Traduit de l’anglais … je ne peux pas vous dire par qui car ce n’est pas indi­qué sur mon livre (et c’est bien la première fois !)

J’ai trouvé ce petit livre de poche dans une vente de livres d’occasion et sans les propos que j’ai souvent enten­dus à propos de la beauté des nombres premiers en mathé­ma­tiques je ne l’aurai pas lu. Merci, à ma plus jeune fille profes­seur de mathé­ma­tiques d’avoir ouvert ma curio­sité à une science si éloi­gnée de mes préoc­cu­pa­tions habi­tuelles. Ce roman est une petite merveille car il va prome­ner son lecteur dans l’histoire des nombres et surtout la diffi­culté de démon­trer les choses les plus simples. Tout tourne souvent dans la théo­rie des nombres sur les nombres premiers. Ma science étant toute fraîche, je vous rappelle qu’un nombre premier n’est divi­sible que par un et par lui même. Depuis des plusieurs siècles de grands savants veulent démontre la conjec­ture de Gold­bach à savoir :

Tout nombre pair supé­rieur à 2 est la somme de deux nombres premiers.

Ce roman a donné l’occasion d’un lance­ment origi­nal : paru en 2000 en Grande-Bretagne, la maison d’édition anglaise a promis 1 million ds dollars à celui qui appor­te­rait la démons­tra­tion de la conjec­ture avant 2002 … la somme n’a jamais été récla­mée !

Doxia­dis choi­sit de nous racon­ter les mathé­ma­tiques grâce à un jeune étudiant, le narra­teur, neveu d’un génie son oncle tota­le­ment rejeté de sa famille. Petros, cet oncle, qui fut un enfant précoce et génial en mathé­ma­tiques est devenu la brebis galeuse de la famille car il n’a rien fait de ses talents. Tout cela parce que la seule chose qu’il ait jamais voulu prou­ver c’est la fameuse conjec­ture de Gold­bach. Le père du narra­teur, le frère de Petros essaie d’inculquer à son fils la seule ligne de conduite qui lui semble porteuse d’une vie réus­sie bien loin de la folie de son frère

Le secret de la vie, c’est de se fixer des buts acces­sibles, des buts plus ou moins diffi­ciles au gré des circons­tances, selon son tempé­ra­ment, ses apti­tudes, mais toujours ac-ces-si-bles ! Je me dis que je ferai bien s’accrocher le portrait de Petros dans ta chambre avec l’inscription : EXEMPLE À ÉVITER.

Mais inter­dire des études n’empêcheront évidem­ment pas le narra­teur de s’y lancer et d’essayer de comprendre son oncle. Commence alors le voyage vers les hautes sphères des mathé­ma­tiques et la connais­sance de savants aux cerveaux les plus brillants de notre époque. Hélas ! ceux-ci se révèlent souvent un peu, ou complè­te­ment fous et si peu équi­li­brés dans leur vie person­nelle que cela ne donne pas envie de les suivre. Surtout que les coups bas entre eux ne gran­dissent pas leur image. Cepen­dant la « presque » décou­verte de la solu­tion est enivrante et on est pris par la recherche de Petros que l’on comprend de mieux en mieux. Le roman est bien construit, car si l’on sait que cette conjec­ture n’a pas été décou­verte, la façon dont l’auteur termine son enquête est très intel­li­gente. Petros est-il devenu fou à force de se confron­ter aux nombres de façon de plus en plus abstraite et surtout de façon de plus en plus soli­taire ou avait-il trouvé la solu­tion.

La lecture de ce roman s’adresse à tout le monde, évidem­ment on ne comprend pas tout mais les passages qui demandent de réelles capa­ci­tés mathé­ma­tiques n’enlèvent rien à l’intérêt du roman. Je n’ai aucune réserve sur ce livre, car il corres­pond à ce que j’attends : un voyage vers des contrées complè­te­ment incon­nues (les nombres premiers) un suspens bien mené, et des carac­tères de person­nages complexes. On aurait pu penser que la grande intel­li­gence rend les hommes meilleurs, mais non l’oncle Petros est avant tout un homme pétri d’orgueil et malmène son neveu de façon peu sympa­thique, sans pour autant avoir complè­te­ment tort.

Citations

Urgence des découvertes en mathématiques

Petros se rappe­lait de conster­nantes données statis­tiques : dans la longue histoire de cette disci­pline, personne n’avait jamais rien décou­vert de notables passé trente cinq ou quarante ans.

Les tourments des mathématiciens

L’absence appa­rente de tout prin­cipe infaillibles pour la distri­bu­tion ou la succes­sion des nombres premiers tour­mente les mathé­ma­ti­ciens depuis des siècles et rend parti­cu­liè­re­ment fasci­nante la théo­rie des nombres. C’était là que rési­dait le plus grand mystère de tous, le seul digne d’une intel­li­gence hors pair : les nombres premiers étant les éléments de base des entiers et les entiers la base de notre compré­hen­sion logique du cosmos, comment admettre que leur forme ne soit pas déter­mi­née par une loi ? Pour­quoi la géomé­trie divine ne se mani­feste-t-elle pas en l’occurrence ?

Les mathématiques

Les mathé­ma­ti­ciens éprouve le même plai­sir dans leurs études qu’un joueur d’échec dans une partie. En réalité, l’attitude psycho­lo­gique d’un véri­table mathé­ma­ti­cien est plus proche de celle d’un poète ou d’un compo­si­teur, c’est-à-dire de quelqu’un qui a affaire avec la créa­tion de la beauté, qui recherche l’harmonie et la perfec­tion. Il se tient exac­te­ment aux anti­podes de l’homme pratique, de l’ingénieur, du poli­ti­cien ou de l’homme d’affaire.

Naître mathématicien

Cepen­dant, je tirai de cette séance un profil supplé­men­taire ines­péré. Mes derniers scru­pules sur le bien-fondé de ma déci­sion de renon­cer aux mathé­ma­tiques ( en sommeil toutes ces années) s’évanouirent en un clin d’œil. Assis­ter à l’exposé de mon oncle confirma plei­ne­ment que je ne m’étais pas trompé. Je n’étais pas fait du même maté­riau que lui, point final. Face à l’incarnation de tout ce que je n’étais pas, j’étais foudroyé par la vérité de la vieille scie : » Mathe­ma­ti­cus nasci­tur non fit ». » On naît mathé­ma­ti­cien, on ne le devient pas ». Je n’étais pas né mathé­ma­ti­cien et j’avais bien fait de briser là.

Traduit de l’anglais Etats-Unis par Aline AZOULAY

Un article sur le blog de Keisha m’a conduite à m’intéresser à cette auteure. J’attendrai que sa trilo­gie (Un siècle améri­cain) soit traduite entiè­re­ment pour la lire, car je n’ai pas cette cette chance incroyable de pouvoir lire en anglais. (Heureu­se­ment les traduc­teurs, en l’occurrence pour ce roman une traduc­trice, font un excellent travail !). Je suis donc partie dans la vie de Marga­ret Mayfield de 1883 à 1942. Et n’en déplaise à certaines que je ne nomme­rai pas, le roman commence par la fin grâce à un prologue qui devrait plutôt se nommer « post-logue » nous sommes en 1942 pendant quelques pages. Nous sommes dans un lieu où des Japo­nais ont été regrou­pés aux Etats-Unis car ce pays est en guerre contre le Japon. Si leurs condi­tions de vie ont peu de choses à voir avec les camps japo­nais ou nazis, ce sont quand même des condi­tions de vie très rudes où l’humanité a peu de place. Ensuite nous suivons cette Marga­ret et surtout sont très curieux mari le capi­taine Early. Voici un person­nage fort inté­res­sant et peu souvent l’objet de romans. Il s’agit d’un scien­ti­fique raté, les deux termes sont impor­tants, il est vrai­ment scien­ti­fique et fait des recherches incroyables et parfois à la limite du génial, mais raté car ses convic­tions l’emportent sur la raison. Il passera une grande partie de sa vie à dénon­cer les erreurs d’Einstein et essaiera de convaincre la commu­nauté scien­ti­fique de son char­la­ta­nisme. Il se mettra à dos tous ses confrères scien­ti­fiques et fera le malheur autour de lui. Marga­ret sent que son mari ne tourne pas très rond, mais elle a peu de moyen de le contre­dire, une seule personne pour­rait l’aider la mère du colo­nel Early, malheu­reu­se­ment celle-ci dispa­raî­tra dans le séisme de San-Fran­cisco

Après la mort de sa mère Andrew Early m’a plus aucun frein à sa méga­lo­ma­nie. Evidem­ment il trouve sur sa route des disciples pour flat­ter son ego et la tris­tesse de la vie de son épouse est acca­blante, surtout que celle-ci n’a pas pu avoir d’enfant. Je ne suis pas surprise que Jane Smiley ait écrit une trilo­gie de l’histoire améri­caine car dans ce roman déjà , les person­nages sont très ancrés dans l’histoire des Etats-Unis. C’est d’ailleurs un ressort impor­tant de ce roman. La person­na­lité de Marga­ret m’a lais­sée assez froide, je comprends mal sa passi­vité ou son peu d’intérêt pour son mari . Je trouve que cet entre deux est agaçant, elle ne mène pas sa propre vie le titre fran­çais le dit assez bien elle est « à part » .

Citations

Portrait d’un américain le grand père du personnage principal à la fin du 19 siècle prononcé par le prêtre à sa mort.

John Gentry fit son entrée dans l’état du Missouri assis à l’arrière d’un chariot. Enfant du Sud, il prouva son patrio­tisme à une nation élar­gie et gagna le respect des deux parties.
– Certes, mais le fusil à la main, murmura Lavi­nia.
Il prit soin de ses esclaves et, après ça, de ses domes­tiques, de ses ouvriers agri­coles, de ses mules, de ses arpents, de ses chevaux, de ses filles et de ses petites filles. Il conti­nua à entre­te­nir des rapports avec ses amis et ses rela­tions des deux camps, ce que l’on ne saurait dire de beau­coup de Missou­riens. Et ainsi, il prit soin de son âme. Aussi, nous comp­tons bien le retrou­ver là-haut, où il est certain qu’on lui a déjà attri­bué quelques charges.

Coïncidence

Je viens de regar­der un docu­men­taire à propos de Tesla cela corres­pond à l’idée que j’avais de lui .
-Que pensez-vous de Tesla ?
Nikola Tesla ! Enfin du véri­table talent, quoique euro­péen jusqu’à l’os. Vous l’avez rencon­tré ? Oui.
Un homme étrange, reprit Andrew. Bavard. Il vous inter­rompt sans cesse pour déve­lop­per ses idées. Il ne vous écoute pas, en fait, même si vous compre­nez parfai­te­ment ces idées et que vous en avez une meilleure à lui expo­ser.

Le mariage

Personne ne lui avait jamais dit ce qu’elle avait appris au fil des années, que le mariage était usant et terri­fiant.

Le choix d’une épouse et le sort des femmes.

C’était lors de ce prin­temps-là qu’il lui avait fait sa demande, finis­sant par se confor­mer au choix de sa mère d’épouser une vieille fille du coin, inof­fen­sive mais utile, qui pour­rait prendre soin de lui. Marga­ret réflé­chit un instant. Elle était certaine que Lavi­gna avait été au courant, et que les deux mères avaient commu­ni­qué à son insu. Avait-elle perçu que Marga­ret n’était pas dépourvu de cette fierté missou­rienne que possé­dait Andrew ? N’avait-elle alors songé qu’à la préci­pi­ter dans ce piège ? Sans doute. Lavi­nia n’avait jamais envi­sagé que les aspects pratiques du mariage. L’amour est toujours le premier acte d’une tragé­die, disait-elle. Lavi­nia l’avait envoyée porter des châles et des plats à des dames soli­taires et dépen­dantes pour lui montrer ce qu’était la vie d’une vieille fille : jeune, vous deviez rendre service à tout le monde, et une fois vieille, vous atten­diez patiem­ment qu’on vous vienne en aide.

Phrases finales d’une femme qui est passée à côté de sa vie.

Je me rends compte que je m’en souviens à présent que j’ose y penser . Il y a telle­ment de choses que j’aurais dû oser.

traduit de l’américain par Fran­çoise Adel­stain

Lu dans le cadre de :

La photo dit bien combien j’aime lire les romans d’Irvin Yalom et encore je n’ai pas retrouvé « Et Nietzsche a pleuré » qui est sans doute mon préféré. Je l’ai sans doute prêté à quelqu’un qui l’aime tant qu’il a oublié de me le rendre (ce n’est très grave mes livres sont de grands voya­geurs). Alors, quand Babe­lio a proposé la lecture de l’autobiographie de cet auteur, je n’ai pas hésité. Et ? Je suis déçue ! l’auteur est beau­coup plus inté­res­sant dans ses romans que lorsqu’il se raconte. Ce n’est pas si éton­nant quand on y réflé­chit bien : Irvin Yalom est non seule­ment un bon écri­vain mais aussi un grand spécia­liste de l’âme humaine et un psycho­thé­ra­peute encore en exer­cice (à 85 ans !). Alors l’âme humaine, il connaît bien et la sienne en parti­cu­lier, donc aucune surprise ni de grandes émotions dans cette auto­bio­gra­phie, il maîtrise très (trop !) bien son sujet. On a l’impression qu’il dresse entre lui et son lecteur une vitre derrière laquelle il se protège. Un peu comme ses étudiants qui regar­daient ses séances de psycho­thé­ra­pie derrière une glace sans tain. On voit tout, mais on apprend du meneur du groupe que ce qu’il veut bien montrer de lui. Oui, il se raconte dans ce livre et pour­tant on a l’impression de ne pas le connaître mieux qu’à travers ses romans. Le dernier chapitre est, peut être plus émou­vant celui qu’il a nommé « l’apprenti vieillard » . Je dois dire que je me suis aussi ennuyée ferme en lisant toutes les diffé­rentes approches de la psycho­lo­gie clinique. Cela plaira sans doute aux prati­ciens tout ce rappel histo­rique des diffé­rents tendances des théra­pies de groupes. Une dernière critique : cet auteur qui se complaît à racon­ter ses succès litté­raires c’est vrai­ment étrange et assez enfan­tin. En résumé, j’ai envie de donner ce curieux conseil : » Si vous aimez cet auteur ne lisez pas sa biogra­phie, vous serez déçu par l’homme qui se cache derrière les romans que vous avez appré­ciés ».

Citations

Quand Irving Yalom s’auto-analyse

Avant ma rébel­lion de la bar-mits­vah, j’avais commencé à trou­ver ridi­cule les lois qui pres­crivent de manger ceci ou cela. C’est une plai­san­te­rie, et surtout elles m’empêchent d’être améri­cains. Quand j’assiste à un match de base-ball avec mes copains, je n’peux pas manger un hot-dog. Même des sand­wichs salades ou au fromage grillé, j’y ai pas droit, parce que mon père explique que le couteau qui sert à les décou­per a peut-être servi à couper un sand­wich au jambon. Je proteste :«Je deman­de­rai qu’on n’les coupe pas !» » Non, pense à l’assiette, dans laquelle il y a peut-être eu du jambon, répondent mon père ou ma mère. C’est pas « traif » pas « kasher ». Vous imagi­nez, entendre ça, docteur Yalom, quand on a treize ans ? C’est dingue ! Il y a tout l’univers, des milliards d’étoiles qui meurent et qui naissent, des catas­trophes natu­relles chaque minute sur terre, et mes parents qui clament que Dieu n’a rien de mieux à faire que de véri­fier qu’il n’y a pas une molé­cule de jambon sur un couteau de snack ?

Un récit qui manque d’empathie

Nous avions trouvé une maison en plein centre d’Oxford, mais peu avant notre arri­vée, un avion de ligne britan­nique s’est écrasé, tuant tous les passa­gers, y compris le père de la famille qui nous louait la maison. À la dernière minute, il nous a donc fallu remuer ciel et terre pour dégo­ter un autre logis. Faute de succès dans Oxford même, nous avons loué un char­mant vieux cottage au toit de chaume à une tren­taine de minutes de là, dans le petit village de Black Burton, avec un seul et unique pub !

Raconter ses succès c’est impudique et inintéressant

Le lende­main, j’ai eu une autre séance de signa­ture dans une librai­rie du centre d’Athènes, Hestia Books. De toutes les séances de ce genre auxquelles j’ai parti­cipé dans ma carrière, celle-ci fut la crème de la crème. La queue devant le maga­sin s’allongeait sur huit cent mètres, pertur­bant consi­dé­ra­ble­ment la circu­la­tion. Les gens venaient ache­ter un nouveau livre et appor­taient les anciens afin de les faire dédi­ca­cer, ce qui consti­tuait une épreuve, car je ne savais pas comment écrire ces prénoms incon­nus, Docia, Icanthe, Nereida, Tatiana… On demanda alors aux ache­teurs d’écrire leur nom en capi­tal sur des petits bouts de papier jaune qu’ils me tendaient avec le livre. Nombreux étaient ceux qui prenaient des photos, ralen­tis­sant ainsi la progres­sion de la queue, on dû les prier de ne plus en prendre. Au bout d’une heure, on leur dit que je ne pour­rai signer, outre celui qu’il ache­tait, un maxi­mum de quatre titres par personne, puis on descen­dit à trois, à deux pour finir a un. Même ainsi la séance a duré quatre heures , j’ai signé plus de huit cents livres neufs et d’innombrables anciens.

Je retrouve le thérapeute que j’apprécie

Ce livre, je l’ai conçu comme une oppo­si­tion à la pratique cogni­tivo-compor­te­men­tale, rapide, obéis­sant à des proto­coles, obéis­sant à des pres­sions d’ordre écono­mique, et un moyen de combattre la confiance exces­sive des psychiatres en l’efficacité des médi­ca­ments. Ce combat se pour­suit encore main­te­nant, malgré les preuves indé­niables four­nies par la recherche de la réus­site d’une psycho­thé­ra­pie repose sur la qualité de la rela­tion entre le patient et son théra­peute, son inten­sité, sa chaleur, sa sincé­rité. J’espère aider à la préser­va­tion d’une concep­tion humaine et plein d’humanité des souf­frances psycho­lo­giques.

La vieillesse

Enfant, j’ai toujours été le plus jeune – de ma classe, de l’équipe de Base­ball, de l’équipe de tennis, de ma cham­brée en camp de vacances. Aujourd’hui, où que j’aille, je suis le plus vieux, – à une confé­rence, au restau­rant, à une lecture de livre, au cinéma, un match de Base­ball. Récem­ment, j’ai pris la parole à un congrès de deux jours sur la forma­tion médi­cale conti­nue des psychiatres, patronné par le Dépar­te­ment de psychia­trie de Stan­ford. En regar­dant l’auditoire de collègues venus de tout le pays, je n’ai vu que quelques types à cheveux gris, aucun à cheveux blancs. Je n’étais pas seule­ment le plus âgé, j’étais de loin le plus vieux.

Traduit de l’espagnol Vanessa Capieu

J’ai telle­ment aimé « une mère » que je n’ai pas hésité à lire ce roman, j’aurais dû me méfier, j’ai beau­coup de mal à comprendre l’amour absolu des maîtres pour les chiens. Je comprends très bien que l’on aime bien son animal de compa­gnie et qu’on le traite bien, mais j’aime qu’il reste un animal et non pas le substi­tut d’une personne. Ici, c’est le cas, le chien devient le rempla­çant de l’être aimé et aussi bien pour la mère que pour toute la famille le deuil d’un chien semble équi­valent à la mort d’un être humain. On retrouve dans ce récit le charme d’ « Une mère » et certains passages sont drôles. Mais l’effet de surprise n’existe plus on sait qu’Amalia ne perd la tête qu’en appa­rence et qu’elle veut surtout que ses trois enfants connaissent une vie plus heureuse que la sienne. Ce qui n’est pas très diffi­cile. Ses efforts pour trou­ver un nouveau compa­gnon à son fils sont souvent aussi drôles qu’inefficaces. Elle s’est mise en tête que cet homme doit être Austra­lien, blond, vété­ri­naire et gay évidem­ment ! pas si simple à trou­ver mais cela ne l’empêche pas de cher­cher et de poser des ques­tions éton­nantes à tous les Austra­liens (ils sont heureu­se­ment peu nombreux !) êtes vous Vété­ri­naire ? êtes vous homosexuels?et inver­se­ment aux homo­sexuels ; êtes vous vété­ri­naire …

Bref un roman assez drôle mais qui reprend trop les effets du premier roman, je me suis donc beau­coup moins amusée.

Citations

Mort d’un chien

Cette impos­si­bi­lité à défi­nir, ce trou noir d’émotion, fait de sa mort des limbes étranges dont il est diffi­cile de parta­ger l’intensité, parce que pleu­rer un chien, c’est pleu­rer ce que nous lui donnons de nous, et qu’avec lui s’en va la vie que nous n’avons donnée à personne, les moments que personne n’a vu. Lorsque s’en va le gardien des secrets, s’en vont égale­ment avec lui les secrets, le coffre, le puzzle rangé dedans et aussi la clé, et notre vie en reste tron­quée.

Un éclat de rire

(Pour le comprendre vous devez savoir qu’Amalia qui perd un peu la tête essaie de cacher à sa fille -très écolo– qu’elle est encore tombée assez rude­ment par terre sans les protec­tions que celle-ci lui a fait ache­ter. La serveuse Raluca d’origine chinoise avait donc donné à Amalia des torchons remplis de glaçons parce que ses genoux sont couverts de bleus)

« Alors tu veux pas torchon ?»
Nouveau sourire de maman. Sylvia pousse un feule­ment et Emma un haus­se­ment d’épaules.
« Non, ma fille, répond maman. J’en ai plein chez moi, je te remer­cie. Main­te­nant que je sais que tu en vends, à si bon prix, en plus, je te les pren­drais à toi quand j’en aurai besoin. C’est promis. Je n’irai plus les ache­ter au marché. »
Et comme Raluca reste plan­tée là sans rien comprendre, le plateau en l’air, mani­fes­te­ment prête à deman­der des préci­sions que maman n’est pas le moins du monde dispo­sée à donner, et que Sylvia ouvre de nouveau la bouche, elle ajoute :
« Et si tu as des culottes, mais des orga­nique, hein dis-le moi surtout. Tu sais, précise-t-elle avec un clin d’œil entendu, de celles qui font le ventre plat. »
Silva et Raluca se regardent et Emma, qui bien sûr est tout autant perdue que Sylvia, baisse la tête et se passe le main sur le front.

Voici donc le quatrième roman que je lis et que j’apprécie de Laurent Seksik. Cet auteur a un grand talent pour faire revivre les gens célèbres du début du XX°siècle. Après Einstein, Romain Gary voici donc l’évocation des derniers mois de la vie de Stefan Zweig et de sa jeune compagne Lotte Altmann , madame Zweig. Venant de finir « les joueurs d’échec », j’ai eu envie de mieux comprendre cet auteur. Ce court récit est abso­lu­ment poignant, on connaît la fin et cette lente montée vers le geste inéluc­table : le suicide du couple, est terrible. Surtout celui de la jeune femme qui suit son amour dans la mort mais qui avait la vie devant elle. Le terrible déses­poir de cet immense écri­vain est très bien décrit ainsi que son inca­pa­cité à mener un dernier combat vers l’espoir. Mais on sait aussi qu’il a raison, Hitler et les Nazis autri­chiens ont fait dispa­raître à tout jamais une immense culture dont les intel­lec­tuels vien­nois étaient les repré­sen­tants les plus éminents : l’Homo-austrico-judaïcus . Mais j’en veux quand même à Stefan Zweil de ne pas avoir tenté de faire revivre cette culture car le nazisme a eu une fin et il n’était plus là pour empê­cher l’Autriche d’oublier les apports de cet ancien monde .

Citations

Les raisons du désespoir de Stefan Zweig

Lui n’était porteur d’aucune idéo­lo­gie. Il détes­tait les idéo­lo­gies. Il avait simple­ment cher­ché les mots pour dire. « Nous avons existé ». Il n’était pas certain qu’il demeu­rât quelque chose de la civi­li­sa­tion qu’il avait connu. Il fallait avoir grandi à Vienne pour mesu­rer l’ampleur du meurtre en prépa­ra­tion. Il voulait cise­ler une pierre qui prou­ve­rait aux géné­ra­tions qu’un jour vécut sur cette terre une race désor­mais éteinte, « l’Homo-austrico-judaïcus ».

Richesse de la tradition juive

Dans notre tradi­tion , un être humain se défi­nit d’abord par les liens qu’il entre­tient avec les autres . On ne mesure une vie qu’à l’aune d’une autre vie . Je ne vous demande pas de vous ouvrir à Dieu, sans doute le moment est-il mal choisi de s’en remettre à lui tandis qu’il semble avec tant d’acharnement se détour­ner de son peuple.

Le désespoir de Zweig et la question du poids des écrivains face à la barbarie.

Nul, en aucun coin du monde, n’avait besoin ni des paroles ni des écrits de Stefan Zweig. D’ailleurs, sa voix serait-elle seule­ment audible au milieu des fracas des armes ? Sa voix chevro­tante et plain­tive face aux voci­fé­ra­tions du Fuhrer, aux hurle­ments de Goeb­bels ? Sa voix venue des des abîmes, tirée de de sa souf­france ? Sa voix se perdait dans le souffle du vent.


J’ai relu « Les joueurs d’échec » grâce à cette édition et la réflexion de Pierre Deshusses à propos de la traduc­tion m’a beau­coup inté­res­sée. Depuis le l’essai de Volko­vitch et son blabla, je suis très sensible à la traduc­tion et je n’oublie jamais de noter le nom du traduc­teur à propos des œuvres étran­gères. Dans cette édition l’ordre chro­no­lo­gique est respecté donc « les joueurs d’échec » termine le recueil puisqu’il est paru si peu de temps avant le suicide de Stefan Sweig. Chacune des nouvelles est précé­dée d’un prologue rédigé par le traduc­teur ou la traduc­trice. C’est vrai­ment un plai­sir de relire Zweig de cette façon. Il a telle­ment raison Pierre Deshusses, il faut retra­duire les textes car chaque époque a sa sensi­bi­lité et quand on ne lit pas dans la langue mater­nelle, on a du mal avec les archaïsmes du fran­çais qui alour­dissent inuti­le­ment la prose de l’écrivain.

Un traduc­teur n’est pas une personne qui vit hors de son temps. Par-delà ses quali­tés, il est le produit d’une ambiance, d’une idéo­lo­gie et parfois de mode. On ne traduit plus comme on tradui­sait il y a un demi-siècle. C’est l’un des grands para­doxes de la litté­ra­ture : une œuvre origi­nale ne peut être chan­gée ; sa traduc­tion doit être chan­gée, ce qui explique le phéno­mène que l’on appelle « retra­duc­tion » et qui touche tous les auteurs de tous les conti­nents.
Ce qui est certain c’est que j’ai relu avec grand plai­sir cette nouvelle, alors que très souvent j’étouffe à la lecture de Stefan Zweig , je trouve son style trop lourd . Alors un grand merci à Fran­çoise Wuil­mart , la traduc­trice, dont l’introduction est brillante et pose si bien tout ce qu’on ressent pendant la lecture
Zweig a-t-il fini par se sentir coupable de cet huma­nisme abstrait, de cet isole­ment qui pouvait passer pour une égoïste indif­fé­rence, et par se « dégoû­ter » de lui-même ?.… La confron­ta­tion entre le cham­pion « abruti » et le joueur abstrait a inspiré bien des analyses qui vont dans toutes dans ce sens : le person­nage du Dr B. symbo­li­se­rait une Europe tortu­rée qui s’autodéchire, Mirko Czen­to­vic qui utilise sa lenteur pour désta­bi­li­ser son adver­saire repré­sen­te­rait la stra­té­gie froide, déshu­ma­ni­sée et sadique du nazisme.
Vous souve­nez sans doute des parties d’échec qui ont lieu sur un paque­bot, menant le narra­teur vers l’exil. elles opposent d’abord l’homme qui ne savait faire que cela Mirko Czen­to­vic au Dr. B . Comme moi vous avez sans doute voulu que ce dernier écrase de toute sa brillante intel­li­gence cette stupide machine sans âme qui écrase tous ses concur­rents de son mépris. Mais aupa­ra­vant, Zweig décrit avec minu­tie une des horreurs du nazisme, une torture parti­cu­liè­re­ment raffi­née et sadique : le Dr. B a été pendant de longs mois tenu au plus grand secret sans pouvoir occu­per son esprit. Rien, il n’avait rien à regar­der ni à lire, il ne lui restait que son cerveau qui a bien failli deve­nir fou. Le plus grand des hasards lui offre la possi­bi­lité de lire un livre d’échec et dès lors, il devient à la fois le joueur le plus imagi­na­tif de son époque, mais hélas, cela le fit sombrer aussi dans la folie quand il essaye d’imaginer des parties où il jouait contre lui même. À travers les parties qui l’opposent à Czen­to­vic, si bien décrites, c’est bien au combat de l’intelligence raffi­née contre la force brutale à laquelle on assiste. Le cham­pion du monde, n’est pas si stupide qu’il y paraît car il comprend quand même très vite qu « il ne peut gagner qu’en ralen­tis­sant son jeu. Et hélas ! ce n’est pas celui que l’on souhai­te­rait voir triom­pher qui est le vain­queur. On ne peut pas oublier qu’alors que Stefan Zweig rédi­geait ces textes, tous ses livres étaient brûlés à Berlin et à Vienne, son intel­li­gence et son immense culture ne faisaient pas le poids face au Nazisme.

Citations

Les qualités pour jouer au échecs

Certes, je savais d’expérience l’attrait secret que pouvait exer­cer ce jeu Royal, le seul d’entre tous les jeux inven­tés par l’homme qui puisse se sous­traire souve­rai­ne­ment à la tyran­nie du hasard et le seul qui ne dispense ses lauriers qu’à l’intelligence ou plutôt à une certaine forme d’intelligence.

J’aime bien cette distinction

J’ai toujours pris le jeu d’échecs à la légère et joué pour mon seul plai­sir, quand je m’assieds devant un échi­quier pour une heure ce n’est pas dans le but de produire des efforts, mais contraire de me détendre l’esprit. Je « joue«au plein sens du terme tandis que les autres, les vrais joueurs, ils « sérieusent », si je puis me permettre cet auda­cieux néolo­gisme. 

Le jeu des échecs

Aussi vieux que le monde et éter­nel­le­ment nouveau, méca­nique dans sa dispo­si­tion mais activé par la seule imagi­na­tion, limité dans son espace géomé­trique rigide et pour­tant illi­mité dans ses combi­nai­son, impli­qué dans un constant déve­lop­pe­ment et pour­tant stérile, une pensée qui ne mène à rien, une mathé­ma­tique qui n’établit rien, un art qui ne laisse pas d’oeuvre, une archi­tec­ture sans matière et nonobs­tant d’une péren­nité plus avéré dans son être et dans son exis­tence que tous les livres ou tous les chef-d’œuvre, le seul et unique jeu qui a appar­tenu à tous les peuples et à tous les temps et dont personne ne sait quel Dieu en a fait don à la terre, pour tuer l’ennui, pour aigui­ser les sens, pour stimu­ler l’âme.

Quel roman ! et pour­tant je ne suis pas une fan des romans histo­riques. mais je trouve que cette auteure a su donner une forme très réus­sie à un moment de notre histoire si peu connue. Je savais déjà que notre « bon » Saint Louis avait imposé le port de « la rouelle » aux juifs de France, je savais aussi que Philippe Le Bel les avait chas­sés du royaume en les spoliant de tous leurs biens. Mais cette haine envers le Talmud, je n’en savais rien. Pour­tant j’ai déjà beau­coup lu sur le sujet, en parti­cu­lier le livre de Bernard Lazare « L’antisémitisme son histoire et ses causes ». C’est grâce à cet essai que j’ai compris une des raisons de l’antisémitisme viscé­rale des chré­tiens misé­rables des temps anciens. Ceux à qui l’on disait que : « malheu­reux sur terre les portes du para­dis s’ouvriraient pour eux ». Les juifs eux répondent : votre para­dis est sur terre et c’est là que vous devez tout faire pour être heureux. Ils appa­raissent alors comme des jouis­seurs et ne méritent que le mépris.

Elliet Abecas­sis, situe son roman à l’époque de Saint Louis, celui qui va partir en croi­sade, massa­crer les Cathares et très diffi­ci­le­ment suppor­ter les juifs dans son royaume, en parti­cu­lier ceux qui étudient le Talmud. Il va être aidé par un » karaïte ». Et voilà encore un fait histo­rique que je ne connais­sais pas : les karaïtes, sont des juifs qui refusent le Talmud et qui veulent en rester à la Thora. Ils ont à peu près disparu mais leur rôle dans la Shoa est pour le moins ambi­guë. Saint Louis fera fina­le­ment brûler tous les Talmuds et les juifs qui défen­dront leur précieux livres. Pour­quoi cette haine du Talmud, pour une raison ô combien contem­po­raine, grâce à l’étude du Talmud les Rabbins essaient d’adapter la Thora au monde qui les entoure. Cette inter­ro­ga­tion sans fin des textes bibliques peut appa­raître comme un grave danger à une église qui domine le monde et qui veut établir une pensée unique. Et le roman dans tout ça , et bien bravo à Eliette Abel­cas­sis, ce n’est pas du tout une histoire plaquée sur une réalité histo­rique, c’est une histoire qui permet de comprendre au plus près les diffi­cul­tés posées par la vie à un jeune juif qui veut respec­ter tous les dogmes de sa reli­gion. Et quand on s’appelle Cohen ce n’est pas une mince affaire car on doit plus qu’un autre respec­ter à la lettre les préceptes de la Thora. Comment alors vivre un amour défendu ? Je n’en raconte pas plus car j’espère bien retrou­ver ce roman sur vos blogs et je sais que vous êtes nombreuses à ne pas aimer qu’on vous divul­gâche un suspens roma­nesque.

Citations

L’importance des rêves

L’interprétation du rêve est multiple car son objec­tif n’est pas de défi­nir la vérité du rêve, mais de récon­ci­lier le rêveur avec lui-même par une parole créa­trice qui lui permet de résoudre ses conflits inté­rieurs. Pour cela, l’interprète peut-être comparé à un prophète. Si l’on parvient à éluci­der l’origine de ses problèmes et de ses angoisses on peut chan­ger sa vie, ou même anti­ci­per les problemes d’un pays, comme le fit Joseph avec le Pharaon !

Les karaïtes et la Torah

La loi orale est consi­dé­rée comme inepte et subver­sive. Pour eux, la Torah orale contre­dit la Torah écrite, elle ne peut donc être de source divine. Ils disent que le talmud avec ces disputes et ces multiples contra­dic­tions est impar­faite et critique. Une lutte a eu lieu au sein même du judaïsme entre les karaïtes et les talmu­distes. Les karaïtes aujourd’hui se cachent. Ils ne disent pas qui ils sont, mais on les remarque car ils vivent de façon austère. Ils se déplacent la tête décou­verte, sans kippa, sauf dans leur syna­gogue. Leur calen­drier est écrit en fonc­tion de l’observation de la lune. Il ne tolère pas le feu de shab­bat, même quand il a été allumé par quelqu’un d’autre ou avant le début du jour saint.

Débat de toujours en religion

Or, s’il on en reste à la Torah et à elle seule, on devrait lapi­der un homme qui coupe du bois le jour du Shab­bat, tuer les amants adul­tère d’un coup d’épée devant tout le monde, comme le fait Pinhas dans la Bible, lapi­der les jeunes filles qui ne sont pas vierge… Contre cela, la loi orale, le Talmud, s’élève et dit : On n’a pas le droit de tuer un homme pour une raison affec­tive. »
Je n’ai pas peur de le dire : si notre Torah n’est pas humaine, si elle n’est pas inter­pré­table, si elle nous paraît violente et injuste par moment, comment la défendre ?

Ce qui a le plus profondément divisé les chrétiens des juifs

Je voulais lui appor­ter au moins un peu de récon­fort et lui expli­quer qu’il n’y a pas vrai­ment de para­dis ni l’enfer selon le Talmud, que ce sont des inven­tions de l’Eglise pour domi­ner les esprits, pour impo­ser son servages moral et conso­li­der son ascen­dant sur les pauvres : s’ils sont malheu­reux ici, ils seront rétri­bués au para­dis, et inver­se­ment.

Saint Louis

Je suis parti, j’ai quitté mon pays, j’ai fui ceux qui nous pour­chas­saient pour nous mettre à mort. Ils sont entrés dans nos syna­gogues, ils se sont empa­rés de nos écrits, ils ont pris les manus­crits, ils les ont déro­bés et les ont empor­tés sur ordre du roi.
Les inqui­si­teurs ont allumé le bûcher en plein cœur de la ville. Les moines et les prêtres ont fourni le bois, ils ont souf­flé sur les braises pour augmen­ter la flamme aux yeux de tous, en signe de vengeance et de haine. Et voici que nos livres brûlent, se consument, crépitent, les feuilles se gonflent sous la chaleur, les reliures se délitent, les lettres tour­noient et s’envolent, les marges s’étiolent, les mots dispa­raissent, tout s’envolent vers les cieux, dans la fumée qui se lève, les emporte à jamais, et j’entends au milieu des crépi­te­ments les paroles assour­dies de deux mille rabbins depuis mille ans, de mille disciples et mille maîtres , qui argu­ment avec d’autres disciples et maîtres , au fil des âges, et qui, sans s’encombrer du temps qui passe, sur l’éternité d’une page, commentent à l’infini la parole de l’Éternel.

Traduit du slovène par Andrée Lück-Gaye.

Repéré chez Blogart , je pensais vrai­ment tomber sous le charme de ce roman, mais ma lecture fut beau­coup plus labo­rieuse que la sienne. La construc­tion du roman est origi­nale : l’auteur scrute cette photo prise pendant la deuxième guerre mondiale et anime ces person­nages statiques en leur donnant une person­na­lité enri­chie de ses connais­sances histo­riques.

Ce départ est vrai­ment très inté­res­sant : vous voyez ces deux jeune filles, l’une d’elles regarde des hommes en uniforme alle­mand. Tout le drame de la Slové­nie est dans ce regard. Voici donc la jeune Slovène, Sonja, qui sait que son amour, Valen­tin, est dans les geôles de la Gestapo qui est diri­gée par un Slovène, Ludek, fervent mili­tant de l’idéal Nazi. Il est plus alle­mand que n’importe quel soldat de la Wehr­macht. Pour cela, il oublie son iden­tité slovène et veut se faire appe­ler Ludwig. Contre les faveurs de la jeune fille, il accep­tera de libé­rer son amou­reux que nous suivrons dans les maquis de la résis­tance yougo­slave. Aux horreurs nazies s’opposent les horreurs des maqui­sards, la popu­la­tion est broyée par des brutes sangui­naires qui se méfient de tout le monde. Que reste-t’il de l’âme d’un peuple lorsque de telles logiques tota­li­taires se mettent en place ? Pas grand chose, des bribes de poésies qui hantent encore les mémoires et parfois des person­nages qui gardent leur huma­nité, mais ils sont si seuls. C’est un roman déses­pé­rant et diffi­cile à lire car on change souvent de point de vue, les mêmes faits se répètent racon­tés par des person­nages diffé­rents. Et puis parfois, les faits décrits sont tout simple­ment insou­te­nables, comme les assas­si­nats par les commu­nistes de pauvres gens qui n’ont que le tort d’être là au mauvais moments, comme les tortures dans les geôles nazies. Personne n’est à l’abri, surtout quand on commence à penser que les espions peuvent être partout. Ce roman montre, une fois de plus que lorsque l’horreur s’abat sur un pays personne n’en sort indemne contrai­re­ment aux versions offi­cielles construites par les vain­queurs.

Citations

Traitement des prisonniers par les SS

Il s’agit de creuser des tombes pour les fusillés

Là il y a des hommes condam­nés défi­ni­ti­ve­ment qui purgent une peine de prison ça pour­rait se faire. Et les prison­niers de guerre du camp de Melje. Les Anglais ? demanda quelqu’un à travers un nuage de fumée. Ça n’ira pas. Ça ne peut abso­lu­ment pas être des Anglais, d’après la conven­tion de Genève, les prison­niers de guerre anglais ne peuvent pas faire ce travail. Mais on a des Russes, eux, on peut les utili­ser.

Un pays en guerre

Mais même si c’était la guerre et si les infor­ma­tions toujours plus mauvaises, parfois même terri­fiantes se bous­cu­laient, les gens vivaient leur vie de tous les jours. Dès que les sirènes s’arrêtaient de hurler et des bombes de tomber, ils allaient au théâtre et au cinéma ou avant chaque film on passait une revue hebdo­ma­daire, Wochen­shau, où des mili­taires en tanks que débou­laient toujours plus super­be­ment dans les plaines polo­naises et défen­daient la fron­tière occi­den­tale de l’invasion des Barbares, d’autres allaient aux expo­si­tions à Paris et mangeaient des crois­sants dans les café en compa­gnie de femmes, d’autres encore faisaient tour­ner les roues des canons et leurs obus déchi­raient le ciel nocturne au-dessus de l’Allemagne et battaient les avions qui appor­taient la mort avec leurs bombes. C’était la guerre, en ville, la vie conti­nuait, on obte­nait de la nour­ri­ture avec des cartes de ration­ne­ment, les trafi­quants du marché noir gagnaient de l’argent grâce à la viande qu’ils rappor­taient des fermes envi­ron­nantes, les bureaux travaillaient impec­ca­ble­ment, les travailleurs conti­nuaient à sortir de l’usine. On ne savait pas on ne voulait pas savoir ce qui se passait dans les bureaux où aller travailler Ludwig Misch­kol­nig et Hans Hoch­bauer ni dans les caves où Johann retrous­sait ses manches.

L’amour et la guerre

L’amour triomphe de la distance, l’amour triomphe de tout. Sauf de la guerre. La guerre triomphe de tout, même de ceux qui se battent. Et de ceux qui attendent que ça passe.

Le militant le courage en temps de guerre.

Avec une mitrailleuse, au-dessus de Vitanje, il avait tenu la posi­tion tout un après-midi dans la neige de sorte qu’on avait pu se replier. Un combat­tant, un fou. Peut-être qu’il n’aurait pas dû deve­nir chef du rensei­gne­ment. Un commu­niste. Un idéa­liste. Mais entre l’idéalisme et le sadisme, la voie est parfois étroite, esti­mait Vasja, le sadique est celui qui sait quel démon il a en lui.

Traduit de l’anglais (Austra­lie) par Johan-Frede­rik Hel Guedj.

Personne ne peut sortir indemne de ce roman. Les horreurs du racisme y sont décor­ti­quées avec une telle minu­tie que, plus d’une fois, cela m’a demandé un énorme courage pour aller au bout de ma lecture. J’ai suivi les avis de Krol, Aifelle, Cuné et je vous conseille de lire ou relire leurs billets, elles disent tout le bien que je pense de ce roman hors du commun

La construc­tion parti­cipe au ralen­tis­se­ment de la lecture, nous suivons des destins très diffé­rents mais qui fina­le­ment vont se retrou­ver dans la scène finale : le méde­cin onco­logue, une jeune femme noire Ayesha Washing­ton, l’historien Adam Zigne­lik, l’homme de ménage de l’hôpital, Lamont Williams, ils sont ensemble sur un trot­toir de New York et il aura fallu 800 pages à Elliot Perl­man pour tisser tous les liens qui réunissent tous les person­nages de son roman durant un siècle et, parfois, sur deux géné­ra­tions . Adam, l’historien austra­lien vit une crise dans son couple et n’arrive pas à se moti­ver pour un nouveau sujet de recherche indis­pen­sable à sa carrière univer­si­taire. Il est le fils de Jack Zigne­lik qui a fondé avec son ami William Mc Cray le mouve­ment pour les droits civiques aux États Unis. Il travaille à la pres­ti­gieuse univer­sité de Colum­bia sous l’autorité de Charles Mc Cray fils de William. Asheha Washing­ton est la petite fille d’un vété­ran de la deuxième guerre mondiale qui a parti­cipé à l’ouverture des camps de concen­tra­tion. Or, le rôle des soldats noirs pendant la guerre 39 – 45 a large­ment été ignoré par l’histoire offi­cielle améri­caine.

Voilà donc un beau sujet de recherche pour Adam Zigne­lik en panne d’inspiration et au bord de la dépres­sion, en tout cas c’est ce que pense William Mc Cray qui reproche à son fils Charles de ne pas assez soute­nir Adam pour qu’il garde son poste à l’université de Colum­bia. Charles est marié à Michelle une assis­tante sociale noire, qui adore sa grand-mère. Et nous revoilà avec Lamont Williams car Michelle est sa cousine qui, en ce moment vit chez ladite grand-mère. Lamont a réussi à décro­cher un emploi comme homme d’entretien à l’hôpital où travaille Asheya Washing­ton et s’il réus­sit sa période d’essai, il pourra enfin tirer un trait sur la prison où il est resté six ans pour un cambrio­lage qui a mal tourné. Or, il n’a fait que conduire la voiture sans connaître les projets de ses amis ni surtout savoir que le plus jeune était armé. Au bout de six ans sa femme n’est plus là, elle a disparu avec leur petite fille. Il lui faut donc abso­lu­ment satis­faire sa période d’essai à l’hôpital pour pouvoir avoir une chance de gagner sa vie et prou­ver aux services sociaux qu’il est stable. Sa grand-mère l’accueille car elle sait que Lamont est un brave garçon.

Toutes les diffi­cul­tés de ce jeune noir, permettent à l’auteur de montrer à quel point il suffit de pas grand chose pour qu’un noir fasse de la prison aux Etats-Unis, avec un bon avocat Lamont aurait pu s’en tirer. Celui-ci rencontre à l’hôpital un rescapé d’Auschwitz, Monsieur Mandel­brot, il appar­te­nait aux Sonder­kom­man­dos et connaît donc ce qui s’est passé dans les camps . Nous voilà donc au sommet de l’horreur au 20° siècle. Les conver­sa­tions de ces deux hommes tissent entre eux des liens person­nels si bien qu’avant de mourir cet homme lui donne ce qu’il a de plus précieux son hanouk­kia, chan­de­lier juif en argent. Lamont est accusé de vol, mais pour sa défense il raconte ce que cet homme lui a confié sur Ausch­witz et l’historien Adam Zigne­lick assure que Lamont n’a pas pu décou­vrir cela tout seul, car une partie de ce récit était sur des enre­gis­tre­ments qu’il vient juste de décou­vrir.

Ces enre­gis­tre­ment faits en 1946, par de rares resca­pés des camps avaient été complè­te­ment oubliés. Adam qui a vécu en Austra­lie avec sa mère, est le fils d’un homme qui a lutté toute sa vie pour les droits des noirs aux Etats-Unis et cela permet à Elliot Perl­man de rappe­ler certaines souf­frances des noirs dans les années 50 et 60, aujourd’hui encore les noirs Améri­cains souffrent de graves discri­mi­na­tions. Et fina­le­ment ? Est ce que des troupes noires ont parti­cipé à la libé­ra­tion des camps de concen­tra­tion ? et bien oui, et c’est le grand père de Asheya Washing­ton, l’oncologue qui soignait Monsieur Mandel­brot qui pourra en témoi­gner. Ne croyez pas que j’ai tout raconté, il y a encore bien des histoires qui s’emboîtent dans ce récit, et elles ont toutes une fonc­tion dans le récit. On est souvent très ému et comme je le disais en commen­çant c’est avec appré­hen­sion que l’on conti­nue la lecture de ce roman inou­bliable.

Citations

Le passage où on trouve le titre

La mémoire est une chienne indo­cile. Elle ne se lais­sera ni convo­quer ni révo­quer, mais ne peut survivre sans vous. Elle vous nour­rit comme elle se repaît de vous. Elle s’invite quand elle a faim, pas lorsque c’est vous l’affame. Elle obéit à un calen­drier qui n’appartient qu’à elle, dont vous ne savez rien. Elle peut s’emparer de vous, vous accu­ler ou vous libé­rer. Vous lais­sez à vos hurle­ment ou vous tirer un sourire. C’est drôle parfois, ce qu’on peut se rappe­ler.

Récit des événements de Little rock : Elizabeth Eckford, noire, seule face à la foule, blanche raciste.

Eliza­beth Eckford se diri­gea vers tous ces gens et, au début du moins, cette portion de la foule qui était la plus proche d’elle recula, s’éloigna d’elle, un peu comme s’ils crai­gnaient d’attraper quelque chose à son contact. En restant trop près, on risquait peut-être de deve­nir ce qu’elle était. Les gens vous dévi­sa­ge­raient. Rien qu’en vous retrou­vant dans cette partie de la foule, tout près d’elle„ vous risquez de vous faire remar­quer. Vous n’êtes pas venu là dans l’espoir de vous singu­la­ri­ser. Vous n’êtes pas là pour ça. Et pour­tant, main­te­nant, vous risquez de vous singu­la­ri­ser. Sans que ce soit votre faute. Vous avez donc inté­rêt à vous débrouiller pour que tout le monde autour de vous sache quel camp vous vous rangez en réalité. Vous la haïs­sez. Vous la haïs­sez autant que tous les gens de cette foule la haïssent. Vous la haïs­sez peut-être même encore plus. En se tenant là, près de vous, elle vous met parti­cu­liè­re­ment mal à l’aise, plus en plus mal à l’aise que les autres, et ce qu’ils ressentent, c’était ce que vous ressen­tiez il y a encore quelques instants, avant qu’elle ne vous choi­sissent, vous, en vous mettant parti­cu­liè­re­ment mal à l’aise. Quel besoin a-t-elle de vous choi­sir, vous ? Partout elle va, elle ne sème que la pertur­ba­tion. Vous voyez bien. On vous l’a répété toute votre vie,vous le savez depuis toujours, mais main­te­nant vous pouvez véri­ta­ble­ment le sentir.

Le sujet du livre

Peut-on se servir de l’histoire pour prédire l’avenir, demande à Adam Zigne­lik. Il est tentant de répondre que ce serait possible, mais je ne le crois pas. Le phare de l’histoire peut lais­ser devi­ner de fugaces aper­çus de la voie qui s’ouvre devant nous, mais il est impru­dent de comp­ter sur l’histoire pour nous four­nir une carte précise et lumi­neuse du terrain futur, rempli de syncli­naux et d » anti­cli­naux. Nous ne devons pas comp­ter sur l’histoire pour nous indi­quer avec exac­ti­tude ce qui va se produire dans l’avenir.
Pour­quoi l’histoire ne peut-elle nous rensei­gner sur ce qui va se produire dans l’avenir ? Parce qu’elle traite des indi­vi­dus, or les indi­vi­dus sont impré­vi­sibles, autant que le sont la plupart des animaux, si ce n’est plus. On ne peut même pas se fier à eux pour qu’ils agissent comme ils l’ont déjà fait en des circons­tances simi­laires ou pour qu’ils fassent ce qui relève à l’évidence de leur propre leur propre inté­rêt. Les êtres sont impré­vi­sibles, à titre indi­vi­duel et au plan collec­tif, les gens ordi­naires, tout comme les diri­geants inves­tis d’un pouvoir.

Le racisme à Detroit 1943

25000 ouvriers blancs employés à fabri­quer des moteurs pour des bombar­diers et des vedettes lance-torpilles s’était mis en grève en appre­nant qu’une poignée de femmes noires avaient commencé à travailler là-bas. Il était jeune, mais il aurait compris ce que cela signi­fiait que d’entendre un ouvrier blanc décla­rer à l’entrée de l’usine qu’il préfé­rait lais­ser gagner Hitler et Hiro­hito plutôt que de côtoyer un nègre dans un atelier d’usine.

Auschwitz

C’était donc vrai, et il était là, face à la vérité. Il avait vu des êtres mourir dans le ghetto, mais il n’avait jamais rien vu de tel. Tant de corps, inertes entas­sés à la hâte, une colline de corps, une petite montagne – des indi­vi­dus, des êtres, encore tout derniè­re­ment. C’est ici la fin, songea-t-il, la fin de toutes les calom­nies, raciale ou reli­gieuse, de toutes les raille­ries, de tous les rica­ne­ments dirigé contre les juifs. Chaque fois que quelqu’un entre­tient la croyance ou le soup­çon insi­dieux, voire honteux, que les Juifs, en tant que peuple, sont des gens malhon­nêtes et immo­raux, avares, trom­peurs et rusés, que ce sont tous des capi­ta­listes, des commu­nistes, qui sont respon­sables de tous les malheurs du monde, et coupable de déicide, cette croyance ou cette convic­tion, à peine consciente quel­que­fois, accé­lère la marche d’un train lancé sur une trajec­toire qui n’a pas d’égale. C’est là que cette voie finit par s’achever, sur cette montagne de cadavres.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

Déjà je n’avais pas été passion­née par « la liste de mes envies » , mais ce roman est une vraie décep­tion, de celles qui me font fuir les auteurs fran­çais. Non, pour­tant, ce n’est pas une de ces habi­tuelles auto­fic­tion, mais ni le sujet ni la façon dont il est traité n’ont réussi à m’intéresser. Je résume rapi­de­ment, la mort acci­den­telle de sa mère fait de Martine alias « Betty » une enfant élevée par un père trop porté sur la bouteille. Elle gran­dira cahin-caha jusqu’à l’âge où sa mère est morte, puis son appa­rence se figera dans une éter­nelle jeunesse exté­rieure. Elle restera à jamais une jeune femme de trente cinq ans. Et commence alors une vie étrange qui ne lui apporte aucun bonheur mais au contraire que des problèmes : une sépa­ra­tion, la perte de son emploi, l’éloignement de ses amies. À travers de courts chapitres, de para­graphes encore plus courts, les années s’envolent très vite, on voit passer soixante de vie sans que rien n’accroche l’intérêt. Les person­nages secon­daires sont, cepen­dant plus inté­res­sants, on imagine bien son père estro­pié pendant la guerre d’Algérie et sa compagne qui se récon­fortent l’un l’autre des bles­sures de la vie. L’amour d’André et de Betty est tota­le­ment irréa­liste, il me fait penser irré­sis­ti­ble­ment à la BD de Fabcaro : « Si l’amour c’était d’aimer », et tant pis pour les « anti­di­vul­gâ­cheuse », il résis­tera à toutes les vicis­si­tudes de la vie.

Citations

Un paragraphe et un souvenir

Maman a commencé à porter des jupes qui décou­vraient ses genoux grâce à une certaine Mary Quant, en Angle­terre ; puis bien­tôt elles révé­lèrent presque toutes ses cuisses. Ses jambes étaient longues, et pâles, et je priais pour plus tard avoir les mêmes 

Pour donner une idée du style

À trente ans, quarante cinq, je vivais depuis plus de deux ans dans un grand studio, rue Basse.

J’avais perdu l’envie de cuisi­ner, décou­vert chez Picard les plats pour personnes seules, et lorsque mon fils venait déjeu­ner je faisais livrer ses chers sushis. 
André moi étions restés amis. Il passait de plus en plus de temps en Suède où il choi­sis­sait ses mélèzes, ses trembles, ses épicéas, et lorsqu’il reve­nait, il ne manquait jamais de m’appeler ou de m’inviter à dîner ; j’étais chaque fois ensor­ce­lée par son regard triste, toi Gene Kelly, moi Fran­çoise Dorléac, je l’aimais encore, je l’aimais toujours. 
Je rédi­geais mes textes pour La Redoute en regar­dant des séries télé -» Dawson », mon côté fleur bleue, « Dr Quinn, femme méde­cin », même si elle m’agaçait terri­ble­ment, « Urgences », ah, Doug Ross, et « Twin Peaks ». Je n’envisageais ni chien ni chat de compa­gnie, ils auraient été capables, à quatre ans de me repro­cher d’être plus jeune qu’eux. 
Je vous laisse cette chan­son car, pour moi, elle me parle beau­coup mieux beau­coup du vieillis­se­ment que ce roman