Traduit de l’anglais ( de l’Inde) par Chris­tiane Besse

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Très beau livre et il m’a obli­gée à lire lente­ment, cela signi­fie que le livre me passionne autant pour son histoire que son écri­ture. On y lit la diffi­culté de « sur »vivre au Bengla­desh. Beau­coup de thèmes sont abor­dés avec une grande déli­ca­tesse, la protec­tion de la nature, les rapports dans le couple et la violence des conflits dans cette région où les popu­la­tions sont parfois à la limite de la survie. La descrip­tion du raz de marée est abso­lu­ment saisis­sante. Le mélange des mythes et des faits natu­rels est très inté­res­sant. Pour une fois, dans un récit à propos de l’Inde les castes et les reli­gions sont au second plan, et on y retrouve donc les valeurs d’humanité commune à toutes les civi­li­sa­tions.

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Le club de lecture auquel je parti­cipe, propose régu­liè­re­ment des BD je les lis toujours mais en géné­ral je n’aime pas, celle-ci repré­sente l’exception. Elle m’a beau­coup plu. J’apprécie à la fois l’histoire et le graphisme. Comme toujours pour les BD, j’ai dû passer du temps pour bien comprendre mais cette fois, j’ai enfin ressenti une osmose entre le dessin et l’histoire et j’ai pensé que la BD servait mieux ce récit que le roma­nesque. J’ai même proposé cette BD au coup de cœur du mois de février. Je trouve que certains visages sont très proches de nous, la ville du Mans est bien rendue et la multi­tude des person­nages enri­chit la trame de l’histoire sans la noyer sous les habi­tuelles scènes érotiques ou d’horreur.

Seul petit bémol, la façon dont le dealer se tire d’affaire, mais on peut aussi penser juste­ment que dans la vie il n’y a pas de Léonard pour sauver les gens qui se mettent dans de telles situa­tions.

Traduit du hongrois par Georges Kassai et Zeno Bianu.

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J’ai relu ce livre après avoir décou­vert une excel­lente critique sur un blog. Je m’y suis accro­chée, cram­pon­née, pendant quinze jours de mes vacances d’été. J’ai réussi à le finir mais je me suis vrai­ment ennuyée. Juste­ment, l’ennui ? : C’est un livre sur l’ennui de vivre ‚donc réussi ?

Trois points de vue se croisent pour expli­quer un échec amou­reux et racon­ter la fin d’une société en Hongrie. Le premier celui de la première femme d’un grand notable hongrois, qui aime son mari, hélas, elle comprend qu’il en aime une autre. Comme elle appar­tient à une couche sociale un peu moins élevée que lui, elle n’est complè­te­ment à l’aise dans son monde. La deuxième voix : le mari qui s’ennuie déses­pé­ré­ment et qui se sentira fina­le­ment trahi par la bonne qu’il a fini par épou­ser malgré l’énorme diffé­rence sociale. La bonne qui n’aime pas grand monde, mais qui est très belle son point de vue nous permet de comprendre vrai­ment le niveau social du person­nage prin­ci­pal. En toile de fond la fin de la haute bour­geoi­sie et l’arrivée des Russes en Hongrie.

Tous ces person­nages se racontent à un person­nage qu’on ne connaît pas et cela donne une lour­deur au roman qui m’a rendu la lecture parfois insup­por­table.

Citations

La mère du personnage principal

Voilà c’est comme ça…il y en a un qui aime plus que l’autre. Pour­tant, c’est celui qui aime qui a la tâche la plus facile. Tu aimes ton mari, alors, même si tu souffres tu as la meilleure part. Moi, il m’a fallu suppor­ter un amour que je ne parta­geais pas. Voilà qui est bien plus diffi­cile.

Le grand bourgeois

Oui seul le petit-bour­geois est céré­mo­nieux. Car il a besoin de l’être pour se prou­ver quelque chose jusqu’à la fin de sa vie.

En fait, la plupart des êtres humains sont inca­pables de donner et de rece­voir, leur lâcheté et leur vanité s’y opposent, ils ont peur de l’échec, peur de se livrer à autrui, de révé­ler leur secret, leur triste faiblesse, leur besoin vital de tendresse.

La fin du roman

Nous sommes sortis ensemble comme de vrais amis, comme deux hommes qui avaient couché avec la même femme sous une même couver­ture. Vois-tu c’est ça, la vraie démo­cra­tie.

Traduit de L’anglais (États Unis) par Fran­çois Hirsch.

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La ques­tion que je me pose : pour­quoi un auteur a-t-il besoin d’imaginer une fin de vie sur terre aussi atroce ? Un père et un fils errent sur une terre déso­lée après une apoca­lypse. La nature est deve­nue hostile, les hommes sont pour la plupart des hordes de canni­bales. Le dialogue du père et du fils est poignant. Quelques para­graphes sur la beauté de notre monde sonnent comme autant de mises en garde de ce que nous risquons de perdre si nous détrui­sons notre seul bien commun à tous : la planète terre.

Ce livre m’a rendue triste et m’a mise très mal à l’aise, je ne peux pas dire que je l’ai appré­cié mais je n’ai pas pu le lâcher avant la fin.

Citations

Dilaogue père fils

- J’ai dit qu’on n’était pas en train de mourir. Je n’ai pas dit qu’on ne mour­rait pas de faim.
– Mais on ne mange­rait personne ?
– Non. Personne.
– Quoi qu’il arrive.
– Jamais. Quoi qu’il arrive.
– Parce qu’on est des gentils.
– Oui.
– Et qu’on porte le feu.
– Et qu’on porte le feu. Oui.
– D’accord

Fin du livre

Autre­fois il y avait des truites de torrent dans les montagnes. On pouvait les voir immo­biles dres­sées dans le courant couleur d’ambre où les bordures blanches de leurs nageoires ondu­laient douce­ment au fil de l’eau. Elles avaient un parfum de mousse quand on les prenait dans la main. Lisses et musclées et élas­tiques. Sur leur dos il y avait des dessins en poin­tillé qui étaient des cartes du monde en son deve­nir. Des cartes et des laby­rinthes. D’une chose qu’on ne pour­rait pas refaire. Ni répa­rer. Dans les vals profonds qu’elles habi­taient toutes les choses étaient plus anciennes que l’homme et leur murmure était de mystère.

4
J’avais trouvé cette réfé­rence sur un site inter­net qui recom­man­dait « une année à la campagne ». Les deux livres n’ont rien à voir mais j’ai pensé que si le premier me plai­sait pour­quoi pas celui-ci. J’ai aimé l’histoire d’amour mais le plus inté­res­sant c’est l’incompréhension de deux personnes : la femme intello cita­dine et le fermier qui bosse comme un fou. Aucun des deux ne sait, ni ne peut, faire des conces­sions, ils s’aiment mais ne peuvent vivre ensemble. La fin me surprend : ils feront un enfant ensemble sans avoir résolu leurs problèmes de diffé­rences. L’ensemble du roman est drôle et tonique. Comme mes lectures de l’été 2009 étaient plutôt tris­tounes, j’ai bien appré­cié.

Citations

Jamais un point de croix ne fran­chira ma porte, et il est probable qu’un Käthe Koll­witz ne fran­chira la sienne. (paroles de Dési­rée)

Je devrais peut-être lui faire cadeau de quelques brode­ries de maman (paroles de Benny)

Elle ne sait même pas prépa­rer des boulettes de viande, ai-je dit.Elle sait seule­ment lire des livres et parler des théo­ries d’un certain Lacong (paroles de Benny).

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Travail d’historien remar­quable à propos de l’hôpital, c’est à dire le lieu où l’on enfer­mait les enfants aban­don­nés et les indi­gents sous Louis XIV et Louis XV. Les pari­siens se sont révol­tés parce qu’ils pensaient qu’on enle­vait leurs enfants pour leur faire subir toute sorte de sévices , le travail minu­tieux de Marion Sigaut prouve que leurs craintes étaient fondées, et elle nous fait décou­vrir le trai­te­ment réservé aux enfants et aux femmes dans cet hôpi­tal. La lecture des mauvais trai­te­ments impo­sés aux enfants est vrai­ment insou­te­nable, j’ai dû souvent arrê­ter la lecture.

Citations

Si on était « gâtée », c’est à dire syphi­li­tique, le trai­te­ment à Bicêtre était obli­ga­toire, et il était le seul moyen de n’en pas mourir rapi­de­ment… Le trai­te­ment durait six semaines et consis­tait en saignées, purges, bains prolon­gés (à quatre dans des baignoires trop petites), fric­tions à la pommade mercu­rielle pour faire perdre des litres de salive. Ce trai­te­ment de choc provo­quait la perte des dents et soudait ls gencives qu’il fallait sépa­rer au bistouri. La diète était sévère, les malades crevaient de faim…

Voici la conclusion

Pour lutter contre ces crimes, il aurait fallu des moyens que personne n’avait. Personne sauf le roi. Louis XIV y avait renoncé pour n’avoir pas à faire porter à ses enfants l’opprobre qui serait retombé sur leur mère. Quant à Louis XV, bâillonné, ligoté par son vice, il était le plus mal placé pour tenter quoi que ce soit contre les trafi­quants d’enfants. Après sa mort, la chape de plomb s’abattit sur l’affaire et son succes­seur dut affron­ter d’autres problèmes. Et le silence retomba sur les sombres trafics de l’Hôpital géné­ral.

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Domi­nique Fernan­dez nous entraîne dans une quête : la compré­hen­sion d’un père qui a été un mauvais mari, un mauvais père, s’est four­voyé dans le parti de Doriot, et dans la colla­bo­ra­tion, mais a toujours été un critique litté­raire de qualité. C’est un livre remar­quable et passion­nant. On sent toute la douleur de l’écrivain Domi­nique Fernan­dez (que person­nel­le­ment j’apprécie beau­coup). Il a été l’enfant d’un couple qui s’est fait la guerre, et a dû suppor­ter l’infamie d’un père. Il est très honnête dans sa recherche ne charge ni n’excuse son père, cela donne toute la valeur au livre.

Les débats des intel­lec­tuels d’avant-guerre sont passion­nants, et je n’ai jamais lu une analyse aussi fine du PPF de Jacques Doriot. Le rôle de sa mère, dans l’échec du couple m’a, à la fois, inté­res­sée et trou­blée. Inté­res­sée : car D. Fernan­dez est d’une rigueur et d’une intel­li­gence humaine rare. Trou­blée : car je suis gênée qu’un fils en sache et en dévoile tant sur l’intimité du couple de ses parents. Je préfè­re­rais alors une œuvre roma­nesque à un témoi­gnage.

Citations

Tout le problème est là : un enfant a le droit de regar­der « sans honte » le visage de son père mort si celui-ci s’est four­voyé seule­ment en pensée. Mon père s’est-il borné à écrire dans une presse colla­bo­ra­tion­niste, ce qui serait blâmable, mais non coupable d’infamie ? Ou peut-on mettre à sa charge des actes indignes de pardon ?

L’homme moderne croit offrir ses idées à la société : il n’a que les idées que la société lui offre

Mais atten­dez un peu, je n’arrive pas à le dire, c’est trop dur, trop pénible pour un fils de révé­ler une action fran­che­ment abjecte de son père.