5
Henry Bauchau est à mon avis un écri­vain majeur de notre époque et j’apprécie toute son œuvre , ce roman me touche parti­cu­liè­re­ment. Ce livre m’a permis de mieux comprendre l’enfant psycho­tique, le travail du théra­peute et la créa­tion artis­tique. Les trois thèmes se mêlent dans un labo­rieux mais superbe abou­tis­se­ment d’une œuvre poétique et roma­nesque
La créa­tion du langage est vrai­ment éton­nante.

Citations

On était un enfant retardé par une mala­die du cœur jusqu’à quatre ans. À l’hôpital Brous­sais on a été opéré et on a connu la terreur. Heureu­se­ment il y a un enfant bleu de sept ans qui a protégé… Parfois la vie devient plus clair, on est moins petit devant ceux qui font les mauvais coups mais souvent le démon est comme un ovni dans le ciel. Les gens se sorcié­risent et les auto­bus hurlent dans les rues qui deviennent noires.

Vocabulaire du peuple du désastre

Bagar­re­ment baïon­net­ter Bazar­di­fier
Bazar­der
bazar­de­ment
Bazar­bouillis
bazar­bouiller Bombar­di­fier
bombar­di­ser
bouillo­ni­ser brigan­do­rangé bouillan­ton­ner Le catas­tro­phié chara­bia­cés
chauf­fa­gi­ser clochar­der débi­lan­co­lique Débi­lisé
Débi­lé­fou
débi­lo­dé­li­rant
désau­vagé Détracté
Détrac­te­ment
détrac­touiller déstruc­ti­fié embal­bu­tié emmer­dou­bler
ennuiable escar­bar­bouiller fabri­cole Gouille-gare Malheu­ri­fier
Le malheu­ri­fié
malheu­ri­sant
mara­gouiller médiouse orager pacha­croute parle­rie
rayon­ni­ser renver­si­fier résu­cr­rec­ti­fier révol­vé­ri­ser Sauvagé
sorcié­risé
scan­da­li­fiant

3
Livre inté­res­sant : un Séné­ga­lais, Omar Ba, essaie de convaincre ses compa­triotes qu’ils ont plus d’avenir au Séné­gal qu’en France. Il étudie de façon objec­tive , tous les drames de l’exil. C’est un point de vue rare et précieux et on sent qu’il n’hésite pas à aller à contre-courant des pensées consen­suelles dictées par la bonne, ou mauvaise, conscience. Malheu­reu­se­ment son point de vue est affai­bli parce qu’il vit en France ; il annonce qu’il retour­nera vivre au Séné­gal. Je l’espère sinon son livre perdra beau­coup de force.

Citations

Je dédie ce livre à tous ceux qui ne pensent pas comme moi.

Le qu’en dira-t-on, dont on fait son pain quoti­dien en Afrique, crée un véri­table handi­cap lorsqu’il s’agit de prendre des déci­sions person­nelles.

Il est urgent d’attaquer le problème de l’immigration illé­gale sous l’angle du trafic d’êtres humains. Trop souvent on vacille entre l’extrémisme de la droite et l’angélisme de la gauche pendant que se pour­suit la ruée macabre vers l’Europe.

L’ordre de prendre une pirogue ne vient d’aucun Etat du Nord, quand bien même ils sont en partie respon­sables.

4
J’ai beau­coup appré­cié ce livre en parti­cu­lier, toutes les remarques sur le voca­bu­laire et les contre­sens que nous faisons parfois en donnant au mot le sens d’aujourd’hui. Molière, » valet du roi » est très éclai­rant à ce propos. Chaque rituel permet de comprendre la fonc­tion royale mais permet aussi de réflé­chir à propos de notre société

Citation

Je me sentis comme élever l’esprit et le courage, je me trou­vai tout autre, je décou­vris en moi ce que je ne connais­sais pas, et me repro­chai avec joie de l’avoir trop long­temps ignoré. Cette première timi­dité qu’un peu de juge­ment donne toujours, et qui d’abord me faisait peine, surtout quand il fallait parler quelque temps en public, se dissipa en moins de rien. Il me sembla seule­ment alors que j’étais roi et né pour l’être.


4
J’ai commencé ce roman avec amuse­ment, persua­dée que je n’y trou­ve­rai qu’un inté­rêt modéré. (Ma grand-mère me parlait toujours avec émotion de Madame Coty, c’était son idéal de femme, elle lui attri­buait des pensées de compas­sion pour les pauvres gens – sans doute à cause de la photo où elle sert de la soupe à son président de mari- et surtout Madame Coty était une bonne catho­lique). J’ai beau­coup aimé le livre du petit fils de René Coty, il permet au lecteur de traver­ser le siècle par petites touches et analyses assez fines de notre société. L’auteur s’y met en scène avec une honnê­teté surpre​nante​.Je pense que mon inté­rêt vient aussi de la descrip­tion d’Etretat ou plus d’un dinar­dais retrou­vera des remarques qu’il se fait parfois sur notre « si » petit monde. Je sais que j’offrirai ce livre à des amis de Saint-Lunaire, Saint Briac ou de Dinard. Son dernier chapitre sur le bain dans l’eau de la Manche m’a vrai­ment ravie.

Citations

Mais le rêve d’amour avait fait place au harcè­le­ment mutuel qui occupe souvent les vieux couples.

Chaque dimanche, après déjeu­ner, les paysans cauchois s’engouffrent dans leur voiture pour aller regar­der la mer …tout le reste a changé : les culti­va­teurs habitent des maisons modernes, recons­truites à l’intérieur des anciennes cours plan­tées ; leurs bêtes engraissent dans des hangars en parpaings et leur four­rage est protégé par des bâches en plas­tique sous des piles de pneus.

Abré­geons les préli­mi­naires qui consti­tuent, pour cette acti­vité, le moment le plus pénible. Aucune douceur, aucune exci­ta­tion, aucun fris­son d’extase à espé­rer quand la première vague glacée vient lécher vos orteils. Elle semble plutôt là pour vous faire renon­cer, en vous rappe­lant que, même par beau temps, la mer reste toujours aussi fraîche, très infé­rieure à la tempé­ra­ture du corps…… Certains courent aveu­glé­ment sur les galets, ils descendent la pente en pous­sant des cris et entrent dans l’eau comme des soldats de 14 se jetant sous la mitraille ; d’autres hésitent longue­ment et progressent, pas à pas, dans une rela­tion maso­chiste avec l’élément.

Traduit de l’allemand par Cathe­rine Barret.
2
J’ai commencé ce livre en étant persuadé que j’allais m’amuser, l’histoire des réin­car­na­tions succes­sives ça me plai­sait bien : pas de chance je me suis un peu ennuyée, pas au point d’arrêter le livre mais je l’ai lu sans passion. Je pense que si ce livre a eu autant de succès en Alle­magne, c’est qu’il doit avoir des effets de langue qui dispa­raissent à la traduc­tion. Sinon qu’un Alle­mand construise tout un livre sur le regret qu’une femme peut éprou­ver à ne pas avoir été assez présente pour son enfant, ne me surprend pas, mais ne me passionne pas. Je pense que ce genre de livre ne doit pas contri­buer à réduire ce para­doxe : l’Allemagne est le pays où on est le plus persuadé que rien ne remplace la présence de la mère auprès d’un enfant jusqu’à 4 ou 5 ans et en même temps celui où le taux de fécon­dité est le plus bas.
Pour ce qui est des mœurs de l’audiovisuel, on n’apprend vrai­ment pas grand-chose !

Traduit du néer­lan­dais par Bertrand Abra­ham (quel travail !)

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Livre passion­nant que je lis, relis, prête, offre avec le même succès depuis 2 ans. Le prin­cipe du livre est simple, l’écrivain jour­na­liste part en 1999 retrou­ver les traces du siècle. Chaque mois de son voyage, il traite un moment de l’Europe, par exemple : janvier 1999 il va cher­cher les traces de 1900 à 1914 à Paris l’affaire Drey­fus, puis en Gran­de­Bre­tagne l’enterrement de la reine Victo­ria…

C’est passion­nant car il s’oblige ainsi, à déca­ler son point de vue suivant le pays où il est pour des évène­ments qui concer­ne­ront l’ensemble de l’Europe. Comme j’ai une forma­tion de fran­çaise et que lui est hollan­dais son regard m’a semblé très nova­teur, j’ai eu l’impression de revi­si­ter toute l’histoire et de mieux la comprendre. Lelivre est long mais comme il s’arrête de mois en mois on peut le lais­se­ret le reprendre sans être perdu.

Citations

Freud obtint l’autorisation de quit­ter la ville dans laquelle il avait vécu depuis sa prime jeunesse. Il partit à Londres, où il allait mourir un peu plus d’un an après. Avant son départ, les nazis exigèrent du patri­cien mondia­le­ment connu une décla­ra­tion écrite certi­fiant qu’il avait été parfai­te­ment bien traité. Freud signa sans sour­ciller et n’ajouta qu’une phrase :«Je peux cordia­le­ment recom­man­der la Gestapo à tous ».

Nulle part ailleurs (qu’à la télé­vi­sion suédoise) je n’ai eu l’occasion de voir cinq acteurs rester si long­temps muets et immo­biles à l’écran. Ils devaient être en train de se bouf­fer le nez je pense.

Sabino de Arena fonda­teur du mouve­ment indé­pen­dan­tiste basque (avait évoqué dans sa dernière pièce « libe » le destin d’une femme préfé­rant mourir plutôt que d’épouser un espa­gnol) prit pour épouse une jeune paysanne, unique­ment à cause de la « pureté » de son sang. Après sa mort, elle eut tôt fait de se trou­ver un mari … un agent de police espa­gnol.

En 1954, les Fran­çais ont torpillé le plan de Commu­nauté euro­péenne qu’ils avaient eux-mêmes conçus.

Jusqu’en 1968, la majo­rité des garçons étaient encore en vestes et portaient les cheveux courts, la prédo­mi­nance des pulls, des barbes ou des mous­taches, et des longues cheve­lures ne cessa ensuite de se renfor­cer. Le caftan de berger afghan, doublé de four­rure, était très appré­cié, été comme hiver.

Traduit de l’anglais (États Unis) par Jean­nine Héris­son.
5
J’ai tout simple­ment adoré ce livre, pour­tant je ne suis pas une passion­née de la nature, et l’auteur y raconte avec minu­tie ses obser­va­tions sur les plantes, les insectes et les animaux. Elle raconte très bien et au-delà de on sent tout les efforts qu’elle a dû faire pour vivre seule. Je la comprends trop bien : il a fallu qu’elle prenne racine. Au milieu des obser­va­tions animales on trouve des petites notes sur les humains et les humaines qui m’ont beau­coup touchée. En parti­cu­lier sur la soli­tude des femmes « d’un certain âge ».

Citations

Pendant ces douze années, j’ai appris qu’un arbre a besoin d’espace pour pous­ser, que les coyotes chantent près du ruis­seau en janvier, que je peux enfon­cer un clou dans du chêne seule­ment quand le bois est vert, que les abeilles en savent plus long que moi sur la fabri­ca­tion du miel, que l’amour peut deve­nir souf­france, et qu’il y a davan­tage de ques­tions que de réponses.

On en parle

http://​www​.rats​de​bi​blio​.net/​h​u​b​b​e​l​l​s​u​e​.​h​tml

Traduit de l’anglais par Fanny Ladd et Patri­cia Duez (je remarque que les traduc­teurs se mettent souvent à deux pour un même livre, inté­res­sant ! )

5
Un livre que j’offrirai autour de moi, il avait été sélec­tionné par notre club de lecture mais je n’avais pas eu le temps de le lire. Récit détaillé du retour à la vie d’une condam­née à mort : on suit minute par minute le retour à la vie d’une servante chez des Lords, qui réchappe à la pendai­son (fait réel !) Elle avait été condam­née pour un infan­ti­cide qu’elle n’a pas commis. Elle avait été, pour son malheur, séduite par le fils de la maison.

L’auteur fait revivre avec un grand talent l’Angleterre des années puri­taines de Crom­well, c’est passion­nant un peu éprou­vant à lire car c’est telle­ment dur autant d’injustices et le talent de l’écrivain crée un suspens proche de l’insupportable, c’est vrai­ment très bien écrit.

5
Très bon roman, et là fran­che­ment le fron­tière entre­livre pour ado et adulte dispa­raît. J’ai beau­coup appré­cié aussi le site consa­cré au livre http://​letemps​des​mi​racles​.bondoux​.net C’est un véri­table prolon­ge­ment du livre. Beau­coup d’humour, d’amour de tragé­dies et de déses­poirs dans la fuite de cette femme à travers le Caucase. L’enfant arri­vera en France, elle non. Toute l’horreur de notre monde actuel est très bien racon­tée dans ce petit roman.Lorsque les deux enfants Prudence du Libé­rai et Koumaïl-Blaise du Caucase font un concours des horreurs qu’ils ont déjà vécus, on revoit sans peine toutes les images qui hantent nos mémoires d’aujourd’hui. Comme beau­coup de livres avec un itiné­raire à parcou­rir l’intensité parfois décroit, mais il y a des moments inou­bliables : l’immeuble, la décharge. La fin est terrible, on se demande comment va faire le héros pour conti­nuer à vivre. C’est aussi un livre sur l’amour mater­nel.

3
On se laisse prendre à ce roman historique,c’est un bon roman, sans plus. Je l’ai lu cepen­dant jusqu’au bout, sans trop d’ennui. Cette période de l’inquisition en Espagne du 15e et 16e siècle est vrai­ment une horreur à vous dégoû­ter de la reli­gion catho­lique.

Citation

Elle ferma les paupières, comme si elle voulait tendre un voile entre elle et l’horreur. quand elle rouvrit les yeux, deux condam­nés étaient déjà la proie des flammes. Le premier agoni­sait sans un cri. Le second hurlait, suppliait et se débat­tait, tant et si bien que ses liens, déjà consu­més, se déta­chèrent. Il jeta du haut du quema­dero, torche vivante. Les bour­reaux se préci­pi­tèrent sur lui. On réus­sit à lui entra­ver les pieds, on le replon­gea dans le feu. Il y demeura l’espace d’un credo et se préci­pita à nouveau hors du bûcher. Cette fois, un des soldats l’assomma du canon de son arme avant de le reje­ter défi­ni­ti­ve­ment dans le brasier.
Une odeur âcre avait submergé l’air du couchant. Une odeur de suint, de sueur, fondue dans la pesti­lence des chairs brûlée.

Je suis assez d’accord avec cet avis trouvé sur le net

28 avril 1487 à Tolède. En pleine inqui­si­tion espa­gnole, la Dona Vivero assiste à un auto­dafé. Parmi les condam­nés, le calme appa­rent d’un homme retient toute son atten­tion. Cet homme, c’est Aben Baruel. Posses­seur du Livre de Saphir, écrit de la main de Dieu, il l’a caché avant de mourir. Par l’intermédiaire de cour­riers post-mortem, il charge trois hommes de le retrou­ver : Samuel Ezra, le rabbin ; Cheikh Ibn Sarrag, le musul­man et Raphaël Vargas, descen­dant des templiers et moine fran­cis­cain. Ces trois hommes, de confes­sions appa­rem­ment oppo­sées, vont devoir taire leurs discor­dances pour résoudre les énigmes qui jalonnent leur chemin. Car Aben Baruel a distri­bué à chacun d’eux une partie des indices. Seule leur union leur permet­tra de venir à bout de cette quête. Au cours de leur inves­ti­ga­tion, il vont croi­ser le chemin de la Dona Vivero. Elle assure déte­nir la clé finale de leur parcours.

C’est un roman qui se lit très faci­le­ment. On se laisse rapi­de­ment entraî­ner par l’intrigue et les descrip­tions de l’Espagne du 15ème siècle sont saisis­santes. Pour­tant, je n’ai pas pu m’empêcher de noter quelques invrai­sem­blances et anachro­nismes flagrants. Pour n’en citer qu’un parmi d’autres, Gilbert Sinoué écrit à la page 286 : « C’est tout de même meilleur que vos oeufs frits au lard, vos sempi­ter­nels duelos y quebran­tos, vos sardines et vos pommes de terre ».
Sachant que nous sommes en 1487, que Chris­tophe Colomb (qui inter­vient d’ailleurs dans ce récit) n’a pas encore décou­vert les Amériques, et que les pommes de terre ne seront intro­duites en Espagne qu’au 16ème siècle (1534 pour être précise), j’ai trouvé ce passage pour le moins risible… Et ce n’est pas la seule erreur indé­niable de ce roman dit « histo­rique ». Mettons donc de côté l’aspect « histo­rique », pour conservé la part « mystique ».

J’avoue que j’ai trouvé la conclu­sion assez drôle. Moi, l’athée convain­cue, j’ai toujours été persua­dée que Dieu était une idée dange­reuse. L’interprétation que j’ai faite de la fin de cette épopée n’a fait que me confor­ter dans ce sens. Mais je ne peux pas plus vous expli­quer ici, au risque de déflo­rer le ressort de l’intrigue. Un bon roman pour l’été, si on n’est pas trop diffi­cile sur l’exactitude histo­rique.