.…) Beckett n’avait pas un rond vaillant et la gentillette somme atta­chée au prix l’eût sans doute bien aidé, mais sa soupente d’étudiant éter­nel était plus vaste que tous les palais

Ce portrait m’enchante

Fervent secta­teur du guide Miche­lin, son ingé­nieur de père, pour qui la poésie du monde rési­dait davan­tage dans un roule­ment à billes que dans les vers impairs de Verlaine, en vantait sans fléchir l’objectivité et le sérieux .

La mort de l’aimée

Elle ne vit qu’une masse sombre effon­drée sur le lit. Une masse sombre tran­chant sur le drap clair, dans cette chambre étouf­fante et blanche. Un homme couché sur une femme aimée, ploye sur elle, la couvrant de tout son corps comme si elle avait froid. Mais elle n’avait plus froid

Agnostique et Athée

Mais, tu le sais, j’ai toujours eu les fonda­men­ta­listes en horreur, qu’ils fussent croyants ou athées. Leurs idées arrê­tées en font des statues de sel, des cerveaux en jachère. Leurs certi­tudes m’emmerdent. Cette pensée enkys­tée me fait honte et m’effraie à la fois. Fonda­men­ta­lisme athée, gonflé de préten­tion sur ratio­na­listes, tenant dans le plus insup­por­table mépris les 9/​10° de l’humanité pour qui Dieu et le sacré sont au coeur de tout, mais aussi fonda­men­ta­lisme reli­gieux qui nous fait le coup de la certi­tude « infor­mée », fermée à toute autre forme de pensée

20161127_093233Traduit de l’anglais (États-​Unis) par Anouk NEUHOFF. Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thè­que de Dinard

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Décep­tion ! Que je veux aussi parta­ger avec vous car j’avais noté ce roman dans un blog, mais lequel ? Le début m’a accro­chée, car je ne peux imagi­ner cette conduite : une femme, de 70 ans envi­ron, propose à un homme du même âge qu’elle connaît sans s’être jamais rappro­chée de lui, de parta­ger ses nuits. Je trouve que c’est d’une audace inima­gi­nable, autant je peux croire qu’on invite une personne à parta­ger des moments dans la jour­née mais les nuits ? Alors, sans aucune hési­ta­tion, je suis partie dans la vie de ces deux auda­cieux person­nages. Et j’ai aimé que leurs deux exis­tences n’aient rien d’audacieux, bien au contraire, cadres moyens d’une petite ville de province, ils se découvrent l’un l’autre dans une vie faite surtout de frus­tra­tions et de coups du destin. Et puis la fin gâche vrai­ment tout, cette femme qui s’en fiche du « quand dira-​t-​on » est inca­pable de résis­ter à son taré de fils qui a déjà fait le malheur de sa femme et de son fils.

Alors évidem­ment le roman m’a agacée, je ne cher­chais pas un happy-​end mais à ce que les person­na­li­tés se tiennent un peu plus que ça. J’ai revi­sité alors ma lecture et je me suis rendu compte que beau­coup de détails ne fonc­tion­naient pas pour moi. Pour­quoi ne vient-​elle jamais chez lui ? Pour­quoi n’en parlent-​ils pas à leurs enfants et qu’ils laissent la rumeur arri­ver jusqu’à eux ? Mais il faut sans doute passer au-​dessus de tout cela, pour décou­vrir que l’Amérique sous des allures de pays de la liberté est, du côté des mœurs, un pays étroit et mesquin. Et je rajoute que j’ai été toute seule à avoir des réti­cences par rapport à cette histoire qui a beau­coup plu aux membres du club qui lui ont donné un coup de cœur à l’unanimité moins une voix : la mienne.

Citations

Lorsque j’ai cru beaucoup aimer ce roman

Ça fait trop long­temps que nous sommes sans personne. Des années. La compa­gnie me manque. À vous aussi, sans doute. Je me deman­dais si vous accep­te­riez de venir dormir avec moi certaines nuits. Non, il ne s’agit pas de sexe… Je parle de passer le cap des nuits. Et être allon­gés au chaud sous les draps de manière complice.

20160730_151921Traduit de l’italien par Elsa DAMIEN

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J’ai commencé la lecture soute­nue par vos commen­taires à propos de « L’Amie Prodi­gieuse  » . Quand on a beau­coup aimé un roman, on aborde le second tome avec plus de réti­cences, mais très vite, j’ai été happée par le style d’Elena Ferrante. Voici une auteure qui rend l’Italie du sud telle­ment vivante ; elle nous fait comprendre de l’intérieur ce que cela veut dire d’être femme dans une société machiste donc violente et de plus domi­née par un clan qui ressemble fort à la mafia. Nous retrou­vons les mêmes person­nages que dans le premier tome, ils ont vieilli et ne sont plus confron­tés aux mêmes diffi­cul­tés. Lila se bat dans son quar­tier contre un mari qu’elle n’aime pas et contre tous ceux qui veulent la domi­ner. Elle essaie de vivre comme une femme libre dans un pays où cela n’a aucun sens. Elle est rouée de coups mais ne plie jamais. Elena sort tant bien que mal de sa misère initiale en réus­sis­sant brillam­ment ses études.

Ses amours ne la rendent pas toujours heureuse mais lui permettent de se rendre compte qu’elle a beau se donner beau­coup de mal pour se culti­ver, le fossé entre elle et ceux qui sont bien nés est infran­chis­sable. Les liens très forts qui unissent les deux jeunes femmes n’ont pas résisté aux passions amou­reuses qui se sont entre­croi­sées le temps d’un été. Même si Lila lui vole sous son nez son amou­reux et malgré sa peine, Elena restera lucide et ne lui enlè­vera pas tota­le­ment son amitié. Grâce à un jeu d’écriture, (les cahiers de Lila lui ont été confiés) , l’écrivaine peut décrire la vie de cette femme farouche si peu faite pour vivre sous la domi­na­tion des hommes napo­li­tains.

Racon­ter les intrigues risque de faire perdre tout le sel de ce roman qui vaut surtout par le talent de cette auteure. Elena Ferrante décrit dans le moindre recoin de l’âme les ressorts de l’amitié, de l’amour et des conduites humaines et donc, comme les grands écri­vains, elle nous entraîne d’abord dans une compré­hen­sion de l’Italie du sud et puis au delà des fron­tières terrestres dans ce qui consti­tue l’humanité dans toutes ses forces et ses faiblesses.

Citations

Portraits des femmes de Naples

Ce jour-​là, en revanche, je vis très clai­re­ment les mères de famille du vieux quar­tier. Elles étaient nerveuses et rési­gnées. Elles se taisaient, lèvres serrées et dos courbé, ou bien hurlaient de terribles insultes à leurs enfants qui les tour­men­taient. Très maigres, joues creuses et yeux cernés, ou au contraire dotées de larges fessiers de chevilles enflées et de lourdes poitrines, elles traî­naient sacs de commis­sions et enfants en bas âge, qui s’accrochaient à leurs jupes et voulaient être portés.

Le mur infranchissable de l’origine sociale

Je n’avais pas véri­ta­ble­ment réussi à m’intégrer. Je faisais partie de ceux qui bûchaient jour et nuit, obte­naient d’excellents résul­tats, étaient même trai­tés avec sympa­thie et estime, mais qui ne porte­raient jamais inscrits sur eux toute la valeur, tout le pres­tige de nos études. J’aurais toujours peur : peur de dire ce qu’il ne fallait pas, d’employer un ton exagéré, d’être habillé de manière inadé­quate, de révé­ler des senti­ments mesquins et de ne pas avoir d’idées inté­res­santes.

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Traduit de l’anglais (États-​Unis) par Eric Chédaille.

4Je dois à Keisha un certain nombre de nuits et de petits déjeu­ner très éloi­gnés des côte de la Manche, avec ce roman de 987 pages qui fait rouler l’imagination dans les grands espaces de l’ouest améri­cain. J’aimerais comprendre pour­quoi les fran­çais aiment à ce point chan­ger les titres. En anglais l’auteur a appelé son roman « The Big Rock Candy Moun­tain », en 2002 le livre est publié aux éditions Phébus, sous le titre traduit exac­te­ment de l’anglais « La bonne Grosse Montagne en sucre ». Et main­te­nant, il revient avec ce titre raccourci, pour­quoi ? Dans l’ancien titre, on croit entendre la voix de Bo, le person­nage prin­ci­pal, qui fait démé­na­ger sa famille tous les 6 mois pour les convaincre d’aller recher­cher la fortune sur une « bonne grosse montagne en sucre » . Bref, je m’interroge !

Je suis restée trois semaines avec Bo, Elsa, Chet et Bruce. J’ai trouvé quelques longueurs à cet énorme roman, mais n’est-ce pas de ma part un phéno­mène de mode ? Je préfère, et de loin, quand les écri­vains savent concen­trer ce qu’ils ont à nous dire. Je recon­nais, cepen­dant, que, pour comprendre toutes les facettes de cet « anti-​héros » Bo Wilson, mari d’une extra­or­di­naire et fidèle Elsa et père de Chet et de Bruce, il fallait que l’auteur prenne son temps pour que le lecteur puisse croire que Bo soit à la fois « un indi­vidu montré en exemple par la nation toute entière » et un malfrat violent recher­ché par toute les polices sans pour autant « être un indi­vidu diffé­rent »  : ce sont là les dernières phrases de son fils, Bruce qui ressemble forte­ment au narra­teur (et peut-​être à l’auteur), il a craint, admiré, détesté son père sans jamais tota­le­ment rompre le lien qui l’unit à lui.

Cet homme d’une éner­gie incroyable, est toujours prêt pour l’aventure, il espère à chaque nouvelle idée rencon­trer la fortune et offrir une vie de rêve à sa femme. Il y arrive parfois mais le plus souvent son entre­prise fait naufrage et se prépare alors un démé­na­ge­ment pour fuir la police ou des malfrats. Elsa, n’a aucune envie d’une vie dorée, elle aurait espéré, simple­ment, pouvoir s’enserrer dans un village, un quar­tier un immeuble, entou­rée d’amis qu’elle aurait eu plai­sir à fréquen­ter. C’est un person­nage éton­nant, car elle comprend son mari et sait que d’une certaine façon, elle l’empêche d’être heureux en étant trop raison­nable. Son amour pour ses enfants est très fort et ils le lui rendent bien. Cette plon­gée dans l’Amérique du début du XXe siècle est passion­nante et l’analyse des person­nages est fine et complexe. C’est toute une époque que Wallace Stei­gner évoque, celle qui a pour modèle des héros qui ont fait l’Amérique mais qui s’est donné des règles et des lois qui ne permettent plus à des aven­tu­riers de l’espèce de Bo de vrai­ment vivre leurs rêves. Jamais dans un roman, je n’avais, à ce point, pris conscience que la fron­tière entre la vie de l’aventurier et du bandit de grand chemin était aussi mince.

Citations

Justification du titre

Il y avait quelque part, pour peu qu’on sût les trou­ver, un endroit où l’argent se gagnait comme on puise de l’eau au puits, une bonne grosse montagne en sucre où la la vie était facile, libre, pleine d’aventure et d’action, où l’on pouvait tout avoir pour rien.

Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas

Henry était pondéré, inof­fen­sif, réti­cent même à annon­cer sans ambages qu’il venait pour la voir elle et non son père, au point qu’il s’était montré capable de passer une demi-​douzaine de soirées au salon à conver­ser avec Nels Norgaard sans adres­ser plus de dix mots à Elsa. Il était posé, inca­pable d’un mot dur envers quiconque, gentil, si digne de confiance mais si dépourvu de charme. Comme il était dommage, songea-​t-​elle une fois en soupi­rant, que Bo, avec son aisance inso­lente, son intel­li­gence, son physique puis­sant et délié, ne possé­dât pas un peu du calme rassu­rant d’Henry. Mais à peine commençait-​elle à se lais­ser aller à cette idée qu’elle se repre­nait : non, se disait-​elle avec une pointe de fierté, jamais Bo ne pour­rait ressem­bler à Henry. Il n’avait rien d’un animal de compa­gnie, il n’était pas appri­voisé, il ne suppor­tait pas les entraves, en dépit de ses efforts aussi intenses que fréquents.

la famille déménageait tous les ans parfois quatre fois par an

Long­temps après, Bruce consi­dé­rait cette absence de racines avec un éton­ne­ment vague­ment amusé. les gens qui vivaient toute leur vie au même endroit, qui taillaient leur haie de lilas et repi­quaient des berbé­ris, qui chan­geaient de carrée en ronde la forme de leur bassin de nénu­phars, qui déter­raient les vieux bulbes pour en mettre de nouveaux, qui voyaient pous­ser et un jour ombra­ger leur façade les arbres qu’ils avaient plan­tés, ces gens-​là lui semblaient par contraste suivre un chemi­ne­ment incer­tain entre ennui et conten­te­ment.

L’amour

L’amour est quelque chose qui fonc­tionne dans les deux sens, dit Elsa d’une voix douce. Pour être aimé, il faut aimer. 

SONY DSCLu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

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Ce roman est une lente déam­bu­la­tion, parfois poétique, dans un corps qui commence à vieillir, dans le deuil d’un ami proche, dans la créa­tion artis­tique. Rien n’est très diffi­cile pour ce cinéaste, sa vie est douce sans aspé­rité, Philippe Clau­del a créé un person­nage d’aujourd’hui qui a la chance de pouvoir encore aimer et être aimé. Il se laisse aller à la tris­tesse car son ami qui avait de l’énergie pour deux a été vaincu par un cancer. Commence alors pour lui une réflexion sur la vie, la mort et le vieillis­se­ment. Le titre du roman vient de cette civi­li­sa­tion des Toraja qui font une place très parti­cu­lière aux morts et aux funé­railles.

J’ai été très touchée par cette image des tout petits bébés que l’on enterre dans le tronc des arbres pour qu’ils puissent conti­nuer à gran­dir, en quelque sorte. Ce livre se lit sans déplai­sir certains passages m’ont bien plu car ils expliquent assez bien ce que je ressens quand l’âge s’attaque à mes forces vitales. Pour autant, sans le club, je n’aurais certai­ne­ment pas lu ce roman et je ne sais pas s’il peut vrai­ment plaire à un large public.

Citations

Nous enter­rons nos morts. Nous les brûlons aussi. Jamais nous n’aurions songé à les confier aux arbres. Pour­tant nous ne manquons ni de forêts ni d’imaginaire. Mais nos croyances sont deve­nues creuses et sans écho. Nous perpé­tuons des rituels que la plupart d’entre nous seraient bien en peine d’expliquer. Dans notre monde, nous gommons désor­mais la présence de la mort. Les Toraja en font le point focal du leur. Qui donc est dans le vrai ?

Le vieillissement

Vous entrez dans la phase que j’appelle « le corps inami­cal ».

Pendant des années, vous avez vécu avec lui, en lui, en parfaite osmose, dans un équi­libre qui vous satis­fai­sait : vous l’entreteniez du mieux que vous pouviez, et il vous procu­rait en échange ce que vous atten­diez de lui, au moment où vous l’attendiez, perfor­mances physiques, amou­reuses, plai­sirs alimen­taires, sensa­tions… Puis le temps a lente­ment érodé votre parte­naire. Vous avez senti peu à peu sa présence, je veux dire sa marque, son usure, son défaut à vous suivre.

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Roman éton­nant et que je n’aurais jamais lu sans le Club. J’ai vu que cette auteure a dédié son livre à Nelly Arcan, que je ne connais­sais abso­lu­ment pas. J’ai cher­ché à comprendre et je me suis rendu compte que ces deux auteures avaient en commun de s’être beau­coup expo­sées dans les Médias. Nelly Arcan s’est suici­dée, et Camille Laurens a fait, subi et gagné un certain nombre de procès. Bref, c’est une adepte d’un genre qui me touche rare­ment « l’autofiction », à force de se dévoi­ler dans des romans, on en souffre mais cela peut être le moteur d’une écri­ture parti­cu­lière et qui a trouvé son public. Ce roman est vrai­ment un roman moins auto-​fictionnel que d’autres, et même si sa vie lui sert de trame de fond, il a l’avantage d’être égale­ment construit de façon litté­raire inté­res­sante. Il a pour sujet une mani­pu­la­tion sur Face­book, Claire un peu par vengeance d’un homme qui l’a repous­sée parce qu’elle a vieilli (du moins, c’est ce qu’elle pense), décide de créer un profil d’une femme de 25 ans sur Face­book. Commence alors une corres­pon­dance, et un lien virtuel entre elle et le meilleur ami de cet homme, et une passion amou­reuse parta­gée par les deux person­nages.

Une grande partie du roman parle de ça : du désir, de celui qui dispa­raît chez l’homme quand la femme de son quoti­dien vieillit. C’est aussi un roman sur la créa­tion litté­raire et la façon d’exister au monde à travers ce pouvoir que possède l’écrivain. Au cœur de la vie pari­sienne, Camille Laurens connaît bien la puis­sance des rumeurs, des ragots . Elle commence son livre en compa­rant deux couples célèbres du « Tout Paris » , celui de Mosco­vici qui a 30 de plus que sa dernière femme sans que cela ne choque personne et Macron qui a 20 ans de moins et dont le couple appa­rem­ment est souvent sujet de quoli­bets. Bien loin de toutes ses réali­tés qui ne m’intéressent pas vrai­ment, je partage son avis, le vieillis­se­ment de la femme est diffé­rent de celui de l’homme, l’âge se marque diffé­rem­ment chez les deux parte­naires. Mais pour être entou­rée de gens très âgés, je vois aussi que passé 80 ans les femmes s’en sortent plutôt mieux côté séduc­tion.

Ce livre m’a souvent agacée, et parfois inté­res­sée, le genre « ragot » ce n’est vrai­ment pas ce qui peut me rete­nir, en revanche, la mani­pu­la­tion sur Face­book et le danger qu’il y a à entre­te­nir une rela­tion virtuelle est bien analysé. Comme je plains les personnes réelles qui entourent cette écri­vaine, elles peuvent un jour se retrou­ver dans ses romans et les comptes qui se règlent par écri­tures inter­po­sées ressemblent plus à une guerre civile qu’à une œuvre artis­tique.

Citations

L’aide quand on va mal

Vous êtes méde­cin ou seule­ment psycho­logue ? Quelle diffé­rence, remar­quez ? Ce que je n’aime pas dans votre disci­pline, votre préten­due science, c’est qu’elle ne change rien. Vous avez beau savoir ce qui se passe, ce qui s’est passé, vous n’êtes pas sauvé pour autant. Quand vous avez compris ce qui vous fait souf­frir, vous souf­frez toujours. Aucun béné­fice. On ne guérit pas de ce qu’on rate. On ne reprise pas les draps déchi­rés.

Internet et Facebook

Inter­net est à la fois le naufrage et le radeau : on se noie dans la traque, dans l’attente, on ne peut pas faire son deuil d’une histoire pour­tant morte, et en même temps on surnage dans le virtuel, on s’accroche aux présences factices qui hantent la toile, ai lieu de se déli­ter on se relie . Ne serait-​ce que la petite lumière verte qui indique que l’autre est en ligne ! ah la petite lumière verte, quel récon­fort , je me souviens.

Humour

C’est comme cette épitaphe sur la tombe d’un Améri­cain au Père-​Lachaise. Sa femme a fait graver : « Henry, je sais enfin où tu dors ce soir. »

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Je n’avais pas lu ce livre dont on a parlé lors du club de lecture de février. Le juge­ment d’une parti­ci­pante qui n’aime pas les « histoires de secrets de famille » a empê­ché ce roman de rece­voir un coup de cœur du club. La discus­sion m’a inté­res­sée et j’ai eu envie de me rendre compte par moi même de ce que ce livre pouvait appor­ter. Tout commence par la mort de l’arrière grand-​mère et l’organisation de ses obsèques. Un secret enfoui depuis presque un siècle refait surface.

Tout de suite, j’ai accro­ché à ce roman car je suis telle­ment sûre que nos compor­te­ments sont dictés par le poids des non-​dits fami­liaux, et je suis hantée par cette ques­tion : comment ne pas trans­mettre à ses enfants le poids de ses erreurs ? À sa façon, en racon­tant un échec amou­reux dans quatre géné­ra­tions diffé­rentes, ce roman aide à comprendre ces diffi­cul­tés fonda­men­tales de la vie. Bien sûr ce n’est pas un chef d’œuvre litté­raire, mais ce livre peut faire du bien à touts ceux et toutes celles qui se posent ce genre de ques­tions : Comment stop­per les répé­ti­tions fami­liales plus ou moins morti­fères ? Dans la famille de Lia, tout commence par l’arrière grand-​mère qui s’est forgée une légende plutôt que de se confron­ter à la réalité de sa souf­france. Par cette conduite, elle a influencé néga­ti­ve­ment les choix amou­reux de sa fille et de sa petite fille. Lia mettra tout en œuvre pour casser la répé­ti­tion des échecs des femmes Palin. Mais ce qui est éton­nant et telle­ment bien vu, c’est de se rendre compte que chaque géné­ra­tion fait des erreurs en essayant d’éviter celles de la géné­ra­tion précé­dente.

Le roman se lit très vite et sans être passion­née par l’intrigue, j’ai vrai­ment aimé le ques­tion­ne­ment de ces femmes parce que leurs ques­tions résonnent très fort en moi. Comment trans­mettre des forces, il y a les messages conscients et tout ce que malgré soi on lègue aux géné­ra­tions futures. Si ce roman est sur les rayons de vos média­thèques, n’hésitez pas à l’emprunter même s’il n’a pas de coup de cœur, je suis sûre que vous y lirez une partie ou une autre de vos inter­ro­ga­tions. Il se lit vite mais ne s’oublie pas si vite.

Citation

Une bien jolie phrase

- Ton arrière-​grand-​mère aura été toute sa vie une femme de courage et de convic­tion, me dit-​elle.
-C’est bizarre de parler d’elle au futur alors qu’elle est morte.
-C’est du futur anté­rieur, pas du futur. Mais tu as raison, ma chérie. C’est un temps merveilleux. Celui qui permet de parler au futur de ceux qui sont passés. C’est le temps des nécro­lo­gies.

La difficulté d’être trop aimée

C’est comme si elle m’avait fondue en elle, chair indis­tincte de sa chair, âme indis­so­luble de son âme. J’ai dû la suivre, m’adapter, comprendre, accep­ter. Pouvait-​il en être autre­ment ? Je n’avais qu’elle. Il fallait que je l’aime à tout prix pour me faire aimer d’elle. Coûte que coûte. Est-​ce cette confu­sion des êtres qui l’a trans­for­mée plus tard en combat­tante de ma liberté, de mes expé­riences d’adolescentes. Cette peur panique qui l’envahissait à chaque fois que je tentais de me déga­ger, cette couver­ture d’amour dans laquelle elle cher­chait à m’emmailloter dès que je voulais éprou­ver par moi même et qui me donnait le senti­ment d’étouffer. Je vais mieux depuis que je me suis éloi­gnée.